‹ La Belgique horticole (volume 2)Chapitre 66 sur 121 · RAPPORT SUR LES IRRIGATIONS DE LA CAMPINE BELGE · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR LES IRRIGATIONS DE LA CAMPINE BELGE

PAR M. J. KEELHOFF,

directeur du service des défrichements de la Campine.

Ce document, adressé à M. le Ministre de l'Intérieur et inséré dans le Bulletin du Conseil supérieur d'agriculiure, tome XXVI, nous à paru intéressant et instructif.

Le produit des irrigations à été très-satisfaisant ; celui de la première coupe environ 4,321,700 kilogr.; et de la deuxième de 2,317,300 kilogr., soit approximativement 18 p. c. de plus que l’année précédente, et les récoltes seraient plus considérables encore si tous les prés étaient rationnellement exploités, mais il n’en est pas ainsi. Plusieurs laissent à désirer tant sous le rapport de l’arrosage que sous celui de l’application des fumures.

L'assainissement de plusieurs irrigations, de même que l’arrosage

régulier ne se font pas convenablement. Les rigoles d'égouttement et d'écoulement n’ont pas la profondeur voulue, tandis que le contraire

se remarque pour celles de déversement ; double défaut qui neutralise en grande partie les bons effets de l’arrosage et donne lieu à des pertes d’eau. Comparée à la situation d'il y a dix années, il y a amélioration sous ce rapport. Certains propriétaires font l'entretien de leurs prés fort convenablement et ont toujours des produits remarquables, mais c'est le petit nombre. Les autres paraissent ne pas pouvoir se rendre compte de l'influence salutaire qu'exercent sur la végétation les soins journaliers donnés à une irrigation, pour en assurer l'assainissement énergique et l’arrosage régulier. Depuis quelques années, je remarque même, qu'à quelques exceptions près, 1l n’y à aucun progrès sous ce rapport, et je l’attribue à ce que, pour ne pas froisser l'amour-propre, d’après moi mal entendu, de certains propriétaires, l'administration ne constate plus la situation détaillée de chaque prairie. Cette réserve me paraît excessive, et je me propose de rédiger mon prochain rapport en y signalant, pour chaque irrigation, les défauts que j'y rencontrerai et les mesures à prendre pour les faire disparaître. Ce sera un travail fastidieux, mais fort utile. Tous

les intéressés, auxquels il faudra communiquer un exemplaire du Bulletin du Conseil supérieur d'agriculture, y trouveront les renseignements nécessaires pour mettre leurs prairies en parfait état, de facon à tirer tout le parti possible de l’eau mise à leur disposition. L'exploitation des prairies au point de vue des engrais traverse actuellement une espèce de crise. Pendant nombre d'années on n’a fait usage que de guano du Pérou, mais outre que cet engrais n'a plus la même valeur fertilisante que jadis, son prix a augmenté d'année en année et est devenu tellement élevé, que les résultats qu’on en obtient ne sont plus en rapport avec les dépenses auxquelles son emploi donne lieu. D'autre part. les engrais de haut titrage qu'on trouve dans le commerce sont également fort chers et les propriétaires qui, en général, ne font pas d'expériences ou les font sans méthode, ne sachant se former une idée exacte sur la valeur relative des engrais, hésitent, et, dans la crainte de faire une dépense inutile, réduisent les doses ou même ne donnent aucune fumure à leurs prairies. Cet état de choses est fâcheux, mais j'ai lieu de croire qu’il ne durera plus longtemps. — Quelques propriétaires se livrent à des expériences dont j'aurai soin de signaler les résultats, afin de faire connaitre à tous, les engrais à mettre en œuvre pour obtenir des produits rémunérateurs.

Depuis deux années M. le général Leclercq et M. Tacquenier ont fait usage des engrais que j'emploie avec plein succès et qui ont fait l’objet d’une série d'expériences indiquées dans mon rapport de 1870. En 1871, M. Leclercq les à appliqués à une surface de 10 hectares de ses irrigations. Les résultats obtenus ayant été supérieurs à ceux donnés par le guano pour une même dépense, il en étend l'usage cette année à une surface de 20 hectares; M. Tacquenier a été tellement satisfait de son premier essai que cette année il a complétement abandonné l'emploi du guano. Ces expériences très-utiles en elles-mêmes laissent cependant à désirer. Le pesage des récoltes dues aux différents engrais employés ne se fait pas avec assez d'exactitude; c'est à vue d'œil qu'on les apprécie et par le nombre de charrettes de foin enlevéés des parcelles soumises aux expériences. Ces procédés sommaires suffisent à ces Messieurs pour se guider, mais ne présentent pas l'exactitude rigoureuse exigée pour déduire d’une expérience toutes ses conséquences.

Enfin, M. De Walque, professeur de chimie industrielle à l'Université

de Louvain, a commencé cette année des expériences comparatives dans les irrigations de M" Houbotte, sa belle-mère. Elles seront faites avec tous les soins possibles et continuées pendant quelques années, afin de pouvoir en déduire avec toute la certitude voulue la composition de la fumure la plus avantageuse à employer. M. De Walque m'a indiqué les opérations qu’il à entreprises et a bien voulu me promettre de me communiquer les résultats qu'il obtiendra et que j'aurai soin de signaler en temps opportun.

En ce qui me concerne, j'ai continué les expériences commencées en 1867 et les résultats confirment ceux que j'ai obtenus antérieurement.

En 1872, j'ai fumé la moitié de mes irrigations avec un mélange de 200 kilogr. de sulfate d'ammoniaque et d'autant de superphosphate de chaux par hectare. Sur 20 hectares j'ai employé 100 kilogr. de sulfate d'ammoniaque, 300 kilogr. de superphosphate de chaux et 200 kilogr. de sulfate de chaux, et enfin 5 hectares ont recu une fumure composée de 700 kilogr. de superphosphate de chaux, de 200 kilogr. de sulfate de chaux et d’autant de sel ordinaire; cette dernière fumure m'a été fortement recommandée par un agronome allemand, M. Von Wurstenheim. Le produit obtenu par la première fumure est de 4,789 kilogr., par la deuxième de 4,118 et par la troisième de 4,023 kilogr. de foin par hectare. Ces résultats sont donc conformes à ceux consignés dans mon rapport de 1870 et je crois avoir la certitude que la fumure la plus avantageuse est celle composée de 200 kilogr. de sulfate d’ammoniaque et d'autant de superphosphate de chaux de bonne qualité, fumure qui met à la disposition des plantes par hectare environ 40 kilogr. d'azote et 80 à 32 kilogr. d'acide phosphorique soluble dans l’eau. S'il y a des légumineuses dans les prairies il convient d'y ajouter 100 à 150 kilogr. de sulfate de chaux.

Cette fumure combinée avec l’arrosage, mais à condition qu'il se fasse avec tous les soins possibles, donne un résultat très-rémunérateur. 1&

Une pratique des plus recommandables pour exploiter les irriga- | tions, c’est le pâturage. Cette opération, non-seulement est trèslucrative, mais elle améliore encore considérablement le gazon. MM. Leclereq et Tacquenier l’appliquent avec plein succès ; le premier fait pâturer annuellement la bonne moitié (50 hectares), le dernier

les six septièmes de ses irrigations (65 hectares). La preuve la plus concluante que cette opération est très-avantageuse, c’est que ces Messieurs ont donné d'année en année plus d'extension à ce mode d'exploitation et l’année dernière j'ai pu me convaincre qu’il améliore considérablement le gazon. M. Tacquenier a fait usage pour fumer ses irrigations des mêmes matières que moi: le sulfate d'ammoniaque, le superphosphate de chaux et le sulfate de chaux; mais seulement la moitié des quantités que j'ai mises en œuvre, et la parcelle de 10 hectares qu’il a fauchée a donné environ 5,500 kilogr. de foin par hectare, tandis que la moyenne de ma récolte n'a été que d'environ 4,500 kilogr.

En présence de si beaux résultats, on doit être étonné que le pâturage des prés ne prenne pas plus d'extension, mais il est à observer ‘ que ce mode d'exploitation exige d’avoir * sa disposition un agent très-probe, connaissant parfaitement l’achät et la vente du bétail, ainsi qu'un capital de roulement assez considérable; sinon l’on s'expose à faire des pertes, surtout si l'agent n’a pas les qualités requises. Outre MM. Leclereq et Tacquenier, d’autres propriétaires tiennent du bétail, mais en petit nombre. En ce qui concerne le défrichement des terrains incultes, il va annuellement en progressant. Cette branche du service de la Campine fait l'objet d’un rapport détaillé de M. le contrôleur des défrichements. Comme d’habitude je me bornerai donc à donner un apercu des travaux effectués pour mettre en valeur les marais et bruyères de Kinroy, Molenbeersel, Bocholt, Brée et Neeroeteren. |

Depuis l’année dernière, la Banque Générale pour favoriser l’agriculture n’a rien fait. Cet établissement a liquidé, circonstance qui nécessairement donne lieu à une stagnation dans les travaux. — On cherche à vendre la propriété, et il parait qu’on trouvera des preneurs qui, il faut l’espérer, mettront plus d'activité et une meilleure entente dans la mise en valeur des 2,727 hectares de bruyères et marais, dont jusqu’à présent la Banque Générale n’a pas tiré grand parti. f

En ce qui concerne MM. Claes et Fléchet, propriétaires de 716 hectares de bruyères et de terrains marécageux sous Neeroeteren, ils continuent avec succès leur belle entreprise ; 586 hectares sont déjà convertis en terres, prés et bois. — Ces opérations se font avec tous

les soins possibles. — Ses résultats ne jaissent rien à désirer sous aucun rapport et font l'objet de l'admiration des nombreux étrangers qui viennent visiter cette vaste entreprise agricole, qui n’a pas sa pareille sur le continent.

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