SUR LA CULTURE DES PHLOX
Par M. CHEREAU,
Membre de la Société d'Horticulture du Département de la Seine.
Le genre phlox est originaire de l’Amérique et appartient à la famille des Polémoniacées. Son nom a été emprunté au mot grec oAdË qui, au sens nu, veut dire flamme et ex extenso, fleur; ce mot est sans doute la racine du latin fla, de l'anglais flower, de l'italien flora, du français fleur. L’emprunt hellénique aura été fait par illusion au vif éclat de la fleur des premières espèces, dont je n’entends pas ici m'occuper, et parmi lesquelles il ne faut pas néanmoins oublier le phlox Drummundii, variété délicate et charmante, difficile à conserver après sa floraison , et que les horticulteurs ont eu l’heureuse pensée de soumettre comme ils l'ont fait pour les cinéraires et les calcéolaires, à la culture des plantes annuelles, au moyen des semis, mode parfaitement couronné de succés.
Le phlox, objet de cette notice, est une plante de pleine terre ordinaire, vivace et herbacée, ses fleurs en panicules ou corymbes varient aujourd’hui du blanc le plus pur au pourpre le plus foncé, en passant par toutes les nuances et les jeux intermédiaires. Je dis, aujourd’hui, car tout d’abord le coloris des phlox cultivés dans les jardins, se bornait au blanc et au lilas rosé. Aussi, pendant longtemps, cette plante, recherchée maintenant à si Juste titre, n’avait-elle eu qu'un rang fort ordinaire dans la nomenclature de pleine terre, mais la fécondation adultérine et les semis réitérés de nos intelligents praticiens ont fait surgir des perfectionnements teis, que le phlox est devenu lune des plus précieuses possessions floricultu-
rales, et ses perfectionnements ont eu trois résultats ou plutôt trois conquêtes, à savoir : un développement extraordinaire dans les corymbes,une amélioration considérable dans la forme des corolles, un luxe prodigieux dans la diversité des coloris. | |
En effet, 1° les corymbes des premières espèces de phlox ne portaient guère que 10 à 12 centimètres de prolongement longitudinal , et aujourd’hui il n’est pas rare d'en constater l'élévation à 30 ou 40 centimètres.
2° Les corolles composées dans le principe de pétales étroits, allongés et à intervalles disgracieux, en possèdent enfin de ee et de bien contournés, sans aucune séparation entre eux, et de ré à: au premier aspect, à faire croire à une monopétalité.
5° Quant au coloris, une riche abondance de tons et d’heureux caprices a succédé à une avarice primitive. Les panachures sont tantôt incertaines, et représentent une délicate marbrure, tantôt régulièrement accusées et semblant être le produit d’un travail artistique.
On peut dire que le phlox possède la variabilité des couleurs comme la propriété en est échue par exemple au domaine des dahlia, et c’est, dès lors, un incontestable mérite, puisque la physionomie des variétés prend une mobilité que rien n’entrave et dont le jeu n’est soumis qu’à l’infini.
La culture du phlox ne présente aucune difficulté; néanmoins et pour les néophytes de l’horticulture, n'est-il pas sans intérêt d’en établir un rudiment sommaire.
La multiplication du phlox s'opère de deux manières pour la reproduction des variétés existantes, le bouturage et le séparage, pour la recherche et l'obtention des variétés, par les semis.
4° Le bouturage se fait d'après les principes adoptés pour cette opération à l’égard des plantes herbacées. Il peut se faire en toutes saisons pourvu que les individus sur lesquels on prendra des boutures, soient en végétation. Ainsi, voudra-t-on bouturer pendant l'hiver, l’on mettra les phlox en pots sur une tablette de la serre chaude, et dès que les pousses à tiges auront atteint une hauteur de 5 à 6 centimètres, au-dessus du nœud, on pourra lever ces jeunes pousses à l’aide du greffoir , les mettre en terre de bruyère dans des godets de 5 centimètres et placer ceux-ci dans la tannée ou couche chaude et sous cloche. Après la reprise, on remportera successivement, et selon le besoin, dans des godets plus grands, qu’on passera en serre tempérée jusqu'à la sortie du printemps, pour livrer alors les individus à la pleine terre. Pendant l'été, le bouturage pourra se faire à froid.
20 Le séparage, c’est-à-dire la division des pieds, s’opère de préférence au printemps, après un commencement bien accusé de végétation, c’està-dire lorsque la plante a déjà obtenu une croissance de 8 à 10 centimètres; sans aucun doute le séparage peut se faire plus tôt, en se guidant sur les yeux, mais le premier mode est préférable, d’abord parce qu'il présentera moins d’endommagement et de perte, ensuite parce qu’on pourra mieux juger le nombre de fragments en éclats à lever. Ces fragments devront être
plus ou moins forts selon les circonstances ; si le séparage a lieu en vue de multiplier autant que possible une variété nouvelle, il ne faut donner à chaque fragment qu'un ou deux yeux, une ou deux pousses; mais si l’on veut multiplier pour augmenter la décoration des plates-bandes et y introduire de belles touffes à fleurir, chaque fragment devra contenir cinq ou six yeux, Cinq ou six tiges au moins.
5° Quant aux semis auxquels on ne saurait donner trop d'extension, ik convient de les faire aussitôt la graine récoltée. On sème dans de grandes terrines ou vases analogues, en employant de préférence un composé par tiers de cette terre franche, de terre de bruyère et de terreau de feuilles. On place les terrines en serre tempérée ou sous châssis et sur couche tiède, et l’on donne de fréquents arrosements, attendu la dureté de la capsule et même de l’épisperme des graines. À ce sujet, un jardinier non encore expérimenté pourrait avoir la pensée de débarrasser la graine du phlox de l’enveloppe qui la contient, afin de favoriser la germination; mais il est préférable de semer avee la capsule, car en voulant la retirer, on peut endommager l’épisperme et diminuer sa propriété à l'égard de l'embryon. « En effet, l’épisperme ou le tégument propre de la graine a pour usage » d'empêcher l’eau ou les autres matières dans lesquelles une graine est » soumise à la germination d'agir trop directement sur la substance même » de embryon ; il remplit en quelque sorte l'office d’un crible à travers » lequel ne peuvent passer que des molécules terreuses, fines et très-divi- » sées. Duhamel a remarqué que les graines que l’on dépouille de leur » tégument se développent rarement ou donnent naissance à des végétaux » grêles et mal conformés (1).»
Les semis faits suivant la prescription qui précède passeront l'hiver à lever et à se développer. Quand ils auront atteint de 4 à 6 centimètres, on les mettra comme on dit,.en nourrice, en les repiquant à froid sous châssis, à faible distance, pour les relever dans le courant de mai, et en faire des planches en pleine terre. Ces semis fleuriront presque tous en août, septembre ou octobre de leur première année, et donneront une satisfaction que je recommande après l'avoir éprouvée.
Beaucoup de jardiniers soit par ignorance, soit par le défaut de temps, laissent indéfiniment les phlox à la même place : c’est une faute grave et préjudiciable au succès de cette culture, encore si l’on suppléait au déplacement à la transplantation, par une administration d’engrais rapprochés lors des labours d'hiver ou printaniers, mais non, l'abandon est complet. Eh bien ! il ne faut pas oublier que le phlox a besoin d’un changement de terre au moins tous les deux ou trois ans, c’est une exigence d’ailleurs à peu près commune aux plantes de plein air, et à laquelle, en général, on ne prend pas assez la peine de satisfaire.
4) Richard.
Je conseillerai encore aux planteurs de phlox de ne pas se borner à em répandre çà et là, isolément dans les plates-bandes, mais d’en faire des groupes et corbeilles , en y opposant les coloris, et je leur garantis un merveilleux effet. |
Le phlox, indépendamment de son mérite au point de vue de la floriculture, possède un avantage qui n'appartient qu’à un petit nombre de genres, et qu'il est bon de signaler, c’est de supporter le relévement de
pleine terre et la mise en pot au moment même de sa floraison, et sans
en souffrir.
Cette délicieuse plante ne réclame aucune surveillance particulière, aucune attention, aucun de ces soins qui constütuent trop souvent une véritable servitude pour les jardiniers, auquel le phlox se bornera à demander un tuteur pour appui, alors qu'il fléchira sous une riche moisson de fleurs.
Une question que je ne comprends pas qu'on ait pu agiter, après avoir cultivé le phlox, est celle de savoir l'exposition qui convient à cette plante. Il est vrai que si l’on consulte le Bon Jardinier qui, d'ailleurs, n’entre dans aucun détail sur la culture, on y voit que la plupart des variétés du genre doivent être placées à mi-soleil. Je déclare iei, malgré le respect bien sincère que je professe pour les collaborateurs éminents de cet ouvrage, pour l'autorité de leurs arrêts, et aux prescriptions desquels je suis heureux d’avoir souvent recours, je déclare que le phlox végète admirablement en plein soleil, que sa floraison y est plus vigoureuse et plus abondante, et les coloris beaucoup plus vifs naturellement, que si la plante qui les produit avec tant de générosité, était placée à demi-ombre. Il faut donc planter les phlox en plein sud et leur faire recevoir sans obstacle les rayons du soleil, soles admittere puros. Et c'est dans cette exposition à la plus vive lumière qu’on sera délicieusement charmé devant un massif de phlox, où les myriades de corolles s’enivrent de chastes baisers, formant un jeu éblouissant qui peut véritablement être comparé à la scintillation des astres.
Je termine en disant : le phlox a subi les phases et les résultats d’une heureuse révolution dans ses formes et ses coloris, et je ne crains pas d’affirmer qu'il laisse bien loin derrière lui presque toutes les plantes de plein air.
PS