‹ La Belgique horticole (volume 3)Chapitre 12 sur 224 · PLAN ET PLANTATION · texte numérisé non relu

PLAN ET PLANTATION

p'Uux

JARDIN PAYSAGER,

PAR M. CH. MORREN.

Des autorités horticoles affirment que dans les jardins de ville, de moyenne dimension , il serait absurde de vouloir faire du pittoresque et que sur des terrains avoisinant des routes ou des rues rectilignes, le plan des jardins doit être symétrique. Pas un Anglais ne pense de même et en Belgique nous voyons le goût pour le jardin paysager répandu dans la plus modeste bourgeoisie. On n’y trouve plus de jardins géométriques , quelque petits qu'ils soient. En effet, la nature est ainsi élégamment irrégulière sur un petit espace comme sur un grand terrain et tel coin de forêt offre autant de charmes que le plus vaste paysage.

Nous supposons un jardin de 100 mètres de profondeur sur 80 mètres de largeur (voyezle plan ci-joint). Ces proportions peuvent diminuer sans détruire le plan. Nous laissons au propriétaire de déterminer, s’il aime les arbres à fruits, quelles sont les parties et les étendues des murs d’enclos qu'il leur destine , et le pourtour du jardin dessiné est ainsi, dans sa composition , variable au choix de l’amateur. Nous ne prétendons pas non plus imposer fixément les combinaisons des parterres , des arbres que nous allons indiquer ; c’est au bon goût , à l’intelligence du maïître que ces sortes de jardins doivent leur beauté bien plus qu’à de prétendues règles trop variables pour être de quelque valeur. :

En avant, près du perron, le petit parterre est formé (en 1) de berberis, de mahonia entremêélés de ribes sanguineum, aureum , et en avant d’épimèdes, d'érythronium entre lesquels s'élèvent plus tard des liliacées, comme lilium, martagon, asphodelus. En 2 se place un grand heracleum sibiricum ou l’heracleum anisatum dont la forme de palmier s’isole bien au milieu d’un fond de gazon.

Dans la grande pelouse, on peut placer en 3, un bouquets d’arbres à perruque, qu’on ferait mieux d’appeler des arbres à marabouts : mais il faut le tenir bas, en buisson ; on les entremêle de rosiers pleureurs cultivés à la méthode anglaise , toutes les fleurs se développant en dehors et larbuste affectant la forme d’un parasol ouvert. Le grand parterre en 4 est de terre de bruyère , destiné aux rosages , aux azalées, aux andromèdes, aux bruyères, etc., qu'on entremêle l'été de fuchsias, et d’une foule de plantes à fleurs variées qu’on fait bien de mettre en pleine terre pendant l'été. Un rameau de ce parterre entre dans la pelouse en 3, contenant la terre de bruyère pour y recevoir les magnolius et en 6 se trouve un petit parterre de buissons ardents, mélangés de pyrus japonica dont les fleurs

rouges contrastent au printemps avec les fleurs blanches de magnolias, tandis qu’en automne les fruits écarlates du buisson ardent se détachent parfaitement sur les larges feuilles des magnolias , le point de vue étant supposé au perron. En 7, se trouve un groupe de thuyas de tartarie cultivés en pyramide, donnant des branches à partir du pied. Autour du vert foncé de cette admirable espèce , on place à son choix des rosiers , des phlox, des arbustes variés à fleurs entremélés de plantes annuelles se succédant toute l’année. Ce parterre fleuri doit servir de point de mire, ou du perron , ou des bancs et des reposoirs qu’on a ménagés en plusieurs parties du jardin et qui sont indiqués au plan. En 8 , se trouve quelque bel arbre isolé , tilleul argenté, tulipier, lun ou l’autre beau chéne, un érable pourpre, une des formes arborescentes qui doit s’isoler pour offrir un port noble et majestueux. En 9, se place un groupe de peupliers argentés servant de repoussoir à la verdure sévère et à la forme biblique d’un cèdre du liban (n° 10) dont les branches étendues à terre, comme de moœælleux tapis , invitent le promeneur à descendre du monticule de droite pour venir admirer les buissons à fleurs cultivées en 11 sur la pente du mamelon. Dans ce parterre 11 , le choix du maitre doit réunir les formes qui se prêtent le mieux à l'emplacement par étages, pour ceux-ci des dahlia, pour ceux-là des geranium , des œillets , etc.

En 12,15 et 14, sur les pentes opposées du monticule dont nous supposons le point le plus élevé, en 15, se trouvent de même des arbustes , charmilles entremélées de quelques arbres à hautes tiges , aux pieds desquels on a cultivé des glycines, des bignonia, des ampelopsis , des rosa banksiana qu’on laisse librement descendre et remonter entre les cimes. En 15, se trouve un fréne pleureur ou tout autre arbre à ombrage et à branches pendantes dont le pied sert de centre à une table, le chemin en spirale conduit à des gradins en pelouse , en 16, menant à un arbre isolé, en 17, dont la forme pyramidale doit contraster avec les structures environnantes.

En 18 , de nouveaux gradins en pelouse conduisent en descendant à un bassin 19, dans lequel on peut ménager, selon les localités, quelques jeux d’hydroplastie, et autour du bassin se dispose un rocher à blocs calcaires ou siliceux, entre les fentes desquels on cultive une foule de plantes alpines , comme gentianes, helianthèmes, potentilles, saxifrages, ete., un orme à feuilles frisées où quelque aylanthe; un cèdre deodora, en un mot quelque arbre rare ou plutôt curieux dans sa cime fait un bel effet, quand il semble sortir de ce fond rocailleux. Vis-à-vis de cette disposition sévère, en 214 et 22, sur la pente qui conduit à l’eau on cultive avec facilité les plantes vivaces, bassettes ou annuelles qui aiment une terre moite et les vapeurs. En 22, vient s’isoler un parterre de plantes d'ornement assez basses pour permeitre la vue des rocailles et du bassin du bane de repos indiqué au plan. En 95 , un arbre isolé , au choix du propriétaire , détruit la monotonie des chemins, un platane remplit bien cette condition. En 2%,

2 Sabt LL

se trouve un grand parterre à arbustes vivaces entremélés de plantes à fleurs produisant de l'effet, et le long du chemin des espèces annuelles et des rampantes vivaces comme les verveines, les phlox, les auricules, etc. En 25, en avant du parterre vers le perron, une combinaison qui fait un bel effet est un groupe alternant de grands gunnera scabra et de phormium tenax dont les formes sont si diverses, et derrière ces plantes gigantesques, un rideau de yucca entremêlés d’agave donnent à cette partie du jardin un aspect aussi varié qu'élégant. Dans le parterre 24 , on place en été des mimeuses, des metrosideros, des casuarina, des eucalyptus, des ficus élastica de l’orangerie si on en possède une ; sinon , on se contente de beaux arbustes de pleine terre ; en 26, on réserve cette position dans la pelouse à un groupe de 3 ou 5 Paulownia cultivés en haute tige. Lors de la floraison, les magnifiques épis de fleurs bleues de ce bel arbre produiront un charmant effet au-dessus des fleurs rouges, jaunes, blanches et roses du parterre 24. En 27 , on peut harmoniser avec les cimes sphériques des Paulownia des arbres pleureurs , comme le sophora pendula, etc. En 28, on isole un parterre d’hortensia ou de plantes analogues ; en 29 , on dispose un groupe de sapins argentés ou de pins ayant sur les côtés, en 30, un gincko biloba isolé. En 51 , s'étend un parterre de fleurs odorantes parmi lesquelles le reseda doit de toute nécessité occuper sa place.

En 55, à l’angle gauche du fond se trouve un tertre auquel on parvient par des gradins en terre gazonnée entourés d’arbres et d’arbustes. De ect endroit on découvre presque tout le jardin. En 56, se trouve un reposoir sur gazon et de plein pied avec le chemin , bordé de grands arbres; au fond du jardin ou en vue du perron, on peut placer quelque statue. En 35, 36, 57 et 58 se trouvent les bancs de repos placés chacun devant un point de vue particulier. Tout autour du chemin de ronde les arbres sont disposés d’après le but auquel on destine le jardin. Nous le répétons ,aucune de ces indications n’est exclusive, mais un Jardin composé de cette manière, résultat de l'étude des plus jolies constructions de ce genre en Angleterre réaliserait , nous en sommes persuadés , des conditions qui plairaient à un grand nombre de personnes. Ce serait un jardin du reste des moins dispendieux.

Nous donnerons successivement, dans cette publication, une série de plans pour les jardins d’une dimension ordinaire. Cette matière est un sujet sur lequel on nous consulte trop souvent pour ne pas être assuré qu'on accueillera avec faveur ces sortes d'indications. L'architecture se combine intimement dans nos climats rigoureux avec la nécessité de se distraire par l’horticulture et les mille combinaisons agréables qu’elle nous offre dans toutes les saisons. Toutes les plantes dont nous indiquerons l'emplacement et la culture, sont de celles qu’on peut se procurer aisément et conserver sans peine.

JARDIN FRUITIER

LE GROSEILLER ÉPINEUX , SES VARIÉTÉS ET SA CULTURE, Par M. Cn. Morren.

Les groseillers épineux originaires du Piémont où les fruits sauvages se mangent sous le nom de griselles, dérivé sans doute de groseille, forment un des genres d’arbustes à fruit des plus faciles à cultiver. Pendant longtemps cette espèce a été complètement négligée en France, tandis qü’en Allemagne , en Hollande et en Angleterre on a attaché de l’importance depuis des siècles à bonifier le fruit et à produire des variétés remarquables par leur beauté, leur volume , leur saveur et leur parfum. Il y a quelques années, l’horticulture belge se bornait à faire venir d’Angleterre et de Hollande des variétés améliorées, mais aujourd’hui il en est tout autrement. Nous avons dans nos provinces des producteurs directs d'excellentes variétés nouvelles qui, nées sous notre climat et dans nos terres, sont plus fixes, plus productives et plus faciles à cultiver. En Angleterre, le plus humble cottage possède des groseillers épineux , les fruits s’utilisent en marmelades , en tartres, en pyes, en poudings, etc.; on en fait du vin, des liqueurs , etc., toutes les populations, riches et pauvres recherchent ce fruit sain , agréable et susceptible d’assaisonner les poissons , le gibier , les viandes , ete. L’amour pour les groseillers épineux a été poussé à un tel point dans le comté de Lancashire, que les amateurs ont fondé des meetings uniquement pour s'occuper de leur amélioration. On ouvrait des concours expressément pour eux et on donnait aux groseilles couronnées des prix depuis dix schellings jusqu’à dix livres (douze franes et demi jusqu’à deux cent cinquante francs), c’est-à-dire plus que la valeur des médailles de premier ordre que nous Belges nous donnons dans nos expositions aux plus somptueux palmiers. Ces meetings d’oxyphiles (v'Ëuç groseille), qu’on nous pardonne le mot , tenaient deux suites de séances , les unes au printemps, c’étaient les séances du « make up, » les autres à la maturation complète des fruits, c’étaient les séances « to weigh and taste, » comme nous dirions les concours de la précocité et ceux « du poids et du goût. » Ce n’était pas tout, la société des oxyphiles publia un journal expressément pour les groseillers épineux ,; le Manchester Gooseberry- Book, qui paraissait toutes les années et rendait compte des progrès. En 1819, l'ouvrage avait déja mentionné 156 meetings. La reine des groseilles produites à cette époque était le {op-sawyer seedling dont le fruit rouge pesait 26 drachmes 17 grains. On possédait alors 46 variétés

TRIER st

ST 3 à LÉ, LE TDGTIM ALI

Groseillier épineux.

1 Prune de Gathove.2.Reme-Claude de Gathoye. 3.Reine de Seba. 4. vert poilu anolais.

4 tee " 0 h 4 ee La tr FA ie

Page 1