LES FORMES VÉGÉTALES DONNANT A LA NATURE SA PHYSIONOMIE
Inées DE HüumM8oLprt.
Les familles des plantes qui donnent aux scènes de la nature leur physionomie propre, sont les Palmiers, les Bananiers, les Malvacées, les Mimosas , les Bruyères, les Cactus , les Orchidées, les Casuarinas, les Conifères, les Pothos et les Aroïdées, les Lianes, les Aloès, les Graminées, les Fougères, les Liliacées, les Saules, les Myrtacées, les Mélastomes, et les Laurinées.
« Ce serait une entreprise digne d’un grand artiste, dit le célèbre savant de Berlin, d'étudier le caractère de toutes ces formes végétales, non dans les serres ou dans les descriptions des botanistes, mais en face même de la grande nature des tropiques. Combien serait intéressant et instructif pour le peintre de paysage un ouvrage qui présenterait aux regards les seize groupes que nous avons énumérés et les retracerait d’abord isolément, puis réunis, de manière à en faire ressortir les contrastes. Quoi de plus pittoresque que ces Fougères arborescentes qui déploient leurs feuilles délicates au-dessus des Chênes-lauriers du Mexique; quoi de plus attrayant que ces buissons de Bananiers ombragés par des Graminées en arbre, telles que les Guadua et les Bambous ? A Partiste il est permis de diviser les groupes. Sous son pinceau, le grand enchantement de la nature se décompose en traits plus simples et en pages détachées, comme les ouvrages écrits de la main des hommes. »
FLORICULTURE DE SALON.
COMMENT IL FAUT SE DÉBARRASSER DES MOUCHES DANS LES SALONS AU MOYEN D’UNE JOLIE PLANTE A FLEURS PARFUMÉES,
Par M. CH. MoRREN.
Parmi les plus grands ennemis de la vie de salon figurent les mouches ; turbulentes comme la démocratie, bruyantes comme la populace, envieuses comme la paresse, elles obsèdent de leur vol perpétuel, elles étourdissent de leur bourdonnement, elles salissent les meubles et l'or surtout de leur bave dégoütante. On a inventé des châssis pour empècher ces hôtes incommodes d’envahir nos demeures, mais ces châssis n’ont pas répondu à l’attente; on a imaginé des meubles de papier qui préoccupent ces insectes en les attirant, mais sans nous en débarrasser et en leur permettant même des progénitures nombreuses, sources de chagrins nouveaux; enfin la chimie offre des papiers couverts de cobalt, de sublimé ou d’arsenic, mais au risque d’empoisonner les enfants, les maladroits ou les étourdis. Les mouches deviennent done un fléau de la vie tranquille et confortable, des habitudes de propreté, de calme et d’élégance et c’est un service à rendre à la société que de tâcher de la débarrasser de ces êtres essentiellement anti-sociaux, quoique vivant euxmêmes en grandes et nombreuses compagnies.
L’horticulture offre un moyen d'arriver à cette destruction, au moins partielle. C’est un fait qui aura frappé les esprits qui refléchissent, à savoir que s’il y a des relations nombreuses, variées, constantes, infinies dans leurs combinaisons entre les fleurs et les insectes, que si les unes accomplissent le but de leurs amours par l’amitié des autres, que si ceux-là vont puiser un doux nectar préparé par le calice de celles-ci, toujours est-il un certain nombre de plantes qui ont pour mission d’existence d’attirer , de saisir , de torturer et de faire mourir certains insectes et notamment les mouches. Les népenthès, les sarracénies, les dischidias, les marcgravias, les noranthées dressent leurs cupules, leurs ascidies, leurs vases et y sécrétent ou y recoivent des eaux sucrées et odorantes qui alléchent les mouches pour les noyer. La dionée de Virginie ouvre ses feuilles armées de dents et de dards et en ferment les lobes incontinent, aussitôt qu’une mouche vient se poser dessus, pour la serrer et la transpercer comme dans un étau couvert de couteaux. Certains droséras se couvrent à Fextrémité de leurs poils d’une humeur visqueuse qui prend comme une glu mortelle les pauvres moucherons et les fait mourir len-
tement de faim et de fatigue; certaines impatientes dressent leurs éperons creux au fond desquels se distille une liqueur attractive et la mouche ou la fourmi qui s’oublie par l'instinct et tend à franchir cet étroit couloir, ne peut plus revenir et meurt dans sa prison. La nature abonde en exemples pareils et nous montre évidemment que si nous voulons nous débarrasser des mouches ennuyeuses, c’est aux plantes vivantes qu'il faut s'adresser de préférence et si nous trouvons parmi les fleurs des moyens de tuer ces Insectes, nous les aurons du moins combattus par les do aimables de leurs ennemis.
Au commencement du siècle dernier, un nommé William Hale d’Alton , avait fixé sa nouvelle résidence à Halifax dans la Nouvelle-Écosse. Il trouva dans eette région de l'Amérique du Nord une plante curieuse qu’il envoya en Europe avant 1751, car cette année, Miller la cultiva déjà, en parta dans son Dictionnaire, de même que Morrison, et cette plante était appelée par les Anglais Fly-Catching Dogsbane. Linné vit ses affinités avec le senre Apocynum, groupe d’apocynées vénéneuses et en fit son apocynum androsæmifolium ou apocyn à feuilles d’androsemum , nom peu heureux et qui eut mieux été remplacé par une dénomination faisant connaître sa propriété curieuse d'attirer, d'attraper et de faire mourir les mouches.
Nous figurons ci-contre une branche fleurie de cette plante en pleine action de prendre les mouches. Elle est vivace, croissant à un pied ou deux de hauteur. Dans certains jardins elle se perd vite, dans d’autres elle pullule. Chez M. Henrard, hortieulteur, à Liége (St.-Walburge), il en nait annuellement des milliers de pieds qui eroissent très-bien en pot et qui offrent toutes les ressources possibles pour débarrasser les salons des mouches (une belle piante en pot y coûte 1 fr.). L’apocyn exige un sol sec, léger et chaud, il ne veut point d’une terre froide et humide et souffre ou meurt du moment qu’on tourmente beaueoup ses racines. Voilà les raisons pour lesquelles cette plante est parfois perdue par les amateurs ou les jardiniers. Pour la multiplier, il faut diviser les racines en automne ou au printemps, et fleurissant depuis juin jusqu'en septembre, enfin dans toute la saison des mouches, elle se reproduit, mais rarement de graines. Aussi est-on plus sûr de multiplier ses plantes, en divisant les racines au mois de mars, époque où il faut les mettre en pot en vue d'obtenir des pieds susceptibles de rendre aux salons le service que nous avons signalé.
L'apocyn atirape-mouche répand par ses fleurs une douce odeur aromatique et miellé qui, s'étendant au loin, à une grande distance de la plante, a certainement pour mission d'attirer ces insectes. Darwin dans son poème intitulé Botanic-Garden, le Jardin botanique publié à la fin du siècle dernier, donna dans une note l'explication du phénomène par lequel les mouches sont prises. Il admit que ce sont les étamines qui prennent Painsecte , que celui-ci est attiré par l’odeur, qu’il se met à sucer le nectar et que pour le faire, il est obligé d'introduire sa trompe entre les filetsides étamines. Ici, Darwin commet une erreur, il affirme que les filets se com-
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priment , se resserrent et agissent ainsi sur la trompe qui ne peut plus se retirer.
En 1794, William Curtis donne la vraie explication du mécanisme par lequel les mouches sont attrapées. Cet auteur fait d’abord remarquer que le plus grand nombre de victimes que peut faire une fleur est de cinq, au maximum , Ce qui s’observe dans la nature. Il établit ensuite que les mouches prises sont de plusieurs espèces, mais que ce sont le plus souvent les musca pipiens, cette détestable mouche qui pique l’homme jusqu’au sang pour le sucer, enfin que la mouche des maisons, musca domestica n’est pas prise par l’apocyn. Cette dernière assertion est controuvée tous les jours dans les appartements où l’on cultive cette plante. Curtis avait observé les plantes en pleine terre et chacun sait que la mouche des maisons n'existe presque pas à l'air libre dans les jardins, mais seulement près de nos demeures. De là son erreur.
Curtis a bien vu comment les einq anthères sont réunies en un cône au centre de la fleur, mais qu’elles laissent entre elles einq fentes qui vont en se rétrécissant de la base au sommet. Les filets courts sont beaucoup plus minces, de sorte qu’ils laissent cinq larges ouvertures à la base de landrocée, mais ces ouvertures sont fermées par les appendices de la corolle adaptées sur elles et se projetant au-dedans. Au centre se montrent deux ovaires entourés d’une substance glanduleuse sécrétant une liqueur sucrée. Au sommet de ces pistils se découvrent deux stigmates en forme d’urne dont le milieu est entouré d’un cercle glanduleux ‘sécrétant aussi du miel et sur cette partie les anthères adhèrent avec ténacité, au point qu'il faut de la force pour les en séparer.
Quand les mouches attirées par le parfum des fleurs viennent s’asseoir sur elles, elles découvrent bientôt les interstices ou les fentes par où elles peuvent introduire leur trompe; au bas, cette entrée se fait facilement et imseecte aspire-d’abord le sue du disque inférieur, mais bientôt il découvre une liqueur plus sucrée et plus appétissante vers le haut de la fente et sa trompe, élargie en bec de clarinette, s’insinue dans la fente en remontant vers le stigmate où les anthères compriment fortement le pistil, et comme les mouches pour laisser suivre ce trajet à leur trompe, sont obligées de remonter elles-mêmes, elles se trouvent prises, serrées et comprimées par leur organe aspirateur d'autant plus qu’elles tendent à remonter. On nous dira pourquoi la mouche ne descend-t-elle pas par le chemin par où elle est venue? Elle serait libre alors. Il parait que les mouches n'ont pas assez d'esprit pour se faire ce raisonnement si simple etcomme Pinstinet les porte à fuir par le haut, et non par le bas, à s’envoler, fait que chacun a pu constater dans leurs mœurs habituelles, à mesure qu'elles s’efforcent de s'échapper et qu’elles battent des ailes , elles fourrent de plus en plus les lèvres de leur trompe dans le piége, et, prises par l'organe de fa tentation , elles s’épuisent en vains efforts et meurent de fatigue et de faim sur Ja fleur traitresse qui les a attirées.
M. Braconnot dans le Bon cultivateur, publication de la Société d’agriculture de Nancy (1833, p. 545), adoptait encore la fausse explication de Darwin en faisant intervenir dans ce mécanisme la contractilité des étamines. M. Poiteau dans les Annales de la Société d’horticulture de Paris (1827, t. 16, p. 267), a reproduit en partie l’explication de Curtis, mais en croyant qu'il était le premier à la faire connaître. « J’ignore, disait-il, si Jamais les naturalistes ont parlé de cette singularité.» Curtis, soixanteseptansauparavant, avait parfaitement examiné et expliqué le phénomène. Thompson nommait à ce propos les mouches « de jeunes étourdies. » M. Poiteau a comparé ingénieusement la manière dont les fleurs de laurier-rose prennent les mouches avec celle employée par l’apocyn. C’est ce que notre planche 67 indique d’après l’horticulteur français. La fig. À représente une branche d’apocyn, la 2°° la manière dont la mouche est prise par la trompe dans une fleur, la 5° une fleur de laurier-rose au moment où une mouche s’y laisse prendre et au-dessus une mouche se reposant sur la fleur et poussant sa trompe pour sucer le nectar.
Une plante d’apocyn, cultivée pour l’appartement, y porte des milliers de fleurs et une quantité considérable de mouches sont tuées par elles. On nous demandera dans quel but la nature a donné cette mission destructive à une plante à laquelle ces insectes ne font aucun mal. Il faut remarquer que lorsque les mouches sont mortes, après un ou deux jours d’angoisses, de débats et de tourments inutiles, la fleur se flétrit ellemême et la corolle, soudée aux étamines, tombe à terre entraïnant avec elle les cadavres de leurs victimes. Ici est le but de la nature; par ce moyen , il y à de l’engrais animal et végétal tout à la fois, déposé au pied de la plante, les pluies entraînent ces matières nourrissantes dans le sol et l’apocyn trouve dans ses mœurs le soutien de son existence et la perpéluité de sa race. C’est ainsi qu’en nous servant à nous de plante de propreté, de senteur et d'agrément, elle devient encore pour notre réflexion l'interprète de cette loi admirable du monde qui nous montre la parfaite harmonie entre les êtres de la création.
Nous engageons les horticulteurs-marchands à cultiver beaucoup plus les apocyns attrape-mouches qu’ils ne le font aujourd’hui. Ceux surtout qui possèdent des jardins secs, chauds et rocailleux, se trouveront trèsbien de cette plante, susceptible dans ces circonstances d’une reproduction lucrative. Quand nous avons fait connaitre une première fois l’histoire de ce végétal intéressant, il nous est arrivé un grand nombre de demandes qui n’ont pu être remplies. Aujourd’hui , au prix d’un franc, on peut déjà se procurer un bon pied enraciné de l’apocynée de la Nouvelle-Écosse.
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