LES IMPATIENTES DE PLEINE TERRE ET D'APPARTEMENT
PAR M. CH. MoRREN.
Les Balsamines et les Impatientes font partie du même genre fondé par notre immortel botaniste belge Dodoëns en 1559, sous le nom latin d’impatiens. Cependant, dans le langage habituel, la dénomination de balsamine est particulièrement réservée à l’impatiens balsamina de Linné, plante éminemment horticole , originaire des Indes Orientales, tandis que le nom d’émpatientes appartient plutôt aux autres espèces, toutes caractérisées par ce singulier phénomène de contractilité dans les valves du fruit qui, lorsqu'on le touche , projette au loin et avec une grande force les graines de son intérieur. Rivin a même voulu séparer les deux formes en deux genres : les tmpatiens et les balsamina et Decandolle a adopté cette manière de voir.
Les impatientes ont des fleurs irrégulières et d’une singulière structure ; elles se rapprochent de la forme de celles des orchidées et plusieurs espèces, cultivables en pleine terre, en ont la beauté, l'éclat, la bizarrerie et l'élégance. Les botanistes ont beaucoup de peine à fixer leurs idées sur la manière dont une fleur d’impatiente est faite. Roeper regardait le calice comme formé seulement par les deux premières écailles pétaloïdes et l’éperon. Achille Richard leur donne un calice à cinq parties , savoir : les deux écailles, l’éperon et les deux folioles extérieures de la fleur. Bernhardi au contraire voit des bractées dans les deux écailles , le calice est formé par l’éperon et les deux pièces voisines. Kunth voit le calice dans les deux grandes parties postérieures de la fleur, les deux petites écailles et l’éperon, tandis que la corolle, formée de cinq pièces, voit s’avorter le einquième pétale et les quatre autres se fondent deux à deux. D'après toutes ces idées , une fleur d’impatiente présente aux yeux d’une personne qui n’est pas étrangère à la botanique , un immense intérêt et on les cultiverait dans
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le dessein de se familiariser avec ces discussions qui font de la science des fleurs une doctrine des plus philosophiques et des plus attrayantes.
Les vraies impatientes ont cinq anthères, dont trois seulement sont biloculaires et les deux autres placées devant le pétale supérieur n’ont chacune qu'une loge. Les cinq stigmates sont réunis. La capsule est prismatique, un peu arrondie, allongée, les valves se contournent extérieurement de la base au sommet. Les cotyledons sont un peu planes. Les pédoncules axillaires sont rameux et multiflores et les fleurs alternes.
Decandolle, en 1824 ne connaissait que 14 espèces d’impatientes. M. Walpers en a décrit en 1842, 71. Voilà le progrès de la botanique en seize ans. M. Walpers réunit de nouveau les balsamines aux impatientes et forme ainsi un genre où il énumère, en les décrivant, 79 espèces.
Parmi ces nombreuses espèces nous en avons distingué surtout quatre qui sont aussi belles que faciles à cultiver dans les jardins. Ces impatientes sont :
A° IMPATIENTE A LARGES LÈVRES. Hmmpatiems macrochila. Lindi. (B. Regist. XNII. nerv. ser., t. 8.)
Plante annuelle , droite , succulente ; feuilles glabres , alternes, ovaleslancéolées dentées, pétiole court glanduleux; fleurs terminales en ombelle ; sépale-dorsal oval, aigu, recourbé au sommet, éperon court, clavé, infléchi ; l’un des lobes de la lame des pétales très-grand, ovale-lancéolé, défléchi ; fruit court, obové, apiculé. |
Voyez fig. 4, pl. 1.
Cette magnifique plante qui croit jusqu’à 9 ou 40 pieds de hauteur dans nos jardins, où elle fait un effet élégant dans les bosquets , le long des murs, entre les buissons , les charmilles , dans les parterres, est originaire du Nord des Indes. Elle est tellement belle que les directeurs de la Compagnie des Indes Orientales ont décidé en conseil de la faire venir deson lieu natal. Cette introduction date de 1840 et depuis cette époque les jardiniers anglais n’ont cessé de la propager. Cependant nous la rencontrons rarement dans les jardins du continent et notamment en Belgique. Elle fleurit depuis le milieu de l'été jusqu'aux froids de l'hiver. La fleur est d’un beau rose vif, l’éperon lilas et le centre de la corolle jaune. La forme se rapproche de celle d’une orchidée. Les fleurs se développent par milliers.
20 JMPATIENTE 4 TROIS CORNES. Enmpatiems éricornis. Lindl. (Bot., Reg. XIII. nov. ser., t. 9.)
Plante annuelle, droite, élevée ; feuilles alternes , lancéolées , dentées , poilues, rétrécies en pétiole dépourvue de glandes, grappes axillaires poilues, plus courtes que les feuilles ; sépale dorsal oblong, subbilobé, le sinus cuspidé , le dos prolongé en corne; éperon acuminé recourbé, l'un des lobes des pétales arrondi, l’autre allongé, un peu aigu, fruit longuement linéaire.
Voyez pl. 1, fig. 2.
Cette jolie impatiente a tiré son nom des rois cornes formées par le bout de l’éperon et les deux sépales extérieures. La fleur est d’un beau jaune , tacheté d'orange vif. Ces fleurs naissant au nombre de trois à six à chaque aisselle de feuille , sont donc de trois à six fois plus multipliées que les feuilles même, ce qui donne un aspect très-gai à la plante. Cette impatiente à {rois cornes, est originaire des Indes Orientales d’où elle nous est arrivée il y a une dizaine d'années, par les soins de la Compagnie des Indes. Cette espèce s’est propagée plus vite sur le continent, elle est d’une culture très-facile et produit beaucoup d'effet dans les jardins où son long fruit élastique et projettant ses graines à ia face de ceux qui y touchent , donnent souvent lieu à d’aimables surprises.
9° IMPATIENTE A FLEURS BLANCHES. Hnmpaliens candida. Lindi. (Bot. Reg., nov. ser. XIV. t.,20.)
Plante à tige droite ; feuilles verticillées, étroites , lancéolées, acuminées, finement dentées, glanduleuses à la base de chaque côté; pédoncules terminaux, multiflores, sépale dorsal inerme, émarginé, éperon court incurvé , l’une des laciniures des pétales bilobée, petite, cirrhée, l'autre lancéolée, acuminée , crépue.
Voyez pl. 1, fig. 5.
Cette impatiente est une des plus nobles plantes qu’on puisse cultiver; les tiges s'élèvent à 6 pieds de hauteur ; elles sont nombreuses et touffues , chaque branche se termine par des ombelles de 50 à 40 fleurs ; les feuilles d'un vert sévère, ont les dents rouges et des glandes purpurines à leur aisselle. Les fleurs sont blanches , grandes, légérement ponetuées en arrière de rose et teintées dejaune.Elles se succèdent d’une manière non interrompue du milieu de l'été , au commencement de l'hiver, dont les gelées les tuent.
Sa culture diffère un peu de celles des autres plantes du genre, en ce qu'elle devient plus belie, cultivée en appartement ou en orangerie, surtout le pot étant placé dans un vase d’eau. En la pinçant, on la tient trèscourt et on force les rameaux latéraux à fleurir seuls.
Cette espèce est originaire des montagnes de l'Himelaya d'où l'ont fait venir , en 1841, les directeurs de la Compagnie des Indes. C'est la moins répandue de nos espèces d'impatientes et celle qui mériterait le plus de l'être. La structure de sa fleur, la met au premier rang des formes singujières et élégantes tout à Ja fois.
4° JuparienTE DE RoyLe. Hmpatiens Roeyleiïi. Walp. (repert. t. 1, p. 474. — Impatens glandulifera Royl. (Must. 154, t. 28.) — 7. glanduligera. Lindi. ( Bot. Reg., nov. ser. 1840 , t. 29.)
Plante droite, frutescente, très-rameuse ; feuilles ternées, lancéolées, acuminées , finement dentées, dents inférieures , pétioles et nœuds glanduliféres , pédoncules axillaires et terminaux, multiflores, en grappes ; pédicelles allongés , éperon très-court, vert, glanduleux; capsule obovée : épineuse au bout, aminecie à la base,
Voyez pl. 4; fig. 4.