‹ La Belgique horticole (volume 3)Chapitre 99 sur 224 · PSE RE DT RE EE ET RE LR A · texte numérisé non relu

PSE RE DT RE EE ET RE LR A

(A) Virauu, Ecloguæ, 2.

(2) Tragédies de Racine, Athalie, act. n, se. 9.

C’est sous le nom de cette même fleur appelée sussan, en langue arabe (susanne), que les poètes ont chanté la vertu surprise sans défense, mais résistant au vice hideux et décrépit qui l’accuse et dont elle triomphe.

Le lis blanc est encore une fleur essentiellement symbolique et nous le retrouvons fréquemment dans les anciennes allégories pour désigner la pureté, la candeur, la beauté (1), l'espérance, etc.

Suivant les anciens iconologistes, la pudeur est représentée par une vierge vêtue en blanc, la tête voilée et tenant un lis blanc dans la main droite (2).

La beauté céleste par une femme nue, environnée de rayons et tenant d’une main une branche de lis et de l’autre une boule surmontée d’un compas. Sa tête se perd dans les nues, pour indiquer que les hommes sont peu dignes de la voir et de l'entendre (3).

Et la beauté terrestre encore par une femme nue, mais dont la tête est couronnée de troëne et de lis, pour désigner que la délicatesse et la souplesse des mouvements doivent s’allier à la beauté des formes. Elle tient d’une main une flèche et de l’autre un miroir (#4).

Alciat prétend que la beauté était encore représentée avec une guirlande de lis et de violettes : pureté et modestie, tels doivent être en effet les attributs de la beauté. |

Comme je l'ai dit, le lis est encore l’emblême de l’espérance. Cette divinité très-révérée des anciens Romains, est représentée tantôt par une vierge vêtue en vert et couronnée de lis (5); tantôt sous la forme d’une jeune fille debout, relevant d’une main sa robe et de l’autre tenant une branche de lis (6).

Enfin, le lis est encore le symbole d’une âme pure et candide (7).

Le christianisme a adopté ce même lis blanc comme image symbolique et ses artistes le placent comme sceptre dans les mains du Roi des rois, quand ils le représentent enfant sur le sein de sa divine Mère; ils le mettent encore entre les mains de la vierge Marie comme emblême de l’imma-

(1) De lely is een oud hieroglypisch beeld van de schoonheyd , gelyk Pierius verhaelt. Want de lely heeft onder de andere bloemen , drie edele aerdigheden : gelyk een fiorentynsche edel juffer te verstaen gaf , aen een beeld, dat van een lompe beeldhouwer gemaekt was ; want als haer gevraegt wierde, wat zy daer van oordeelde? antworde zy met groote kloeckheyd, voorstellende de schoonheyd van een volmaekte juffer, en stilswygende bottigheyd van ’t beeld, berispende zeyde : dat een juffer most wezen wit, sacht en vast; en dat ook deze hoedanigheyd van ’{marber noodsaeckelyk mede moest wezen in een schoone vrouw, gelyk Vazarius deze drie hoedanigheden onder alle bloemen, inzonderheyt de lely toeschryft.

D. Pierersz-PErs, Uytbeeldinghe des verstands, Amsterd. 1644.

(2) Cesare Ripa, Iconologia verbo Pudiciia.

(3) Le même auteur au mot Bellezza.

(4) Cesare Rips, Iconologia verbo Bellezza feminile.

(5) Le méme auteur au mot Speranza.

(6) Rosix, Ant. Rom. L. 2, C. 18.

{7) Cesare Rip4, Iconol. verbis Purita et Sincerila d'animo.

culée conception, et dans celles de ‘saint Joseph comme celui de la chasteté.

Les vierges martyres réclament encore pour elles cette belle fleur, dont les couronnes, chose singulière, couvraient le front des satyres dans le paganisme.

Le lis blanc est encore la fleur de la Bible {1 ), c’est à ce lis qu'elle fait si fréquemment allusion pour désigner tout ce qu’il y a de plus beau, de plus parfait, de plus pur et de plus vertueux.

«Ego floscampi et lilium convallium (2) » dit Salomon danssoncantiquedes cantiques (3). En prêtant ces paroles au Verbe de Dieu, il veut le comparer à la fleur par excellence dont la blancheur puisse être le symbole de sa candeur, et le doux parfum, celui de la suavité de sa parole (4).

Plus loin (5) Salomon fait dire à l'épouse : « Dilectus meus mihi et egoilli, qui pascitur inter lila.» Et après (6) « Delectus meus descendit in hortum suum ad areolam aromatum, ut pascatur in hortis et lilia colligat. » Par ce mot lilia il entend iei les âmes vertueuses et candides (7).

Et quelle poésie dans ces paroles du même cantique : « Sieut liliwm inter spinas, sic amica mea inter filias » pour désigner combien sa bien-aimée surpasse en beauté toutes les autres femmes.

Comme je l'ai dit, l’art héraldique fit autrefois du lis blanc l'emblème de la maison de France (8 ).

(4) Voir à cet égara :

Exode, chap. 25, X*. 51-55-54 et chap. 37, x. 17-19-90.

Les Rois, liv. 3, chap. 7, Xv. 19-22-96-49.

Les Paralipomènes, liv. 2, chap. 4 , x 5.

Judith, chap. 10, x. 3.

Cantique des Cantiques, chap. 2, #*. 1-2-16; chap. 4, *. 5; chap. 5, x. 13; chap 6, #. 1-2; <hap. 7, *. 2.

L’'Ecclésiaste, chap. 59, x. 19 et chap. 50, *. 8.

Isaïe, chap. 55, x. 1.

Osce, chap. 14, x. 6.

Saint Mathieu, chap. 6, Y. 98.

Saint Luc, chap. 2, x. 27.

(2) Le nom de lilium convallium donné au lis blanc dans le Cantique des Cantiques, vient de <e que ce lis se trouvait en abondance dans une vallée de la Judée nommée Phaséhio, dont Pline fait mention au livre x1u et qui lui fait nommer l’huile de lis phaselinum oleum.

(3) Chap. 2, x. 1.

(4) « Bene cum lilio confertur Christus, dit le Commentateur Menochius, quia, ut inquit, Honorius Augustodinensis, « In lilio quinque considerantur : quia est candidum, habens » colorem aureum prominentem, et est odoriferum, et pandulum et semper incurvum.» Sie Christus candidus est in humanitale, aureus in Deitate, odoriferus in prædicatione, pandulus in suscipiendo pœnitentes , incurvus in condescendendo peccatoribus et eos sublevando.»

(5) Cantique des Cantiques, chap. 2, x. 16.

(6) Ibid. chap. 2, x. 1.

(7) « Et lelia colligat, hoc est, dit le révérend père Léonard , ut sanctas animas virlulis maturilate, ad perfectum candorem perductas, de hoc mundo ad se colligat, et secum in æternä beatiludine gaudere faciat. Lilia enim sanctæ sunt animæ virtutum studiis et bonis operibus candidatæ. » |

(8) Celte opinion est généralement admise, mais elle est sujette à controverse.

Les uns prétendent que cet emblème héraldique représente une sorte de fer de lance (’angon

Louis VII dit le Jeune, l'époux malheureux d'Éléonore de Guienne, fut le premier qui placa cette fleur sur les étendards de ses armes.

Quæ magni fatis Ludoïci, pace sub alta, Floribunt : totum postquam terroribus orbem Implevit, bellique omnem armorumque tumultum, Atque injustitiam, et fraudes, et sæva duella Compronens, cunctis indixit fædera terris.

Ren. Rapr., Hort., lib. iv, *. 810 à 814.

C’est à cette époque que remonte l’origine des armoiries; c’est sous le règne de ce prince, époque de la seconde croisade, que le besoin s’en fit le plus vivement sentir: car c'était au milieu de ces bandes nombreuses, composées de natures si diverses que chaque chef dut avoir besoin d’une marque spéciale pour rallier à lui les vassaux qui l'avaient suivi, et dans ce but, il fit graver sur son écu, sur sa cotte d'armes et sur son étendard, un objet

des Francs), lié en croix avec deux autres fers recourbés et qui orna d’abord le sceptre el la couronne des rois.

D’autres nous assurent que les abeilles étaient le symbole des premiers rois de France, et qu’on avait pris pour des fleurs de lis ces mêmes abeilles mal gravées sur les pierres des anciens tombeaux.

De ce que ce nom s’écrivait aussi fleur de lie, quelques-uns ont conjecturé qu’il pouvait venir du cercle et du cordon de la couronne qui se nommaient en vieux français lis ou lie. Les fleurs de lis étaient en effet les fleurons du lien de ce cercle.

D’autres enfin, soutiennent , et peut-être avec raison, que c’est Piris flambe (iris pseudoacorus), qui a fourni le modèle de la fleur qui ornait l’écusson de France. Il est certain que celle-ci ne ressemble ni par sa forme, ni par sa couleur à la fleur de lis blanc (lilium candidum, L.), que nous cultivons dans nos jardins et dont l’origine ne remonte que vers la fin du XVe siècle ; tandis que jaune comme l'iris flambe et représentant la même figure, elle lui parait tout-à-fait identique. Cet iris croît en abondance, depuis bien des siècles sur les bords de Ja lys, rivière située dans la Flandre Orientale, qui se jette dans l’Escaut à Gand, et aux environs de laquelle les Francs habitèrent longtemps avant de passer dans la Gaule, proprement dite, et qu’ils abandonnèrent en 486 pour fonder le royaume de France.

Il est bien naturel que ce peuple guerrier pour conserver le souvenir du lieu qui les vit naître, ait choisi cette fleur de l'iris flambe comme symbole de leur origine. Il paraitrait même que les soldats de Clovis s’en seraient couronnés à leur entrée en France. À cette époque cette fleur ne portait, sans doute, d’autre nom que celui même du lieu dont elle paraissait une production particulière par l’abondance avec laquelle elle y croissait. On l’aura donc nommée fleur de lys, par abréviation pour fleur de la lys, c’est-à-dire, de la rivière de la Lys. D’ailleurs, ne la nomme-t-on pas encore aujourd’hui vulgairement lis d’eau et lis des marais ? et les anciens ne donnaient-ils pas le nom de lilium cœruleum , lis bleu à l'iris germanica? et lis jaune à l’iris qui nous occupe. Voyez à cet égard Th. Dorsrenius, Botanicom, 1540.

Quoi qu’il en soit , il paraît certain que ces figures existaient avant l’usage du blason, et lorsque Louis VII se choisit un emblème pour lui et ses successeurs, il est plus que probable qu'il aura pris à cet effet un objet rappelant un souvenir de la vie de ses ancètres. Et quel objet plus digne de figurer sur les étendards de son armée, de cetle armée qui devait voler au secours des chrétiens d’Asie et les aider à combattre les infidèles, que cette fleur élégante et majestueuse qui environnait autrefois le berceau de ses aïeux , qui ornait les boucliers des rois de la première race et qui rappelait en même temps à. son armée les exploits de Clovis, ce grand capitaine, ce politique habile, ce conquérant célèbre qui chassa de Ia Gaule le peuple souverain de Rome et y fonda le royaume de France.

rappelant, la plupart du temps, un souvenir de sa vie ou de celle de ses ancêtres. "

Plusieurs chroniqueurs ont cependant attribué aux meubles de l’écu de France, une origine surnaturelle. Lors de la conversion de Clovis, un ange aurait apporté du ciel la fleur de lis pour qu’il la mit dans ses armes , non-seulement personnelles, mais destinées à être transmises à ses descendants (1). Cette opinion est rapportée par le père Rapin, dans son poème sur les jardins, où il dit :

Sive, quod antiquos perhibent memorare parentes, Lilia summo olim seu lapsa ancilia cœlo,

Primus qui Franca Christum de gente professus, Accepit manibus puris Clodovæus, et ipsos Mandavit donum hoc divum servare nepotes,

Pro gente scuto insigni, et fatalibus armis (2).

Quoi qu'il en soit, elle me parait d’autant plus erronée que l’origine des armoiries ne remonte qu’au règne de Louis VII.

Enfin, d’après une très-ancienne tradition, l’origine de ce meuble remonterait à Francus, fils d’Hector, qui chassé de Troie, serait venu fonder un nouvel empire sur les rives de France et y aurait apporté une fleur de lis comme présage de sa grandeur future.

Cette tradition est encore rapportée par le même père Rapin dans les vers suivants :

Ante alias autem florem hunc sibi Gallia gentes Præcipuum optavit. Phrygiis seu missus ab oris Per Franeum Hectoridem , fatis com plenus avitis, Externosque ardens transæquora querere lauros Appulit his primum terris , sedesque locavit (3).

La fleur de lis royale a souvent passé comme signe d’une haute faveur ou d’une alliance avec la maison royale de France, sur l’écusson de quelques familles illustres ou recommandables par leurs services. On peut citer dans ce nombre les maisons d'Angoulême, de Bourbon, de Bourgogne, de Naples, unies par le sang avec celle de France; celles de Thouars, de Vie, de l'Hopital, de Semiane, de Goldy, d’Estang , etc. (4).

Je veux que la valeur de ses aïeux antiques

Ait fourni de matière aux plus vieilles chroniques,

Et que l’un des Capets, pour honorer leur nom,

Ait de trous fleurs de lis, doté leur écusson. Boiceau , Satire 5.

ee —— © ————

(1) BezLEroREsT et GaGuix.

(2) Renati Rarit, Hortorum, lib. 1v, p. 126. — lib. 1, x. 804 à 809. (3) Renati Rarini, Hortorum, lib. 1, p. 120, x. 799 à 805.

(4) Voyez les différents traités du jésuite Menestrier sur le blason.

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Plusieurs historiens de Jeanne d’Arce ont prétendu que le roi Charles VIF autorisa cette héroïne de s’appeler Jeanne du lis. Une famille du pays qui avait des rapports avec la sienne, prit par la suite ce même nom de Du lis et plaça avec orgueil la fleur du lis au milieu de son écusson.

La ville de Suse en Perse, dont le lis blanc paraït être originaire, mit ses fleurs dans ses armoiries comme symbole de la beauté.

Saint Louis avait pris pour devise une marguerite et des lis, par allusion au nom de la reine son épouse et aux armes de France. Ce prince portait une bague représentant en émail et en relief, une guirlande de lis et de marguerite, et sur le châton de l’anneau était gravé un crucifix sur un saphir, avec ces mots : « Hors cet annel, pourrions-nous trouver amour? »

(Pour étre continué.)

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