‹ La Belgique horticole (volume 4)Chapitre 56 sur 173 · COURTE NOTE AU SUJET DE LA GIROFLÉE DOUBLE A FEUILLES PANACHÉES · texte numérisé non relu

COURTE NOTE AU SUJET DE LA GIROFLÉE DOUBLE A FEUILLES PANACHÉES

Cheiranthus Cheiri LINN, var. fol, varieg. fl. duplo. par ED. MoRrren.

Figurée planche VIL,

Voici un argument en faveur de ceux qui se refusent à croire que la duplication des fleurs est incompatible avec la panachure du feuillage.

Le fait est patent, péremptoire : cette Giroflée a sur les feuilles la plus belle panachure du monde, marginale et bien blanche; c’est plus que de la chlorose, c’est bien la variégation. D’autre part elle a les fleurs aussi doubles que possible.

Elle nous a été remise le 19 avril 1869, par un de nos élèves M. H. Van Horen, de la part d’un de nos confrères et amis, M. Em. Rodigas, de St-Trond, professeur à l’école d’horticulture de Gentbrugge. Elle nous a vivement intéressé et nous nous sommes empressé de la faire peindre d’après nature pour en publier ici l’iconographie.

Cest une plante curieuse et intéressante. On nous avait signalé plusieurs fois l'existence d’une Giroflée à feuilles panachées et à fleurs doubles, mais nous ne l’avions jamais vue. Nous sommes fort reconnaissant à M. Rodigas d’avoir eu l’aimable attention de nous la communiquer afin de nous mettre à même de l’observer et de l’étudier.

Sur ces entrefaites, M. B. Verlot, que l’on sait être un des meilleurs écrivains de la presse botanique et horticole de France, a publié, le 4er août 1869, dans la Revue horticole, un excellent article sur la Giroflée double panachée en l’accompagnant d’une planche coloriée. L'article de M. B. Verlot est empreint d’une extrême bienveillance et d'une grande sagacité.

Nous avons réuni déjà de nombreux matériaux pour publier une troisième notice sur l’incompatibilité de la panachure ct de la duplication, mais le temps nous manque actuellement pour les mettre en œuvre. Nous voulons d’ailleurs étudier la plante dont nous parlons en ce moment pendant plusieurs années consécutives.

Nous croyons toutefois pouvoir dès à présent dire que le fait dont nous sommes témoin n’ébranle point notre conviction dans la vérité du principe que nous avons signalé.

Nous ajouterons de courtes observations.

Sur notre planche les feuilles sont mal reproduites, en ce sens que

le vert des feuilles n’est pas dans la nature aussi pâle qu'il est venu à l'impression. Les fleurs sont exactement comme sur le modèle; leur couleur était en 1869, un beau violct foncé et uniforme. Mais cette année, 1870, la plante mère, et les boutures qui en ont été faites, ont donné des fleurs d’un coloris tout différent : elles sont panachées de plusieurs nuances parmi lesquelles dominent le rouge violacé, le rouge brun et le jaune; elles ressemblent beaucoup en cet état à la planche de la Revue horticole (1869, p. 311).

La floraison de 1869 était vraiment belle et vigoureuse : la grappe était longue et bien fournie. Il n’en est plus de même en 1870. Tant au Jardin botanique de l’Université, que dans notre serre particulière, la floraison est cette annéc plus chétive, les grappes sont courtes et formées de peu de fleurs.

Nous avons cultivé simultanément et dans les mêmes conditions la Giroflée simple ordinaire, et la variété qui nous occupe. Or, la première a fleuri chez nous vers la fin de février et au commencement de mars, tandis que la seconde ne s’épanouit qu'à la fin de mars et au commencement d'avril, et encore avec une singulière lenteur.

La plante qui nous a été donnée par M. Em. Rodigas était bien conformée et généralement panachée. Cependant, le pied-mère et plusieurs boutures qui en sont provenues montrent actuellement des rameaux fasciés et d’autres dont les feuilles ont perdu toute panachure. Il se manifeste dans cette plante des signes évidents d’un état anomal.

Nous l’avons répandue déjà autant que possible et nous continuerons à en donner des boutures à toutes les personnes qui voudront bien nous aider de leurs observations.

Nous la cultiverons avec les meilleurs soins, et ce n'est pas peu dire, car tous les jardiniers auxquels nous en avons parlé s'accordent pour reconnaitre que la culture de cette Girofléc est fort difficile.

LES RAISINS DÙ WESTLAND, EN HOLLANDE, PAR M. H. J. VAN IluLze,

Jardinier-chef du Jardin botanique de l’Université de Gand.

Cette intéressante communication, concernant un sujet dont il est souvent parle sans Connaissance de cause, est extraite d’une relation d’un voyage en Hollande, que M. Van Hulle vient de publier en brochure sous ce titre Coup-d’œil sur l’arboriculture en Néerlande. Gand, 1870.

Quel est le voyageur qui n’ait vu, en septembre, dans les ports de Dordrecht, Rotterdam et Amsterdam, ces magnifiques grappes de raisins

La T

bleus qu’on était en train d’embarquer pour plusieurs destinations, mais surtout pour Londres où ils viennent dans Covent Garden rivaliser avec les raisins d'Angleterre ? Tous ces raisins proviennent du Westland, où ils murissent en plein air, bien que cela soit invraisemblable. En effet, tout le Westland, de plusieurs centaines d'hectares d’étendue, n’est pour ainsi dire qu’un vignoble. Il n’est pas habité par des paysans proprement dits, mais par des maraichers et des vignerons. Nous en avons visité un seul, M. J.-M. Van Ruyven; la culture est d’ailleurs la même chez tous.

Quelques-uns ont plusieurs milliers de mètres de murailles hautes à peine de deux mètres, garnies de pêchers et surtout de vignes. Celles-ci sont conduites en cordons horizontaux, à 020 ou 050 au dessus du sol; ces cordons ont de 4 à 5 mètres de long et sont repliés sur eux-mêmes si la végétation reste trop vigoureuse. Ils sont garnis supérieurement de coursons portant un ou deux, tout au plus trois sarments, qu’on taille au besoin sur un ou deux yeux, mais d'ordinaire plus long. On laisse s’y développer tout au plus trois yeux, notamment les plus vigoureux ; mais au lieu de pincer, comme nous faisons, à une ou deux feuilles au dessus du fruit, soit à une longueur d'environ 0"50, les sarments qui en proviennent et qui portent les grappes, les cultivateurs du Westland ne pincent rien; ils laissent aller le tout jusqu'au haut du mur et alors seulement ils arrêtent les bourgeons, soit sur une longueur de 180 à 2 mètres. Entretemps ils ont soigné aussi pour le bois de remplacement.

De prime abord on est enclin à désapprouver; mais en y réfléchissant on arrive bien vite à cette conclusion que ces hommes ont peut-être raison d'agir ainsi. En effet, la théorie ne dit-elle pas que la sève descendante ne nourrit pas seulement les yeux mais aussi les fruits ? et si cela est vrai, ne fait-on pas mieux de laisser beaucoup au lieu de peu de feuilles au dessus du fruit ? C’est une expérience que nous avons encore à faire,mais sur laquelle les jardiniers du Westland prétendent avoir tous leurs apaisements.

Il va de soi qu’on est attentif à donner les autres soins, tels que la suppression des bourgeons superflus et le cisellement. Peut-on attribuer à cela seul la fertilité des arbres et surtout la maturité précoce et le goût exquis des fruits dans le Westland ? Nous ne le pensons pas. Mais le sol, protégé contre le vent par les dunes et conquis sur elles, est extrêmement léger et sablonneux; il est en outre planté de rangées de bois de raspe servant de brise-vent; il est abrité encore par les murs, et dans le même but, il est établi des abris en jonc à tous les 50 à 100 mètres. On ne ressent donc pas ici le moindre vent,et pas un rayon de soleil ne se perd: aussi tout y croit à merveille. Il est vrai que cette année, par exception, les pêchers n’avaient pas de fruits, par suite de lâpre printemps ; l'été, peu chaud, faisait craindre aussi pour la maturation du raisin; mais on semblait s'inquiéter fort peu, le reste étant d'autant plus beau. Des centaines de bateaux sillonnaient la région, chargés non-seulement d'engrais, de

foin, de tourbe, mais surtout de fraises, de choux-fleurs, de pommes de terre, de laitues et autres légumes, en dehors des fruits, la principale production de la contrée. Tout cela va à Rotterdam, où de nombreux et grands bateaux à vapeur chargent sans relâche des fruits pour l’Angleterre. On ne saurait croire tout ce que ce petit Westland produit en ce genre.

DEVISES GNOMONIQUES OÙ INSCRIPTIONS DES CADRANS SOLAIRES (SOLAIRIANA). |

Un savant physicien, aussi instruit que modeste, a publié naguère dans la Belgique horticole, d'utiles instructions sur la construction et l’orientation des cadrans solaires(1). Ces instruments, un peu surannés peut-être à unc époque où tout le monde porte une montre dans son gousset, faisaient les délices de nos pères : on les rencontrait dans beaucoup de jardins et, en vérité, ils y sont bien placés : nous préférons ce genre d'ornement à beaucoup de potiches ou de postures, qui heurtent le regard dans certaius Jardins.

Quoiqu’il en soit, les instructions que nous avons publiées en 1865, nous sont revenues à la mémoire en lisant dernièrement dans le Journal de l’Instruction publique de Québec au Canada, un recueil d'inscriptions gnomoniques. Ces devises et ces sentences sont presque toutes ingénieuses ou spirituelles : il nous a semblé que beaucoup d’esprits distingués avec lesquels notre revue a l'honneur d’être en relation, auront plaisir à les connaître. Elles ont été adressées par plusieurs correspondants au Journal de l’Instruction publique au Canada.

— On lit la devise suivante sur le cadran solaire qui se trouve au labyrinthe du jardin des plantes à Paris :

Horas non numero nisi serenas.

— Le cadran solaire de l’hôtel de ville d’Anet porte : Ora ne te raptat hora.

Sur les murs du château de La Rochefoucault (Charente), reconstruit en grande partie par Antoine Fontan, je me souviens parfaitement d’avoir vu, il y a déjà longtemps, un cadran solaire qui portait ces vers bien CONNUS :

Eheu, fugaces labuntur anni.

Fugit irreparabile tempus.

On peut ajouter à ce recueil les sentences qui se trouvent sur beaucoup

(1) Voyez la Belgique horticole 1865, p. 71 et 127, avec deux planches.

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