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LA VÉGÉTATION DE L'ILE DE SAN MIGUEL

PAR M. Gorze,

Inspecteur du Jardin botanique de Coïmbre.

(Traduit du Hamburger Garten und Blumenzeitung de M. Ed. Otto. XXITIme année, 1867, pp. 562, 590 et 456.)

(Suile et fin.)

Les Cunonia capensis et les Ceratopetalum gummiferum d'Australie, en pleine floraison, présentaient un coup d'œil vraiment magnifique ; ces plantes me firent connaître les saxifrages arborescents, qui, comme on sait, sont nombreux, à la Nouvelle-Calédonie. (A. BRoNGNIART et A. Gnis. Les Saxifragées-cunoniacées de la Nouvelle-Calédonie.)

De grands massifs du Campanula Vidali indigène ne manquaient pas non plus leur effet; je saisis cette occasion pour recommander cette jolie espèce pour groupes. Pour activer leur croissance, il suffit de les arroser de temps en temps d’eau salée; comme j'en attends une collection de semences, je suis prêt à en donner à tous les amateurs. Je vis également dans ce jardin une collection choisie d’arbres fruitiers des tropiques. Dans le jardin de M. Antonio Borges da Camara nous attendent des splendeurs dont on ne se fait aucune idée. Ce qui excite le plus l’'admira-. tion, ce sont des Palmiers, des Pandanées, des Cycadées et des Fougères; on ne sait ce qu'il en faut le plus louer, de la richesse de la collection, de la science profonde ou du goût artistique qui a pres à la disposition de ces plantes.

M. Antonio Borges a réussi d’une façon merveilleuse à faire au moyen de ces puissantes roches volcaniques, d’une forme souvent bizarre qui se trouvent ici en grande abondance, des vallées, des grottes ravissantes, etc.; les formes, les couleurs, tout est si varié que cette végétation de pleine terre rivalise facilement avec les serres les mieux arrangées du continent. Voici une idée de l’image en miniature des tropiques que nous voyons dans une de ces grottes. De puissantes fougères arborescentes, telles que Alsophila radens, australis et guianensis, Dicksonia australis et pubes-

cens, de magnifiques Cyathées et Cibotiées forment pour ainsi dire le

fond du tableau; les nombreuses fougères herbacées et les sélaginelles

qui sortent de toutes les crevasses, jointes aux Bégonias panachés, aux

Caladiées, aux Gesnériacées et maintes autres, donnent à la lumière et à

l'ombre leur vrai caractère; des Aroïdées grimpantes, des Broméliacées

et plusieurs Orchidées épiphytes donnent à l’ensemble plus de vie et de

vigueur encore. On traverse un passage tapissé de fougères, puis on se

retrouve à l'air et là on rencontre d’autres tableaux qui font dignement

suite à ceux que l’on vient de voir. Des lacs en miniature, bordés de

gazon vert, répandent une agréable fraicheur. Un riche choix de plantes

ornementales, des exemplaires énormes de Dasyliriées et de Beaucarniées,

divers Cactus, des Agaves, des Aloës ont pris pied ici et cèdent ensuite

la place aux Palmiers. Les Monocotylédones dominent presque tous dans ce jardin. Combien on s’étonnerait chez nous si l’on pouvait jeter un

coup d’œil sur ces superbes plantations de Palmiers! Je ne puis les

nommer tous, ni parler de leur développement parfois si rapide, ni de leurs dimensions considérables; je ne veux donner de tout cela que

quelques exemples. Citons le Caryota urens de 50 pieds de haut, l’Arenga saccharifera à tronc colossal et d'environ 20 pieds de haut, le Phœnix spinosa d’égale hauteur ; ensuite plusieurs beaux Corypha australis,

Latania, Elaeis guineensis, des Seaforthiées, Trithrinax, des Oréodoxées,

beaucoup d’espèces d’Areca et pour terminer un exemplaire monstre de Jubaea spectabilis. Mème les Cycadées, telles que diverses espèces d’Encephalurtos, de Zamiées, de Cératozamiées, de Dioon edule, et de Cycas,

se sont parfaitement soumises à la culture et abandonnent nonchalamment leurs feuilles au souffle des vents de l'Océan. Le splendide Ravenala,

avec ses feuilles vertes, herbacées et puissantes, présente aussi dans leur voisinage un tableau de la perfection.

La monotonie que pourraient présenter les monocotylédones seuis est rompue par de grands groupes de phanérogames. Dans un groupe aux couleurs variées, on peut reconnaitre diverses espèces qui se distinguent parfaitement au milieu de cette confusion de tous : citons diverses espèces de Sciadophyllum, au feuillage brillant, aux fleurs si particulières ; quelques Jacaranda filicifolia; les gracieux Carapa guyanensis avec leurs belles feuilles rouge brillant; les Lomatices et Rhopales d’une beauté non moins grande; les graves Théophrastées, les gigantesques Stadmanniées, enfin les Ficus 1mperialis couverts de fruits. Voici un élégant exemplaire lilliputien de l'antique Adansonia digitata. Mentionnons enfin le Æanthochymus pictorius dont les fruits mürissent parfaitement ici, le Genipa americana dont il faut dire la même chose, enfin le Stillingia sebifera qui avec le temps jouera un rôle considérable dans l’industrie.

Dans quelques serres, M. Antonio Borgez cultive des ananas dont quelques fruits pèsent jusqu’à 14 livres.

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