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ment au succès des sciences , des lettres et des arts en Belgique, à ne pas laisser dans l’oubli de l’ingratitude , la mémoire des hommes illustres, dont les efforts généreux ont contribué à entretenir dans la nation le feu sacré de l'intelligence. C’est pourquoi nous avons pris comme texte des présentes pages destinées à être placées à la tête du premier volume de la Belgique horticole, ouvrage dont le titre n’a pas été, comme on a pu le voir, choisi en vain et sans préméditation, la biographie d’un des pères de la botanique et de l’horticulture de Belgique , d’un des auteurs dont les écrits ont joui d’une popularité sans exemple. Sous le rapport de la science, il le cède à De L’Escluse, l'homme le plus savant de son temps, et c’est beaucoup dire quandil s’agit du XVI°siècle, mais il était au moins légal de De L’Obel, et à coup sûr, il l’'emportait sur ces deux grands auteurs, par l'effet qu'exercaient ses ouvrages sur les populations contemporaines, et qu’ils ont continué sur la postérité et presque sur notre propre âge. Ce botaniste était Rembert Dodoëns, de Malines, généralement connu sous le nom de Dodonæus. Depuis la régénération politique de la Belgique, MM. Goethals, Broeckx, Van Meerbeeck, D'’Avoine et l’auteur de ces lignes, nous avons successivement, et dans des écrits divers, fait revivre les titres que possède ce savant à la reconnaissance de la nation, et ces ouvrages mêmes nous dispensent d'entrer ici dans les détails de cette vie assez agitée et au fond plus malheureuse que brillante. Dodoëns vivait d’ailleurs à l’époque si difficile des querelles religieuses, et les vexations de Philippe II n'étaient pas de nature à permettre le calme et la sécurité à la carrière d’un savant , quelqu’inoffensif qu’il pût être.
Rembert Dodoëns naquit à Malines, le 29 juin 1517 (*), sous le gouvernement de Marguérite d'Autriche. Ce nom de Dodoëns paraît provenir de ce qu’on nommait, à Malines, son père Dodo, de Dionysius, Denis. Dodo était Frison. Le jeune Rembert fit ses études médicales à Louvain où , le 40 décembre 1555 , il passa licencié en médecine , à peine âgé de 18 ans. On comprend qu’à cet âge il pouvait être licencié , mais on ne prétendra pas qu'il fût médecin. On dit qu’il voyagea peu de temps après en France, en Allemagne et en Italie, mais dans ses écrits de botanique, Dodoëns ne parle pas de ces voyages ni n’en cite pas des souvenirs. Gunther, né en 1487 à Andernach, était à cette époque professeur d'anatomie à Paris, où il fut nommé, la même année (1555), premier médecin de
(1) Sprengel, dans son Historia rei herbariæ, 4. p. 594, et Cuvicr, dans son Histoire des sciences, en font un Frison : Jankema Friso. Pultenay, dans ses Esquisses historiques sur la botanique, le fait naïtre « près de Méchlin, en Flandre » (p. 114). M. Goethals place sa naissance en 1518. Ce sont autant d'erreurs que les recherches de M. le docteur D’Avoine , président de la Société royale des sciences naturelles et médicales, ont fait disparaitre à jamais dans son Eloge de Rembert Dodoëns, publié en 1850, et auquel nous avons été heureux de Joindre une concordance de nomenclature utile à tous ceux qui possèdent les œuvres du botanisle de Malines.
François [°'. Auparavant, il avait enseigné le gree à Louvain, d’où Dodoëns venait de sortir. Il retrouva Gunther à Paris; ce dernier ly pria de collationner sa traduction de Paul d’Égine. Gunther disséquait ou faisait disséquer beaucoup d'animaux, et eut pour prosecteurs notre immortel Vésale et le malheureux Servet, brülé vif plus tard à Genève. #l est donc probable que Dodoëns prit chez cet anatomiste le goût des autopsies qui lui firent découvrir un jour l'anatomie pathologique, ce fambeau de la médecine. En 1548 , nous retrouvons Dodoëns occupé d’astronomie ct de cosmographie : il publia en cette année son {sagoge cosmographique en astronomie et en géographie (en latin), dont une nouvelle édition, sous le titre De sphæra, parut en 4584, un an avant la mort de l’auteur. La même année 1548, il est nommé médecin de la ville de Malines , où il séjourna jusqu’en 1574, époque de son départ pour l'Allemagne. Ces fonctions de médecin des pestiférés, cholériques et de tous les malheureux atteints de la suette et des maladies épidémiques, firent éclater son zèle , son dévouement et ses connaissances , mais elles le brouillèrent avec le clergé , à cause des processions où l’on voulait le faire figurer. Les malades admis à la Ladrerie devaient assister, avant d’y entrer, à la messe des morts qu'on chantait de leur vivant, et le curé les conduisait à leurs baraques, situées hors des murs de la cité, où ils étaient livrés aux soins du médecin. Dodoëns ne parait pas cependant avoir protesté contre cet usage inhumain, et qui devait avoir sur les malades une influence mortelle. Nous le trouvons, au contraire, en 1552, publiant son Histoire des fruits (de Frugum historia), à laquelle il joint deux lettres, l’une sur le Farre, le Chondrus, le Tragus, le Ptisana, le Crimnum et l’'Alhca, et l’autre sur le Zython et la Cervoise ou la bière. I paraît que cet écrit sur les boissons aigrit la bile d’un médecin de Gand, nommé Ronsse, qui se mit à écrire contre Dodoëns, et lui suscita assez d’ennemis et de jaloux pour le dégoûter de sa ville natale et même de son pays, qui n’ont pas la consolation de posséder son tombeau : #ngrata patria!
Dodoëns travaillait déjà depuis des années à la publication d’un traité général de la botanique du temps, et l’un de ses biographes lui a prêté à cet égard un charlatanisme qui n’a pas de sens, parce qu'il n’a pas de preuves : à savoir qu’il entretenait le public de lui par de petites publications capables d’exciter la curiosité et de faire désirer son grand ouvrage. C’est là une calomnie. Dodoëns publia en 1555, un an seulement après l’apparilion de son grand Traité, un opuseule : De stirpium historia commentariorum imagines ad vivum expressæ ou images des plantes faites d'après nature. Cet ouvrage précieux a une toute autre origine que ce charlatanisme présumé, d'invention toute moderne. Van der Loë, l'éditeur du Traité général, avait fait réduire les planches de Léonard Fuchs, dont l'ouvrage sur les plantes , ornées de grandes figures, avait paru en 1542. En 1345, 1546 et successivement, l'éditeur de Fuchs publiait de petites planches réduites également du traité in-folio, avee un texte abrégé, à
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l'usage des étudiants, des médecins et des gens du monde. Dodoëns avait étudié plus que les espèccs de Fuchs : il en avait dessiné ou fait dessiner beaucoup d’après nature, ct les frais des gravures s’élevaient assez haut pour qu’on permit à l'éditeur d’y rentrer. Le même biographe soutient qu'il est difficile de juger ce qui appartient en propre à Dodoëns, dans ces collections de figures, publiées au XVF siècle, par les imprimeries d’Anvers, que ce ne serait que par l'examen chronologique des ouvrages de tous ces auteurs, qu’on parviendrait à rendre à chacun le sien, et qu’enfin ce travail offrirait trop peu d'intérêt pour que jamais on l’entreprenne. Mais à l’époque (1837) où ces réflexions furent imprimées, elles arrivaient trop tard : le travail impossible était fait; il se trouve consigné tout au long dans l’Æistoire de la botanique, de Sprengel, et, en 4855, Courtois, dans les Actes de l'Académie impériale des curieux de la nature, avait eu soin de rendre à Dodoërs un nouvel hommage pour les plantes qu’il avait citées , décrites et figurées ou fait figurer le premier, comme son bien, à lui, dans cet élan général. Le nombre de ces espèces s'élève à près de deux cents. Or, vis-à-vis des éditions si multipliées des Zmagines de Fuchs, iétait-il pas légitimement permis à Dodoëns de donner de la publieité, et une prompte publicité même, à ses travaux originaux, et quel meilleur moyen que de faire connaitre à son tour des imagines plantarum plus neuves et plus complètes? Voilà tout le secret et le secret honnête de ces opuscules eités comme des petits moyens d’une vanité enfantine, alors qu'ils ne sont réellement que des ouvrages sérieux, utiles, rendus nécessaires par une époque où la presse ne chômait pas davantage qu’aujourd’hui.
Nous ne citerons pas toutes les plantes dont on dut les premières iconographies au botaniste de Malines, mais nous en mentionnerons les principales, parce qu’elles intéressent l’horticulture.
Le Jasminum fruticans du midi de l’Europe, que les horticulteurs eroient n'avoir été introduit qu'en 1570, était déjà cultivé du temps de Dodoëns à Malines.
L’'Iris graminea, qu'on ne croit avoir été introduit d'Autriche qu'en 1597, aiors qu’en 1554 Dodoëns la voyait déjà dans les jardins belges.
Le Campanula speculum de nos guérêts, dont on a obtenu aujourd’hui de si jolies variétés. .
L’Hydrocotyle vulgaris, qu'il avait fait dessiner en fleur dans ses stations naturelles en Belgique, où aujourd’hui cette espèce est cultivée dans les appartements en vases suspendus et dans les aquaires portatifs.
La Fritillaire impériale, qu'il figure pour la première fois en 1576, époque où il la vit à Vienne.
La Fritillaire de Perse et la Méléagre qu'il avait recues d'Orange, et qu'on cullivait dans les jardins. Ce fait est curieux pour nous, parce que dans les bois de Waelhem , près de Malines, la méléagre croît spontanément. Aurait-elle échappé à Dodoëns qui herborisait, nous en avons des
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preuves, ou la plante elle-même s’était-elle échappée des jardins et s’estelle propagée dans ces environs ?
La Tulipe des bois et l’ornithogalum de Narbonne, deux plantes que nous cultivons encore.
L’anthericum ossifragum et le scilla cernua, ces deux gracieuses plantes de nos bruyères et de nos bois ombragés , dont les jardins font leur profit.
Les brillantes Hemerocallis flava et fulva, introduites de l'Orient, et si précieuses pour l’ornementation des bosquets et des bords de nos-eaux.
Le Lychnis chalcedonica, que nos pères appelaient déjà la fleur constantinopolitaine croix de Jérusalem , bien qu’elle soit originaire du Japon , mais Dodoëns savait seulement qu’on la semait dans les jardins sans en connaitre la patrie.
Le Delphinium elatum, que les jardins de notre pays avaient reçu de ceux de Nuremberg.
Le Phlomis lychnitis que les horticulteurs anglais prétendent n'avoir été introduit dans les jardins où il fait un si grand effet, qu’en 1658, tandis que Dodoëns le voyait cultiver dès sa jeunesse dans les jardins belges qui avaient reçu cette belle espèce d’Espagne et des environs de Narbonne.
Le Linaria purpurea originaire du midi de l’Europe, mais que Dodoëns eroyait une plante spontanée de Belgique naissant, disait-il, à côté de la linaire commune ; les horticulteurs rapportent sa culture dans les jardins à l’année 1648, tandis que Dodoëns la cultivait à Malines avant 4572.
L’Acanthe épineux, cette magnifique plante si chère aux architectes puisqu'elle fournit une feuille classique des chapiteaux corynthien ou composite, originaire du midi de l’Europe. Dodoëns l'avait reçue d’Alfonse Sanci, professeur et médecin du due de Ferrare, et la cultivait dans les jardins, tandis que les horticulteurs pensent et écrivent que cette espèce ne commença à figurer qu’en 1629, dans l’ornementation des parterres.
Nous ne ferons que citer pour abréger ces réflexions, le Catananche cœrulea, le charmant Cypripedium calceolus, le Thuya occidentalis qu’on avait envoyé du Canada à François [*", sous le nom d'arbre de vie, etc.
Il est remarquable que dans toutes ces espèces , d’ailleurs fort nombreuses, dont on doit les premières figures et les vraies histoires naturelles à Dodoëns, on ne voit nulle part des espèces du Nouveau-Monde. Une seule plante, le Tigridia pavonia, dont le célèbre botaniste a publié la figure, ferait exception puisqu'elle est originaire du Mexique, mais Dodoëns dit précisément à son propos qu'il ne l’a pas vue vivante et que seulement on lui en a envoyé la planche. On croit que ce beau Tigridia n’a été introduit en nature qu’en 14796, plus de deux siècles après les paroles du professeur de Leyde.
Nous sommes forcé de nous restreindre dans l’énumération des services éminents rendus à l’horticulture, par notre botaniste de Malines, mais ce que nous venons d’exposer suffira pour constater ses titres à la reconnaissance des horticulteurs.
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En 1555, Dodoëns avait fait paraître son Trium priorwm de Stirpium, historia commentiariorum imagines ad vivum repressæ (456 pages avec la lettre terminale). Il signe la lettre de clôture de ce volume en juin 1555, en annonçant qu'à cette époque il avait fini la rédaction en flamand (éeutonica lingua) de son grand traité général. « C’est pour les étudiants en médecine, dit-il lui-même, et pour les amateurs de plantes que je publie cette édition d'images populaires. » Un passage de cette lettre prouve qu'il regardait ce petit ouvrage comme propre à accompagner le botaniste dans ses courses à travers les champs, les montagnes, les collines, les val- Jées, les villages et le littoral (uf cumque omnes agros, omnes regiones, omnes montes, colles et valles, omnes vicos et omnia littora perlustret). Ainsi, l’ouvrage est une flore portative que Dodoëns avait en vue de livrer au publie, et c’est dans un but aussi honnête qu'utile, qu’on a été assez maladroit de trouver le désir de faire parler de soi. Nous tenons Dodoëns au contraire comme un auteur très-consciencieux, sans fausse modestie comme sans orgueil, mais ayant l’ambition de servir l'humanité en fécondant les lumières que l’étude lui avait données.
En 1554 parut la seconde partie de cette flore : Posteriorum trium de Stirpium historia commentariorum imagines, formant un volume de 505 pages. Ordinairement les deux volumes sont réunis en un seul et l’on trouve sur le verso du titre du premier le portrait de Dodoëns, représenté à l’âge de 55 ans, en habit de docteur et tenant de la main gauche un rouleau de papier et de la droite une tige fleurie de Campanula medium qu'on appelait alors la violette de la Vierge. Le choix de cette plante à l'histoire de laquelle on ne lit rien de particulier dans ses œuvres , prouverait chez Dodoëns un sentiment profond de religion et il n’est pas oiseux de le faire remarquer parce qu'un de ses biographes le représente comme ayant penché en secret pour des idées de réforme. Cette assertion est toute gratuite et nous défions qui que ce soit de trouver un seul mot relatif à cette opinion dans tout ce qui nous reste du célèbre Malinois.
C’est ce portrait, le seul véridique que nous ayons de lui, qui a été reproduit dans un dessin confié par nous à M. le docteur d’Avoine, lequel a fait les frais de la lithographie placée en tête de son éloge de Dodoëns, lithographie dont la pierre nous a été remise dans l’intérêt des souscripteurs à la Belgique Horticole, placée ainsi sous le patronage d’une de nos plus grandes célébrités nationales.
En 1554, parut aussi le Cruydeboeck, première édition flamande, imprimée chez Van der Loë, à Anvers, en caractères gothiques, renfermant 707 figures en bois et 818 pages, sans la dédicace, le privilége et les tables. Sur le verso du titre se trouve le même portrait que celui des Imagines de 1553. C’est cet ouvrage fondamental qui compta de 1554 à 1644, treize éditions dont les plus connues sont la française de 1557, traduite par Charles de L’Eseluse, la latine, sous le nom de Pemptades, parue une première fois en 4583, deux ans avant la mort de l’auteur, et
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une seconde fois en 1616, et enfin l'édition flamande avee commentaires de Van Ravelingen, de 1644. Les botanistes citent de préférence les Pemptades de 1616 comme étant écrits dans la langue universelle, le latin.
Cette première édition du Cruydeboeck de 1554 fut tellement recherchée, feuilletée avec une avidité si grande et une'curiosité si impatiente, que c’est à peine si l’on en connaît aujourd'hui trois exemplaires bien conservés et entiers. Le fameux bibliophile Van Hulthem l'avait cherchée pendant 25 ans sans la trouver et l’on rapporte qu’en emmenant le volume de Hollande à Gand, son heureux possesseur s’en faisait un oreiller de erainte qu'on le lui enlevât. Restée inconnue à Seguier, Haller, Linné, Banks, bibliographes spéeiaux de la botanique, elle n'avait pas cependant échappé à Sprengel, qui donne même la date de 1555 eomme celle de son impression, ce qui est exact, car Van der Loë mit, de l’aveu même de Dodoëns, deux ans à l'imprimer. Les trois exemplaires connus aujourd’hui sont ceux de la bibliothèque royale de Bruxelles (exemplaire de Van Hulthem), de M. le docteur d’Avoine et celui que nous possédons nous-même.
L'édition de 1554 a fourni les planches gravées à la seconde de 1565 et à la traduction francaise de L’Escluse, de 1557, toutes imprimées chez Van der Loë. Ce n'est qu'à partir des éditions de Plantin que les planches ont changé et que des bois nouveaux ont été gravés, au point que pas une figure n’est la même. Quand Van Raphelingen, d'Anvers, s’est occupé de collationner toutes ces planches, pour éerire les commentaires aux dernières éditions, il a éprouvé un grand embarras. Nous avons vu à la bibliothèque de Leyde (n° 98, page 377 du eat. medici.) un octavo oblong, manuscrit qui porte pour titre Plantarum seu Stirpium icones ordine historiæ Stirpium Remberti Dodonæt, où François Van Raphelingen parle des diflicultés extrêmes qu’il a dù vainere pour débrouiller les planches que Plantin faisait servir aux éditions de Dodoëns et de L'Obel , souvent sous des noms différents. On y voit quelques planches manuscrites et dans le même dépôt nous avons retrouvé les planches modèles dessinées à la plume et au crayon, que de L’Eseluse a fait servir à son Histoire des Plantes rares.
Un autre manuscrit conservé à la même bibliothèque sous le nom de F'iquren van den Herbarius oft Cruydeboeck van Rembertus Dodonœus, est extrêmement précieux pour l’histoire de lintroduction des espèces. Ce manuscrit contient tous les dessins communiqués à Dodoëns par de L'Escluse et de L'Obel, mais dont il n’a pas voulu faire usage pour ne pas trop grossir son œuvre et sans doute aussi pour limiter les frais d'impression (!).
(1) Voiei ce qu’on lit sur le volume de Leyde :
Liem figuren van verscheidene cruyden naer Dodoncei overlyden door Carolus Clusius besehreven : oftook van verscheidene cruyden by ‘1 leven van Dodonœus so door den selfden Clusius, als dour Mathias de L'Obel beschreven ; de welke nochtans Dodonœus tn syn werk niet en hecft
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La partie la plus faible du traité des plantes de Dodoëns est évidemment sa classification, mais on voit cependant percer dans plus d’un groupe le sentiment qu'avait cet homme de jugement des familles naturelles. D’ailleurs, on doit se rappeler ici que les idées sur la classification des êtres et même sur la valeur de toutes les classifications possibles, sont relatives au point de vue où l'esprit se place. Buffon n’a pas exprimé , que je sache, un grand respect pour les méthodes de classement et lon ne peut nier que ce ne fut un penseur profond. Parqueter la nature, placer la création dans de petites cases, inventer et changer des noms qui ont tout Pair d’être savants, c’est assez là un faible de certains esprits et c’est aussi un fléau pour la véritable science qui est arrivée à ce point de ne plus tenir compte de tous ces efforts au bout desquels il y a plus de confusion que de clarté. Pas deux partisans de la méthode naturelle ne s’accordent entre eux et autant il y a de pays autant il y a des méthodes naturelles, toutes universelles et générales, c’est convenu. D’après l’état des esprits à l’âge où nous vivons , nous aurions grand tort comme on le voit d’ineriminer Dodoëns, à l'endroit de son système de classement.
Toutefois, il est curieux de rappeler iei ses idées à cet égard. Il nomme les classes des plantes des Pemptades. Sa première classe qu’il ne définit guère qu'en disant que ce sont des éléments, renferme toutes sortes d'herbes qu'il fait suivre les unes aux autres selon l’ordre alphabétique de leurs noms, c’est-à-dire selon l'arbitraire de leursbaptêmes. Sa seconde Pemptade qu'il inaugure par les violettes et les roses, renferme toutes les plantes propres à faire des couronnes, des bouquets, qui sont odo-
willen bystellen, op dat het niet te groot worden soude, oft om andere oorsacken. Alle welken figuren hier tusschen ingevoegt zyn, elk s0o veel het doenlyk geweest is by zyn geslacht; en de dat meestendeel volgens dat in de byvoegels van den Nederlandschen druk Herbarii Dodoncei des jaers 1618 beschreven oft vermaent worden.
Sur Pavant titre on lit :
Liber hic immensi laboris et studii compositus fuit a Francisco Raphelengio, viro de ommium létterarum genere optime merito, qui et in propria et quidem nitidissima manu descripsit et figuras Dodonæi, Lobelii et Clusii coadnavit ita ut uno intuitu omnium betanographorum his- Loria in conspectum veniant.
Legaverat autem hunc librum Justus Raphelingius, Do. Everardo Vorstio, qui eum reliquit Do. Adolpho Vorstio præceptori meo in botanices Lyceo in cujus librorum distractione emptus fuit. À precdecessore meo Do. Schrysio e cujus bibliotheca eum in præsentiam possideo Arnoldus Sycn.
Une note de Van Royen prouve que ce précieux volume a été acheté en 1680 pour la bibliothèque au prix de 183 florins.
On y voit la planche manuscrite du titre des dernières éditions du Cruydeboeck et deux magnifiques épreuves des portraits de Dodoëns et de L’Eseluse, tirés sur soie jaune avec leurs épitaphes respectives par lesquelles il conste que Dodoëns a été enterré à l’église de St.-Pierre et de L’Eseluse à celle de Notre-Dame. La pierre tumulaire de Dodoëns se trouve sur la première colonne du chœur à gauche, à St.-Pierre, mais la plaque en cuivre qui recouvrait le tombeau de L’Eseluse a été transportée en 1820, lors de la démolition de Péglise de Notre-Dame, el par les soins du professeur Tenwater, contre la première colonne à droite en entrant dans le temple de St-Pierre.
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rantes ou en ombelles. C’est évidemment un sentiment horticole qui a donné à Dodoëns cette idée poétique. Sa troisième Pemptade renfermeles plantes à racines (rhizomes) développées, les espèces purgatives, les grimpantes, les vénéneuses et il termine ce groupe par les fougères, les mousses, les champignons et les algues. A l’idée médicale précède une idée d’organographie et une curieuse révélation de la méthode naturelle la suit. M. le docteur d’Avoine a fait remarquer avec beaucoup de justesse
que Dodoëns dans le cinquième livre de sa troisième Pemptade avait réuni
presque toutes les plantes acotylédones et les exceptions à ce classement comme l’ophioglossum et le botrychium sont en effet peu nombreuses. Sa quatrième Pemptade renferme les céréales, les légumineuses et les espèces des marais ou des eaux. La cinquième est consacrée aux légumes, aux plantes potagères ou édules, idée purement horticole et bromatologique et enfin la sixième Pemptade renferme les arbrisseaux et les arbres qui terminent les deux chapitres sur les arbres forestiers et ceux à feuilles toujours vertes.
Aïnsi, les noms, la beauté, l'usage, l’odeur, les propriétés, les rapports naturels, les stations, les natures herbacées ou ligneuses , voilà les bases de cette division du règne végétal qui cède ici en importance à la connaissance individuelle des espèces à laquelle l’auteur donne tous ses soins. Cependant si on compare ses descriptions à celles de L’Escluse, clles sont moins complètes, moins élégantes et surtout moins exactes. De L’Escluse ajoutait à ses descriptions un charme indéfinissable par la probité avec laquelle il cite les introducteurs , les propagateurs et par la précision qu'il met dans les dates. On voit de suite que Dodoëns a composé son ouvrage chez lui, au sein d’une vie tranquille et sans avoir comme de L’Escluse parcouru toute l'Europe pour chercher les plantes dans leur lieu natal. Les plantes allaient trouver Dodoëns , tandis que de L’Escluse allait trouver les plantes, de là la différence de leurs éerits.
Cependant quand le Cruydeboeck, traduit en français, par de L’Escluse, avait donné à Dodoëns une grande réputation, il eut des ennemis. Il devait subir la loi de l'humanité : pas de bonheur sans jaloux. L’ancienne université de Louvain depuis sa création en 1426, jusqu’à sa suppression en 14796, n’a jamais brillé par l’enseignement des sciences naturelles, tandis que sa rivale, Leyde , a laissé dans cette partie des connaissances humaines des noms immortels, gloire que Linné lui-même vint sanctionner de sa présence. Dodoëns avait sans doute le pressentiment de cette nullité que l’histoire de l’université de Louvain devait léguer à la Belgique, car en 4557, il demanda d’y être nommé professeur. C'était la magistrature de Louvain qui nommait et payait : elle lésina et pour quelques éeus , Louvain ne peut point s’énorgueillir d’avoir possédé notre illustre compatriote. Sept ans plus tard, Vésale, jeté par un naufrage sur la grève de l'ile de Zante, à la suite d’un pélerinage à Jérusalem, y mourut de faim, et Philippe I était sans médecin. Son père n'avait voulu que des
Belges pour ses médecins etPhilippe les préférait de même aux Espagnols. Quatre ans après la mort de Vésale, le conseiller Hopperus, cousin de Dodoëns, lui proposa la place du célèbre anatomiste, près du roi, mais il refusa, prétextant son grand âge. Le 50 avril 1572 il perdit sa femme, Catherine S’Bruynen, qui lui avait laissé cinq enfants, deux fils et trois filles. A l’occasion des funérailles de sa femme, Dodoëns se vit rendre un srand honneur par la municipalité de Malines, à savoir une distribution de vin aux frais de la commune. Ce malheur de famille s’aggrava d’un malheur public; le 2 octobre de la même année, les Espagnols mirent Malines à feu et à sang et la maison de Dodoëns fut pillée de fond en comble, au point, dit l’histoire, qu'il était dénué de tout. Ce fut l’occasion pour Hopperus de lui faire de nouvelles propositions pour l’engager à accepter la charge de médecin du roi et de résider à Madrid, mais Dodoëns refusa de nouveau. En 1573, son ami de L’Escluse avait été nommé directeur du Jardin botanique impérial à Vienne, et quand, sur la recommandation du savant d'Arras, l’empereur Maximilien IT, le nomma son premier médecin, Dodoëns partit en 4574 pour la capitale de l'Autriche. Il eut le plaisir d'y rencontrer aussi De L’Obel, et lorsque Rodolphe I monta sur le trône, il le confirma dans sa charge, qu’il occupa jusqu’en 1578. Il quitta Vienne le 11 mars de cette année.
La résiliation d’une place aussi honorable que lucrative a été attribuée aux tracasseries qu’un médecin de Vienne, Krato von Kraftheim, aurait suscitées au savant de Malines. M. Goethals a même représenté Kraftheim comme ayant eu le malheur de n’avoir été aimé de personne. Le professeur de Halle, M. Von Schlechtendal, a mis à néant cette accusation et prouvé par les lettres mêmes de Dodoëns à Krato , conservées à la bibliothèque d’Élisabeth, à Breslau, que ces deux hommes étaient en excellente relation ensemble, même après le départ de Dodoëns de Vienne. Hopper, administrateur des affaires des Pays-Bas à Madrid, en 1576, était mort, et sa veuve Christine Bertolf, grande amateur de plantes, s’était retirée à Cologne où son cousin se rendit en 1580, et où il apprit à connaître la capucine qui venait d'arriver du Pérou. Il fit imprimer dans cette ville son Histoire de la vigne et du vin (historia vitis, vinique, 1580 , in-8), et en 1581, sa Physiologie (physiologices medicinæ partis tabulæ explicitæ, 1581, in-8°), ainsi que ses Observations médicales (medicinalium observationum exempla rara, 1581 , in-8°), qui eurent un grand nombre d'éditions, et qu'il ne faut pas confondre avec sa Praxis medica, imprimée après sa mort, en 1616.
Dodoëns ne resta que peu de temps à Malines après son séjour à Cologne, car en 1582 il fut nommé professeur à l’Université de Leyde, où de l’'Escluse avait été nommé de même pour la chaire de botanique. Commencer à 65 ans la carrière de l’enseignement, c’est appeler la mort à grands cris, aussi il n'avait pas accompli la troisième année de ses fonctions, qu'il n'était plus : le 10 mars 1585, il avait expiré. On linhuma dans
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l'église de St.-Pierre, où on lit sur sa pierre tumulaire, ornée de ses armoiries : deux étoiles d’or et le croissant de la lune sur champ d'azur, l'inscription suivante :
D. O. M. — Rewperro Doponæo Macauis — D. Maximiniant IE ET Rupozpur Il imp — MEDIcO ET CONSILIARO — CUJUS IN RE ASTRONOMICA , HERB. MEDIC — ÉRUDITIO SCRIPTIS INCLARUIT — Qui AM SENEX IN 4acAb. LUGDUNENSI — Arup BaTAvos puBLICUS — MEDICINÆ PROFESSOR FELI- CITER OBIT — AN. C.1DI19LXXXV AD VI ipus MaART — Æraris suÆ LX VII — RemBERTuS DBODONÆUS — Fi. m. p.
Son ami de L’Escluse lui survécut encore de quatorze ans, et sa gloire lui survivra jusqu’à la fin des siècles.
Telle fut la vie d’une de nos plus grandes célébrités botaniques et horticoles. Nous avons à dessein passé sous silence plusieurs ouvrages que nous lui devons, tels que son Histoire des céréales, celle des plantes à couronnes et bouquets, et enfin son Traité des espèces purgatives, parce que ces volumes ne sont que des éditions séparées de quelques chapitres particuliers des pemptades dont nous avons donné une analyse suflisante.
La ville de Malines s’est noblement conduite à l'égard de Dodoëns. Son buste en marbre, dü au ciseau intelligent de M. Tuerlinek, orne le Jardin botanique de cette cité; une souscription a été ouverte pour élever, à la mémoire de ce grand homme, une statue pédestre, dont l’exécution sera confiée au même artiste. La Société royale d’horticulture a fait frapper ses médailles à l'effigie de cette noble figure, et le président de la Société des sciences naturelles et médicales, M. D’Avoine, a prononcé l'éloge de son compatriote, dans une séance solennelle où assistaient M. le Ministre de l'intérieur et les autorités. Nous avons vengé ainsi lingratitude de nos pères, qui ont laissé mourir Dodoëns loin de sa patrie qu'il avait tant aimée, et dont il avait célébré les fleurs, les fruits et les moissons!
Nous, dans l’humble et restreinte limite de nos forces, nous avions naguère jeté notre eau lustrale sur la tombe de Dodoëns, en donnant à un de nos recueils d’observations de botanique le nom de Dodonæa, déjà porté par un genre d'arbres australasiens de la famille des sapindacées, et en publiant une première notice sur sa vie dans la collection des Belges illustres. Nous placons aujourd'hui notre Belgique horticole, sous le patronage de sa gloire, faisant ainsi notre cour à un passé qui n’est plus, afin que dans le présent et l’avenir, on rende justice à ceux qui la méritent. Dodoëns a été un des fondateurs de Fhorticulture nationale, poursuivons son œuvre. Il a été un de ceux qui ont basé la culture des plantes sur la botanique, continuons sa noble pensée. Il a été l’un des plus grands promoteurs de cette idée, que, pour plaire, l’art des cultures devait être utile à la société humaine, et il n’a jamais partagé les exagérations d’une passion désordonnée en fait de possession d'êtres d’une cherté fabuleuse. Que cet amour, d’une horticuliure populaire et accessible à tous, soit aussi le nôtre! Dodoëns, enfin, a toujours été l’homme de son pays, il a