CULTURES AÉRIENNES. — LA COBÉE GRIMPANTE
pAR M. CH. MoRREN.
La floriculture des salons fait de jour en jour de notables progrès : un appartement sans fleurs n’a ni fraicheur ni poésie, et la parure de la terre est encore après tout le plus bel ornement de la demeure des hommes. Autrefois on se bornait à cultiver toutes les plantes en pots; on les liait à des tuteurs, on les élevait de bas en haut et dans ce cas on concevait la difficulté de faire servir les tablettes des fenêtres à recevoir ces vases disgracieux alors qu'elles réclament le coussin d’étoffe qui empêche le vent de passer dans l’intérieur du salon. Les fleurs étaient reléguées à cette époque dans le vestibule ou l’antichambre où les recevaient des meubles, jardinières , pyramides ou vases de porcelaine. Aujourd’hui les fleurs ont été introduites dans le salon même où elles se développent désormais sans gène et pour elles et pour le maitre, grâce à la méthode de les cultiver de haut en bas, de suspendre leur véhicule, leur terre, leur eau d’arrosement , leurs racines et leurs branches.
Les vases suspendus vis-à-vis de l’embrasure des fenêtres, entre les rideaux, sont devenus une nécessité imposée par une mode de bon goût. Le choix et la culture de certaines plantes forment des connaissances indispensables aux personnes qui se donnent l’agréable délassement de soigner ces êtres gracieux payant par l’élégance de leurs formes, les teintes si variées de leurs corolles, les parfums dont ils embaument l’air , le peu de temps qu’exige leur entretien. Nous nous ferons un devoir de donner successivement l’histoire des plantes qu’on peut cultiver avec succès dans les appartements avec l’espoir ou la certitude de les voir fleurir , et nous indiquerons à ce sujet les combinaisons les plus heureuses qu’on peut réaliser dans ces cultures.
Aujourd’hui , notre intention est d'attirer l'attention de nos lecteurs sur la combinaison de trois genres de plantes qui à elles seules forment un cortingent aussi élégant que florifère pour les vases suspendus de moyenne grandeur. La figure ci-jointe donne une idée de ces croissances simultanées. Le vase est une des formes les plus répandues à Paris ; il est en terre cuite, d’une excellente pâte et en dedans il offre un cylindre qui permet d'isoler la plante centrale de celles du pourtour. Les trois genres de végétaux qu’on y cultive étant tous amateurs de beaucoup d’eau , le vase ne doit pas être percé au bas d’un trou pour laisser dégoutter le liquide dans les arrosements. La combinaison de ces trois sortes de plantes est eclle du
marica northiuna au centre (de 1 à 3 fr. selon la force) de pelunias blancs, roses et pourpres tout äutour (25 à 50 centimes le pied} et cinq plants de jeunes cobæa scandens (de 60 centimes à 1 fr. 50 selon la vigueur). Avec ces genres on forme le mélange le plus gracieux , le mariage le mieux assorti. Les cobées descendent en longues lianes et se terminent par des vrilles en spirales finissant en un chevelu dichotome des plus déliés ; de l’aisselle des feuilles en forme de plumes qui traversent l’air en tous sens, s'échappent de longs pédoncules légèrement courbés et terminés par
d’amples calices à cinq rayons d’où s’échappent des corolles en cloche où -
selon les jours et les heures le vert d’émeraude passe au violet d’améthyte ou aux reflets empourprés et irisés. Du centre des corolles s’'échappent des étamines quiimitent par leurs replis autant de serpents qui, au lieu de venin rejette au dehors une poussière d’un beau jaune d’or, Le pistil ajoute encore à ces illusions par sa forme tricuspide qui semble remplir le rôle d’un trident dont la destination est d’enfourcher ces images de reptiles. Le botaniste y voit au contraire des amours et de sympathiques earesses.
Nous nous bornerons ici à l’histoire de la cobée , réservant pour une autre occasion celle des petunia et des marica ; rappelons toutefois que la forme , le jeu dés rameaux et les fleurs innombrables de petunia se marient admirablement à la cobée et que les deux genres de plantes semblent se placer sous la protection du marica , dont les feuilles, imitant la cime d'un palmier, montent vers le ciel , tandis que le petunia et le cobæa s’abandonnent à leur nature plus terrestre, descendent l’un en lianes fleuvies , l’autre en guirlandes se redressant d’elles-mêmes en différents étages. Ces trois formes offrent de plus cet incontestable avantage de fleurir pendant neuf mois de l’année et de durer sans encombre deux ans consécu- Lifs.
Le cobæa scandens est un végétal originaire du Mexique , d’où il a été introduit en 1792. Son nom, peu gracieux , rappelle le souvenir du botaniste espagnol B. Cobo , auquel Cavanille dédia ce genre que les uns ont pris pour type d’une famille particulière , les cobæacées, et que les autres ont ramené aux polémoniacées, si connues par le polemonium cæruleum de nos jardins. La fleur du cobæa qui mesure 7 centimètres de longueur , offre un étranglement à la corolle , qui au-dessous se renfle de nouveau. Cette cavité au fond de laquelle il y a einq grosses glandes secrétantes , est remplie pendant la fleuraison , de sirop assez doux pour édulcorer par cinq ou six fleurs une tasse de café ordinaire. Dans les appartements où l’on cultive le cobæa, nous l'avons vu utiliser de cette manière, et dans la serre du jardin botanique de Liége où un cobæa planté en pleine terre, atteint en ce moment plus de cinquante pieds de hauteur, les fleurs se sont développées et succédées au nombre de plusieurs milliers , de sorte que des livres entières de sirop ont été préparées par ce singulier végétal. Le soir et la nuit, ces fleurs répandent une odeur mielleuse qui, le matin, devient
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un peu fade, mais dans le jour Podeur est nulle : la fleur de la cobée est comme beaueoup de ses compagnes, plus portée à élaler ses charmes la nuit que le jour.
Le cobæa scandens ne vient bien que de graines. Le plus souvent les boutures périssent ou même ne reprennent pas. Le semis exige d’abord un bon choïx de graines bien müres et surtout bien fraiches. On doit attendre que la capsule s'ouvre d’elle-même sur le pied mère et on recueille la graine quand le fruit est brun et un peu sec. On sème de suite dans une bonne terre de bruyère et sous couche. Ces pieds, venus au premier printemps (février) fleurissent déjà dans l’année en automne; ils continuent de porter fleur pendant l’hiver et on parvient à les conserver deux ans dans les corbeilles , mais après cette époque les branches languissent. On peut les utiliser en les plantant en pleine terre dans un conservatoire , une orangerie OU une serre.
Le cobœæa exige des arrosements fréquents et assez copieux : il est de la nature des lianes, croit vite, vigoureusement , se feuille beaucoup, de sorte que les pertes d’eau sont considérables. Les feuilles se terminent par des vrilles en tire-bouchons qui ont à l’extrémité des espèces de crampons toujours divisés en deux. Ces erampons, s’ils parviennent à saisir:les franches des rideaux, s’y attachent et conduisent les branches dans cette direction ; une corde , un soutien quelconque suffit pour produire le même cffet et alors la cobée monte au lieu de descendre. Pour lui donner toute sa forme de liane à suspension , il faut éviter que les branches ne saisissent ces objets et qu’elles ne s’enlacent mutuellement. On coupe au reste impunément les vrilles récalcitrantes , car la végétation est assez active pour réparer facilement cette perte.
Il faut éviter pour la bonne culture de la cobée un soleil trop ardent. Les feuilles se dessécheraient. Des rayons de soleil interrompus, voilés , Le la lumière diffuse lui valent mieux. On peut suivre pendant les cinq jours que chaque fleur dure, les colorations successives du vert au violet pâle et au violet empourpré que subit la corolle. Le cinquième jour la fleur tombe ; il faut éviter dans les appartements à tapis que la fleur ne reste trop long-temps à terre, car souvent le sirop abondant qu’elle récèle , s’en découle et tache les tissus. Les taches s’enlèvent par l’eau.
En pleine terre, la cobée se développe considérablement et convient pour garnir les tonnelles , les bereeaux , les lieux de repos. Dans quelques jardins, nous la voyons planter au pied des arbres d'ornement ou à fruit. Les rameaux sans nombre s’enlacent aux branches, et la cime de l'arbre semble embrassée par une liane d'Amérique. Aux premières gelées d’automne, la plante mexicaine périt Jusque dans sa racine. Il faut se résoudre à eelte perte, car on ne saurait la détacher de l'arbre qu’elle a enveloppé de ses vrilles.
LR Vo