‹ La Belgique horticole (volume 3)Chapitre 158 sur 224 · LUE · texte numérisé non relu

LUE

égard toute l'exactitude possible, est encore une nouvelle production des semis de M. Gathoye , placé évidemment parmi les semeurs les plus habiles de l’horticulture de Belgique.

Cette seconde variété porte un fruit énorme, surtout caractérisé par une forme sphérique un peu allongée et par une pointe fine et recourbée terminant le sommet. Le diamètre moyen est de 10 centimètres de hauteur sur 8 de largeur, d’autres fruits, plus petits, descendent à 8 sur 7 centimètres. Le pédoncule est court, gros et implanté dans un enfoncement peu profond. Un duvet soyeux et aplati couvre tout le fruit.

L’épicarpe est d’un vert clair très-peu picoté , mais subitement du côté éclairé par le sommet , cette enveloppe passe au violet foncé, à fond de pourpre, mais allant presque jusqu'au noir. Un picoté rouge termine le bord de cette coloration extrordinaire.

La chair est verdâtre et rouge-sang vers le noyau, lequel est gros , fortement rugueux et sillonné, entièrement sanguin et montrant comme le fruit entier la pointe du sommet. Cette chair est délicieuse, aussi sucrée que vineuse , le suc abondant et d’un arôme délicat.

L'arbre est vigoureux : la grandeur du fruit l’indiquerait à elle seule, l'écorce saine et unie, les feuilles amples avec Le système glandulaire trèsdéveloppé, indice d’une sécrétion abondante de principes aromatiques.

Nous avons l'honneur de dédier ce fruit nouveau à M. le comte d’Ansembourg qui, bien qu'habitant le duché de Limbourg , n’en est pas moins réclamé par l’horticulture et la botanique belges, comme de ses plus fervents et de ses plus savants soutiens. Ses jardins et ses serres renferment des collections de premier choix, et il n’est pas une seule espèce naturalisable d'arbres qui lui échappe. Nous sommes heureux de pouvoir consigner ici l'éloge mérité de cet homme de bien.

M. Gathoye tient à la disposition des amateurs de jeunes pieds de ce pêcher, au prix de trois francs.

Il y a une grande différence entre le pêcher et le prunier sous le point de vue de la permanence ou de l'instabilité de leurs qualités dans le cas de la transplantation des pieds loin de leur lieu de produetion. Le premier subit bien plus les effets de l'exposition, du terrain et des circonstances atmosphériques : nous le voyons tous les jours à Liége où les reinesclaudiers produisent d'excellents fruits, tandis que transportés, ces arbres perdent beaucoup. Le pêcher plus stable, plus fixe dans ses qualités, change peu et cetle circonstance permet de recommander avec plus de certitude les variétés nouvelles acquises de semis. De jour en jour, le semis des pêchers acquiert de l'importance en Belgique et beaucoup de nos amateurs de bons fruits n'hésitent plus de confier à la terre les noyaux des bonnes pêches qu'ils ont pu apprécier à la dégustation.

=: | EAN U

CULTURE MARAICHÈRE.

CULTURE JARDINIÈRE DU NAVET (BRASSICA NAPUS), Par M. Panis, Fleuriste de S. M. Léopold [°*, fournisseur de $. À. $. le duc d’Arenberg, à Bruxelles.

Le navet, dont les espèces à l'usage de l’homme ont été de nos jours améliorées sensiblement par la culture potagère , mérite une place distinguée dans nos jardins, en raison de ses propriétés qui en font un des aliments végétaux les plus agréables et les plus salutaires. Il ne mérite, bien entendu , cet éloge que lorsqu'on fait choix des meilleures espèces, et qu'on leur donne les soins qu’elles réclament; nous ne saurions recommander comme un bon aliment, les gros turneps âpres et coriaces, propres seplement à la nourriture des bestiaux, bien qu’on les fasse quelquefois servir aussi à celle de l’homme.

Le mérite culinaire du navet était fort apprécié dans le moyen-àâge. Le chanoine Charron, contemporain des derniers Valois, l’auteur justement célèbre du Livre de la sagesse, avait pris pour armoiries un navet, comme symbole de la frugalité, avec la devise : Paix et Peu ; elle résumait tout son livre. Une famille belge, les Raepsaet, de la châtellenie d’Audenaerde, possédait aussi ce meuble dans leur écu, avec cet exergue : In semine virtus. Enfin, il est remarquable qu'avant 1561 , on trouva sur la bannière du pays de Waes, la représentation d’un magnifique navet, où nos aïeux voyaient un symbole de fécondité.

Les espèces distinguées de navets, celles auxquelles un carré doit étre réservé dans tout jardin potager bien tenu, se sèment en mars et avril, en terre plutôt légère que forte; ils n’ont presque pas besoin d'engrais; ils réussissent dans les terres les plus médiocres. Si le sol où l’on se propose de les cultiver est argileux et compacte, il est bon de l’amender avec un peu de sable siliceux. De tous les engrais qu’on peut consacrer à la culture jardinière des navets, il n'en est pas qui lui convienne mieux que les balayures des rues et celles de l'intérieur des maisons , genre d’amendement dont le sable et les cendres sont les éléments principaux.

On sème les navets en mars et avril; on peut continuer à en semer à des intervalles de 20 à 50 jours , jusqu’après la moisson; de cette manière, les navets peuvent être consommés de mai en novembre. Voici l'indication des meilleures espèces pour la culture jardinière : |

1° Navet de Berlin ou de sans-souci, de la grosseur d'une rave ordinaire; ses feuilles ne sont pas plus développées que celles du radis; sa

ps

chair est fine, délicate, conservant sa consistance après la cuisson, il se mange également seul ou servant d'accompagnement à diverses viandes.

2 Navet boule-d’or, un peu plus gros et aussi bon que le précédent.

3° Navet d'Evere ou de Schaerbeck, blanc, plat, excellente variété pour les semis de juin et septembre /variété bruxelloise).

4° Navet long de Fréneuse ; c’est le plus sucré de tous les navets; 1l ne dépasse pas le volume de la petite carotte de printemps; son goût trèsrelevé et fort agréable, diffère essentiellement de celui des autres navets longs ou ronds.

5° Navet de Clairefontaine. Plus long et plus gros que le précédent; il est particulièrement propre à accompagner les ragoûts de mouton et de canard.

À Paris, où il est fort recherché, on n’en emploie pas d’autre pour cet usage.

6° Navet jaune de Hollande, de forme ronde, écorce et chair jaunâtres.

On a, en outre, préconisé dans ces derniers temps, le navet de Finlande et le navet à peau violette, à chair jaune , comme celui de Russie, sous le nom de navet de Petrosowoode. Ces deux dernières variétés n’ont pas encore fait leurs preuves en Belgique. Avec les six espèces dont nous conseillons la culture, on aura une succession des meilleurs navets qu'on puisse obtenir pour l’usage culinaire, pendant toute la durée de la belle saison. Les derniers semés, arrachés avant les gelées et conservés dans du sable frais à l’abri du froid, serviront à la consommation pendant tout l'hiver.

AVIS

La rédaction de la Belgique horticole offre à ses abonnés de la graine des meilleures variétés de navets, cités avec connaissance de cause par M. Panis, dans son intéressant article.

DE LA CULTURE DE LA CHICORÉE SAUVAGE AMÉLIORÉE, A LARGES ET LONGUES FEUILLES PANACHÉES DE POURPRE ET NON DENTÉES,

Par M. JAcQUIN AïNÉ.

On sème du 20 au 25 mai, pas trop dru, pour avoir de beaux plants qu’on repique au commencement de juillet, en ayant soin de rogner les racines et les bouts des feuilles.

On met 5 rangs par planche de 1 mètre 50 centimètres de large, et on laisse une distance de O0 mètre 8 centimètres seulement entre chaque

plant pour éviter la pourriture qui pourrait avoir lieu dans le cœur de la plante si, étant espacée davantage, elle devenait trop forte.

Le moyen le plus simple de faire blanchir cette salade est de clouer ensemble trois voliges pour former une gouttière carrée que l’on ferme aux deux bouts, et que l’on renverse sur un rang pour commencer la récolte et la continuer à mesure du besoin en reculant successivement cet abri. La salade ainsi privée d’air pousse blanche et tendre en 15 jours environ.

Un autre moyen praticable en temps de neige et par les plus grands froids, consiste à disposer une certaine quantité de racines de la manière indiquée ci-après : dans une cave ou un cellier exempt de trop d’humidité et à l’abri de la gelée, on fait au moyen de deux planches placées debout, une case comme pour mettre des bouteilles, on couche de l’une à l’autre un lit de racines, les rangeant côte à côte , le collet en dehors et la racine du côté du mur dont on les éloigne de quelques centimètres; on couvre ce lit de racines d’une couche de terre d'environ 4 à 5 centimètres d'épaisseur que l’on maintient par une planchette d’égale hauteur, couchée sur les collets des racines et maintenue par ses extrémités aux deux planches d'encadrement. Sur cette terre on place un autre lit de racines, puis une couche de terre également disposée, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on trouve la pile assez haute, en ayant som d’arroser suffisamment chaque lit de terre.

Quand la plantation est achevée, on fait avec un bâton entre le mur ct les racines plusieurs trous profonds où l’on introduit de la paille pour que l'eau des arrosements, qui doivent être assez fréquents, puisse descendre jusqu’en bas.

Si l'endroit est un peu éclairé on intercepte complétement le jour au moyen d’un paillasson étendu devant la plantation.

Les chicorées ainsi disposées poussent rapidement et donnent pendant trois mois environ une salade tendre ayant un gout parfait et d’une trèsbelle apparence.

On peut aussi faire blanchir ces chicorées en pleine terre pendant l'hiver; on les plante avant les gelées dans des tranchées plus ou moins profondes selon que le terrain est plus ou moins humide; on les couvre de paillassons appuyés sur des rames ou des échalas qu'on pose en travers. Quand le froid devient intense, il faut jeter des feuilles sur les paillassons.

Quand les plus fortes gelées sont passées, on peut faire blanchir la chicorée sauvage améliorée sur place en ramenant la terre avee le dos d’un

ateau sur chaque rang qu’on couvre entièrement : de cette facon, elle blanchit sous terre et devient fort tendre : ceci n’occasionne aucun frais.

Les maraîchers qui ont toujours des châssis disponibles pourront par la suite tirer un parti avantageux de cette salade, car nous sommes persuadés qu'étant connue davantage, l’usage s’en répandra promptement en raison de sa supériorité en beauté comme en bonté sur la barbe de capucin etles autres salades d'hiver.

Page 1