‹ La Belgique horticole (volume 3)Chapitre 5 sur 224 · HAE A · texte numérisé non relu

HAE A

Cette impatiente est la plus répandue dans nos jardins ; elle est la plus grande des espèces de l'Inde, car on en voit des individus de douze pieds de hauteur. Originaire des montagnes de l’'Himelaya, elle occupe une grande région dans l'Inde. Le docteur Royle en recut des graines du Cachemire. Il remarqua que les impatientes de l'Inde résistent bien aux changements singuliers de la température de leur climat natal, tout en faisant plier leur végétation à leurs exigences. Durant la saison des pluies, la chaleur devient tropicale et les impatientes qui dormaient auparavant, s'éveillent tout-à-coup , elles montrent leurs fleurs avec les orchidées, les scitaminées , les mélastomacées , les cyrtandracées , les begonias et le magnifique Platystemma violoïdes , mais la sécheresse venant , elles meurent parfois presque toutes en un jour. Dans nos climats européens, rien de semblable n'arrive et les fleurs de l’impatiente de Royle continuent de charmer nos parterres, sans aucune interruption, depuis juillet jusqu’en novembre.

Culture. Le meilleur moyen d'obtenir de jolies plantes est de les semer. Le semis se fait à l’époque où le frêne montre ses feuilles, si l’on confie la graine à la pleine terre directement. Les impatiens macrochila et candida se sèment mieux en orangerie, en appartement , sous couche ou simplement on place les pots à la fenêtre d’une cuisine ou d’une chambre où l'on fait du feu les jours froids. On sème dans ce cas dès le mois de mars, de manière à pouvoir repiquer dès les premiers beaux jours du printemps, mais alors qu’on a plus de craintes de la gelée, car les impatientes sélent très-vite.

Si l’on sème en place ou si l’on repique, il faut avoir soin d’espacer les plantes, car les impatientes deviennent de fortes touffes. Dans les bosquets , on les place entre les massifs ; le plus beau est d'isoler la plante, afin d’en voir toute la forme, tout en l’abritant par les arbustes verts. Le pourpre, le violet, le rose, le jaune et le blanc de tant de fleurs se marient admirablement avec la couleur sombre des arbres verts et rien n’est plus gracieux que de placer les impatientes devant un rideau de thuya, de sapin, ou d’ifs. Quand on veut cultiver les impatientes réunies , on suit l’ordre des grandeurs, l’impatiens Roylei en arrière au fond , puis le macrochila, devant lui le tricornis et en avant le candida. Cette combinaison fait suivre le blanc au jaune , puis au rose et enfin au violet ou au pourpre foncé. Toutes les espèces fleurissent en même temps et pendant près de cinq mois.

On a soin de choisir une bonne terre de jardin , plutôt humide que sèche , de préférence argileuse ou loameuse. On la prend terreautée et ameublie. L'essentiel est que les plantes ne manquent pas d’eau car elles ne résistent pas à la sécheresse. L'impatiens candida est le seul qu'on peut mieux cultiver en appartement qu'en pleine terre. Il se trouve bien de l'air enfermé, s’il a du soleil et surtout de l’eau. On a soin de placer le pot qui en a recu Ja semence, dans un baquet toujours tenu plein d’eau. Le

one: De

pincement bien ménagé et fait de bonne heure rend la plante plus basse, l'élargit en touffe et les fleurs deviennent plus nombreuses.

Une fois le semis fait , il n’y a plus qu’à sarcler , à ménager de l’espace aux plants et empêcher les forts vents de les abattre. La floraison abondante suit.

La récolte des graines demande des soins. Quand on voit les graines noires à travers les valves semi-translucides du fruit, on doit saisir celui-ci d’un trait, vivement , entre le pouce, l'index et le major, car sans cela, le fruit se détend , l’élasticité des valves agit et les graines se projettent au loin. On sent entre les doigts ces cinq détentes, et en ouvrant la main, on trouve les graines entièrement séparées du fruit et celui-ci, devenu méconnaissable , montre des valves contournées en colimacon et une colonne centrale flasque. Ce phénomène qu’on retrouve dans l’impatiente de nos bois a beaucoup occupé les naturalistes. Notre impatiente indigène : impatiens noli me tangere, se trouvait naguère en quantité dans la forêt de Soigne où rien n’était plus curieux que d’entrer brusquement au milieu des fonds occupés par la plante. Des milliers de graines se projettaient au loin, atteignaient la tête de l’expérimentateur et décrivaient dans l’air autour de lui des courbes multipliées. On eut dit d’une émeute de toutes ces impatientes contre l’homme. Dodoëns qui, croyons-nous, a publié la première gravure de l’espèce indigène, la rangeait avec les mercuriales. Il dit que de son temps les Belges appelaient cette espèce, cruydeken en ruert my niet : petite herbe, ne me touchez pas ; c'était le noli me tangere des jeunes filles de toutes les époques. Les Allemands, cette fois moins poétiques, nommaient simplement cette espèce springkraut, herbe qui saute. Ce fut Dodoëns, qui, discutant si cette plante pouvait être l’Aeschyonème dont Pline a parlé en attribuant à ses feuilles le don de se contracter au toucher de la main , et votant pour cette identité avec le noli me tangere, donne à ce dernier le nom d’impatiens.

Cette impatiente des bois (#mpatiens noli me tangere) mériterait d’être mieux examinée. Boitard prétend que ses feuilles forment un excellent épinard et que de plus elles servent à teindre la laine en jaune. Nous remarquerons que les balsaminées constituent une famille très-voisine des oxalidées , dont les qualités culinaires sont incontestables. Cependant, nous n'engageons personne à essayer de manger de l’Impatiens Roylei dont le contact seul fait dégager une odeur forte , aromatique , qui a quelque chose de résineux. Quant à l’Impatiens noli me tangere, elle est sans odeur, et peut-être, ses propriétés comestibles sont-elles recommandables. L'espèce disparait peu à peu de notre flore indigène. On la trouve parfois aux abords des forêts , dans les endroits humides. Elle devrait faire sa rentrée dans les Jardins où elle est aussi gracicuse qu'intéressante, par la forme de sa corolle en capuchon jaune et l’excessive excitabilité de son fruit.

Enfin nous recommanderions aux horticulteurs d'hybrider les impatientes, elles sont sans doute susceptibles de devenir aussi riches en variétés

Page 1