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CULTURE DES PLANTES DE SERRES ET D'ORANGERIE

Soins généraux à leur donner au printemps. — Rempotages.

rar M. L. Luppers.

Le réveil de la végétation dans les serres froides a lieu vers la fin du mois de janvier et précède de quelques semaines celui des plantes de serre tempérée. Le repos des espèces de serre chaude se prolonge jusqu’en avril et même jusqu’en mai.

L'ascension de la sève doit être favorisée par tous les moyens possibles. C'est surtout au moment où la végétation se met en mouvement qu'il importe de maintenir dans les serres la température que réclament les plantes qu'on y cultive. Il y a même avantage à l’élever de quelques degrés. Un abaissement prolongé de température est infiniment plus nuisible à cette époque que pendant les premières périodes de culture hivernale.

Pour ce qui concerne la serre froide et l’orangerie, on augmente les arrosements et on prolonge graduellement la durée de la ventilation à mesure que la végétation se développe. On ne doit pas perdre de vue que l'air extérieur, en pénétrant dans les serres, s'empare de l'humidité au détriment des plantes. Celles-ei se dessèchent très-rapidement et pour ne pas les faire souffrir, on doit provoquer la formation de vapeurs aqueuses en répandant de l’eau dans les sentiers ou en seringuant le feuillage.

Il est bon, après une journée chaude, de seringuer vers le soir les plantes de serre froide et de serre tempérée et de fermer ensuite toutes les issues. L’atmosphère ainsi saturée d'humidité stimule activement la végétation et empêche la multiplication des insectes.

Lors des premiers beaux jours, il arrive quelquefois que le soleil, frappant vivement le feuillage, occasionne des brülures. Ces accidents ont lieu surtout lorsque l'air de la serre n’est pas assez humide; pour les éviter on doit ombrer légèrement ou partiellement les serres, au moyen de toiles claires, de claies ou de paillassons peu épais. On peut également étendre sur le vitrage une légère couche d’un enduit formé de lait et de craie moulue ou simplement d’eau de chaux. Mais cette méthode offre des inconvénients nombreux et ne doit être employée que dans les cas d’absolue nécessité. Les serres ne doivent être ombrées complétement que lorsque le soleil a repris toute sa force et que la persistance de temps couverts n’est plus à redouter.

On vante beaucoup l'efficacité des -arrosements à l’engrais liquide.

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Sans doute, ces arrosements offrent certains avantages en ce qu'ils stimulent activement la végétation et qu'ils ajoutent à la terre des principes nutritifs. Mais ils sont loin de convenir à toutes les espèces et on doit en user avec prudence, si l’on ne veut pas voir les plantes mourir de pléthore ou les racines se pourrir. Les seuls engrais liquides que nous puissions recommander pour les arrosements des plantes de serres sont : les tourteaux de colza et le fumier de vache ou de mouton délayés dans une quantité d’eau qui doit varier selon la nature, la vigueur et la rapidité de croissance des plantes auxquelles on croit pouvoir les appliquer.

Le printemps des serres, c’est-à-dire le moment ou la sève se met en mouvement, est l’époque la plus favorable pour rempoter les plantes. L'opération du rempotage étant l’une des plus importantes de la culture artificielle, nous croyons utile de résumer suceinctement quelques indications sur ce sujet.

Dans la culture en pots, le sol s'épuise promptement par l'absorption et la transformation des matières organiques. Les arrosements lavent en quelque sorte la terre et entraînent une notable partie des matières nutritives qu’elle contient et qui sont toutes solubles. Il importe done de la renouveler en temps utile.

Si l’on en excepte les plantes adultes et les arbustes col en grands vases ou en caisses, il est fort peu de plantes qui puissent se passer de rempotages pendant plus d’un an. Il en est beaucoup au contraire qui réclament cette opération deux fois par an et même davantage.

On reconnait que le rempotage est devenu nécessaire :

Lorsque la terre se dessèche très-rapidement et que cette sécheresse n'est pas due à la nature de la terre, à l'élévation de la température ou aux courants d'air;

Lorsque les racines en se pressant sortent avec efforts par l’orifice inférieur des pots;

Lorsque, pendant la période de croissance, la force de la végétation diminue ct que les feuilles ne se développent pas suffisamment ou qu’elles prennent une teinte jaunâtre

Lorsque les plantes présentent un aspect rabougri, souffreteux, languissant, qui n'est pas causé par une maladie organique, mais qui dénote un manque de nourriture.

Pour que le rempotage soit efficace, il faut que la saison puisse favoriser la formation de nouvelles racines. Ainsi, l’on peut rempoter depuis le printemps jusqu’à la fin de l'été, mais on doit éviter de le faire en hiver, c’est-à-dire de septembre à février pour les plantes de serre froide et de serre tempérée et de septembre à mars pour celles de serre chaude.

Dans la culture en pots, on emploie plusieurs sortes de terres, les unes pures, les autres mélangées. Nous indiquerons seulement celles le plus généralement en usage.

La terre dite de bruyère convient à la plupart des plantes de serres

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et leur suffit au moins jusqu’à ce qu’elles atteignent un certain âge. On la trouve en couche plus ou moins épaisse, dans les bois et les forêts. Elle est formée de sable, de débris de végétaux en décomposition (humus) et contient une faible partie d’alumine et de carbonate de chaux.

Le sable ne s'emploie jamais pur, mais il entre dans la composition des terres à boutures et de celles destinées à la culture des bruyères (Erica, Epacris, etc.) et des plantes à racines très-tenues. Ses principes nutritifs sont nuls; il a pour effet de rendre les terres plus légères et plus perméables à l'air et à l’humidité.

Les terres fortes, franches ou argileuses (alumineuses) se mélangent aux terres légères et conviennent ainsi aux plantes d’une croissance vigoureuse et qui atteignent de grandes dimensions, ainsi qu'à certains Palmiers, aux Agaves, etc.

Le terreau de feuilles convient à beaucoup de plantes herbacées ou sous-ligneuses d’une croissance rapide et peut quelquefois remplacer la terre de bruyère. Le terreau de couches ou de fumier s'utilise rarement pur. Mélangé à d’autres terres, il convient aux plantes exigeantes; dans tous les cas où on l’emploie il doit être bien décomposé.

Les terres fibreuses, la tourbe, la mousse (sphagnum) entrent dans la préparation des terres à Orchidées.

Pour d’autres cultures spéciales on mêle à la terre des engrais tels que : les os pulvérisés, la râclure de cornes, les débris de laine, ete. Le cadre de notre travail ne nous permet pas de nous étendre sur la composition des terres et leur appropriation à la nature des diverses espèces cultivées. L'expérience sera toujours le meilleur guide en cette matière. Du reste, les plantes fournissent elles-mêmes des indications à l'égard du sol qui leur convient. Ainsi, l’on concoit que les espèces à racines fibreuses, chevelues, très-déliées, exigent une terre légère, tandis que celles à racines charnues, vigoureuses, ou épaisses ont besoin d’un sol plus consistant. Les plantes qui prennent beaucoup d’accroissement en peu de temps se trouveront bien dans un sol terreauté; celles d’une croissance lente demandent une terre conservant longtemps ses propriétés fertiles, ete.

Au moment de les employer, les terres ne doivent être ni trop sèches ni trop humides. Dans le premier cas il n’est pas possible de les tasser comme il convient et l'humidité ne les pénètre que très-lentement. Dans le second cas elles s’introduisent irrégulièérement entre les racines, et les vides qu’elles laissent sont des plus nuisibles.

Beaucoup de personnes ont l'habitude de passer les terres au crible et même de les tamiser. Ce procédé est défectueux; les terres tamisées s’épuisent beaucoup trop rapidement; elles forment parfois dans les pots une masse compacte, imperméable à Peau et à l’air. Souvent aussi elles sont entrainées par l’eau des arrosements. Il est préférable de se borner à briser les mottes et à extraire de la terre les filaments et les débris non consommés qui peuvent s’y trouver.

On attache généralement peu de soin au choix des pots et cependant il a bien son importance. Les pots de terre poreuse sont les meilleurs et ils doivent avoir assez de solidité pour ne pas se briser lorsqu’étant remplis on les soulève par le bord. Les pots recouverts de peinture, de vernis ou d’un enduit quelconque doivent être rejetés. |

La forme des pots diffère selon les localités, mais les meilleurs et les plus généralement employés ont une hauteur égale au diamètre de leur ouverture ; le diamètre du fond doit être un peu moindre que celui de l'ouverture, afin que l’on puisse sortir la motte sans la briser lorsqu'on veut visiter les racines.

Il est essentiel que le fond soit, selon la dimension du pot, percé de un ou de plusieurs trous destinés à l'écoulement des eaux.

Les pots de forme allongée et cylindrique peuvent convenir dans la culture de certaines plantes ; on les a préconisés pour les Palmiers entre autres, mais à part leur aspect disgracieux, les inconvénients que présente leur emploi ne sont pas compensés par les avantages qu'ils paraissent offrir.

. Lorsqu'on emploie des pots neufs, il est bon de les tremper dans l’eau pendant quelques instants avant de s’en servir. La poterie neuve absorbe beaucoup d'humidité et lorsqu'on ne prend pas la précaution que nous venons d'indiquer, il arrive que la terre n’adhère pas aux parois et que l’eau des arrosements glisse entre celles-ci et la motte de terre au lieu de pénétrer jusqu'aux racines.

Si l’on emploie des pots qui ont déjà servi, on doit les laver afin de les débarasser de la substance verdâtre ou des matières calcaires qui les recouvrent et qui en obstruent les pores.

Lorsque la dimension des pots n’est plus suffisante on a recours aux caisses. Les caisses de bois doivent être préférées à celles de métal, lesquelles outre leur manque de porosité, s’'échauffent et se refroidissent trop brusquement.

Pour opérer commodément les rempotages on se sert d’une table sur laquelle on prépare le mélange des terres. On doit avoir sous la main des pots de plusieurs dimensions ainsi que des tessons, des cendres de houille, du charbon de bois ou d’autres ingrédients dont on se sert pour le drainage (1).

Après avoir Ôté de son pot la plante à rempoter, on détache au moyen d’un bâton pointu les racines qui tapissent l’extérieur de la motte; si ces racines sont trop nombreuses, si elles sont enchevêtrées ou si elles forment une espèce de tissu serré, on les retranche au moyen d’un couteau, mais en ménageant autant que possible les plus grosses; puis

(1) Voir la Belgique horticole, 1869, p. 558.

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on choisit un pot de dimension convenable; on pose un tesson sur l'orifice inférieur et on recouvre le fond d’un lit de cendres de houille, de charbon de bois ou de petits tessons, sur lequel on met une couche de la terre appropriée à l'espèce. On place la plante sur cette couche dont l’épaisseur doit être calculée de manière à ce que le collet des racines arrive un peu au-dessous du niveau du pot. On introduit ensuite de la terre entre les parois et la motte; on tasse convenablement avec les doigts ou à l’aide d’un bâton et on remplit le pot jusqu’à environ un ou deux centimètres du bord. Le collet des racines doit être très-peu recouvert et lorsqu'il s’agit d'espèces délicates ou charnues on donne à la surface de la terre une forme légèrement convexe.

La dimension des pots se règle sur la force et l'espèce des plantes. Le vide entre la motte et les parois doit être d'autant plus grand que la plante est forte et que sa croissance est vigoureuse. Il peut varier entre un et six centimètres et il est rarement nécessaire de dépasser cette largeur méme pour les plantes cultivées en caisses.

C’est une erreur de croire que les plantes se développent mieux dans des pots de grande dimension que dans ceux proportionnés à leur taille. Il semble au premier abord qu'il doit exister quelqu’analogie dans le mode de croissance des plantes livrées à la pleine terre et celles cultivées dans de grands pots. Cependant les conditions sont bien différentes. En pleine terre les plantes peuvent se passer longtemps d’arrosements, l'humidité du sous-sol arrivant jusqu’à la surface par un effet de la capillarité. Les eaux des pluies, celles provenant des rosées sont réparties sur de grandes surfaces et tendent sans cesse à s’équilibrer tandis que ces phénomènes n’ont pas lieu dans des vases ou des caisses, quelque dimension qu'on leur donne. Il faut nécessairement suppléer au manque d'humidité par des arrosements, qui entraînent vers le fond la plus grande partie des éléments nutritifs, avant que la plante ait pu les assimiler. Le sol, promptement dénaturé, contracte des propriétés nuisibles et particulièrement une espèce d’acidité dont les racines ne tardent pas à ressentir les mauvais effets.

En rempotant certaines plantes on trouve quelquefois les racines tellement nombreuses, serrées et mélées les unes dans les autres qu’il est impossible de les séparer. Dans ces cas là, on ne doit jamais hésiter à les couper ct à entamer la motte. Si l’on conservait cette agglomération de racines elle s'interposerait entre l’ancienne terre et la nouvelle. Ces organes atrophiés, mal constitués, ne pourraient produire que quelques rares radicelles, incapables de nourrir la plante. Mais si on a soin de les retrancher, de nouvelles racines ne tardent pas à remplacer avantageusement les anciennes.

Lorsqu'en rempotant une plante on s'aperçoit que la motte est trèssèche, on la trempe dans l’eau jusqu’à ce qu'elle soit imbibée. Si au contraire elle est très-humide et si les racines présentent des traces de

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pourriture, on fait tomber une partie de la vieille terre, on coupe les racines pourries jusqu’à la partie saine et on replante en terre légère et dans un pot de petite dimension.

Immédiatement après le rempotage on donne aux plantes un arrosement assez copieux pour que l’eau pénètre jusqu'au fond du pot. Cet arrosement doit avoir pour effet de faire adhérer la terre aux racines et de remplir les vides qui pourraient exister entre elles. Pendant les premiers jours on seringue le feuillage lorsqu'il a une tendance à se faner.

Certaines espèces à feuillage mou deivent être ombrées légèrement jusqu’à ce que leurs nouvelles racines soient formées. Il en est aussi à qui un supplément de chaleur est très-salutaire. Il en est d’autres enfin qu'il est bon de priver d'air pendant quelques jours.

Quelques cultivateurs se basant sur ce principe : qu'il faut maintenir l'équilibre entre les branches et les racines, font coïncider ja taille des branches et le rempotage. L'expérience noùs a démontré qu'il vaut mieux opérer la taille après le rempotage, alors que Ia plante a déjà émis de nouvelles racines ou mieux encore, rempoter aprés la taille et lorsque le développement des nouvelles pousses est assuré. Une plante à laquelle on retranche à la fois et les racines et les branches, se remet lentement et difficilement en végétation. Ce n’est que dans des cas exceptionnels que les deux opérations peuvent se faire simultanément.

Les indications que nous venons de donner s'appliquent à la généralité des plantes cultivées dans les serres, mais elles ne sont pas exclusives et elles doivent se modifier suivant les circonstances. Ainsi que nous lPavons déjà dit, pour réussir en horticulture, il ne suffit pas de connaitre certaines règles, certains préceptes; il faut aussi étudier la nature des plantes que l’on cultive, connaitre leur structure, leur origine, suivre leur développement, leur mode de croissance, s'initier à la connaissance de leurs besoins, de leurs caprices même. I] faut également observer les conditions climatériques et atmosphériques pour les combattre ou les utiliser; tenir compte des propriétés physiques et chimiques des divers agents auxquels on a recours, afin de neutraliser leurs effets ou de les appliquer convenablement. L'expérience fera le reste.

(Ann. de l’hort. en Belgique.)

LE CLIMAT ET LA VÉGÉTATION DE L'ISTHME DE SUE7, PAR (x. Micsennr

Le canal de Suez est enfin exploité. S'il n’est possible qu'aux steamers de le parcourir, si sa profondeur de vingt-huit pieds, sa largeur générale médiocre semblent n’en faire qu'une œuvre incomplète, très-perfectible encore, c’est une question traitée dans tous les journaux et que nous n'avons pas à toucher ici. Mais tel qu'il est, encore faut-il le conserver. Le problème et sa solution ne sont pas neufs; il a été souvent énoncé; mais il est assez intéressant pour être connu avec quelque détail et apprécié plusieurs fois. |

Un sol sablonneux, parsemé de cailloux roulés, pauvre en argile ou dépourvu de ce silicate, des sources rares ou saumâtres, tel est le caractère de la superficie de la contrée. Sous le sable mouvant des dunes, git, particulièrement à l’est du canal, une couche de calcaire marneux, mêlé d'argile marneuse, de grès siliceux, et tenant en dépôt des coquillages ; au sud, vers le Djebel al Taka, le terrain pliocène est remplacé par des roches miocènes de calcaire siliceux, coquilles etc. qui affleure assez souvent. Le terrain crétacé affleure aussi sur de grandes étendues dans le désert de Tiah (1). Guant à la disposition des collines et des vallées, de nombreuses cartes en ont été publiées dans les journaux les plus répandus. On croit voir les vagues d’une mer de sable, soulevées de droite ct de gauche, et allongées dans le sens du canal.

La couche de ssble n’a pas partout la même épaisseur ; elle est ordinairement d’un pied à un pied et demi; mais cette profondeur est dépassée de beaucoup à certaines places.

Le sable à la surface est plus fin en général que dans la couche sous-jacente, partant plus mobile. Aussi les vents d'est ou d'ouest, toujours un peu rapprochés du nord, produisent ce que les naturels nomment fyrdans, phénomène semblable aux medanos des déserts du Pérou, et qui n’est autre chose que le renouveliement presque continuel de la surface du sol ; à de certaines époques, des masses énormes de sable fin sont souvent soulevées, et le canal finirait par être comblé, si l’on n’y mettait un solide obstacle.

À l’ouest, dans la plaine qui conduit à Suez, et au nord dans l’Isthme, les sables sont peu mouvants; le sable se durcit à l’ouest par l’eau des inondations et se mélange au limon qui s’y dépose; mais il en est autre-

(4) Voir pour plus de détails les magnifiques cartes géologiques de Figari Bey.

7 des

ment au sud-est et à l’est. Néanmoins le résultat serait le même de part et d'autre, avec le temps. Negrelli craignait davantage les vents d'Égypte; Kotschy a montré que ceux de l'Arabie étaient peut-être plus redoutables. | |

Quant au remède, on est d'accord; le seul moyen pratique en notre pouvoir, est de revêtir l'isthme d’une ample végétation. Les anglais, par ce moyen, ont triomphé d’une nature aussi rebelle à Ascension. Le Gardener’s Chronicle (nov. 1869) rappelle cette transformation d’une île volcanique uniquement chargée de cendres, ne possédant que quelques Fougères, quelques Lichens, en un vaste jardin où croissent des arbres, des plantes de toute espèce, où les sources coulent en nombre tel qu’elles servent à approvisionner les navires.

On semble tourner pourtant dans un cercle vicicux. Non seulement le sol est défavorable à la végétation en général, mais la constitution météorologique ne l’est pas moins. D'autre part les plantes seraient nécessaires pour modifier l’état atmosphérique. — Cela n’est vrai qu’en partie. — Les défauts climatériques sont susceptibles d’être amendés par les travaux de canalisation déjà exécutés ; et il ne manque pas de plantes capables de végéter dans l’état actuel des choses. Les observations météorologiques dans trois stations, à Port-Saïd, à Ismaïlia et à Suez le prouvent (1).

A Suez, l'air est constamment pur ; à peine y a-t-il deux ou trois jours couverts dans la mauvaise saison; ét sur les trois mois d'été, on ne compte pas moins de soixante-quinze jours de beau temps absolu. Mais sous l'influence des lacs amers, le ciel y est plus souvent nuageux cette année.

Port-Saïd, à l’autre extrémité du canal, fait contraste avec Suez : le ciel y est variable; les nuages v sont fréquents, mais en général se dissipent rapidement.

A Ismaïlia, les pluies étaient inconnues jadis. Pas un seul jour d'été n'y est convert; on compte trente à trente-cinq jours de beau temps absolu. Jusqu'aujourd'hui, dit le British medical Journal, Ismaïlia avait été le point le plus chaud de l'Égypte septentrionale pendant huit mois de l’année. Mais l’afflux des eaux dans le lac Timsah a métamorphosé tout cela. Il faut bien dire que la culture des champs s’y est promptement développée, et qu’elle a sa part dans ce changement. Depuis avril 1868 jusqu’au même mois de 4869, on a compté, outre les jours couverts ou assez nuageux, quatorze pluies !

(1) Voir les Annuaires francais ; Voir, en outre, dans les Nouvelles metéorologiques de juin 1869 et dans quelques journaux populaires, tels que la Science pour tous des derniers mois de 1869; le Gardeners’ Chronicle renferme des détails intéressants sur les conditions climatériques etc., de l’Isthme.

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