QU'EST-CE QUE LA FLEUR DE KOTZBUE
« À quelque distance de Tinnen (Sibérie) je vis dans un bois humide, une merveille de botanique que j'ai souvent racontée à d’habiles botanistes, et qui leur parut nouvelle. Il y avait dans un espace d’environ six cents pas, une quantité innombrable de fleurs rouges, sur lesquelles semblait être un petit tas de neige : cette vue me frappa; je fis arrêter ma kibitke, je courus à l’endroit où j'avais jeté les yeux et je trouvai cette fleur vraiment surprenante. Sur une tige d'environ cinq pouces, ornée de feuilles qui diffèrent très-peu de celles du muguet, pendait un petit sac à ouvrage comme ceux que portent nos dames : ce sac pouvait avoir un pouce et demi en carré; il était garni, aux coins supérieurs, de rubans pour le fermer. Il était décoré d’une feuille, sous la forme d’un cœur parfaitement proportionné et dont la superficie, blanche comme la neige, paraissait émaillée, mais dont les parties inférieures se rapprochaientde la principale couleur qui était purpurine : on pouvait facilement voir dans ce petit sac, l'ouvrir et le fermer à volonté. Je ne saurais exprimer combien cette fleur, qui cependant n’avait aucune odeur, me parut charmante à la vue. Je doute que je me sois clairement expliqué en botanique, mais du moins j'ai donné l’idée de cette petite merveille, et je pense qu’elle serait un ornement délicieux pour nos jardins... Je crus qu’elle était commune en Sibérie; j'appris trop tard que personne ne la connaissait. »
Kotzbuë décrit ainsi une fleur de la Sibérie dans son ouvrage intitulé : « l’Année la plus remarquable de ma vie. » Quelle est cette fleur? Nous y voyons un cypripède; le sac à ouvrage est le labellum, les cordons sont les divisions du périanthe et la feuille en cœur émaillée est la colonne. Toutefois 1l est Intéressant de comparer la description d’un littérateur avec celle d’un botaniste : la littérature seule nous conduirait à un doute perpétuel et à d’étranges descriptions.
CH. MoRnrEex.
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L'OLL ENEAE-
FLORICULTURE DE SALON.
EMPLOI COMME SUSPENSEUR A PLUIE DE FEUILLES DU TRIDACNE-BÉNITIER , COQUILLE BIVALVE DE L'OCÉAN INDIEN, ET CULTURE DE LA PERVENCHE HERBACÉE,
Par M. Cr. MoRREN.
Le commerce maritime d'Anvers et d’Ostende fournit à la floriculture de salon différentes coquilles dans lesquelles on peut cultiver certaines plantes à fleurs avec la plus grande facilité. Les formes de ces dépouilles de mollusques marins s’harmonisent parfaitement avec quelques structures végétales qu’il faut savoir choisir en vue de ces rapports et de la possibilité de les tenir vivantes dans une atmosphère enfermée.
Naturellement, il faut des coquilles d’une certaine grandeur; nous donnerons successivement l’histoire et la représentation de celles qui
servent le mieux à cet usage, en même temps que la culture des plantes
qu’on y maintient le mieux. La planche 22 représente vers le haut le Tridacne bénitier (Tridacna gigas, L.), genre de mollusque acéphale, confondu par Linné avec les cames. Ce tridacne s’attache au moyen d’une barbe de bissus ou crins aux rochers de la mer des Indes et y devient la plus grande coquille du monde. On en a vu qui pesaient cinq cents livres et mesuraient près de cinq pieds de longueur. On s’en sert alors de bénitier dans les églises catholiques , mais on conçoit que ce ne sont pas des coquilles de ce genre qu'on utilisera pour la floriculture de salon. Celles qu’on recherche à cet effet, mesurent de quatre pouces à un pied. Aux iles Philippes, on se sert de ce tridacne comme d’auge pour les animaux. Pour les enlever des rochers, il faut dilacérer à coups de hache le bissus ou le crin qui les retient aux rochers. L'animal se mange comme une huitre, mais un seul sert à tout un ménage. Un tridacne double, c’est-à-dire les deux coquilles qui s’emboitent et ont appartenu au même animal, forme un objet d’une certaine valeur, mais les coquilles isolées valent peu de chose. On les vend, à Anvers ou à Ostende, depuis 50 centimes jusqu’à 6 francs, selon les grandeurs et l’état de conservation.
Une plante qui se cultive admirablement dans ces tridacnes, est la pervenche herbacée (vinca herbacea, W.), originaire de la Hongrie. Ce végétal y atteint des tiges retombantes de plusieurs mêtres de longueur, nous en avons vues de trois mètres et demi. Les feuilles opposées, ovales, luisantes, petites, distantes et un peu reliées et serrulées ou denticulées, donnent à ces longs filets sans branches un aspect de légérelé inimitable.
On croirait voir une pluie de feuilles tombant hors de cette conquemarine. Les fleurs sont violettes, se développent hiver et été, le pédoncule est un peu plus long que le pétiole. Il suffit de bouturer les branches ou de diviser les racines pour obtenir de jeunes plantes. L’essentiel est de les bien arroser, de ne pas les tourmenter, ni de déplacer les jets, alors ils grandissent considérablement, Il faut peu de soleil à cette pervenche, et on fait bien de suspendre par deux cordes seulement un tridacne à pervenche entre les rideaux des fenêtres. On l’orne de glands de soie ou de coton rouge.
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Nous offrirons volontiers au printemps et gratuitement des boutures ou des piedsenracinés de cette pervenche à nos abonnés (écrire franco).
LE STROMBE AILE-D’AIGLE, COQUILLE DE L'OCÉAN DES ANTILLES SERVANT DE RÉSERVOIR A LA GESNÉRIE DE GÉROLT,
Par M. CH. MorRrEn.
Le strombe aile d’aigle, en latin strombus gigas, de Linné, est une des coquilles univalves qu’on nous apporte le plus de l'Océan des Antilles. C’est une coquille turbinée, ventrue, à spire très-pointue, médiocre de longueur, hérissée d’une série décurrente de tubercules coniques, divergents, beaucoup plus long sur le dernier tour. Le bord est très-large, arrondi en dessus, la couleur est à l’extérieur un jaune pâle lavé d’incarnat, mais l'aile, vue en dedans, est rose; vers l’entrée, le rose est plus foncé et le tout est brillant. Cette coquille, que le dessous de la pl. 22 représente, porte un canal à sa pointe. Il s'ensuit qu’en la posant horizontalement, ce canal sert d’égouttement à l’eau d’arrosement, si l’on a soin de remplir l’intérieur de bonne terre et de terreau. On choisit un fond argileux , afin que la terre ne s’émiette pas et qu’on puisse y cultiver facilement un grand nombre de plantes.
Une telle coquille, bien conservée, à bords entiers, rose et brillante, sans drap de mer ni vermoulure, coûte, à Anvers ou à Ostende, de 5 à francs. On en vend par douzaine à meilleur marché. Depuis quelques années, ces strombes sont devenus à la mode pour la floriculture des salons. On en orne les tablettes de fenêtres, les guéridons, les étagères, les cheminées.
Le nombre de plantes qu’on peut y faire croitre est très-considérable. Nous avons choisi souvent, comme une des espèces qui y vit très-bien, le Gesneria geroltiana (Kunth et Bouché), que représente notre planche.
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Fleurissant facilement en décembre, janvier et février, cette belle plante vient égayer nos demeures par ses épis de fleurs écarlates, à ventre jaune, picotée de points pourpres, par ses feuilles veloutées, très-douces au toucher, d’un beau vert, et souvent ornées de veines et de nervures d’un pourpre brun. Donc, toutes ces teintes se détachent parfaitement sur le fond rose de l’aile du strombe. La floraison de cette charmante gesnérie dure très-longtemps; les fleurs se succèdent sans nombre, et rien n’est plus facile que de multiplier ces sortes de plantes, soit par les écailles des bulbes, soit par les boutures des tiges et même des feuilles. Le seul soin qu'elles réclament, c’est de ne cesser les arrosements que lorsque la feuillaison est décidément morte ou tombée. L’atmosphère chaude des appartements , l'air chargé des vapeurs de l'haleine, la lumière diffuse, de temps en temps entrecoupée par la lumière directe, sont autant de circonstances communes dans la vie intérieure, dont elles s’accommodent à merveille. Nous parlons d’expérienee. Nous nous bornons à déposer nos coquilles à gesnérie dans la serre tempérée, à l'endroit le plus chaud, pendant la première végétation, et, quand les sommets indiquent les jeunes floraisons, nous leur donnons la culture des salons. Jamais la fleuraison parfaite, abondante, agréable ne fait défaut.
Au pied des gesnéries, on place d'ordinaire quelques boutures de sélaginelle, soit de la sélaginelle denticulée, soit de la sélaginelle bleue (sélaginella denticulata et cæsia). Cette dernière est extrêmement remarquable par son reflet bleu lequel s'étend sur toute la verdure de cette admirable Iycopodiacée. En cultivant cette plante dans différentes positions, nous avons remarqué que plus la lumière est diffuse, peu intense, quand la plante vit dans un clair-obscur constant, plus la teinte bleue de la sélaginelle est prononcée et belle. La lumière plus vive développe davantage le vert des feuilles. Il est facile de comprendre pourquoi ectte espèce convient plus particulièrement à la culture des appartements, puisque là les rayons de lumière arrêtés ct amoindris dans leur intensité par les rideaux, acquièrent précisément le degré voulu de faiblesse qu'exige cette culture. Il faut peu de brins de sélaginelles appelées encore, mais à tort, par quelques personnes, des lycopodes, pour les reproduire. Elles s’accommodent de beaucoup d’eau et par conséquent les arrosements fréquents dont les gesnéries ont besoin, deviennent des conditions très-favorables à leur culture. Leurs touffes tallent avec une telle profusion que la terre se couvre comme d’un tapis dont l'effet est d'arrêter ou d’enrayer l’évaporation du sol. Cette circonstance est de nouveau utile à ces cultures combinées.