LE GAZON EN ÉTOILES DE CUIVRE OU LE GRAMMANTHES CHLORÆFLORA
Par M. Cr. Morrex,
Une des plus jolies petites plantes propres à faire des gazons fleuris entre les picds de bruyères, de rosages, de kalmies et autres espèces de terre de bruyère est bien certainement le Grammanthes chloræflora, Haw. A la fois, plante de pleine terre et de pot, garnissant avec un égal succés et la surface d'un boulengrin, et les anfractuosités d’un rocher et la tablette d’une fenêtre, elle devient la compagne naturelle du mesembryanthenrum pyropæum auquel les mêmes circonstances conviennent à merveille. M. Thomas Moore a raison de le dire « je ne saurais imaginer, éerivait-il en juillet dernier, quelque chose de plus gracieux et de plus élégant pour le devant d’une fenêtre exposée au soleil, pour la garniture d'un pied d’arbuste à tige droite cultivé dans un vase ct généralement partout où il faut couvrir une surface dénudée de terre d’une délicate végétation florifère.
Le genre Grammanthes fondé par De Candolle sur des plantes du Cap, annuelles, oppositifoliées, à feuilles éloignées, sessiles, planes, ovalesoblongues, et à fleurs en cymes corymbeuses, fait partie de la famille des crassulacées et se trouve caractérisé comme suit dans nos cadres méthodologiques.
GRAMMANTHES. De C.
GRaAmmaNTuES. De C. Calyx campanulatus quinquefidus, ereclus. Corolla perigyna, tubulosa, tubo calÿcem æquante, limbi quinque sexparlili lobis ovalibus, expansis. Samina 5-6 corollæ tubo inserta, inclusa ejusdem lobis alterna. Squammulæ hypogynæ nullæ.
Ovaria 5, libera, unilocularia, ovulis ad suturam ventralem plurimis. Capsulæ folliculares 5 liberæ, intus longitudinaliter dehiscentes, polyspermæ.
Calice campanulé quinquefide, droit. Corolle périgyne, tubuleuse, égalant le calice par son tube, limbe cinq ou six divisions ou lobes ovales, étendus. Cinq ou six éamines, insérées sur le tube de la corolle, incluses et alternes avec les lobes de celle-ci. Squammules hypogynes nulles. Cinq ovaires libres, uniloculaires, ovules nombreux à la suture ventrale. Capsules folliculaires au nombre de einq, libres , déhiscentes longitudinalement , polyspermes.
Haworth avait déjà fondé ce genre sur les deux espèces de Crassula,
Crassula dichotoma, Linn. et C. gentianoides, Lam. et l'avait nommé Vananthes où fleurs en V, de cette lettre V qui se trouve, en effet, dessinée sur chaque partie de la corolle correspondant aux intervalles de ses lobes. L'idée de lettre a fait imaginer le nom de Grammanthes qui provient du grec spzuua, gramma , lettre et «7%, anthos, fleur—fleur portant des traces de lettres.
L'espèce dessinée ci-contre est le Grammanthes chloræflora de De Candolle. On doit lui laisser ce nom parce que la description de De Candolle (Prodr. IT, p. 592) quoique ne reposant que sur ces seuls mots : feuilles oblongues , ne permet pas cependant de douter que ce ne soit l’espèee de cet auteur qu'il avait vue sur le sec venant de Thunberg. Voici les carac-
tères de cette espèce d’après l'observation directe de la plante.
G. cucorærLona. Ilaw. Planta diffusa, carnosa ; caulibus procumbentibus, graeilibus, terelibus glabris, subglaucis, fragilibus ; foliis oppositis sessilibus, carnosis, elongatacordalis, lobis semi-amplexicaulibus, tenuè papillosis, subtus glauceseentibus ; cyma subcorymbosa, trichotoma, lixa ; calycis tubo in pedicellum altenuato, campanulato, quinque dentalo, dentibus ovalis apice deflexis, carnos0 , glaueo , erecto ; corollæ quinque lobatæ tubo calyeis tubo non æquante, constrieto; lobis Vimbi ovatis spathulatis, æstivatione imbricalis, aurantiacis maculis purpureis in forma litteræ V reversæ notalis, (». v. c.)
G. CHLOREFLORE. Haw. Plante diffuse, charnue ; tiges tombantes, grêles, fragiles, rondes, glabres, presque glauques ; feuilles opposées, sessiles , eharnues, allongées-cordiformes, lobes sémi-amplexicaules, finement papilleuses, au-dessous glaueescentes ; cyme subcorymbeuse, trichotome, lache; tube du calice aminei en pédicelle, eampanulé, à cinq dents, dents ovales, réfléchies au sommet, charnu, glauque et droit ; corolle à einq lobes, tube n’égalant pas celui du calice, rélréei ; lobes du limbe ovales, spathulés, imbriqués, dans l’estivation oranges, marqués de taches pourpres en lettres V renversés. (», v. €.)
SYNONYMIES,
Crassula dichotoma. Linn. — Ait. Hort. Kew. ed. 1. — vrelroflexa. Thunb.
— gentianoides ? Lam.
Vananthes chloræflora. Haw.
HISTOIRE LITTÉRAIRE , BOTANIQUE ET HORTICOLE
De Candolle citait deux espèces de Grammanthes, le chloræflora et le gentianoïides qui paraissent n'être qu'une seule et même plante. Les feuilles passent de la forme oblongue à celle d’ovales-oblongues, la couleur bleuâtre trouvée sur les individus desséchés du prétendu G. gentianoïdes parait n'être qu’un résultat de la dessiccation. Il est donc probable que l’une de ces espèces est purement nominale.
Originaire du Cap de Bonne Espérance, le Grammanthes chloræflora avait déjà été introduit une première fois en 1774, mais elle fut promptement perdue en Europe. Ce n’est que depuis peu d’années qu’elle y a reparu surtout en France où MM. Vilmorin, Bossin et âutres l’ont propagée par le commerce des graines. C’est une si jolie production qu'on devrait tâcher de ne plus la perdre : les plantes miniatures de cette élégance ne sont pas communes et celle-ci possède un coloris trés-original.
M. Thomas Moore, curateur du Jardin des Apothicaires à Chelsea, une des vastes associations fondées en Angleterre dans l'intérêt de la botanique a décrit avec beaucoup de détails la culture et les avantages du Grammanthes chloræflora. I fait remarquer que les fleurs exigent les rayons directs du soleil sans lesquels elles ne développent jamais leur beauté naturelle, mais quand une touffe de ces grammanthes reçoit
l'éclat de ces rayons, elle leur répond par une profusion de petites étoiles de la nuance du cuivre jaune passant au cuivre rouge, Cette teinte est rare dans les jardins. On sème les graines au commencement de mars avec celles de la plupart des espèces annuelles et on préfère pour éviter les intempéries du printemps, les confier à des pots, plutôt qu’à la pleine terre. Le semis en orangerie ou en chambre réussit le mieux, ou bien on emploie la bache et on enfonce le pot à demi dans la tarte. La germination faite, on attend que deux ou trois paires de feuilles se soient formées ct puis on rempole dans des vases plus grands. Il faut au moins pour chaque plante un pouce d’intervalle entre ses voisines. On les place alors dans une bache fermée ou dans un appartement peu échauffé, parce qu’il faut fortifier le pied et non l’allonger, le grammanthes ayant déjà une tendance trop grande à s’effiler. Cultivée sur la tablette d’une fenêtre, on accélère la germination en plaçant une vitre sur le pot, puis après le rempotement on use d'un verre à bierre ou d’une cloche pour la seconde protection. Cependant, nous devons déclarer qu'ayant cultivé le Grammanthes chloræflora depuis trois ans, toutes ces précautions nous ont paru inutiles : nous nous sommes bornés à semer en pot, à soigner les pieds dans une serre froide, à l’état libre et dans un appartement et des deux côtés les grammanthes ont prodigué leurs charmes pendant tout l'été. |
Un 5ol léger, à fond de sable mélangé avec du terreau de feuilles et de la terre fraiche, dans des proportions d’un tiers chacun, nous a formé un sol excellent et parfaitement convenable à la floraison. En semant en mars on obtient une floraison en mai et juin, en semant en juin, on obtient une fleuraison automnale. Il est très-probable qu’en semant en septembre et en abritant les pieds l'hiver, on jouirait d’une fleuraison abondante en hiver. La récolte de la graine est ce qu’il y a de plus difficile dans cette culture; les capsules folliculaires ne donnent pas toutes de bonnes graines et il faut examiner celles-ci avec soin. C’est sans aucun doute à une récolte de graines non müres où mal venues qu’on à dû la disparition de cette plante de nos cultures d'Europe.
L'INDIGOTIER A FLEURS POURPRES DU NÉPAUL, Par M. CH. MoRrkEN.
Le jardin botanique de Bruxelles a introduit et propagé dans nos cultures de Belgique un des plus gracieux arbustes qu'il soit possible de posséder, surtout pendant les derniers mois d'hiver ct même depuis la fin de janvier jusqu’au commencement de mai. C’est une espèce d’indigotier
qui était connue dans les herbiers, mais non dans les a 5 Voicr sa
diagnose et ses caractères.
INDIGOFERA ATROPURPUREA. Hamilt. in Horn.
hort. haf, add. p. 452. — Buchan. sec. Walp.
rep. bot. — Wyht. Icon. Plant. Ind. or. HI.
t. 569. — Dec. Prod. 2. p. 225. — Caule fru-
ticoso , tripedali et ultra erecto ; coma nutante, ramis glabris, énnovationibus punetis et pilis brunneis, adpressis obtectis; séipulis binis, capillaribus, convolutis, minimis ; foliis pinnatis, 3-5-6 jugis ; pulvino cylindrico, supra sulcato ; petiolo viridi saturiori, profundè sulcato ; foliolis ovato-ellipticis, obtusis, mueronalis, margine plano, rarius subundulato, integerrimo, junioribus adpressis, brunneis, mox albidis, pilis minutissimis, pubescentibus, adaltis glabris ; racemis axillaribus numerosis , Lot quot foliis, gracitibus, longiludine foliorum ; floribus inferioribus eaducis, bracteis fuscis, subscariosis, minutis, oyvalo-acutis ; pedunculo corolla breviore , rufescente ; calycecampanulato-inflato, quinquedentato ; corolle rosea, vexillo violaceo, ungue areola purpurea notato; alabastris roseo-niveis, leguminibus pendulis, rectis, compressis, 8-10 spermis. (v. v. c.)