EXPOSITION INTERNATIONALE DE FLORENCE
On nous écrit de Florence, 11 Mai : « Je vous ai promis quelques lignes ausujet de l’exposition d'horticulture et je viens m’acquitter de ma promesse. Cela m'est d'autant plus facile que le mauvais temps ne me laisse d'autre ressource que de m’enfermer dans ma chambre après la fermeture des Musées qui, dès 3 heures, ne sont plus accessibles au public. Je m'attendais trouver ici une température chaude et agréable, mais hélas ! je suis encore à la recherche de ce beau ciel d'Italie et de ce climat tant vanté, jusqu'à présent je ne me suis séparé ni de mon paletot ni de mon parapluie.
L'exposition s’est ouverte ce matin à 11 heures, en l'absence du soleil ; le Roi était venu de Rome pour en faire l'inauguration. Il est arrivé à l'heure fixée et a visité l’exposition dans tous ses détails. Les délégués du Gouvernement belge lui ont été présentés et il leur a fait l’accueil le plus gracieux en les remerciant du concours que la Belgique avait prêté à l'exposition. De tous les pays étrangers, le nôtre est celui qui à apporté ie plus de collections, et l’on peut dire les plus belles.
L'exposition est installée dans les vastes et élégantes halles qui viennent d’être construites pour le marché couvert. L’air et la lumière y abondent, et quant à la fraicheur, elle ne s’y faisait que trop sentir. Au centre de la principale travée se trouve un vaste bassin avec une gerbe et dans le fond, faisant face à l'entrée, un rocher au sommet duquel confinent deux escaliers, et d’où l’on jouit de la vue générale. L'exposition est disposée en jardin avec beaucoup de goût et les plantes n’y sont pas entassées comme cela a malheureusement presque toujours lieu. Les allées sont larges, et malgré le grand nombre de visiteurs, il n'y à encombrement nulle part. Deux orchestres militaires, placés à l'entrée, et deux autres à l'extérieur, alternent et donnent encore de l'animation à cette belle réunion.
Parlons maintenant des détails, et à tout seigneur tout honneur ! Rendons d’abord hommage à la beauté et à la grâce des nombreuses Florentines qui, dans de brillantes toilettes, avaient voulu embellir la fête.
Parmi les collections exposées se trouvaient de magnifiques apports
de Palmiers et de plantes ornementales, la plupart provenant d'amateurs; plusieurs lots très-nombreux d’Azalées de l’Inde bien fleuris, mais qui, sauf quelques exceptions, ne peuvent être comparées à celles que l'on voit aux expositions de Gand. Toutefois la floraison de ces plantes, pour être moins compacte, n’en est que plus gracieuse et l'œil ne se fatigue pas autant en les regardant que lorsqu'on se trouve en présence de ces masses florales que l’on rencontre chez nous et qui ne laissent apercevoir aucune verdure. J'ai remarqué deux col- | lections de Caladium, dignes de rivaliser avec celles que l’on admire en Angleterre, des collections de Croton également splendides, des Maranta, des Gloxinia, des Azalées de pleine terre ; des Œillets, des Tulipes, des plantes fleuries diverses, toutes très-méritantes, de belles collections de Roses, mais je m'attendais à en voir un plus grand nombre à Florence, si réputée pour la culture de cette reine des fleurs.
Il y avait aussi des collections de Pélargonium, de Calcéolaires, de Pétunias, de Verveines, de Pensées qui n'étaient pas sans mérite. Toutefois, il y a encore des progrès à faire pour atteindre la perfection de culture des Pélargonium, que l’on rencontre en Angleterre, en France et même chez nous.
Il y avait peu d'Orchidées. Parmi celles qui étaient exposées, se distinguait un Aerides Fieldingi, envoyé par M. le marquis de Corsi, portant trois hampes fleuries de 50 centim. de longueur et chacune donnant deux ou trois ramifications.
J'ai encore remarqué un pied colossal de Ruscus androgynus dont les rameaux retombants formaient une pyramide de 8 mètres de hauteur sur 2 mètres de diamètre. Un magnifique exemplaire de Phænicophorium Sechellarum,une énorme et admirable touffe d’Adiantum Farleyense, telle que nulle part je n’en ai vue de semblable, de belles Fougères en arbre et de splendides Cycas revoluta.
En dehors, dans le jardin qui entoure le bâtiment, de belles collections de Conifères, des arbustes de pleine terre à feuilles panachées, des Pélargonium zonale, des plantes vivaces de pleine terre et une foule d’autres encore. Enfin, dans les galeries latérales, les objets d'art et d'industrie horticoles, un très-grand nombre de collections de fruits et de légumes, des collections botaniques, des ouvrages d’horticulture, au nombre desquels la Belgique horticole, etc.
Parmi les exposants étrangers, il faut citer en première ligne MM. Linden et Dallière. Le premier avait envoyé entre autres une collection de Palmiers nouveaux, hors concours, et parmi lesquels j'ai remarqué le Phenix rupicola, le Geonoma gracilis, Pinanga Sumatrana, Calyptrogyne elala, etc.; une collection splendide de Dracaena, parmi lesquels de forts pieds de D. gloriosa, Youngi, amabilis, Baptista, Reali, lentiginosa et comme nouveauté D. Casanovac; une collection charmante d’Acer palmatum à feuilles pourpres. J'ai aussi beaucoup remarqué un Araucaria robusta glauca, un Araucaria Neo Caledonica, un T'illandsia musaïca.
Le second avait envoyé une splendide collection de Palmiers, une autre de plantes fleuries, une autre de plantes à feuillage coloré, le tout en forts exemplaires, d’une culture irréprochable, un pied magnifique de Pandanus Veitchi. Malheureusement un assez grand nombre de plantes délicates qui étaient destinées à enrichir ces collections sont arrivées endommagées par le froid et n’ont pu figurer à l'exposition.
M. Veitch et fils, de Londres, avaient envoyé quelques plantes, parmi lesquelles j'ai remarqué des Népenthes d'une culture parfaite, un Z'llandsia Zahni, un Aralia elegantissima qui ne démentira pas sa qualification, un Cypripedium argus, un C. Dominianum.
J’allais oublier les bouquets! le bouquet de l'exposition, tant par le nombre que par la grâce de l’art qui a présidé à leur confection. Jamais je n'ai vu une telle profusion de bouquets et de garnitures de fleurs. Il y avait surtout un grand vase, tout de fleurs, d'une forme et d’une élégance exquises et portant un immense bouquet composé des plus belles fleurs. Vase et bouquet, tout de fleurs ! c'est admirable !
Nous avons recu des Membres de la Commission l'accueil le plus flatteur. M. le marquis de Corsi Salviati, l’un des plus grands amateurs de la contrée, qui à pris une part brillante à l'exposition, était secrétaire de la Commission et nous a recus en l'absence du Président, M. le professeur Parlatore, retenu malade dans sa chambre depuis plusieurs mois et qui néanmoins a tenu à nous recevoir lorsque nous sommes allés pour lui porter le témoignage de nos sympathies.
En résumé, l'exposition de Florence est l’une des plus belles ae j'ai vues et elle peut être citée avec celles qui ont eu lieu à Londres, à Hambourg, à St Pétersbourg, à Gand, à Broecle st à Amsterdam, etc.
Elle fait honneur à ceux qui l'ont organisée. Demain le Jury commencera ses opérations. Il est divisé en 19 sections, ce qui permettra sans doute de terminer en une seule séance.
LE CLIMAT ET LA GÉOGRAPHIE BOTANIQUE DU BRÉSIL
PAR M. EMMANUEL Lrals, Directeur de l'Observatoire Impérial de Rio de Janeiro.
(Chapitre détaché de l’ouvrage intitulé: Climats, Géologie, Faune et Géographie botanique du Brésil. Paris 1872).
La distribution des végétaux à la surface du globe est surtout réglée par les climats, envisagés non-seulement au point de vue des températures moyennes et extrêmes, mais encore à celui de l’humidité et de la répartition des pluies suivant les saisons.
Toutefois, si on considère le globe terrestre dans son ensemble, on peut dire que l’influence des températures devient tout à fait prédominante pour déterminer la distribution des végétaux. Il en est tout autrement si l'on s'occupe de la répartition des espèces dans un vaste territoire comme celui du Brésil, compris pour la presque totalité de sa surface dans la zone intertropicale, et dont la limite extrême s'écarte assez peu de cette zone, sans d’ailleurs posséder des montagnes excessivement élevées. Dans ce cas, les diverses zones végétales dépendent surtout de la distribution de l’humidité et des pluies. Cependant, même alors, on peut encore constater, à côté de l’action principale de l'humidité, celle de la température, laquelle dépend à la fois de la distance à l'équateur et de l’altitude au-dessus du niveau de la mer. Pour la faune comme pour la flore, l'influence de la distance à l'équateur se fait sentir aussi dans l'étendue de la zone comprise entre les tropiques, et nous avons eu souvent lieu, en traitant des animaux du Brésil, de mentionner, pour certaines espèces, des limites de latitude comprises entre le 12° et le 18° degré de latitude australe. En d’autres termes, malgré un très-grand nombre d'espèces communes animales et végétales, les parties voisines de l'équateur et
les régions rapprochées des tropiques possèdent un certain nombre
d'espèces différentes, et cette circonstance tient à des particularités dépendantes de la température et constituant deux climats distincts, auxquels on peut appliquer, à l’un le nom de climat équatorial, à l’autre celui de climat tropical. Ce dernier s'étend en réalité jusqu’à 3 ou 4 degrés au-delà du tropique, puis commence alors la zone tempérée chaude dans laquelle pénètre la pointe extrême sud de l'empire du Brésil.
Nous allons définir plus nettement les deux climats en question; mais avant d'entrer dans la description climatologique du Brésil, description indispensable pour en comprendre la géographie botanique, nous devons toutefois considérer celle-ci dans tous les points où elle se montre, si je peux m'exprimer ainsi, indépendante du climat.
Diverses influences tout à fait étrangères aux influences météorologiques doivent en premier lieu appeler notre attention. La première, à laquelle je donnerai le nom de continentale, tient à l'existence d’un certain nombre de familles et de genres spéciaux à l'Amérique et fournissant à la fois des espèces dans les zones tempérées et chaudes du continent américain, sans être nullement représentés dans les climats identiques des autres parties du monde, et à l’absence, au contraire, d'un certain nombre de familles et de genres spéciaux à celles-ci. Sous ce rapport, il se produit dans la flore ce que nous avons vu dans la faune, où nous avons signalé souvent des familles et des genres exclusivement américains, et également des familles et des genres entièrement étrangers à l'Amérique. En réalité donc, de même que l’on peut, indépendamment des considérations de climat, distinguer une fauhe américaine, on peut également reconnaitre une flore spéciale à l'Amérique. Ainsi, par exemple, la remarquable famille des Nopalées ou Cactées, comprenant près de deux cents espèces, et si remarquable par le port curieux des végétaux dont elle est composée, appartient exclusivement au nouveau continent. Il en est de même des Vellosiées, des Agaves, des Vochysiacées, des Gesnériées, des Cyclanthacées et des Simaroubées. Une autre famille, excessivement remarquable par son port et ses belles fleurs, le nombre de ses espèces et la particularité d'un grand nombre de celles-ci de vivre en épiphytes sur les arbres ou de croître sur les roches, est la famille des Broméliacées, comprenant l’un des meilleurs fruits, l'ananas. Cette famille
est entièrement du Nouveau-Monde, où elle forme un des plus beaux
ornements des forêts. La famille des Passiflores constitue aussi un groupe naturel de végétaux caractérisques de la flore américaine par le nombre considérable des espèces de ce continent ; sauf une espèce de Chine et une de l'ile Maurice, toutes sont du Nouveau-Monde, ou bien de l'Australie et de l'ile de Norfolk, mais toutefois en petite quantité dans ces dernières contrées. En parlant des Chéloniens, j'ai déjà mentionné que les animaux de cet ordre dans l'Amérique du sud appartiennent pour la plupart à des genres identiques à ceux de l'Australie. Nous trouvons ici dans le règne végétal une relation du même ordre non-seulement à l’occasion des Passiflores, mais encore des Araucarias. En effet, parmi les espèces connues de ce dernier genre de Coniferes, deux, les Araucaria brasiliensis et imbricata, constituant le genre Araucaria proprement dit, lequel est exclusivement américain, sont du Brésil et du Chili; les autres, les Araucaria excelsa et Cuninghami, constituant le genre Æutassa pour un certain nombre de naturalistes, qui les séparent des Araucaria, pendant que d’autres les conservent dans ce même genre, sont de l'ile de Norfolk et de l'Australie. La plus grande partie des Malpighiacées appartient aussi au nouveau continent. Il en est de même des Nyctaginées, à l'exception d'un genre, le genre Boerhavia, croissant dans l'Inde, et quelques Pisonia de Madagascar et de l'Australie. Mais dans cette dernière famille, le splendide et curieux genre Bougainvillea appartient exclusivement aux contrées les plus chaudes de l'Amérique du sud. J'aurais aussi à citer, comme exclusivement américains, la section remarquable des Lécythidées dans la famille des Myrtacées, celle des Vacciniées dans les Ericacées, des Cuspariées dans la famille des Diosmées, le genre Vanilla, dans les Orchidées lignicoles, genre si curieux par son port, les genres Anacardium, Cecropia, Dorstenia, Cinchona, tous dignes d’attention par leur aspect ou leurs propriétés. La magnifique famille des Musacées, représentée dans l'Inde par les Bananiers, à Madagascar par le curieux genre Ravenala ou Urania, au Cap de Bonne-Espérance par les Sirelitaia, l'est dans le Brésil et les Guyanes par les Æeliconia, l'un des ornements des forêts par leur grand feuillage et leurs belles fleurs. Je pourrais encore citer le remarquable genre Carica dont toutes les espèces, moins une des Moluques, sont américaines ; le genre Fuchsia exclusivement de l'Amérique, sauf une seule espèce de la Nouvelle-Zélande,
le genre ZLantana presque entièrement du Nouveau-Monde, le genre Cuphaea, etc. Mais je m'arrête dans cette énumération, car les indications précédentes sont suffisantes pour faire voir comment un ensemble de formes végétales des plus remarquables, constituant une série de groupes variés d'espèces fortement alliées entre elles dans chacun d'eux, caractérise la flore américaine d’une facon tout à fait spéciale et lui imprime un cachet distinct de celui des autres parties du monde, malgré la présence d’une multitude d'autres formes génériques communes, au nouveau et à l'ancien continent, ou bien à l'Océanie. Toutefois, dans ces formes génériques communes ellesmêmes, les espèces américaines sont à peu près toutes différentes de celles des mêmes genres des contrées de même climat renfermées dans les autres parties du monde. A peine si, sur plusieurs milliers d'espèces de l'Amérique du Sud, il s'en trouve une cinquantaine simultanément indigènes dans d’autres régions du globe étrangères au nouveau continent.
Des différences analogues à celles qui séparent la flore de l'Amérique de celle des autres parties du monde, mais sur une échelle beaucoup moindre, existent entre la flore du Brésil et celle d’autres parties de l'Amérique, malgré les plus grandes similitudes de climat. Aïnsi la flore des Antilles, par exemple, diffère singulièrement de celle des parties équinoxiales de l'Amérique du Sud et notamment de celle du Brésil, même dans les régions de cet empire voisines de la mer. Mais ici le nombre des différences génériques et surtout des différences provenant de l'existence de familles caractérisques remarquables par un port spécial, diminue considérablement, de sorte que la distinction entre les deux flores repose principalement sur des différences spécifiques. Donc, malgré le petit nombre d'espèces communes entre les deux flores, leur physionomie d'ensemble manifeste d'assez grandes ressemblances.
Si maintenant, au lieu de comparer deux régions assez éloignées, séparées par la mer ou bien par d’autres vastes territoires, comme par exemple le Brésil et les Antilles, nous comparons des régions moins étendues, mais de même climat sensiblement au point de vue de la température et de l'humidité, comme par exemple deux chaînes de montagnes du Brésil, d'élévation et de composition de sol analogues et peu éloignées, ou bien deux bassins, il nous arrivera encore de con-
stater parfois de certaines différences, très-légères, il est vrai, puisqu’elles porteront seulement sur un petit nombre d’espèces, mais cependant encore très-sensibles ; car quelquefois elles tiendront à l'existence dans une de ces régions d’une ou de plusieurs espèces importantes spéciales à elle, et constituant un genre remarquable dont la présence dans l'Empire est limitée à la région en question. Le genre Araucaria nous fournit à ce sujet un des exemples les plus remarquables à citer. L’unique espèce de ce genre existant au Brésil, l’'Araucaria brasiliensis, grand et bel arbre forestier connu dans le pays sous le nom de Pinheiro, et si remarquable par son port distinct de celui des autres arbres de la même contrée, constitue à lui seul d'importants lambeaux de forêts dans la Serra da Mantiqueira, et cette chaine de montagnes est la seule région du Brésil où il se montre indigène, et occupe de grandes étendues de sol. Cependant, en ce point, il rencontre des conditions tout à fait identiques à celles qu’il trouverait dans certaines parties de la Serra da Mar, au nord de Rio-de-Janeiro, par exemple, où il manque complétement comme arbre indigène, mais croît très-bien depuis son introduction. Quelques très-rares sujets isolés et très-vieux peuvent toutefois s’y rencontrer, car j'en ai vu deux exemplaires très-grands dans une forêt, près de Thérésopolis, mais la rareté et l'isolement de ces spécimens indiquent assez clairement comment ils doivent provenir de graines anciennement transportées par les tribus indigènes qui en mangeaient les amandes, dont quelques-unes tombées sur Le sol ontgermé en ce lieu (1). Dans ce cas remarquable de la patrie si limitée de l’Arawcaria brasiliensis, nous avons une preuve d’une influence spéciale, bien différente de celle du climat ou du sol, pour la distribution des plantes, celle de la localité où l'espèce à dû prendre origine, et à partir de
(1) À ce sujet, je dois mentionner que j’ai trouvé sur les bords de l’Indaïa des citronniers sauvages au milieu d’un bois vierge, dans une localité complétement déserte. Toutes les espèces du genre Citrus sont cependant, comme on le sait, originaires de l’Asie orientale et ont été transportées en A mérique. Les citronniers en question, dont plusieurs étaient vieux, avaient dû provenir de citrons transportés par les Garimpeiros, ou provenant d’arbres cultivés sur les rives, dans le haut du cours de la rivière, et entraînés par celle-ci dans ses crues, puis répandus sur les berges. "Lei
laquelle elle s’est étendue dans diverses directions, sans atteindre jusqu’à la limite où des conditions convenables de température et d'humidité cessent de lui permettre de vivre et de fructifier. Ici nous apercevons le rôle de la dissémination des graines, dont l'étendue varie suivant la nature de celle-ci, et même suivant la configuration du pays, laquelle peut, dans certains cas, plus ou moins favoriser cette dissémination. Un végétal utile et donnant lieu à un commerce important, l’Zlex congonhas, dont la feuille sert à Minas-Geraes, sous le nom de Mate, à faire une infusion usitée en guise de thé, nous fournit un exemple très-intéressant de l'influence de la configuration du sol sur la dissémination. Comme l’Araucaria brasiliensis, cette espèce se montre très-abondante dans la Sera-Geral et sur le haut plateau de la Mantiqueira. On ne la voit guère au Sud. Cependant, je dois à mon excellent ami, M. le vicomte de Prados, des détails très-intéressants sur la manière dont elle a dù se répandre, à partir de la grande Serra d'Ibitipoca, sur les hauts plateaux de laquelle elle se montre en abondance. Cette espèce est très-intéressante à étudier à plusieurs égards. D'abord elle est très-polymorphe, et certainement, à cause des variations assez nombreuses existant dans sa feuille et sa taille, il est à son sujet arrivé aux botanistes l'erreur, relevée plusieurs fois dans cet ouvrage pour des mammifères du Brésil, c’est-à-dire que, d'après les spécimens des collections recueillis sur des individus différents et dans diverses localités, on en a fait plus d’une espèce. Parmi ses diverses formes notables dans la Serra d’Ibitipoca, il yen a une désignée sous le nom de Congonhas grande. D'après la judicieuse remarque de M. le vicomte de Prados, il parait être tout à fait identique à l’Zlex paraguariensis de Lambert et de Martius, le vrai maté du Paraguay, dans lequel au reste Martius lui-même à reconnu des variations, car il eu cite des variétés acutifolia, obtusifolia, etc., et cette circonstance aurait dû évidemment le mettre en garde pour admettre la séparation des //ex congonhas et paraguariensis\\). Or les eaux du versant sud-ouest de la Serra d'Ibitipoca descendant dans le
bassin du Rio Preto, quoique l'espèce en question manque en général P q
(1) Il y a d’autres espèces d’Zlex. Toutes sont polymorphes, mais l’Zlex congonhgs est la plus remarquable sous ce rapport,
dans le bassin de la Parahybuna, renfermant des Zlex congonhas dont les semences ont été ainsi apportées de la Serra par les eaux. L’influence du transport par les eaux est donc ici assez manifeste. Du côté du Nord, les eaux de la même Serra constituent quelques-unes des sources du Parana, lequel se réunit au Paraguay pour constituer la Plata. Or, on retrouve précisément l’Zlex congonhas dans tout le bassin du Parana jusqu'au Paraguay, et en comparant ce fait à celui de la vallée du Rio Preto, on aperçoit une puissante probabilité en faveur de l'opinion d’après laquelle une au moins, si elle en a eu d’autres, des origines de cette espèce a dû être vers la région de la Serra d'Ibitipoca; mais surtout on voit comment la forme du sol et la configuration du bassin ont réglé la dissémination de cet arbuste...
Climatologie du Brésil.
Nous avons déjà signalé la différence notable de climat existant au point de vue de la température, entre les régions voisines de l’Équateur et la zone voisine du Tropique. Nous allons nous proposer maintenant d’en faire apprécier la grandeur. |
Considérons d’abord la température moyenne. Dans un mémoire sur la Théorie mathématique des oscillations du baromètre, j'ai déduit de l’ensemble des observations météorologiques faites en un grand nombre de points du globe, que la température moyenne d’un parallèle quelconque rapportée au niveau de la mer peut être représentée très-approximativement en degrés centigrades par la formule 56°,7 cos ! — 28°,8, dans laquelle Z représente la latitude. Cette for- : mule donne 27°,9 pour la température moyenne de l'Équateur, 239,2 pour celle du Tropique, et la moyenne des deux nombres, ou 25°,55 pour la latitude de 16°,33". La température moyenne de Rio-de-Janeiro, ville située tout près du Tropique, est de 23°,1, chiffre s’accordant remarquablement avec la formule en question. Il en est de même de celle de Pernambuco, où la formule donne 27°,34. J'y ai obtenu, en 1859 et 1860, la température des six mois de décembre à mai, et le D' Sarmento à fait connaître, en 1851, dans les Comptes rendus de l’Académie des Sciences de Paris, la température moyenne des six autres mois, ceux de juin à novembre. Or les six premiers mois ont donné 28°,9, les six derniers, 26°,40, dont la moyenne, 27°,27, représente la température moyenne de la ville du Récife, à Pernam-
. buco. L'accord avec la formule est donc à moins d’un dixième de degré près. Pour faire voir également la concordance de cette même formule avec la température moyenne du Sud du Brésil, et à défaut d’observations dans cette région, j'aurai recours aux observations de M. Martin de Moussy, lesquelles ont eu lieu dans des localités des républiques de la Plata, très-peu éloignées du sud de l'empire. Dans son ouvrage intitulé : Description géographique. et statistique de la Confédération Argentine, cet auteur donne la température de divers points du bassin de la Plata. Ses observations ont été prolongées dans les quatre localités de Montevideo, Uruguay, Gualeguaychu et Parana, où, au moyen des latitudes de ces points, ma formule donne respectivement les températures moyennes de 17°,7 ; 19°,0; 18°,7 et 19°,4. Par ses observations météorologiques, M. de Moussy a trouvé les quatre nombres 16°,8 ; 18,8; 18,1 et 19°,0. Les différences avec la formule sont donc, pour Montevideo, 0°,9, pour Uruguay 0°2, pour Gualeguyachu 0?,6, et pour Parana 0°4’ ; et la différence moyenne, pour les quatre localités, est seulement de 0°,5. Cet accord, déjà trèsremarquable, serait encore plus grand, si M. Martin de Moussyÿ avait pris, pour la combiner avec les observations des heures de minimum du matin et de moyenne température du soir, celle de 1 heure aprèsmidi, au lieu de celle de 2 heures, car, sur les côtes surtout, la température maximum est généralement avant 2 heures, à cause de la brise de mer qui s'élève quand le maximum approche, et arrête le plus souvent l’accroissement de la chaleur longtemps avant 2 heures du soir. Ceci explique facilement pourquoi la température moyenne trouvée par lui pour Montevideo est relativement plus basse que celle des autres localités, où cet effet étant moins sensible, le maximum s’est moyennement rapproché de 2 heures, sans toutefois l’atteindre, car la brise est encore très-forte et fraiche après 1 heure, dans les bas des bassins des grands fleuves et près de leurs rives. Mais, quoi qu'il en soit, l'accord de ma formule avec les observations en question est déjà bien suffisant pour faire voir que cette formule, représentant si bien le décroissement de la température de Pernambuco à Rio, continue de le représenter dans tout le sud de l'empire. Elle le représente même avec une complète exactitude jusqu’à la pointe sud de l'Amérique. En effet, quoiqu'on n'ait guère d'observations dans ces régions, on connaît toutefois celle de Port-Famine, dans le détroit de Magellan,
par 53°37’ de latitude sud, et cette température, d’après les observa-
tions, est de 5°,0. Or, pour la latitude en question ma formule donne aussi exactement 5°,0, et ce fait montre l'exactitude avec laquelle elle représente les températures moyennes annuelles de tout le côté oriental de l'Amérique du sud, depuis Pernambuco jusqu’à son extrême sud. Nous déduirons donc de là la conséquence suivante : Za côte orientale de l'Amérique du sud, au sud de Pernambuco, jouit sensiblement de la température appartenant moyennement à sa latitude, et par conséquent n'éprouve de la part des courants marins aucune influence propre à en élever ow à en abaisser la température au-delà de l'effet général et moyen des courants marins sur l’ensemble de la répartition des températures terrestres. |
Il n’en est pas de même sur la côte nord du Brésil, entre le cap Saint-Roch et l'embouchure de l’Amazone. En effet, la température moyenne de San-Luiz-de-Maranhaô a été déterminée par observation, et est de 26°,8. Je dois en outre à la complaisance de M. le général Baurepaire-Rohan la communication d’une année d'observations météorologiques faites au Para. J’y trouve pour température moyenne, au lever du soleil, 25°,07, à 2 heures du soir, 28°,15, dont la moyenne, 26°,6, représente sensiblement la température moyennne du lieu, à 3 ou 4 dixièmes de degré près. La remarque précédemment faite pour les observations de M. Martin de Moussy est ici applicable, et le nombre de 26°,6, doit être plutôt trop faible que trop fort. On peut donc admettre le chiffre rond de 27°, comme température trèsrapprochée du Para, à un ou deux dixièmes de degré près. Au-delà des limites du Brésil, mais assez près de ces limites, nous trouvons une troisième température bien déterminée par huit ans d’observations ; celle de Cayenne, ville située par 4°,56’ de latitude nord. Elle est de 26°,8. Or, si par ma formule on calcule les températures répondant aux latitudes de San-Luiz-de-Maranhaô, Para et Cayenne, on trouve respectivement les trois nombres 27,8; 27,9; 27,7. Donc les observations donnent de moins que la formule, savoir : pour San-Luiz-de-Maranhaô, 1°,0, pour la ville de Para, 0°,9, pour Cayenne. 0°,9. Par conséquent, sur cette côte, la température est inférieure d'environ un degré à la température appartenant moyennement à la latitude de ces lieux. Au nord de Cayenne, cet effet va en s'atténuant. Ainsi, à Demerary, dans la Guyane anglaise, la tempé-
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