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l'élaboration de la fécule est bien connu : nous croyons, en outre, qu'elle intervient activement dans la formation des substances végétales azotées. En un mot, les granules verts des plantes ne sont pas sans présenter d’intimes analogies avec les globules rouges du sang des animaux : nous avons déjà mis en parallèle la chlorophylle et l’hématine.
Or, toutes les plantes sont susecptibles d’être atteintes d’une altération plus ou moins étendue de leur matière verte, altération qui se manifeste au dehors par des décolorations plus ou moins complètes de certaines régions du parenchyme. Dans cet état, la plante est dite panachée (variegatu), parce que ses feuilles sont entremélées de parties vertes et de parties d’un jaune plus ou moins clair. Il en résulte parfois des contrastes de couleurs qui plaisent à certains anthophiles. La décoloration du feuillage ne saurait être générale sans entrainer la mort. Il n’est, en effet, que les végétaux parasites, parmi les classes supérieures, qui puissent être dépourvus de chlorophylle. Il arrive cependant à certaines plantes panachées, telles que le Pelargonium zonale ou les Hydrangeu, d'émettre des rameaux complétement incolores ; mais ces rameaux vivent en parasites et dépérissent bientôt lorsqu'on cherche à les isoler.
Il est incontestable que la panachure est la manifestation d’un état maladif: ce fait est si bien établi, que nous n’avons pas à le défendre ici. Cependant les causes de cette affection ne sont encore connues que d’une manière assez vague : on sait qu’elle apparaît à ia suite de diverses circonstances débililantes, les unes intrinsèques, les autres extrinsèques. On peut citer la chétiveté des graines, l'humidité du sol, l'insuffisance de la lumière. Von Siebold, qui a si bien vu les nombreuses plantes panachées cultivées au Japon, ne savait pas lui-même mieux préciser la cause de la panachure. Ce phénomène se manifeste spontanément aussi bien dans la flore rurale que dans la flore horticole.
Des faits que nous avons observés pendant le cours de cette année 1869 pourront peut-être contribuer à élucider un peu le problème.
Nous les exposerons sommairement.
Un Abutilon, genre de la famille des Malvacées, importé des Indes occidentales, il y a deux ans, par MM. Veitch et fils, de Londres, sous le nom de A. Thompsoni, séduit les regards par un feuillage énergiquement marbré de tons jaunes et blanes qui semblent comme incrustés sur
un fond vert: c’est là une de ces panachures que les fleuristes prisent fort haut.
Or, cet Abutilon Thompsoni a communiqué sa panachure à diverses autres espèces et variétés sur lesquelles on l’a greffé. L'expérience réussit particulièrement bien avec l’Abutilon striatum de Dickson(l), avec
(1) Voyez l’Horticulteur universel, &, II (1841); p. 528.
l’'Abulilon venosum Leu.(l) et avec notre Abutilon vexillarium @). Si lon greffe sur l’une ou l’autre de ces plantes un rameau d’Abutilon Thompsoni, les nouvelles pousses qu’elles ne tardent pas à émettre portent un feuillage non moins panaché que le greffon. L'influence ne se fait pas seulement sentir au voisinage de la greffe, mais à grande distance. Des sujets, greffés à cinquante centimètres au-dessus du sol, ont développé des rameaux panachés même au bas de leur tige. Dans certaines circonstances, les anciennes feuilles, parfaitement vertes et saines avant l'opération, se couvrent de macules et de veines jaune-doré. à
Pendant les premières expériences les greffes étaient pratiquées suivant la méthode la plus usuelle, c’est-à-dire au sommet d’une tige ou d’un rameau, et l'infection se propageait et se manifestait dans le sujet en dessous du greffon. La circulation plus ou moins descendante de la sève élaborée pouvait, sinon expliquer le phénomène, du moins être prise en considéralion.
Dans le but de nous renseigner à cet égard, des greffes ont été pratiquées par approche, c’est-à-dire sur le côté d’une tige qui se prolongeait au delà du greffon. La panachure s’est bientôt montrée sur tout le sujet, tant au-dessus qu’au-dessous du greffon.
Dans piusieurs circonstances, le greffon n’a pas vécu longtemps: le sujet, en s’emportant, selon l'expression des jardiniers, ne l’a pas suffisamment alimenté. Cependant le contact, limité à quelques jours seulement, avait suffi pour transmettre l'infection, c’est-à-dire pour lui communiquer la panachure du feuillage. Il est arrivé quelquefois, quand le greffon a peu vécu, que la panachure ne s’invétérait pas sur le sujet. Il y à plus : une greffe proprement dite, Cest-à-dire l'application d’un bourgeon complet n’est pas même nécessaire. Il suffit, ainsi que nous Pavons constaté par expérience, d’insinuer un pétiole de feuille panachée dans l'écorce d’un sujet incolore pour lui infuser, en quelque sorte, cette altération de la chromule qui caractérise la panachure. II va sans dire que ce péliole vit peu de temps en pareille situation.
Ces observations établissent de la manière la plus positive la transmission de la panachure du greffon au sujet.
Une autre série d’observations, parallèles à la première, nous permet d'affirmer, pour les mêmes espèces, que réciproquement la panachure se communique du sujet à la greffe. Ainsi, en greffant un Abutlon vexillarium que nous pouvons qualifier de sanum, puisque son feuillage vert présentait l'apparence la plus naturelle, en le greffant sur un Abutilon Thompsont foliis varieaatis, il montre bientôt cà et là sur les
(1) Voyez l’Horticulleur universel, t. VI (1845), p. 295. (2) Voyez La Belg. hort. t. XIV (1864), p. 289.