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On était au déclin du premier empire et l’on traversait une période de misères et d’oppression politique. Il n’existait à Liége aucune notoriété scientifique : le temps n’était pas favorable aux bienfaits de la paix ni au commerce des fleurs. Après le passage des alliés en 1814, le nouveau gouvernement des Pays-Bas fut inauguré en 1815. De cette époque date la véritable prospérite de Liége. Un mécanicien anglais, John Cockerill, et un enfant du pays, Orban, patronnés par le roi Guillaume, donnèrent à l’industrie et aux manufactures un essor extraordinaire. De même que Jacob-Makoy, ces hommes étaient d’origine plébéienne : ils s’éleverent bien au-dessus de lui parce qu’ils étaient fortifiés par linstruction et qu’ils touchèrent à des intérêts plus élevés, mais il n’en est pas moins vrai que Jacob a fait pour l’horticulture liégeoise ce que John Cockerill a fait pour la grande industrie :ilen a été le promoteur et Le rénovateur. L’Angleterre était alors radieuse et toute puissante : le monde était tributaire de ses produits, même en ce qui concerne le jardinage. En Belgique on rivalisait de son mieux; Cockerill installait à Liége des outillages perfectionnés. Jacob voulut aussi doter sa ville natale d’un établissement complet d’horticulture tel qu’il n’en existait alors qu'aux environs de Londres. Il partit pour l'Angleterre en 1822 : la traversée dura quatre jours sur un bateau à voiles et ce premier voyage, qui fut tout une Odyssée, fournit à Jacob la matière de récits et d’anecdotes dont il ne tarit jamais. Comme il ne comprenait pas un mot d'anglais, il lui était impossible de débattre le prix des plantes qu’il voulait acquérir et c’étaient les meilleures, car il avait le flair du métier, comme on dit vulgairement. Mais il avait le gousset bien fourni et, tirant de sa poche livres et shellings, il montrait la plante et laissait doucement couler l’or et l'argent
dans la main de l’horticulteur anglais, jusqu'à ce qu’elle se
Due 0 ER refermât. C’est ainsi qu'il rapporta triomphalement les premières Orchidées exotiques qui furent introduites à Liége.
On peut juger de la prospérité publique d’un pays par le développement de son horticulture. À Liège elle commençait à devenir florissante sous le gouvernement tutélaire des Pays-Bas. Les botanistes, les amateurs et les jardiniers s’adonnaient à leurs occupations favorites. Le 4 avril 1830ïls constituerent la première Société d’horticulture de Liége : la première exposition fut ouverte à l'Hôtel de ville le 20 juin 1830. |
Le président était H. M. Gaede, professeur d’histoire naturelle à l’Université; le secrétaire Richard Courtois et le trésorier l’avocat Zoude. Les amateurs étaient nombreux : Borsu, F. Desoer, Frésart, conseiller à la Cour supérieure, F. Hubart à Ougrée, J. F. Lesoinne, avocat, E. de Sauvage, avocat, de Sauvage Vercour, Antoine Vanderstraeten, Edouard Terwangne, le comte de Berlaymont à Florzée, À. de Senzeilles, de Sélys, de Macors, le comte de Geloes, C. de Sarolea de Cheratte, de Spirlet, de Chestret de Hanneffe, Marcellis, avocat, J. F. Latour, le chevalier de Loos de Trixhe, Dejaer-Quiriny, la comtesse de Méan, Madame Destriveaux et d’autres.
Parmi les jardiniers nous relevons, après Jacob-Makoy, les noms de F. Deville et Beaufays, jardiniers à l’Université, Darimont, Debeur, J.J. Galopin au Val-Benoît, J. Henrard, J. Legraye à Ans, E. J.lLibert, Malaise-Discry, Mouton, Redouté à Sclessin, Mawoit, Ruth-Paquot.
Deux membres fondateurs vivent encore en ce moment : un littérateur de mérite, M. F. d’Otreppe de Bouvette et un jardinier bien honorable, M. Gaspard Dozin.
Quatre prix seulement étaient mis au concours à l’exposition du 20 juin 1830, deux prix de collection et deux prix de belle
HIDE floraison. Le plante couronnée fut un Calceolaria purpurea de M. Jacob-Makoy.
De ce moment datent les succès de Jacob aux expositions et aux concours publics: ils sont si nombreux qu’on ne saurait les compter. Ses médailles accumulées doivent former un trésor comme celui de Pyrrhus, d’Attila et de Crésus. Chaque fois qu'il est entré en lice, il a pu s’écrier comme César : Veni, Vidi, Vaci.
Les bonnes idées et les progrès ne sauraient être réalisés sans les hommes nécessaires. Jacob-Makoy était cet homme en ce qui concerne l’art, mais Richard Courtois fut l’homme de la science.
L'influence de cet infortuné savant, mort à 29 ans, a été immense à Liége : sa gloire n’est pas à la hauteur de ses mérites. Il fut le véritable fondateur de la Société de Liége. Les procès-verbaux et les bulletins qu’il a laissés sont des modèles qui n’ont jamais été égalés nulle part. Nous possédons la collection, unique sans doute, des publications de toutes les Sociétés d’horticulture de Belgique depuis l’origine : ce sont des documents précieux pour l’histoire de la botanique nationale. Nous pouvons affirmer que les premières publications de Liège sont les plus remarquables et les mieux faites.
Richard Courtois et Lambert Jacob étaient faits pour se compléter, l’un comme botaniste, l’autre comme praticien.
La première exposition de Liége fut donnée pendant les troubles qui agitaient les provinces méridionales du Royaume des Pays-Bas. À ce moment, les autorités locales étaient :
A. J. Sandberg van Essenburg, gouverneur de la province ;
P. F. Nicolay, premier-président de la Cour supérieure de justice ;