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Lorsque les fleurs commencent à s’ouvrir, je fais placer les toiles audessus, pour les garantir du soleil, et aussi d’une sorte d’insectes qui, sans cette précaution, leur nuit beaucoup : c’est la cétoine drap mortuaire, petit scarabé noir à taches blanches, très-abondant dans nos jardins où il gâte les fleurs. Ces insectes volent par le soleil, et s’introduisent dans les fleurs de tulipes, même avant leur épanouissement. Toutes celles où ils entrent ainsi de force et qu'ils touchent de leurs crochets et de leurs màchoires sont perdues; elles ne peuvent se développer régulièrement.
En couvrant les tulipes de bonne heure, on évite cet inconvénient; elles se développent d’ailleurs beaucoup mieux, leur vase devient plus grand, et elles durent plus longtemps.
Ma collection étant disposée en deux planches parallèles, séparées par un sentier, les toiles y sont déroulées sur une espèce de charpente légère mobile, en formant une double pente. Elles y restent jusque vers la fin de la floraison.
Dès que les tulipes sont épanouies, je m'occupe à revoir et reconnaître toutes mes fleurs, à noter sur le catalogue les erreurs qui peuvent s’y trouver, les variétés dégénérées ou celles qui ont quelques défauts, afin de les remplacer par de nouvelles fleurs pour l’année suivante.
Après la floraison, on enlève les jeunes fruits ou capsules, pour ne pas laisser développer les graines, qui, sans cela, affaibliraient beaucoup les bulbes.
La levée des oignons se fait, comme on sait, lorsque les feuilles et les tiges sont la plupart jaunies et desséchées ; on les retire de terre avec la houlette, en commençant par le rang n° 1; on en sépare les tiges, et on les remet avec attention dans les casiers ou boîtes à compartiments, et chaque oignon dans la même case qu’il occupait, au fond de laquelle son nom se trouve sur un carré de papier. On avait eu soin auparavant de faire aux étiquettes dans les casiers, les corrections indiquées au catalogue.
Après la levée des tulipes, les casiers sont mis dans une chambre bien aérée, pour que les oignons puissent se sécher lentement.
J’ai l'habitude de remanier ma collection entièrement chaque année, et pour ce travail, je retire les oignons des casiers pour remettre dans le même sac de papier tout ce qui appartient à la même variété. La table alphabétique m'indique les cases où chacune se trouve, et lorsque la même variété est répétée plusieurs fois, les oignons sont disposés presque toujours de vingt en vingt, ainsi en commencant par la 6e ligne, j'y trouve je suppose, au rang n° À, 6 ligne : Aline; puis, je la retrouve aux numéros 21°, 41°, 61°, et ainsi les autres.
En retirant chaque oignon de sa case, j'ai soin de regarder si l’étiquette qui l’accompagne lui appartient, afin d'éviter toute erreur; je pose les oignons sur une table où ils sont nettoyés et débarrassés des racines desséchées ct des pellicules surabondantes ; ensuite, je les remets avec leur étiquette dans le même sac qui indique le nom de la tulipe et sa taille,
par le numéro de la ligne qu’elle doit occuper. On continue de retirer toute la 6e ligne, puis la 5%, la 4e, et ainsi de suite.
Lorsque les casiers sont entièrement vides et nettoyés, on s'occupe de recomposer la collection et d’y remettre des oignons. Les tulipes étant classées par ordre de hauteur, je commence par la 6% ligne, qui comprend les plus élevées, et je place dans les mêmes eases qu’elles y occupaient, les variétés que je veux conserver, afin de n’avoir pas à faire un nouveau travail pour varier et alterner les couleurs, et pour me servir provisoirement du même catalogue, où je note d’un trait au crayon les tulipes à mesure qu'elles sont replacées, ainsi que sur la table alphabétique.
Après la 6 ligne, je forme la 5e, qui vient après dans l’ordre de hauteur; ensuite, je forme la 1" ligne qui comprend les tulipes les plus basses, puis les 2me, 3me et 4me lignes.
Je mets, autant que possible, dans chaque case un bon caïeu avee l’oignon principal.
Par ce remaniement général, qui n’est pas plus long que de faire tous les changements partiels dans les casiers, je place dans la collection autant d'oignons de la même variété qu’il me convient, et je choisis les meilleurs et les plus sains. Les variétés que je supprime sont remplacées par de nouvelles fleurs provenant, soit de mes semis, soit de la multiplication de celles que je n’avais qu'une ou deux fois, ou par des tulipes acquises d’une autre manière, et ainsi j’améliore et je perfectionne chaque année la collection.
Lorsqu’en hiver, on en a le loisir, on remet au net le catalogue pour servir au printemps suivant.
Je ferai observer que l’on ne peut prendre un véritable goût pour cette fleur admirable et en former une collection soignée, si on ne la cultive pas par soi-même, avec nom et avec méthode. Le plus beau choix de tulipes nommées , abandonné aux soins d’un jardinier, est bientôt en confusion. Cultivée en mélange et sans nom, une collection devient au bout de peu d'années, composée seulement d’un petit nombre de variétés; les plus vigoureuses ont multiplié beaucoup, tandis que souvent les plus belles ont des oignons faibles, que l’on néglige, puisque l’on n’a plus de moyens de les reconnaitre, et que l’on ne peut conserver d’ailleurs tous ceux qui se sont produits. On est donc étonné de voir disparaitre d’année en année plusieurs belles fleurs qu’on se rappelle, et de voir que les violettes surtout ont pris le dessus, et composent la majeure partie de la collection.
Il faut aussi que le véritable amateur connaisse toutes ses fleurs, c’est une de ses principales jouissances, et les étudier lors de la floraison au moyen du catalogue qui indique le nom de chacune et la place qu’elle oceupe dans le pare, de les reconnaître, de noter celles qui sont défectueuses ou que l’on veut supprimer, de savoir distinguer celles qui appartiennent
à la même variété, malgré les différences qu’elles montrent quelquefois;