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Enfin des brouillards nombreux planent sur le canal et les pluies sont beaucoup plus fréquentes qu'il y a cinq ou six ans dans les lieux où il s'en voyait déjà alors.
L'explication se trouve surtout dans l'augmentation considérable de la surface d’évaporation dans les lacs amers, le lac Menzaleh, le Timsah et lé Ballah.
D'un autre côté, la Flore de l'Isthme est assez variée, ct plusieurs espèces se montrent dans les endroits les plus arides; on voit des exemples semblables au Pérou, en Australie ete.; d’autres entourent les sources disséminées dans l’isthme. 11 suffira done de les propager. Le canal d’eau douce permettra d'arriver rapidement à ce but du côté de l'Égypte; il faudra plus d'efforts et de persévérance à l’est.
Nous croyons être agréable aux lecteurs de la Belgique horticole en donnant ici un aperçu de cette Flore d'après Kotschy. Cet illustre voyageur a exploré, comme nous l’avons rappelé ailleurs, toute la partie nord-est de l’Afrique. Il à parfaitement connu ces régions. En 1855, il visita l’Isthme sous les auspices du gouvernement autrichien.
Parti du Caire, il suivit un itinéraire un peu vague du nord au sud, puis vers l’est. Dans ces plaines monotones, coupées de faibles collines, il rencontra d’abord plusieurs séries de plantes, diversement distribuées, suivant la nature plus ou moins sablonneuse du sol.
Dans le sable pur, on voyait très-communément répandus :
Des Anthemis melampodina D. C., Linaria Helava Poir., Cleome arabica L., Echium Rauwolfii Der, Hyoscyamus datura Forsk., Picris lyrata Der., Polycarpum arabicuin Boiss., Spergularia prostrata Borss., Lotus halophilus Boiss., Dactylis repens L., Zygophyllum album L. et Z. simplex L.
Dans ies terrains mixtes de sable et de limon :
Malcolmia ægyptiaca Srrexc., Erodium laciniatum L'Hénir., plantes annuelles comme la plupart des précédentes, et Echium setosum VauL., Frankenia pulverulenta L., Ifloya Fontanesit Cass., Picridium orientale D. C., Pteranthus echinatus Desr., Silene villosa D. C., Astragalus annularis Forsk., Plantago coronopus L., Schisnus marginatus P. B.
Sur les limites du désert, au sein du limon deposé par le Nil débordé, dans un soi peu sablonneux, se rencontrent :
Lotus arabicus L., Glinus latoïdes L., Francœuriu crispa Cass., Cotula anthemoides L., Senebiera nilotiea D. C., Gnaphalium miliacum Srr., Senecrio arabicus L., Astericus graveolens D. C.
Les marais, les canaux favorisent le développement des Alisma plantago L., Arundo Donax L., Typha angustifolia L., Scirpus maritimus L., Cyperus longus L.
Des Tumarix africana L. et des Sycomorus antiquorum Miq. croissent dans les endroits plus élevés.
Les villages sont entourés de Dattiers; dans les jardins l’on voit prospérer les Orangers, les Citronniers, les Cyprès.
Le Raiïfort, la Ciboule, le Brassica oleracea L., Corchorus olitorius sont généralement cultivés.
En se dirigeant vers le sud jusqu’au lac Teimsah, telle est donc la végétation que rencontrait Kotschy. Les eaux peu salées de ce dernier lac entretenaient, à cette époque, une bordure de hautes graminées. Au sud et à l’ouest croissaient des bouquets de Tamarix dont l’épais taillis est propre à contenir les sables.
Vers le midi, dans la direction de Suez, l’on comptait un grand nombre d’arbrisseaux et d’arbustes autour des marais saumâtres des vallées.
Les eaux du canal d’eau douce et de la mer, en envahissant le lac, en élevant son niveau, ont permis à la végétation de prendre une extension prodigieuse. On voit aujourd’hui, à Ismaïlia, des jardins nombreux, enrichis d'arbres, d’arbrisseaux et de plantes de toute forme (1).
En 1855, on cultivait déjà avec soin il est vrai toute la rive occidentale. Les terres étaient arrosées à la main. On transportait l’eau dans des seaux de cuir. Le sol y est de limon et de sable mélangés.
À mesure qu'on s'éloigne des terres cultivées, et si l’on parcourt ces régions au printemps, on voit fleurir la Sauge d'Egypte, l’Adonis dentata Dez., Erodium malacoides Wizo., Oligomeris glaucescens var. Delileana Cams., Evax prostrata Panzat. Ces cinq plantes sont répandues sur un grand espace; elles v sont réellement communes. On trouve encore, inais moins abondamment, Paronichia desertorum Boiss., Silene succulenta DeL., Lotus halopilus Boiss., Plantago amplexicaulis Cav., Astragalus peregrinus Vaux, Monsonia nivea Decaisns.
En se rapprochant de la sourec de Bir Abu Suerr, on rencontre des Prunus, puis des buissons plus bas de Tamarix africana L. ; des massifs d’Artemisia Deliliana Bess. dont les branches solides brisent ct arrêtent les tourbillons de sable; mais le Vitraria trideniala JAus. et Sracu., qui atteint une hauteur de six pieds, offre un spectacle plus curieux encore; les flots de sable s’embarrassent dans ses rameaux noueux, restent fixés, et enfouissent toute la plante sous un monticule conique, désormais beaucoup moins mobile.
A l’est, on retrouve le désert aride labouré par les vents. II faut marcher quelques heures dans un sable tenu et mouvant sans rencontrer de végétation. Dans les environs du canal antique, réapparait celle-ei. On trouve des Retamia retam, Suæda baccata Fonx, Nitraria tridentata, Salsola Kali L., S. tetrandra Fonsk, Senecio arabicus L., Pacris lyrata Dec. Les Aristida et autres graminées sont beaucoup plus rares dans ces déserts, ainsi que le Silene succulentu. |
(1) M. Delchevalerie nous envoie à la dernière heure un article très-intéressant sur les Jardins de Port-Saïd et d’Ismaïlia. Voir plus loin p. 45.
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Mais les Suæda, les Salsola sont tout particulièrement appropriés à ces localités; il leur faut peu d'argile, leur multiplication est sans difficulté; ils aiment assez les lieux salés. Ainsi, tandis que la profondeur des sables met obstacle à toute autre végétation , on retrouve encore des Suæda vermiculata Forsr, des Salsola oppositifolia Desr., unis à des Ephedra distachya L. et des Retama Retam Borss.
En se dirigeant toujours à l'est, on arrive à la source Om clRyk, dont les eaux saumâtres, peu abondantes, n’entretiennent que quelques Tamarix, des Nitraria, des Retama.
En creusant le sol, on trouve aisément de l’eau en plus grande quantité, et il en est d’aiileurs ainsi dans beaucoup d’endroits, et notamment au sud de l’Isthme, où l’on pourrait creuser bon nombre de puits artésiens.
Vers le nord-est, c’est encore la reproduction d’une végétation semblable. Au contraire, à la fontaine El Aras, pendant les mois d'hiver et de printemps, la verdure des végétaux qui la couronnent, en fait un. agréable oasis. Mais le voyageur préférera encore l’oasis Nachl el Gattyje à quelques milies de là, où l'attend un bocage de dattiers, où il pourra prendre du repos sous un ombrage bienfaisant, et se désaltérer aux sources protégées par les arbres. — Le Phœnix dactylifera, le Chamcærops huimilis L. conviennent parfaitement pour la lutte contre les fyrdans. On doit songer à les multiplier beaucoup ; ils prospèrent facilement d'ailleurs.
Le reste du pays, jusqu'aux limites de la Syrie, offre de nouveau plusieurs des essences susmentionnées; puis, parmi les plus grands sujets, des Crypsis aculeata L., Echiochilon fruticosum Desr., Calligonum comosum L., Mesembrianthemum nodiflorum L., Gymnocarpum fruticosum Pers. On trouve aussi une série de plantes annuelles, plus ou moins abondantes suivant les places, telles que €Cleome arabica L., Reseda eremophila Boiss., Matthiola acaulis DC., Malcolmia pulchella Boiss., Koniga Lybica R. B., Medicago marina L., Planiago ovata Fonsk, P. squarrosa Murr., Neurada procumbens L., Iphloga Fontanesii Cass., Anthemis microsperma Boiss. et Korseuy, Crucianella membranacea Boiss. et d’autres.
On conclura de cet exposé rapide que la Flore de l’Isthme, suffisamment multipliée, convient au but qu’on se propose, de modifier le climat et de maîtriser les fyrdans.
Kotschy en a cité cependant encore un certain nombre qui pourraient croître dans les mêmes conditions. Il les range en trois classes, selon leur facon d'agir, leur taille, leur efficacité par conséquent. Ces considérations d’ailleurs s’adressent aussi aux plantes que produit le désert actuellement.
Dans la première catégorie, il cite des plantes qui peuvent fixer le sol par leurs racines et dont les branches et le feuillage, rapides dans leur croissance, sont capabies de rompre les rafales de sable. Ainsi l'on répandrait dans les localités où le sol est purement sablonneux : l'Æeliotropium
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undulatum VauL., et H.ramosissimum Lieser., Podada decidua Forsx. plante de 4 pieds, Ochradenus baccatus Deuize, Myrica cordifolia L. qui rend au Cap les mêmes services, Gymnocarpum fruticosum, petit arbrisseau à branches noueuses, Dumma littoralis P. B., dont les racines se ramifient rapidement dans le sable et forment ainsi un solide soutien.
On unirait aux Tamarix, aux £phedra distachya L., E. altissima Desr., Æ, fragilis Desr., dans les terrains caillouteux, le Calligonum comosum L'HéRir. qui atteint 5-4 pieds et qui est rare dans l’Isthme, le- Mimosa Seyal Forsx, M. tortilis Fonsk, A. arabica Wizo., qui viennent parfaitement au milieu de conditions équivalentes dans la haute Egypte.
Là où des couches de terrains salés gisent sous les sables mobiles, on répandrait avec avantage les Voea spinosissiinæ Moo. plantes très-rameuses; Lycium afrum L. et L. mediterraneum Dunv., Zizyphus spina christi L. qui atteint dans ces conditions la hauteur d’un petit arbre; Passemia hirsuta L. et P. arborea Pavizz., divers Opuntia, Aloe, (le succotrina ete.) et peut-être Pinus halepensis et Pinus Pinea, enfin Salvadora persica L. et Balanites aegyptiaca Der., deux petits arbres de la Haute Egypte.
Dans une deuxième catégorie, il énumère des plantes qui n’ont pas la taille des précédentes, et sont plutôt couchées sur le sol, mais dont le feuillage n’est pas moins apte à empêcher les soulèvements tumultueux des sables. Ainsi :
Mesembrianthemuim nodiflorum L., aux feuilles charnues, A. edule L., usité au Cap pour solidifier les travaux de fortification, Echinochilon fruticosum Desr., Lithospermum callosum Vaur., Diotis candidissima Desr., Cucumis colocynthis L., Convolvulus soldanella L., Convolvulus secundus Desr.
Dans les endroits où le sel abonde, et Ià où l'argile est mêlée à la silice, on verrait pousser merveilleusement les Noea, Obione, Eurotia, Kochia, Suaeda, Salsola, Salicornia, Schoberia, comme plusieurs espèces le démontrent amplement.
Dans la dernière catégorie, il ajoute aux plantes annuelles que produit l'Isthme, celles qui pourraient s’y acclimater sans peine et qui donneraient au moins pendant quelques mois de l’année une végétation propre à modifier le sol par son détritus, en même temps qu’elle le solidifierait. Telles sont Euphorbia Paralias L., E. cornuta Pers., Deverrea torulosa DC., Convolvulus Forskali Der., Pegalum Harmala L., Ononis vaginalis Forsrk, Malubaila Sekakul Poiss., Centaurea Alexandria et sonchifolia, Polygonum aviculare, et mainte Stipacée.
Dans les terres limoneuses saumâtres, il faudrait semer les Statice, les Limoniastrum monopetalum Boiss., Orlaya maritima L., Senecro coronopifolius Desr., Doxyenium argenteum Des., Enarthrocærpus strangulatus Boiss., Cakile maritima L. et Polygonum maritimum L.