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ouvriers qu'ils emploient, des produits d’une valeur assez élevée. Au lieu de bois d'œuvre propre au charronnage, à la charpente ou autres industries, ils n’ont que du bois de chauffage. Or, le bois de chauffage est loin de valoir autant que le bois d'œuvre. 1 stère de bois de chauffage (bois de quartier) vaut de 5 à 7 francs, et le mètre cube de bois d'œuvre sur place se vend 60 francs, et quelquefois plus. À mêtre cube fournit environ de 2 stères 1/2 à 3 stères, si l’on en juge par les poids. Ici que le lecteur veuille bien me permettre de m'arrêter sur ce qu’on entend par mètre cube et par stère, non dans le langage du système métrique, puisque le mètre cube et le stère sont la même chose, mais en langage de marchand de bois. Le mètre cube ne comprend que l’espace occupé par le bois, et le stère pour le bois de chauffage. L'espace de 1 mètre cube rempli par de nombreux morceaux, espace dans lequel il reste plus ou moins de vides, suivant que les morceaux sont petits ou gros, droits ou
courbes, d’un volume régulier ou irrégulier dans toute leur longueur.
Le mètre cube de bois donne plus ou moins de volume en bois de chauffage, de même les prix des bois de chauffage et les prix des bois d'œuvre sont variables, selon les localités et les qualités de bois. Les prix cités plus haut se rapportent au pays que nous habitons. Il résulte de ces chiffres et des bases admises que À mètre cube de bois d'œuvre qui vaut 60 francs, transformé en bois de chauffage, ne se vend plus que 20 francs. La valeur des bois se réduit dans le rapport de 5 à 1. Si l’on considère qu’un arbre qui, équarri à 33 centimètres sur 5 mêtres de long, vaut au moins 50 francs, pour le bois d'œuvre qu'il fournit, et qu'un pareil arbre, s’il est élagué aux époques voulucs, exige au plus en dépenses de main-d'œuvre la valeur d’une demi -journée, on reconnait que l’élagage est une des opérations de l’agriculture les plus fructueuses. Les arbres isolés et non élagués produisent très-peu de bois d'œuvre; le tronc a de 5 à 4 mètres et les branches s'étendent sur un rayon de 6 à 8 mètres et même davantage. La quantité de bois produite par les branches est beaucoup plus considérable que celle du tronc. Par un élagage rationnel la quantité de bois d'œuvre est augmentée et la quantité de bois de chauffage diminuée, au grand profit du propriétaire qui retire une valeur trois fois plus élevée du bois d'œuvre que du bois de chauffage.
Au préjudice occasionné sur la perte de la valeur du bois, il faut encore en ajouter un autre, celui qui est causé par l’ombrage de l'arbre. Un arbre bien fourni de branches, dont la longueur, pour les branches inférieures, est de 6 mètres environ, recouvre un espace de À are à 1 are 20, dans lequel les produits en végétaux herbacés ou en végétaux ligneux sont à peu près nuls. Un arbre, au contraire, qui possède un tronc plusélevé, a moins de branches, des branches moins longues, et est moins nuisible par son ombrage; on ne saurait préciser rigoureusement la différence qui existe sous ce rapport, mais l’observation apprend qu’il
yenaeuune; en la fixant du quart à la moitié, nous pensons rester dans les limites de la vérité, du moins d’après les faits que nous avons constatés. Cette différence, bien que faible en apparence, peut s'évaluer à quelques francs au bout de quarante à cinquante ans en faveur de l'arbre élagué.
Perte sur la valeur du bois, perte par l’ombrage causé par l’arbre, voilà les conséquences des élagages négligés.
Les élagages mal exécutés sont encore moins favorables; le préjudice causé dépend, d’ailleurs, de la méthode d’élagage employée,
Fort souvent on élague les arbres de la base au sommet, ou on ne laisse que quelques branches. Alors de nombreux bourgeons se développent l’année qui suit l’élagage sur toute la longueur de l’arbre, et notamment sur les bourrelets qui se forment autour des plaies. Ces bourgeons profitent de toute la sève de l'arbre au détriment des branches supérieures qui languissent et dépérissent.
Après deux ou trois élagages semblables, répétés à sept ou huit ans d'intervalle, les arbres sont de véritables émondes; la tête est sans vigueur et se dessèche, le tronc est rempli de nœuds d’autant plus gros que les élagages ont été plus nombreux, le bois ne convient plus guère que pour le chauffage. La tige perd de la moitié aux deux tiers de sa valeur. Il est vrai qu’on obtient quelques fagots par les élagages, mais ce produit est loin d’être une compensation suffisante pour le propriétaire.
Les inconvénients des élagages irrationnels sont d’autant plus importants que les élagages ont été plus énergiques et plus nombreux.
Les propriétaires comprennent assez généralement lutilité des élagages, mais ne savent pas comment ils doivent être exécutés ou ne veulent pas s’en occuper directement. Ils confient ce travail à leurs fermiers qui n’ont aucun intérêt à la conservation des arbres comme bois d'œuvre, et qui, au contraire, ont intérêt à transformer les arbres en émondes pour recueillir plus de bois, et à opérer l’élagage dans le moins de temps possible. Les élagages exécutés sans prendre toutes les précautions voulues sont plus préjudiciables qu'’utiles ; les branches ne sont pas coupées rez tronc, on laisse sur l’arbre des onglets qui, plus tard, forment des nœuds, ou bien encore les branches ne sont pas coupées très-net, elles éclatent sur le tronc, et les écorces sont soulevées. De là des plaies qui ne se recouvrent pas et dans lesquelles, au bout de quelques
années, il y a des trous résultant soit de la décomposition du bois, soit des ravages des oiseaux qui choisissent de préférence les endroits de l'arbre dépouillés d’écorce. F
Des considérations qui précèdent nous devons conclure que les éla-
gages bien exécutés sont utiles et très-économiques pour les arbres isolés
et même pour les arbres de futaie lorsqu'ils se développent trop en branches.
Comment doivent se faire les élagages?
Nous distinguerons trois cas : où les arbres sont âgés de 10 à 20 ans; où ils sont arrivés à un certain âge, 50 ou 40 ans et même davantage, et ont été élagués très-énergiquement en ne laissant que quelques branches au sommet; où ils n’ont pas été élagués du tout.
On doit commencer à élaguer les arbres de très-bonne heure. C’est là une vérité bies connue et qui n’a pas besoin d’être démontrée. Supprimer les branches inutiles ou nuisibles, arrêter le développement de celles qui déforment la tête de l'arbre, favoriser l’élongation de la cime. Voilà les principes à suivre pour utiliser, le plus complétement possible, la sève au profit de la formation du bois d'œuvre.
Disons d’abord qu’il n’y a pas d’âge auquel doit commencer l’élagage. Il faut élaguer tout arbre placé à demeure, du moment où les branches oceupent plus du quart au tiers de la longueur de larbre, et quand la tête de l'arbre n’a pas la forme d’un cône allongé. Au fur et à mesure que l'arbre vieillit, cette forme doit se rapprocher de celle d’une quenouille, c’est-à-dire de la forme que présentent deux cônes superposés par leurs bases.
Prenons, comme exemple, un Chêne âgé de 15 ans et qui possède des branches sur la moitié de sa longueur et des branches supérieures et terminales également développées.
On supprime les branches inférieures rez tronc jusqu'aux deux tiers de la hauteur de l'arbre, et on s'attache ensuite à en former la cime. A cet effet, on conserve la branche qui prolonge le mieux la tige de l’arbre, et on raccourcit toutes celles qui prennent un trop grand développement et dépassent les limites que nous avons assignées plus haut à la forme de l'arbre; toutefois, en ne faisant que de les écimer et en réservant sur chaque branche des brindilles pour entretenir une vigueur suffisante.
Il importe, dans les élagages, que les arbres soient jeunes ou vieux, de toujours se conformer à cette règle, qu'il ne faut supprimer à chaque fois qu'un petit nombre de branches; une suppression trop considérable fait naître des rameaux adventices qu’il est nécessaire ensuite d'enlever, et souvent à plusieurs reprises. Si les élagages ont été trop retardés, c’est toujours par des élagages graduels que l’on doit procéder. On croit quelquefois arriver plus promptement au résultat désiré et au meilleur résultat en élaguant un arbre d’un seul coup, c’est souvent le contraire qui a lieu. L’élagage trop énergique fait naître des rameaux inutiles qu'il faut détruire l’année suivante, et l'arbre, privé d’une quantité de branches trop considérable, végète avec moins de vigueur. Il n’y a point diminution de temps pour les élagages; il y a trouble apporté dans la végétation et diminution de vigueur de l'arbre.
Un arbre sur lequel il y a trop de branchesà supprimer et à raccourcir, ne doit pas être élagué tout d’abord comme nous l’avons dit plus haut. La cime de l’arbre est le premier point dont l’élagueur s’occupe, car,
avant tout, il est indispensable de favoriser l’élongation de la tige. Beaucoup de branches supérieures sont-elles à raccourcir, on se borne à écimer les branches inférieures que l’on supprime l’année suivante. Ne raccourcit-on que trois ou quatre branches supérieures, on peut supprimer,
la même année, trois ou quatre branches inférieures. Procéder avec modération, en temps opportun et graduellement, telle est la règle que l’on
ne peut trop recommander aux élagueurs.
Je ne puis trop insister sur cette règle qui doit toujours servir dé guide pour la meilleure utilisation de la sève et la conservation la plus complète du bois d'œuvre.
La suppression d’une branche complète, — nous parlons ici des jeunes arbres, doit se faire rez tronc, sans endommager les écorces.
Pour les branches qui ont de 2 centimètres à 2 centimètres et demi de diamètre, on se sert avec avantage du ciseau, outil qui a quelque analogie avec le ciseau du menuisier. Cet outil exige certaines conditions pour exécuter un travail convenable. Placé sur une surface horizontale, l’une des faces s'applique complétement sur cette surface, l’autre, également plane, est plus ou moins inclinée, suivant l'épaisseur qu’on donne à la lame, et la douille se relève plus sur la surface horizontale que la bissectrice de l'angle formé par les deux lames.
Le manche enfoncé et fixé dans la douille a plus ou moins de longueur,
suivant la hauteur des branches que l’on veut faire disparaitre. Avec un manche de 3 à 4 mètres, on atteint aisément à une hauteur de 4 à 5 métres. L’ouvrier manœuvre l'outil en l’appliquant sur l'arbre au-dessous de la branche à couper, et en frappant à l'extrémité du manche avec un maïillet, La branche est ainsi prise en dessous, il n’y a point d’éclats de bois ou de soulèvement d’écorces lorsque la branche vient à tomber par son propre poids. Il est utile que l’ouvrier conduise toujours l’outil, en lui donnant la direction voulue, le long de la tige de l’arbre, ou sinon il entame légèrement les écorces quand l'outil forme un angle trop ouvert avec l'arbre, ou il laisse un onglet trop prononcé sur la branche coupée si angle est trop aigu, inconvénient que l’on fait disparaître par une nouvelle coupe. Il est à remarquer que la grosseur des branches ou la hauteur à laquelle elles sont situées, rendentla manœuvre du ciseau plus ou moins facile. Plus les branches sont faibles et plus elles sont basses, et moins l’ouvrier a de peine et exécute rapidement l’élagage. La perfection, dans ce travail est la condition la plus importante; les éclats de bois, les soulèvements d’écorces, les étorces coupées trop au vif ou sur des surfaces trop gran! des, sont défavorables au recouvrement rapide des plaies.
On raccourcit et on écime les branches avec des échenilloirs, et ceux qui nous paraissent produire le meilleur travail sont les échenilloirs de M. Aubert, de Nozay (Loire-Inférieure). Comme les ciseaux, lestéchenil- ; loirs sont placés à l'extrémité d’un long manche:se manœuvrant de terre et n’exigent pas que l’ouvrier transporte avec lui une échelle, ce qui
be:
accroît sensiblement le temps nécessaire à l’élagage, pour les déplacements de l'échelle et pour monter et descendre toutes les fois qu’il faut tourner autour de l'arbre.
Les échenilloirs ne conviennent que pour les petites branches de 2 à 5 centimètres de diamètre, élevées au plus de 4 à 5 mètres, ct dans les arbres où il n’y a pas une trop grande confusion de branches.
Les sécateurs Aubert, à manche de bois, sont également de bons outils pour opérer les élagages dans de jeunes arbres. Cependant la coupe des branches supprimées n’est pas faite rez trone, un onglet peu prononcé reste toujours; il est, d’ailleurs, indispensable de se servir d’une échelle pour atteindre jusqu’à la hauteur des branches.
Dans bien des cas, lorsque les branches sont un peu fortes, 2 à 3 centimêtres de diamètre, nous croyons qu’il est utile de se servir préalablement du sécateur Aubert, ct d'enlever ensuite l’onglet avec le ciscau. L'emploi successif des deux outils diminue le temps du travail au lieu de l’accroître, car l’ouvrier opère très-lentement avec le ciseau qui ne s’enfonce qu'à coup de maillet, coups qui produisent d'autant moins d'effet que le manche de l’outil est plus long.
Le sécateur remplace également l’échenilloir, si l’on peut pénétrer aisément dans l’arbre et y manœuvrer l'outil.
La serpe que l’on rencontre dans toutes les mains cest un mauvais instrument d’élagage; elle attaque les écorces, les soulève, ou laisse des onglets lors même qu’elle est maniée par un ouvrier habile.
J’ai fait faire, dans ces dernières années, de nombreux élagages sur de jeunes Chênes; je me suis servi exclusivement du ciseau et je m'en suis fort bien trouvé; les coupes ont été convenablement faites et les plaies se sont promptement recouvertes. À peine aujourd’hui si l’on apercoit l'endroit où des branches de 2 à 3 centimètres de diamètre ont été enlevées, il y a 3 ou 4 années. J'ai adopté le ciseau pour les élagages parce que l’on ne pouvait approcher des arbres qui étaient situés au milieu des haies exploitées en taillis tous les neuf ans, sur des fossés élevés et possédant de larges douves.
Dans ces conditions, l'emploi des échelles était impossible; l'occupation des terrains par les bois et l'inégalité de la surface du sol empêchaient d'approcher assez près des arbres.
J'ai opéré, comme j'en ai donné le conseil plus haut, des élagages graducls et modérés, et rarement les plaies faites sur les arbres ont provoqué le développement de bourgeons sur les bourrelets formés. Quand ce fait s’est produit, j'ai fait enlever, pendant l’automne suivant, ces bourgeons avec le ciseau, travail qui a exigé peu de temps.
Nous ne pensons pas que ces élagages nuisent sensiblement à la qualité des bois. — Quant à la quantité de bois d'œuvre, elle est évidemment accrue par des élagages rationnels, — parce que, s’il y a solution de con-
tinuité entre les couches déjà formées et les couches qui recouvrent les
plaies, cette solution de continuité a lieu sur de très-petites surfaces et ne peut être nuisible pour les bois de charpente, de charronnage et autres industries. |
11 n’en est pas tout à fait de même pour les bois plus âgés.
Nous avons parlé précédemment de l’élagage des arbres âgés de dix à vingt ans; s’il s’agit d'arbres plus âgés, il y a lieu de distinguer, comme nous l'avons fait remarquer, entre les arbres qui ont été élagués d’une manière rationnelle, les arbres dont les branches ont été coupées ou supprimées sans discernement et ceux qui n’ont pas été élagués du tout.
En fixant, dans l’exemple précédent, l’âge de dix à vingt ans pour les élagages, nous n'avons pas voulu dire, et l’on nous aura compris, que c’est à cet âge seulement qu’il faut commencer à élaguer les arbres. L'élagage doit être exécuté toutes les fois que les branches de l'arbre se développent démesurément au détriment de la tige. Dans l'arbre qui croit naturellement, comme dans l'arbre planté, il est indispensable de favoriser l’élongation de la tige, de supprimer et de raccourcir toutes les branches latérales qui prennent un trop grand développement.
Les élagages exécutés dès le plus jeune âge de l’arbre, et répétés toutes les fois que cela est nécessaire, sont, sans nul doute, les meilleurs, ceux qui atteignent le mieux le but désiré; mais, dans les grands domaines, il n’est pas possible, si l’on veut modérer les dépenses, de procéder, chaque année, à l’élagage de tous les arbres. Voilà pourquoi nous avons commencé à parler de l’élagage des arbres âgés de dix à vingt ans, époque à laquelle les arbres se reforment très-rapidement, Avant cet âge, les arbres qui croissent dans les haies de pied ont déjà subi un élagage au moins l’année de l’abatage de la haie, et les arbres plantés ont été taillés et élagués un an ou deux après la plantation. Les arbres élagués à l’âge de dix à vingt ans doivent subir, de temps à autre, à quelques années d'intervalle, des élagages successifs. Les élagages sont nécessaires aussitôt que les branches apparaissent sur la tige, que la tête de l'arbre n’a plus la forme d’une quenouille, comme nous l’avons dit précédemment, et qu’elle occupe plus du tiers au quart de la longueur de la tige.
S'il apparaît des branches dans les deux tiers inférieurs de la tige, et cela se produit souvent après des élagages trop énergiques, toutes ces branches doivent être détruites l’année même de leur apparition, ou du moins le plus tôt possible. Négliger d'enlever ces branches, c’est ralentir a marche de la sève et affaiblir le développement des branches supérieures.
L'élagage ayant été rationnel dans l’origine, il y aura peu de rameaux à supprimer ; des pousses nombreuses annoncent que des suppressions trop considérables ont été faites sur les arbres.
Les arbres dont la tête ne conserve pas la forme d’une quenouille
doivent être taillés; les branches trop longues sont raccourcies sur des branches secondaires, et si l’on observe une répartition convenable de la sève, eu égard à la vigueur des branches, la tête de l’arbre s’écarte peu, dans la suite, de la forme voulue.
L'arbre s’allonge d’année en année; il est nécessaire, dès lors, de supprimer graduellement les branches inférieures. En vue de cette suppression future, on raccourcit ces branches pour en ralentir la végétation, tout en leur laissant quelques rameaux qui leur conservent un peu de vie. Quand vient ensuite le moment de les enlever complètement, la plaie qui a peu d’étendue se recouvre facilement.
Les arbres élagués d'une manière rationnelle fournissent toujours de bons bois, présentant toute la solidité désirable, tels qu’on les rencontre dans les conditions favorables. Naturellement des arbres qui ont une tige élancée possèdent des branches seulement au sommet, les rameaux et les branches qui se sont successivement développés le long de la tige, ont péri sans laisser de trace et sans endommager la qualité du bois. C’est ce résultat qu'il faut chercher à atteindre par les élagages, et on peut l’atteindre quand on possède une connaissance suffisante des lois de la végétation. La méthode que nous venons de transcrire succinctement nous semble en parfait accord avec les lois de la nature; savoir choisir le rameau terminal qui donne à la tige la meilleure direction rectiligne, favoriser le dévelcppement de ce rameau en arrêtant le développement des branches supérieures qui attirent une trop grande quantité de sève, raccourcir et élaguer les branches inférieures, de façon à ce qu’elles laissent sur la tige des plaies peu étendues. Voilà la marche à suivre; ainsi on obtient de beaux arbres et dont la qualité du bois est satisfaisante.
Dans beaucoup de localités on rencontre des arbres qui ont été élagués très-énergiquement à différentes reprises, et dont les branches n’ont pas été enlevées rez tronc. Les chênes traités par cette méthode possèdent des branches sur les trois quarts de leur longueur ct quelquefois davantage, et des bosses ou nœuds plus ou moins prononcés sur la tige. L’irrégularité dans la forme de la tige s’accroit avec le nombre d’élagages qui ont été exécutés. La végétation suit une marche anormale; la sève se reporte sur les branches inférieures et abandonne les branches supérieures. Ce sont, en effet, parmi les branches résultant des élagages, les branches inférieures qui se développent le plus, et les branches supérieures le moins. Souvent même les branches du sommet qui ont toujours été conservées languissent et périssent; l’arbre se transforme en émonde sans qu’il soit nécessaire d’en supprimer la tête.
Pour les arbres qui ont subi de semblables élagages, il est un moment où il ne faut plus songer à en obtenir du bois d'œuvre, c’est celui où la tête se déssèche et où encore la tête est sans vigueur ct les branches latérales très-nombreuses. Si l'arbre est peu vigoureux, il est temps de l'abattre et de l'utiliser suivant sa nature, soit comme bois d'œuvre, soit
comme bois de chauffage; s’il conserve une végétation active, il pourra rendre des services comme émonde dans les pays où ce mode d’exploitation des bois est en usage.
Les arbres dont la tête est vigoureuse, quoique possédant des branches le long de la tige, résultat dû à des élagages irrationnels, peuvent encore être élagués avec avantage et produire, dans l’avenir, du bois sinon de première qualité, du moins du bois propre à la charpente. :
S'agit-il d’élaguer des arbres semblables, on doit procéder modérément par des élagages successifs. On enlève, la première année, les quatre ou cinq branches inférieures en les coupant rez tronc, et on raccourcit les . les quatre ou cinq autres suivantes. Le nombre de branches à supprimer, à raccourcir, dépend d’ailleurs de la vigueur de l'arbre, du nombre de ses branches, de la force des branches inférieures.
Un arbre vigoureux à son sommet supporte une suppression de branches plus nombreuse qu’un arbre languissant. Les branches supprimées étant peu nombreuses relativement à celles qui restent, ou ayant peu de développement, laissent à la disposition des autres branches une quantité de sève qui est complétement utilisée, et il n’apparaît point, sur les plaies et les bourrelets qui se forment, des rameaux qu'il est utile de supprimer promptement. Reporter la sève d’un point sur un autre en Putilisant anssi complétement qu’il est possible, tel est le résultat à He résultat que l’on obtient par un élagage modéré.
Dans le cours de l’année qui suit le premier élagage, on peut juger de son degré de perfection : s’il n’a pas été trop énergique, s’il n’a pas provoqué le développement de rameaux à la place des branches enlevées, alors on doit le renouveler l’année suivante; mais si, au contraire, des rameaux nombreux se sont développés, il faut, après avoir enlevé ces rameaux, supprimer peu de branches ou se borner à en raccourcir quelques-unes ou même attendre une année pour effectuer ces opérations. Cela dépend de l'abondance et de la force des rameaux qui se sont développés.
On continue ainsi, d'année en année, jusqu’à ce que l’arbre possède la forme désirable.
On sera tenté, peut-être, de reprocher à la méthode que nous proposons d'exiger plusieurs années pour obtenir la forme de l'arbre et un surcroit de dépenses. Ces reproches n’ont point l'importance qu’on leur attribue de prime abord, et, pour en juger, il suffit de comparer les résultats de cette méthode avec ceux de la méthode qui consiste à supprimer tout d’un coup les branches inutiles.
Pour la suppression des grosses branches, faite en une seule fois, il est clair qu’il faut moins de temps que pour les enlever en trois ou quatre fois : il y a, en effet, moins de temps perdu pour les déplacements de l’ouvrier et pour le fagotage et le transport du bois: mais, d’un autre côté, il faudra, pendant plusieurs années, à l’automne ou
pendant l'hiver, couper les rameaux qui apparaîtront et qui ne fourniront pas de bois utilisable. Sous le rapport du temps exigé, il est difficile de préciser quelle est la méthode la plus favorable; suivant les conditions, la seconde peut l'emporter sur la première, ou celle-ci sur la seconde.
À un autre point de vue, pour le maintien de la vigueur de l’arbre, la première est de beaucoup supérieure à la seconde. Il cst de règle, et c’est là un principe conseillé par les lois de la physiologie végétale et justifié par l'expérience, que toute mutilation de branches ou de racines ralentit la végétation des arbres. Or, en supprimant en une seule fois beaucoup de branches sur les arbres, la végétation se ralentit et l’arbre languit. Ce ralentissement persiste pendant plusieurs années et quelque fois toujours, puisqu'on supprime tous les rameaux qui naissent sur la tige.
Avec la méthode d’élagage graduel, lutilisation de la sève se fait d’une manière plus complète, et ce qui le prouve, c’est qu’il ne se développe pas ou se développe peu de rameaux sur la tige aux endroits où les branches ont été enlevées. Une petite quantité de sève disponible est utilisée par les branehes supérieures, une grande quantité ne l’est pas, et tout trouble apporté aux fonctions des branches ou des racines aux relations des divers organes de nutrition qu’elles portent nuit à Ja végétation de larbre.
Si l’on remarque que l’élagage a pour but d'obtenir des arbres le plus grand produit en bois d'œuvre et que l’on doit nécessairement s’efforcer de leur conserver la plus grande vigueur, on conçoit lutilité de procéder par des élagages graduels qui occasionnent relativement peu de trouble dans la végétatiou et qui permettent d'utiliser à peu près complètement la sève. :
Quand les arbres sont vigoureux, que les branches sont jeunes, qu'elles ont sept, huit ou neuf ans, que leur base n’est pas trop développée, on peut les supprimer immédiatement rez tronc. J'ai employé souvent ce procédé, et les plaies se recouvrent promptement.
Il est utile aussi de raccourcir les branches les plus inférieures, que l'on doit supprimer l’année suivante, quand elles ont trop de vigueur. On ne doit en supprimer que l'extrémité, ce qui est bien suffisant pour en ralentir le développement.
La coupe des branches que l’on supprime complètement doit être fait rez tronc, être très-nette, sans soulèvements d’écorces. Ce sont là des conditions essentielles pour le recouvrement rapide des plaies.
On évite qu’une branche éelate et n’occasionne de déchirures d’écorces, en commencant à la couper en dessous, puis de chaque côté et ensuite en dessus. La coupe peut n'être pas faite tout d’abord très-près de la tige ; lorsque la branche est tombée, on rafraichit la plaie pour lui donner toute
‘ la netteté indispensable.
Les outils dont doit être muni l’élagueur sont le couperet à élaguer, la serpe ordinaire, une scie et une hache à main. Pour les petites branches, le couperet à élaguer suffit; c’est le seul outil à employer pour rafraîchir les plaies.
Cet outil a beaucoup d’analogie avec les couperets dont se servent les bouchers et les cuisinières, seulement la lame est renflée en son milieu; d’un côté la forme de la lame est plane, la surface de l’autre est formée par la réunion de deux plans légèrement inclinés l’un sur l’autre. Avec cette disposition de la lame l'outil tend à glisser sur la tige et n’entame point . les écorces, condition essentielle pour le prompt recouvrement des plaies.
Les autres outils dont nous venons de parler ne doivent être employés qu’en cas de nécessité. Ils sont plus expéditifs que le couperet, mais leur travail est loin d’être aussi satisfaisant.
La serpe, à cause de la courbure de l'extrémité de sa lame, n’est pas d’un emploi commode lorsque les branches sont très-rapprochées les unes des autres; on ne peut, avec elle, faire des plaies très-nettes ; elle attaque les écorces ou laisse des onglets, elle peut tout au plus servir pour raccourcir les branches, sauf à employer ensuite le couperet pour achever le travail.
La hache à main est expéditive pour les émondages complets, où l’on commence à abattre les branches de haut en bas; pour les élagages graduels elle ne convient que dans des cas spéciaux, pour abattre les grosses branches éloignées dans tous les sens des autres branches. Le travail est bon si l’on fait les entailles autour de la branche dans l’ordre que nous avons indiqué. On doit cependant observer que les grosses branches dans leur chute peuvent occasionner des éclats de bois, et pour ÿ remédier il est prudent de couper la branche à quelques centimètres de la tige; on enlève après l'onglet et on rafraichit la plaie avee le couperet.
La scie ne convient que pour les plus grosses branches ; on donne en premier lieu un trait de scie en dessous et on achève la coupe par un trait de scie en dessus. La manœuvre de la scie exige également que la branche à couper soit isolée. On doit aussi craindre, avec cet instrument, les éclats de bois, et opérer comme nous l’avons dit pour la hache à main.
Les élagages rationnels obligent, comme on le voit, à observer certaines règles dont il ne faut pas se départir; nombre de branches à couper, choix des outils, manière de faire la coupe. J’insiste sur ces conditions, car elles sont essentielles pour obtenir des élagages parfaits.
Dans la pratique, la réalisation de ces conditions présente quelques difficultés. On ne rencontre pas partout des ouvriers suffisamment capables; on trouve bien des ouvriers sachant manier les outils, mais ignorant complétement les principes d'un élagage rationnel. De tels ouvriers doivent être guidés, il faut leur indiquer sur chaque arbre les branches à supprimer ou à raccourcir, et les obliger à se servir des outils
ds. :
les plus favorables et à couper les branches de manière à ne jamais endommager les tiges. Je fais faire des élagages depuis quelques années: c’est ainsi que je procède, et j'ai bien réussi.
Ai-je besoin de faire remarquer que, dans un travail de cette nature, ce n’est point la quantité de travail que l’on cherche à obtenir, mais surtout sa perfection ?
C’est conséquemment à journées que doivent être payés les ouvriers, c’est-à-dire en raison du temps qu'ils emploient et non du travail qu'ils font.
Ce serait une faute, à mon sens, de faire exécuter les élagages à tâche, soit à tant par pied d'arbre; les ouvriers, cherchant à gagner beaucoup, ne couperaient pas toutes les branches désignées, ou les couperaient avec les outils les plus expéditifs; de là des soulèvements ou des déchirures d’écorces, des éclats de bois ou des coupes trop écartées des tiges.
La petite diminution de dépenses qui pourrait en résulter sur le prix du travail des journaliers consciencieux, serait loin d’être compensée par les suites de l’imperfection de l’élagage.
Ce serait encore une faute plus grande de donner, par exemple, le bois pour le temps passé, comme on le fait quelquefois avec les fermiers, ceux-ci, rémunérés largement par le bois lorsque les branches à couper ont de sept à huit ans et même davantage, élaguent les arbres éncrgiquement, ne leur conservent que quelques branches au sommet, s'inquiètent peu d’ailleurs de la conservation des arbres, sur lesquels ils laissent des onglets, et emploient les outils les plus expéditifs, qu’ils occasionnent ou non des déchirures et soulèvements d’écorces ou des éclats de bois.
L’habitude de faire élaguer les arbres, par ce procédé soi-disant économique, est très-générale; elle est condamnable au plus haut degré ; et. combien de propriétaires se répentiraient de l'avoir suivie s'ils savaient le préjudice qu’elle leur a causé !
Précédemment, nous avons indiqué les procédés d’élagage à suivre pour les arbres que l’on soumet à un élagage rationnel dès leur plus jeune âge, et pour les arbres qui ont été traités d’après un élagage trop énergique. Il nous reste maintenant à dire quelques mots des arbres qui, arrivés à un certain âge, n’ont subi aucun élagage.
Il convient encore ici de distinguer entre les arbres vieux et les arbres jeunes, les arbres languissants et les arbres vigoureux. Le degré de vigueur des arbres ne dépend pas toujours de leur âge; on rencontre souvent des arbres jeunes peu vigoureux, mais quelquefois ce défaut de vigueur est dû à des causes qu’il est possible de faire disparaître. En ce cas, l’élagage peut être efficace. Des arbres jeunes, placés à côté de vieux arbres qui les couvrent de leur ombrage, se déforment et languissent; de jeunes arbres trop rapprochés en lignes ou en massifs s’allongent et se développent peu en grosseur. On ramène la vigueur dans ces jeunes arbres en abattant ou élaguant les vieux arbres, en faisant des éclaircies
dans les lignes ou dans les massifs. L'année même où ces opérations sont pratiquées, il n'y a pas lieu d’élaguer les jeunes arbres conservés, si ce n’est dans certains cas particuliers, pour raccourcir les branches qui sc développent démesurément et pour favoriser l’élongation de la cime. Ce n’est que quelques années plus tard, lorsque les arbres reprennent de la vigueur, qu’on doit les soumettre à un élagage rationnel. D'abord il est essentiel de favoriser la prolongation de la tige en raccourcissant les branches supérieures qui prennent un trop grand développement. Il est utile, en outre, de supprimer l'extrémité des branches latérales trop fortes ou trop longues. Enfin il faut couper rez tronc les branches trop basses ou inutiles. En une seule fois, il n’est pas toujours possible de donner à l'arbre la forme voulue, trop de suppressions totales ou partielles de branches sont nuisibles à la végétation de l’arbre. C’est graduellement et en plusieurs années qu’il faut procéder.
Les élagages dont nous venons de parler ne doivent s'appliquer qu’aux arbres vigoureux et de belle venue. Quand les arbres, quoique jeunes, sont rabougris ct possèdent une tige courte, courbe, une tête forte, composée de branches nombreuses très-contournées, des rameaux très-courts, indice de peu de vigueur, il est à peu près inutile d’en entreprendre l’élagage, on ne parviendrait point à en obtenir des arbres de valeur; on en tire un meilleur produit en les transformant en émondes ou en tétards, ou encore en les abattant immédiatement, ce qu’il faut faire lorsqu'ils causent du préjudice par la position qu’ils occupent, soit aux récoltes, soit à d’autres arbres d’une plus belle venue.
Les arbres jeunes, sans vigueur, mousseux, à rameaux rabougris, sont rarement élagués avec succès. Quelle que soit la cause qui ait ralenti la vigueur de ces arbres, voisinage d’autres arbres ou mauvaise nature du terrain, il est à peu près impossible d’en accroitre la vigueur, du moment où ils ont souffert pendant longtemps; l’élagage, dans tous les cas, ne produirait pas un semblable résultat, car l’élagage, loin d'augmenter la vigueur des arbres, la ralentit; son but consiste à accroître la production du bois d'œuvre en diminuant le bois de chauffage au détriment, presque toujours, du développement général.
Pour les arbres vieux, j'appelle ainsi des arbres âgés de 50 ans et plus, l'élagage peut être quelquefois appliqué avec avantage; il peut être aussi inutile ou nuisible, suivant les circonstances.
L'élagage est favorable dans les vieux arbres, lorsqu'ils ont de la vigueur, et que, par la suppression totale ou partielle de branches, on obtient le grossissement et l’élongation de la tige.
La forme des arbres avant l’élagage permet de prévoir le résultat qui se produira. Un arbre dont la tige est allongée, assez droite et d’une certaine grosseur dans la partie supérieure et qui possède des branches latérales nombreuses et très-développées, peut être élagué avec profit. Au contraire, un arbre bien que vigoureux, mais dont la tête est arrondie,
et sur lequel toutes les branches ont un même développement, ne peut guère être reformé par l’élagage, à moins d’une vigueur exceptionnelle.
L'arbre vieux dont la forme est convenable doit s’élaguer comme les jeunes arbres, graduellement et modérément. Les branches à faire disparaître étant très-fortes, on conçoit que, si l’on ne veut pas ralentir sensiblement la vigueur de la végétation, il ne faut raccourcir ou supprimer à la fois qu’un très-petit nombre de branches.
Je regarde ce procédé d’élagage comme le seul à appliquer pour arriver à réformer les arbres sans diminuer notablement leur vigueur. On ne saurait prescrire le nombre de branches à raccourcir ou à supprimer, cela dépend de la force des arbres et de leur vigueur, de la force et de la vigueur des branches à enlever. J’estime qu’il ne faut pas détruire à la fois plus d’un vingtième à un vingt-cinquième des branches de l'arbre. On comprend ce que nous entendons ici par branches, nous les estimons par la quantité de feuilles qu’elles portent, et la suppression dont nous parlons s'entend, non des branches dans le sens rigoureux du mot, mais des organes foliacés. Une suppression de ces organes dans le rapport indiqué ne doit pas être dépassée, ce nous semble, pour conserver à l’arbre une vigueur suffisante.
Comment doit-on procéder à l’élagage? Si l'arbre possède des branches supérieures très-développées, il est utile de les raccourcir modérément, afin de favoriser l’élongation de la tige, c’est la cime des branches qu’il faut couper en laissant intactes les branches secondaires. Ce travail n’est pas, toutefois, sans présenter de difficultés, surtout dans les arbres élevés et possédant des branches faibles. Quoique ce soit Ià le procédé le plus rationnel pour une bonne répartition de la sève, on est quelquefois dans l’impossibilité de l’appliquer et d'empêcher l'arbre de se former une tête arrondie. Que la taille des branches supérieures ait lieu ou n'ait pas lieu , les branches qui doivent attirer l'attention de l'élagueur sont les branches latérales trop développées. Le développement à conserver aux branches, et c’est là un point sur lequel nous n'avons pas besoin d’insister, est relatif à la forme que l’on veut donner à l’arbre. On écime également ces branches en conservant les branches secondaires. La longueur à supprimer dépend de la force de la branche, de la position qu’elle occupe sur l'arbre et de ses branches secondaires qu'on ne doit point faire disparaître complétement pour conserver à la branche une certaine végétation.
Quand les branches ont été taillées pour donner à l'arbre Ia forme voulue, on s'occupe de supprimer les branches inutiles où trop basses, ou trop confuses pour le bon établissement de la charpente de l'arbre.
L'ordre que nous venons d'indiquer pour la taille des arbres n’est pas toujours celui qui est suivi et que l’on peut suivre. Il est plus aisé, en effet, de commencer l’élagage par le bas, mais la tige n’est pas autant favorisée ; dans tous les cas, il ne faut point exécuter un élagage trop énergique qui serait toujours défavorable à la bonne venue de l'arbre.
Les personnes qui admettent l'utilité des élagages ne semblent pas toujours attacher à ce point essentiel toute l’attention désirable. On préfère élaguer un arbre en une seule fois, pour ne plus avoir à s’en occuper ensuite, que de procéder par plusieurs élagages successifs. On croit gagner du temps et on diminue sensiblement la vigueur de la végétation des arbres.
Les auteurs ne sont pas d’accord sur le mode de suppression des branches; les uns veulent qu’on les coupe rez tronc, et les autres à une certaine distance de la tige. Ces deux modes nous paraissent applicables, selon les circonstances; quand les branches ne sont pas trop fortes, ou plutôt qu’elles ne présentent pas un trop grand empâtement à leur base, que l’arbre a de la vigueur, on peut les couper rez tronc, pourvu que la coupe soit faite convenablement, c’est-à-dire sans bourrelets et sans attaquer le bois de la tige, sans soulèvements ni déchirures d’écorces et sans éclats de bois; en un mot, il faut une coupe très-nette qui puisse se recouvrir promptement. Les reproches faits à ce procédé sont les suivants ; les plaies, très-étendues, se recouvrent lentement; le bois, exposé à l'air et à la pluie, se dessèche ou pourrit, et, quand la plaie est recouverte il y a toujours une solution de continuité entre les couches anciennes et les couches nouvelles. Le recouvrement des plaies est trèsrapide lorsque la coupe présente une surface arrondie, semblable à celle du bois, au-dessous de l’écorce, sur les points où il n’y a ni nœuds ni creux. Voilà pourquoi nous conseillons de faire la coupe d’une branche avec des précautions minutieuses, mais qui, à la vérité, sont indispensables pour la réussite parfaite de l'opération.
Les inconvénients de l’exposition du bois à l'air, pendant le recouvrement des plaies, sont facilement atténués en plaçant sur les plaies une couche de mastic quelconque. Le coaltar sert avantageusement à cet usage; il est peu coûteux, s'emploie à froid avec un pinceau, et se conserve longtemps sur la plaie sans se fendiller ni se détacher.
Lorsqu'on juge à propos de recouvrir les plaies, ce sont celles qui sont faites sur le tronc, et qui sont très-étendues, que l’on préserve du contact de l'air. L'ouvrier élagueur est muni d’un vase attaché à sa ceinture, renfermant du coaltar; il enduit les plaies aussitôt que les branches sont coupées et la taille convenablement faite. En employant immédiatement le coaltar, on évite des pertes de temps pour monter dans les arbres et en descendre. Le coaltar, mis à chaud, est très-liquide et sert de peinture; mis à froid, il est plus épais: c'est un véritable mastic, état dans lequel il convient mieux de l’employer pour le recouvrement des plaies. Son degré de liquéfaction est, d’ailleurs, trèsvariable; trop épais, il s'applique difficilement, il vaut mieux alors le chauffer modérément pour en faire usage. 3 |
La solution de continuité entre le bois ancien et le bois nouveau est-elle un inconvénient sérieux? Cette solution dépend des dimensions
des plaies faites aux arbres et des précautions prises lors de la coupe. Pour les petites branches, elle est très-faible et sans importance; pour les grosses branches, la crevasse altère peu la qualité et la résistance du bois : lorsque le bois ancien a été bien conservé et bien coupé, les nouvelles couches s'appliquent et s’attachent sur les anciennes.
Des coupes creuses, du bois altéré au moment du recouvrement des plaies, des branches mortes lors de la coupe laissent des vides plus ou moins prononcés entre le bois ancien et le bois nouveau.
Quand la plaie se recouvre rapidement, le bois, au bout de quelques années, a-t-il autant de résistance que si les branches eussent été conservées? Il semble, en consultant les lois de résistance et d’élasticité des bois, qui sont en rapport avec la conservation la plus complète des fibres, que les madriers présentent moins de solidité à l'insertion des branches où la direction des fibres est discontinue. Ce fait est parfaitement constaté par tous les ouvriers qui travaillent le bois. Eh bien! si sur des couches à fibres discontinues s’accolent des couches à fibres continues, le bois ne perd point, mais gagne en résistance. Aussi, si l’on veut supposer, par exemple, un madrier d’une épaisseur de 1 décimètre dans lequel les fibres du bois sont entièrement coupées à l'insertion des branches et un madrier dans lequel les branches coupées antérieurement ont laissé une discontinuité entre les fibres sur une largeur de 5 centimètres, mais sur lequel il existe des fibres rectilignes provenant de couches plus récentes sur unc autre largeur de 5 centimètres, il est évident que l’on regardera ce dernier madrier, el avec raison, comme plus résistant que le premier. Tel sera le résultat de l’élagage bien appliqué, un bois meilleur, comparativement à celui qui provient de l’arbre abandonné à lui-même.
On doit toujours couper rez tronc les branches sèches, car ces branches s’enfoncent graduellement dans la tige par le développement successif des couches qui se forment: elles ne se soudent jamais avec ces couches, et, lorsque le bois est débité en madriers ou en planches, elles se détachent et font des trous.
Ilest essentiel aussi de ne pas laisser pourrir des branches sur les arbres. À la place des branches pourries, il se forme des trous qui s’agrandissent avec le temps ou qui sont agrandis par les oiseaux, trous qui endommagent fortement les arbres.
Il importe, dans les élagages, de ne pas faire à la fois trop de plaies vers le tronc; ces plaies sont toujours nuisibles à la circulation de la sève. Aussi, quand un arbre possède beaucoup de branches à supprimer, la suppression doit s’opérer graduellement. On coupe d’abord rez trone peu de branches, mais en même temps on arrête la végétation des branches que l’on veut supprimer plus tard, en coupant les branches secondaires ou tertiaires. Quelquefois même on peut couper des branches à une distance de 50 centimètres à 1 mètre du tronc sans conserver de branches
secondaires. Par cette opération, la branche s’accroit peu ou pas du tout; elle s’accroit s’il se développe quelques rameaux; s’il ne s’en développe pas, elle se dessèche avec le temps. On a pour but alors de diminuer la vigueur de la branche, tout en lui conservant de la vie. Il résulte de cette pratique que le tronc continue à croître et la branche fort peu. Or on a remarqué que les plaies se recouvrent d'autant plus promptement que le tronc est plus gros relativement aux branches. C’est pour ce motif qu’il convient, en certain cas, de recourir à ce moyen.
En ce qui concerne les arbres vieux, sans vigueur, l’élagage doit se borner à la suppression des branches mortes ou pourries. De tels arbres sont bons à abattre. Si l’on juge à propos de les conser ver pour la décoration d’un lieu ou l'agrément, ce n’est pas une question de production, et c’est seulement à ce dernier point de vue que nons avons parlé des élagages.
Utiliser la sève d’un arbre de manière à en obtenir le plus grand produit possible en valeur, voilà le premier point à résoudre; retirer d’un terrain le plus grand produit en valeur, soit en bois, soit en plantes herbacées, voilà le second point. Ces deux résultats ne doivent pas être négligés lun plus que l'autre, dans la solution de la question qui nous occupe. Nous pensons que la méthode que nous proposons résoud ce double problème de la façon la plus satisfaisante pour l'intérêt du propriétaire du terrain.