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LES FLEURS EMBLÉMATIQUES

Dans son numéro du 22 Août 1874. p. 226, le Gardeners Chronicle rappelle que les fleurs ont de tout temps servi d'emblème ou de signe de reconnaissance aux nations ou aux partis. Tout le monde a entendu parler de la Rose d'Angleterre, du Chardon d'Ecosse, du Trèfle Irlandais, du Poireau Gallois ou des Lis de France. La guerre des deux Roses ensanglanta le sol de la Grande-Bretagne. En France le parti bonapartiste a choisi la Violette pour emblème depuis le séjour de Napoléon I° à l’île d'Elbe. Les radicaux du Midi ont pris le Thym pour signe de ralliement et ils en décorent les autels dela République.

Chacun connaît les significations attribuées à certaines fleurs. Qui n’a déposé des Immortelles sur la tombe d’une personne regrettée ou planté de Soucis la terre qui la recouvre? Quelle jeune fille n’a interrogé la blanche Marguerite ou rêvé du bouquet de fleurs d'Oranger?

Les plantes ont eu les honneurs du culte. Les Grecs et les Latins en avaient fait des Nymphes, les Germains les avaient placées sous la protection de Frigga. Pour les Celtes le Gui était sacré, comme le Figuier des Pagodes l’est aujourd’hui pour les Hindous.

De nos jours la superstition continue à attribuer à une foule de plantes des propriétés merveilleuses. À ce propos rappelons une conférence donnée par M. von Perges (1) où les croyances populaires, les légendes relatives au règne végétal avec leur origine probable et leur histoire étaient relatées dans un style vif et piquant. Ils est inutile d’aller en Autriche pour trouver ces restes des croyances semi-païennes du moyen âge. Dans notre patrie qui se vante d'être si éclairée, combien de campagnards ont une foi inébranlable dans les vertus magnifiques de la baguette de Coudrier. Combien se croient protégés contre la foudre parce qu’une touffe de Gramens, d'Origans ou de Joubarbe croît sur le toit de leur chaumière! Combien enfin ont plus de confiance dans les simples recueillis par le vieux berger que dans les prescriptions du médecin ou du vétérinaire! Louis QUAEDVLIEG.

(1) ScAriften des Vereines ur Verbreitung naturmwissenschaftlicher kenhtnisse in Wien. vol. X, 1869-70, p. 309.

LE CLIMAT ET LA GÉOGRAPHIE BOTANIQUE DU BRÉSIL

PAR M. EMMANUEL Larais, Directeur de l'Observatoire Impérial de Rio-de-Janeiro.

(Chapitre détaché de l’ouvrage intitulé: Climats, Géologie, Faune et Géographie botanique du Brésil, Paris 1872).

(Suite à la page 254).

Saisons, humidité, pluies et autres phénomènes météorologiques au Brésil.

Ce n’est pas seulement le simple décroissement de la température moyenne, le seul dont nous ayons parlé jusqu'ici, auquel il faut attribuer les notables différences des deux flores équatoriales et tropicales. Il joue sans doute un rôle puissant pour ralentir la végétation de certaines espèces équatoriales demandant une chaleur soutenue et élevée pour végéter, mais l’action de ce décroissement moyen est puissamment aidée par la variabilité des températures hibernales, car les températures maxima ne diffèrent guère au Tropique et à l'Équateur. Au contraire, ces dernières tendent plutôt à croître vers les Tropiques, et ce fait se conçoit aisément. En effet, le soleil atteint le zénith en tous les points de la zone intertropicale, mais il y reste peu à l’Équateur, et passe rapidement de l’autre côté. Au Tropique, il séjourne au contraire longtemps près du zénith, et en même temps la présence du soleil sur l'horizon est de plus de 12 heures. A l'été du Tropique, le soleil chauffe donc autant qu’au zénith de l’Équateur, mais il chauffe plus longtemps, le refroidissement de la nuit dure moins, et ceci a lieu pendant une série de jours. L'effet de l'allongement des jours est même tel, que les plus fortes chaleurs terrestres s’observent à une certaine distance en dehors des Tropiques, quand par hasard les vents polaires ne viennent pas arrêter l’échauffement. On connaît les énormes chaleurs de la Syrie, très-supérieures aux plus fortes chaleurs de Rio-de-Janeiro. À Montévidéo, M. Martin de Moussy a observé une fois 41° en été. En aucun point du Brésil

DE re

tropical, je n'ai eu l’occasion d'observer 40° pendant mon long séjour. J'ai seulement noté une fois 39°,4 aux environs de Rio-de-Janeiro et 39°,8 à Olinda, près de Pernambuco. La plus basse température observée en ce dernier point a été de 15°,5, d'où une différence seulement de 24°,3 entre les extrêmes. A Rio, la différence entre les extrêmes est de 29°. À Montévidéo, où le thermomètre atteint 0°, elle va jusquà 41. À Pernambuco, les différences des températures moyennes du mois le plus chaud et du mois le plus froid n’atteignent pas 2°. À Rio-de-Janeiro, la température moyenne des trois mois les plus chauds est de 26",1 ; celle des trois mois les plus froids, de 20°,3. La différence de température moyenne, entre l'été et l'hiver, est donc déjà de 5°,8. À Montévidéo, cette différence est de 10°,0; et la température moyenne des trois mois les plus froids ou de l’hiver, y est de 112,8; celle de l’été de 21°,8. Donc en résumé, 1° les températures maxima accidentelles tendent plutôt à croître qu'à décroître, à partir de l’Équateur, jusqu’à une assez grande distance au delà du Tropique ; 2° les températures estivales décroissent lentement dans le même intervalle; 3° les températures hibernales décroissent beaucoup plus vite que les températures moyennes, et à elles surtout est due la limitation de l'extension des plantes de la flore équatoriale, et aussi de celles de la flore tropicale en dehors du Tropique.

C’est ici le lieu de parler d’un phénomène extraordinaire et remarquable, d'une température survenue en 1870, sur le haut plateau de Minas-Geraes, entre San-Paulo, Barbacena etles massifs montagneux des environs d'Ouro-Preto. Sur ce plateau, dont l'altitude varie en ses divers points de 900 à 1100 mètres, la température moyenne est inférieure de 5° environ à celle du niveau de la mer, sousle même parallèle, et à cause des différences de latitude, d'environ 4° à celle de Rio-de- Janeiro. À Atalaia, près de cette dernière ville, la plus basse température donnée par mon thermomètre minimum, dans de bonnes conditions à l'air libre et préservé contre le rayonnement, a été de 10°,8 et cela une seule année. Généralement, les minima annuels ne descendent pas au-dessous de 12°,5. Si entre le plateau de Barbacena et Rio-de-Janeiro, les différences entre les extrêmes restaient toujours égales aux différences. entre les moyennes, ces nombres répondraient à ceux de 6°,8 et 8°,5 sur ce dernier plateau. Mais

l'égalité en question n'existe pas, car la température varie plus

dans la même journée sur les lieux élevés que dans les lieux bas (1).

Ceci s'explique aisément, car, par suite de la diminution d'épaisseur de la couche d’air sur les lieux élevés, diminution manifestée d’ailleurs par celle de la pression barométrique, l'atmosphère diminue moins le refroidissement dû au rayonnement nocturne, et diminue moins de jour aussi par absorption l'intensité de la radiation solaire. Il y a donc moyennement plus de différence sur les plateaux élevés du jour et de la nuit, par les temps de ciel serein, que dans les plaines au niveau de la mer. Les maxima diurnes, toutefois, y sont moins élevés, car l’action de l'altitude compense au-delà l’excès de la température dû à la supériorité de la radiation solaire, maïs les minima au contraire sont beaucoup plus bas, parce que cette action d’altitude et l’excès de la radiation nocturne se réunissent pour les abaïsser. La remarque précédente est seulement relative aux grands plateaux ; elle ne s'applique pas aux montagnes isolées, ni même aux chaînes de montagnes proprement dites, car, pour celles-ci, c’est la température de l’air ambiant de leur niveau, lequel n’a pas été en contact avec le terrain échauffé ou refroidi des régions voisines qui détermine la leur, en réchauffant rapidement leur sol s’il se refroidit trop, en le refroidissant de même, quand la température tend à s'élever au-dessus de celle de la couche d'air du niveau en question. Aussi le climat des chaînes de montagnes tend-il vers une plus grande constance, et celui des plateaux, surtout dans leurs vallées ou l'air se renouvelle moins facilement, vers une plus grande variabilité que celui des plaines basses. Ce dernier cas se rencontre dans le plateau de Minas-Geraes. Aussi la température minimum hibernale, au lieu d’être de 7 à 8 degrés au-dessus de zéro, comme à priori on aurait été tenté de le croire, par la comparaison avec les minima de Rio-de-Janeiro, s'y abaisse-t-elle jusqu'à 3 à À degrés au-dessus de zéro au point du jour, dans les temps clairs, et même parfois encore 1 ou 2 degrés de moins dans certaines vallées. Alors, dans ces circonstances, il existe quelquefois un peu de givre, ou gelée blanche dans les Campos, sur

(1) Outre cela, à Rio-de-Janeiro, la mer, dont la température change peu du jour à la nuit, agit pour diminuer en général le maximum diurne, et élever le minimum nocturne.

les graminées et la surface des feuilles dont, par l'effet du rayonnement, la température est encore inférieure à celle de l'air. Toutefois ce givre, généralement très-peu gelé et mêlé de beaucoup de rosée, fond aux premiers rayons du soleil.

La gelée proprement dite était tout à fait inconnue sur le plateau ; les nonagénaires ne se souvenaient jamais d'en avoir vu, et ont été frappés d’étonnement quand, au mois de juin 1870, ce phénomène s’est produit avec une intensité extraordinaire pour ces régions. Cette fois, la gelée s'est montrée fort persistante, et a duré de cinq à six jours depuis Barbacena jusqu'aux Serras d'Ouro-Branco, dans tout le bord oriental du plateau central de Minas. Ce phénomène a été local, limité, non accompagné de températures anormales dans d’autres régions du Brésil peu éloignées. J'étais alors dans le centre de la province de Bahia, où la température était élevée comme d’habitude, et après mon retour à Rio-de-Janeiro, j'ai trouvé, au mois d'août suivant, l'index de mon thermomètre minimum à 12°,5 au-dessus de zéro, lequel me marquait ainsi la plus basse température de Rio-de- Janeiro depuis un an environ, époque de mon départ, et m’apprenait ainsi, qu'à Rio, rien d’anormal dans la température ne s'était produit pendant le froid extraordinaire de Minas-Geraes.

Quoi qu'il en soit, le froid de Barbacena a été assez intense et assez long pour pénétrer dans les habitations, où l’eau a gelé. Dans ce pays, il est vrai, les maisons n'ont pas de murailles épaisses comme dans les pays froids, les cheminées y sont totalement inconnues, car elles sont une chose inutile pour les chambres, et la cuisine s’y fait sur des fourneaux. Ces conditions sont complétement suffisantes pour l’état normal des hivers, car les basses températures de 3 à 4° audessus de zéro, dont j'ai parlé, existent seulement à la fin de la nuit, vers le matin, et n’ont pas le temps de pénétrer à l’intérieur. Dès le lever du soleil, la température remonte très-vite, et ces circonstances expliquent l'absence et l’inutilité des cheminées dans les chambres. Mais, en même temps, elles montrent précisément combien le phénomène dont nous nous occupors était anormal, et font comprendre la facilité qu’éprouva la gelée pour pénétrer dans les habitations. M. le vicomte de Prados était à Rio au moment du phénomène mais en retournant à Barbacena au mois d’août il trouva le thermomètre à minima placé dans son salon (lequel était fermé) marquant 29°,50

Fahrenheit, c'est-à-dire 1°,4 centigrade au-dessous de zéro. Ceci indique combien le froid avait dû étre intense et soutenu à l'extérieur. Le vice-consul de France à Barbacena, M. Renault, m'a dit que le thermomètre est descendu le dernier jour jusqu’à près de six degrés au-dessous de zéro à l'extérieur, mais cette dernière température a duré un court instant seulement. Toutefois, évidemment, la température a dù rester assez longtemps vers 2 à 3° au-dessous de zéro dans la dernière nuit, sans quoi le thermomètre n'aurait pu descendre à 1°,4 au-dessous de la glace fondante, à l’intérieur d’une pièce fermée, et encore ceci était explicable seulement par le très-fort abaissement de température qui avait eu lieu déjà depuis plusieurs jours, où, dans les nuits précédentes, le thermomètre était descendu un peu au-dessous de zéro. Des plantations de cannes à sucre ont été détruites, des ruisseaux se sont glacés, et on a remarqué que beaucoup de poissons sont morts. Des forêts ont été totalement gelées, comme si elles avaient été grillées par le feu, et beaucoup de jeunes arbres ont péri. Il y a eu aussi parmi les personnes des victimes du froid, dans les campagnes où les tropeiros ou conducteurs de mulets chargés sont à peine couverts de vêtements de toile, et couchent souvent sous des hangars ouverts, ou même dehors.

À première vue, l'explication de ce phénomène anormal est difficile, car des vents inférieurs, venant de régions éloignées au sud, ne peuvent parvenir à ces latitudes à une basse température, puisqu'ils s’échauffent dans tout le trajet par leur contact avec le sol, sous l'influence de la radiation solaire. Un abaissement direct de l'air froid des régions supérieures de l'atmosphère ne peut avoir lieu sans un échauffement considérable de cet air, en vertu de la compression éprouvée et par conséquent on ne peut recourir à l'hypothèse pure et simple d'un courant atmosphérique descendant, d'autant que le phénomène en question serait alors fréquent. IL faut donc un concours de circonstances plus complexe et par conséquent plus rare. La seule explication possible consiste à admettre que, dans une latitude beaucoup plus australe, où par conséquent l'hiver pouvait sévir avec rigueur, car le mois de juin est mois d'hiver dans l’hémisphère sud, une grande masse d'air froid à une température très-inférieure à zéro et acquise sous l’action d’un fort rayonnement de la surface terrestre et de vents du sud, s'est trouvée portée, par une cause dont nous

examinerons plus loin l’origine, à une grande hauteur du sol. Par la dilatation accompagnant ce soulèvement, sa température s’est encore abaissée d'une quantité égale à celle dont cette même température pourrait s'élever de nouveau, si la masse d'air en question redescendait de cette hauteur à son niveau primitif. Poussée ensuite dans la direction du nord à son niveau élevé, cette masse d’air s’est rapprochée de l’'Equateur sans s’échauffer beaucoup, contrairement à ce qui serait arrivé si elle avait rasé le sol, car les rayons solaires élèvent peu la température de l'air en le traversant, et on sait que celui-ci s’échauffe surtout par son contact avec le terrain, et par les courants ascendants auxquels cette circonstance donne lieu. Mais, en arrivant vers la latitude des plateaux de Minas-Geraes, la masse d’air froid dont il s’agit s’est abaissée jusqu’au niveau de ce plateau, et l’échauffement résultant de cet abaissement n’a pu que la ramener à sa température primitive, et cela même en ne la supposant pas partie originairement d’un niveau plus bas. Donc, elle aurait pu y porter une température inférieure même à sa température originelle, si ce n’est le léger échauffement éprouvé sous l'influence des rayons solaires dans le trajet, et aussi toujours quelque léger mélange avec les couches ambiantes moins refroidies. Cela posé, on comprend facilement comment vers l'extrémité sud de l’Amérique, dans des latitudes de 12, 15, ou même 20 degrés au-dessous de zéro sont accidentellement possibles en hiver à la surface du sol et vers le niveau de la mer, un grand vent c'est-à-dire une grande masse d’air en mouvement dans la direction de l’ouest-sud-ouest à l’est-nord-est soit venue battre contre la masse des terres et des Andes australes, où, en vertu de sa vitesse acquise, elle à pris un mouvement ascendant, tout en continuant de conserver une vitesse vers l’E.-N.-E., circonstances pour laquelle elle aurait rencontré dans les couches supérieures des conditions favorables, comme par exemple un mouvement préexistant de même sens, auquel cas la chaîne n'aurait pas déterminé un tourbillon à axe horizontal, nuisant à la propagation de l'air soulevé. Alors, dans le courant d’air supérieur, la composante du mouvement vers le nord s'est conservée, et a amené bientôt par l'effet de la rotation terrestre la diminution progressive de la composante vers l’est, après déjà un long trajet dans la direction ouest et il est resté finale-

ment au vent du sud. Pour que ce vent glacé puisse atteindre à la fois

la latitude et le niveau du plateau de Barbacena, il suffit maintenant que ce même vent, déjà parvenu dans une latitude plus basse, ait rencontré des circonstances favorables pour se propager vers le nord, et reprendre une composante vers l'est pour devenir sud-ouest, et se glisser entre les vents généraux nord-ouest du contre-alizé par lesquels il aurait été refoulé progressivement en bas. On voit ainsi comment il à fallu, pour ce phénomène, le rare concours de circonstances fortuites et très-nombreuses sur un trajet considérable.

Par elle-même, l'existence de grands courants d’un froid extraordinaire traversant accidentellement les hautes régions de l'atmosphère est toujours facile à expliquer de la manière précédente, c'est-à-dire par des masses d’air déjà froid, élevé dans les hautes latitudes, à la rencontre des chaïnes de montagnes. L'existence de ces courants a été constatée, surtout depuis la mémorable ascension de MM. Barral et Bixio, lesquels, à Paris, en été, sont tout à coup entrés dans un courant de 40 degrés au-dessous de zéro. Ces mêmes courants froids ne sont certainement pas sans relation avec le phénomène de la grêle, et peuvent puissamment concourir à expliquer deux circonstances de ce phénomène ; le développement en longueur des bandes de terrain grélées, et la tendance des grêles à tomber toujours de préférence dans de certaines régions, chose qui doit être, du moment où les courants froids en question sont surtout créés par les montagnes, car ils doivent avoir alors une grande tendance à suivre les mêmes trajets en relation avec la coufiguration du sol. Mais les circonstances par lesquelles ils peuvent d’une part être amenés dans une région donnée à leur maximum de froid et d'autre part être forcés de descendre à la surface du sol et surtout sans s'être échauffés par une abondante condensation de vapeurs dans les couches inférieures. plus humides, sont considérablement plus rares. Les courants en question sont toutefois en relation aussi avec les froids extraordinaires observés dans des latitudes relativement basses des régions tempérées, mais ils ne peuvent arriver cependant à déterminer la congélation au niveau de là dans la zone intertropicale. Ainsi, à Rio-de-Janeiro, par exemple, en supposant même que le courant tombé à Barbacena y fut descendu, l'échauffement éprouvé par lui en plus en descendant à ce niveau l’aurait ramené aux environs de zéro, et les vapeurs dont il aurait fait la

condensation auraient encore élevé sa température de 5 ou 6 degrés.

Le phénomène anormal de température dont le plateau de Minas- Geraes a été le théâtre, en 1870, nous montre, dans sa relation de position avec certaines parties de la chaîne des Andes, une facilité pour de grands courants froids à pénétrer dans cette région, et, s’ils ne s'abaissent toujours, à passer au moins dans des couches atmosphériques peu élevées, et ceci ne doit pas être sans rapport avec l'abondance des grêles. Ces dernières y sont fréquentes l’été, pendant les orages. Les grêlons sont quelquefois gros, très-durs, et je les ai vus avoir besoin de trois à quatre minutes pour fondre. En 1862, j'y ai observé quatre chutes dans le mois de novembre. Il y en a, d'après les habitants du pays, une vingtaine moyennement par année.

À Rio-de-Janeiro, les chutes de grêles sont rares. J’y ai eu connaissance de quatre chutes seulement, de 1858 à 1864, dont j'en ai vu trois, et de deux autres ensuite, de 1865 à 1871. La première chute eut lieu le 22 février 1859, et il y eut uniquement quelques grélons mêlés à une forte ondée d'orage. Deux autres se produisirent le 22 et le 30 octobre 1863, pendant de fortes ondées accompagnées de tonnerre. Les grêlons étaient lenticulaires ; j'en ai mesuré de dix-huit millimètres de diamètre et d'un centimètre d'épaisseur. Ils déterminèrent un étonnement général, et j'ai vu des personnes de f{0 ans ne pas se souvenir d'avoir rien vu de pareil. Mais la quatrième chute fut la plus remarquable. Elle eut lieu le 10 octobre 1864, pendant un ouragan terrible, cinq jours après le grand ouragan de Calcutta, et après les froids extraordinaires de France, des 2 et 3 octobre 1864, par conséquent dans une perturbation atmosphérique considérable, dont l’action s'était exercée sur des régions de l'univers très-distantes. Cette chute fut extraordinaire, accompagnée d'un violent orage et d'un vent par lequel, en certains points, des arbres séculaires furent déracinés. Je n'étais pas alors à Rio, mais j'ai su qu'il y a eu des grélons de la grosseur du point. Depuis cette époque, il ne s’est plus produit de fortes chutes de grêle, mais seulement deux fois quelques petits grélons dans les orages. La grêle peut donc être considérée à Rio-de-Janeiro comme un phénomène exceptionnel, et, sur le plateau de Minas- Geraes, comme un phénomène habituel. Au nord de l'Empire, les chutes de grêle sont à peu près inconnues. Ceci me paraît indiquer la rareté des déviations des grands courants froids supérieurs dans la direction de Rio. Il a dû y en avoir un très-intense le 10 octobre

1864, et dans ce pays si montagneux, et où l’air est si plein d'humidité, il a déterminé, par la condensation des vapeurs, un fort orage et un violent ouragan. La grande quantité de calorique latent abandonné par l’eau en se congelant ne permet pas toutefois d'expliquer la grêle uniquement par les grands courants froids supérieurs. Pour la produire, ils doivent se trouver agir déjà sur des nuages formés par une autre masse d'air, et au contact desquels ils sont amenés avec leur froid intense. Celui-ci même ne suffirait pas encore, si ce n’est que la charge électrique des petits globules aqueux se réunissant en gouttes devient, par l'effet de la diminution corrélative de surface, assez intense pour déterminer un écoulement d'électricité faisant passer une partie de l’eau en vapeur, et devenant une puissante cause de refroidissement pour les gouttes formées. J'ai exposé dans l’Æspace céleste, page 385, la théorie de la grêle, et fait voir comment, sur les plateaux élevés de la zone intertropicale, le décroissement de la température avec la hauteur dans l’atmosphère, plus rapide dans les jours chauds que pour les lieux bas, favorise sa formation.

Quoiqu’on n’ait pas souvenir de froids jusqu’à la congélation dans le haut plateau de Minas-Geraes, le phénomène de 1870 a dù se reproduire plusieurs fois dans la série des siècles. On comprend alors comment les hauts plateaux de l’intérieur du Brésil viennent aider encore à la séparation de la flore équatoriale et de la flore tropicale, et assurer les limites de la première et également celles de beaucoup d'espèces animales vers le sud. Ces phénomènes sont toutefois beaucoup trop passagers pour pouvoir être invoqués en faveur de la théorie des glaciers.

A côté de la question des températures, nous avons à envisager celle des pluies, dont l’action sur l'aspect général de la végétation des diverses parties de l'Empire est tout à fait prédominante. La quantité de pluie tombant annuellement sur les côtes du Brésil est d'environ 2 mètres, et dépasse sensiblement ce chiffre en divers points, M. Sarmento à indiqué même 2"62 pour Pernambuco. Sur la côte nord au Para, les observations précédemment citées indiquent 1%90. La quantité diminue au sud du Tropique, et, à Montévidéo, M. Martin de Moussy a trouvé 1"11 seulement. Sur les côtes du Brésil, la tension de la vapeur d’eau contenue dans l’air est considérable. Pour en donner une idée, à Pernambuco, nous avons, à 7 et 10 heures du matin,

1,4, 7et10 heures du soir, trouvé moyennement et respectivement les tensions suivantes en millimetres M20"0:022:67:23,58 :022,24 ; 19,85; 19,69 ; lesquelles répondent aux humidités relatives : 81, 63, 61, 69, 80 et 82. La plus forte tension observée s’est produite dans une journée d'avril, et a été de 38,40. Les nombres précédents donnent une idée de ce qui se passe sur toute la côte, et font voir l'accroissement de la quantité de vapeur d'eau contenue dans l'air, à partir du matin jusque vers une heure du soir, et sa diminution ensuite. Mais comme la température varie dans le même sens, l'humidité relative diminue de sept heures du matin à une heure du soir, puis croit de nouveau. Les deux maxima d'humidité du matin et du soir sont bien marqués. Les rosées sont excessivement abondantes sur les côtes et les marges des rivières, moins dans les parties sèches de l’intérieur, où cependant elles existent encore assez fortes, même dans la saison sèche.

À Rio-de-Janeiro et sur la côte d’Espirito-Santo, il pleut à toute époque de l’année, mais en moyenne beaucoup plus en été, moins en hiver. Les mois moyennement les plus secs sont ceux de juin, juillet et août. Dans tout l'intérieur du Brésil, ces derniers mois sont toujours invariablement secs, et les saisons se partagent en deux : la saison des pluies d'octobre à mars, la saison sèche d'avril à septembre. Les pluies y sont abondantes et font déborder les rivières. Mais, sur la côte de Pernambuco, les pluies sont surtout abondantes dans les mois de juin, juillet et août, lesquels sont les mois secs au sud. Cette inversion de climat est curieuse, et elle dépend de la disposition du continent. En effet, celui-ci s'élève progressivement à partir de la côte, et alors les plateaux élevés de l’intérieur, fortement échauftés quand le soleil est vers le tropique du capricorne, donnent lieu à des courants ascendants et à de forts orages. De là un appel d'air vers les lieux élevés, appel en vertu duquel la brise de montagne et le vent alizé ont une composante commune, celle de l’est. Cet appel d’air empêche les courants ascendants de se former sur la côte de Pernambuco, dont les terrains sont bas relativement, et le vent alizé ne peut déposer en montant, l’eau dont il était chargé, qu'après avoir franchi cette région, et en déviant un peu vers le sud par la cause déterminant la brise de montagne. On a donc à la fois pluies et orages dans l'intérieur, sécheresse à la côte orientale du nord. Dans le sud, au

contraire, à Rio-de-Janeiro, par exemple, où les grandes montagnes sont près du rivage, le courant ascendant se fait dès celles-ci, et les orages y ont lieu comme dans l’intérieur. En hiver, c’est l'inverse : les plateaux de l’intérieur sont plus froids que l'Océan, et le mouvement de l'air tend à se faire de ceux-ci vers la côte. Mais le vent alizé l'entrave, et alors l'air apporté par le vent régulier ne pouvant s'avancer vers l'intérieur s'élève en courant ascendant dès la côte elle-même. De ces courants ascendants naïssent les pluies d'hiver de Pernambuco. Au sud, au contraire, où la limite du vent alizé, en se rapprochant de l’Equateur, fait échapper la côte à son action, ces courants ascendants n'existent pas, et au contraire la tendance de l'air à descendre des plateaux élevés diminue la formation des pluies. L'hiver devient donc la saison sèche, du moins relativement, car sur les côtes il peut pleuvoir en tout temps. La même chose a lieu sur la partie extratropicale de la côte sud du Brésil. De même, dans la partie intérieure extratropicale, les saisons pluviales et sèches sont comme dans le reste de l’intérieur.

À Bahia, le climat participe encore celui de Pernambuco, mais toutefois avec moins de régularité, car on se trouve plus près de la limite de l’inversion, laquelle, suivant les années, se porte tantôt plus nord, tantôt plus sud. La profondeur dans l'intérieur jusqu’à laquelle le climat de côte existe, varie aussi suivant les années dans les provinces du nord. Il en résulte, derrière la bande côtière, ou les pluies prédominent dans les mois de juin, juillet et août, l'existence d’une zone de climat moins régulier que plus profondément dans l’intérieur. Cette zone se trouve par là exposée à de grandes sécheresses prolongées, à cause de l’inversion des climats : si, par exemple, elle participe du climat intérieur pendant la saison sèche, puis du climat de côte pendant la période suivante ou de pluie de l’intérieur laquelle est alors la période sèche pour celle-ci. De même elle peut également, par la même cause, se trouver parfois exposée à des pluies prolongées. Ainsi s'expliquent les grandes sécheresses accidentelles des Sertaôs de Bahia et d'Alagoos, et même d’une partie de celui de Pernambuco, sécheresses favorisées d’ailleurs par la constitution du sol et la rareté des sources, rareté dont j'ai parlé dans la Géologie du Brésil.

Une partie de la province de Ceara se trouve dans le même cas, et ce fait y est plus grave qu’à Pernambuco, parce que la. côte de cette

dernière province, se présentant perpendiculairement au vent alizé, possède en hiver les courants ascendants dus à ce vent et dont j'ai parlé précédemment. Au contraire, la côte de Ceara, laquelle est parallèle à la direction de l’alizé, ne jouit plus de cet avantage, dont l'effet est de compenser les sécheresses d'été. Plus loin, en approchant du Para, il n’y a plus d’alizés, à cause du très-grand voisinage de l’'Equateur, et les pluies sont surtout de janvier à juillet. L'explication de ce fait vient de ce qu’elles ont lieu particulièrement pendant la saison de l’année où les vents de terre sont humides, c’est-à-dire après que le sol y a été fortement détrempé par les premières pluies, et quand les rivières sont débordées et les marécages pleins d’eau, circonstance arrivant vers la fin de décembre et surtout en janvier. Les vents de terre continuent d'être humides encore longtemps après la cessation des pluies dans l’intérieur. C’est pourquoi les pluies abondantes au Para se prolongent jusque vers juin et juillet, après quoi elles diminuent considérablement, quoiqu'il puisse accidentellement y pleuvoir toute l’année, comme sur toutes les côtes. Maïs au Para, où l’action de la mer à pour effet d’abaisser la température du climat, comme nous l'avons vu, la cause principale des pluies doit être évidemment la condensation de la vapeur des vents plus chauds de terre, car la tendance des vents de mer à s’échauffer sur la côte s’oppose à la condensation de leur vapeur dans la majorité des cas.

D'après les observations de M. le vicomte de Prados à Barbacena, la grêle et les orages sont amenés de préférence par les vents venant du côté ouest de l'horizon. À Rio-de-Janeiro aussi, les orages viennent de l’intérieur. Ce fait me paraît se lier à la présence des masses d'électricité répandues vers l’ouest par la cime volcanique des Andes, et, à ce sujet, je rappellerai ce que j'ai dit dans l'Zspace céleste, sur les relations entre l'électricité et les régions volcaniques. Les orages sont excessivement fréquents en été à Rio-de-Janeiro et dans les provinces de Minas-Geraes. Ils y font souvent de magnifiques éclairs non-seulement bifurqués, mais à un nombre considérable de branches, et des décharges répétées parfois, suivant le même trajet sept ou huit fois dans une seconde. La fréquence des orages diminue considérablement, en avançant vers le nord. À Pernambuco, dans l'intervalle de huit mois, je n’ai eu d'éclairs que deux fois, et n'ai jamais entendu le tonnerre. L’électricité donne aussi quelquefois lieu

à des trombes de vapeur. Outre celle que j'ai vue le 5 mars 1863 à Atalaia, et dont j'ai parlé dans l'ÆZspace céleste, j'en ai vu deux autres en mer en sortant de Bahia pour revenir à Rio le 7 juillet 1870. Elles soulevaient l’eau de la mer, et je les ai vues se former ainsi qu'une troisième trombe, laquelle n’est pas descendue jusqu’à terre. Dans l'ouvrage précédemment cité, j'ai aussi parlé des trombes

d'air de l’intérieur. Celles-ci sont d'une trèes-crande fréquence, et

cela les rend intéressantes au point de vue de la géographie bota-

nique, car elles entraînent sur le sol les graines les plus lourdes. Les vents alizés, les brises de côtes et les vents de montagnes, sont

les principaux vents à citer au Brésil. Ces derniers soufilent parfois

avec force dans les grandes vallées des fleuves et en les remontant, ils y font de petites tempêtes. À ces vents, nous devons joindre le Pampero, dont l’action se fait sentir jusqu’à Rio-de-Janeiro et au-delà jusqu’à la Mantiqueira, et même en mer, jusqu'aux Abrolhos. C’est un vent de sud-ouest, froid, à l’origine duquel les Andes ne sont pas étrangères. Parfois il constitue de grandes tempêtes, surtout à l’embouchure de la Plata. Il a certainement des relations avec les courants froids comme celui qui s’est abattu sur Barbacena et dont j'ai parlé plus haut, et il en représente l'effet sur une beaucoup moindre échelle, mais il jette une grande perturbation dans l'atmosphère, en déterminant une abondante condensation de vapeurs. Il donne lieu alors souvent, sur la côte et au milieu de la saison sèche, à des pluies continuelles et prolongées, surtout à des bruines. La pression barométrique varie peu en chaque point dans ces régions, mais la période barométrique diurne y est très-prononcée, comme au reste dans toute la zone intertropicale. Cette pression n’influe pas beaucoup sur les plantes. Toutefois il ne m'est pas démontré qu'elle soit sans action sur la prédilection, pour les montagnes, de certains végétaux, lesquels ne se répandent pas dans des niveaux plus bas et plus au sud, où ils trouveraient des conditions de climat à peu près identiques sur des sommets moins élevés. Cette pression agit sur la distribution des animaux. Certains papillons et insectes habitent spécialement les montagnes, tandis que beaucoup d'oiseaux se fatigueraient en volant à 2000 mètres de hauteur. |

Les brouillards sont constants le matin sur les grands fleuves de l'intérieur,et fréquents également le matin en hiver près de la côte, dans

les vallées surtout dans les baies, comme celle de Rio-de-Janeiro, Ceux des bords des fleuves de l’intérieur ont lieu dans la saison sèche comme dans la saison humide, et sont dus au grand excès de la température de l’eau sur celle de l’air le matin, excès de 3 à 4 pouvant s'élever parfois jusqu’à 6°. Ces brouillards entretiennent la vigueur de la végétation sur les marges pendant la saison sèche, aussi les arbres y gardent-ils leurs feuilles. Ils les perdent au contraire par la sécheresse loin des marges, et cette circonstance donne même lieu

à une flore riveraine spéciale, assez rapprochée par son caractère de celle des forêts vierges.

NOTE SUR LE NERTERA DEPRESSA BKxs. ET Sol.

Nertera Depressa, BANKS ET SOL., in Gaertn. Fruct. v. I, p. 124. t. 26. — J. D. Hooker, in Polan. Magazine, 1869, pl. 5799.

Nertera Repens, Ruiz ET PAV., F1. Peruv. v. I, p. 60, t. 90.

Nertera scapanioïdes, J. LANGE, in Znd. sem in hort. acad. Hanniensi, a 1608 coll, p. 22.

Erythrodamum alsinaeforme, Per. Tu., F1. Trist. d’Acunha, p. 42, tab. 10.

Gomozia granatensis, Mutis in Linn. fil. supyl. p. 29.

Il est beaucoup question depuis un an ou deux de cette plante minuscule qu'on peut ranger dans la catégorie des plantes alpines et qui produit un fort joli effet dans les rocailles. C’est un arbuste liliputien à côté duquel l’airelle et le saule rampant sont des géants et remarquables en ce qu'il se couvre pendant l'automne d’une infinité de baies, relativement grosses et d’un beau jaune. On dirait de petits fruits de Zonicera mais les botanistes classent les Vertera parmi les Ruabiacées. Son feuillage constitue une sorte de feutre vert et serré. La plante vient des montagnes de l’hémisphère austral, dans les îles de Lord Auckland et Campbel, aux iles Falkland, au Cap Horn, à Tristan d'Acunha, à la Nouvelle-Zélande et en Tasmanie, enfin le long des Andes depuis le Cap Horn jusqu’à la Nouvelle-Grenade.

La culture est celle des plantes alpines. Jusqu'ici nous ne l'avons encore vue qu'en pots. Nous l'avons reçue il y a deux ans de M. Max Leichtlin de Carlsruhe et la plante a prospéré sous un simple châssis.

Maintenant elle se trouve chez les principaux horticulteurs.

Quelques-uns l’appellent Nertera scapanoïdes du nom que M. Lange, de Copenhague, lui a donné en 1868, mais les caractères sur lesquels Lange a voulu séparer son espèce de l’ancien Vertera depressa ne paraissent pas suffisants.

La plante croit beaucoup au printemps sous l'influence d’une température un peu chaude et alors il est facile de la multiplier par division.

Il lui faut le grand air pour fleurir et pour fructifier.

Le Nertera depressa s'élève à peine à un centimètre au-dessus du sol : ses feuilles opposées ont 3 à 4 millimètres, tandis que ses baïes terminales arrivent à la taille des graines de pois de senteur. Il est, pensons-nous, le plus petit végétal ligneux, le pygmée des arbres.

Me RATE

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