CRÉATION ET ENTRETIEN DES PELOUSES ET DES GAZONS
PAR ED, VIANNE.
La création et l'entretien des pelouses et des gazons demande des soins; mais moyennant des précautions fort simples et quelques soins peu dispendieax, on peut obtenir des gazons verts toute l’année dans tous les terrains où il a été possible de former des jardins.
Le premier soin à prendre consiste dans la bonne préparation du sol par des labours profonds et des hersages énergiques, de manière à obtenir un complet ameublissement de la terre.
Il faut aussi enrichir le sol par des engrais appropriés à sa nature, c’est-à-dire en employant des engrais ou des amendements humeux dans les terres sèches et calcaires; secs et sablonneux, dans les terres grasses; calcaires, dans les sols où cet élément fait défaut, etc.
Ces opérations doivent précéder de quelque temps les semis, afin de laisser à la terre le temps de se rasseoir; on a observé que les semis lèvent généralement moins bien dans les terres creuses que dans les terres tassées. On peut néanmoins remédier à cet inconvénient en
roulant la terre plus ou moins selon sa nature et son état hygrométrique.
On sème les pelouses et les gazons à l’automne ou au printemps. Pour les grandes surfaces en terres sèches il est préférable de semer de bonne heure à l'automne, tandis que les petites pièces en bonnes terres réussissent mieux au printemps; on peut même les semer toute l’année lorsqu'on est à même de les arroser.
Le semis se fait toujours à la volée, et pour obtenir une plus grande régularité il est bon de le faire en deux fois. La graine doit être peu recouverte; on se sert avantageusement, pour cette opération, d’une petite herse renversée qu’on entrelace avec des branches d’épines.
Mais ce qui vaut infiniment mieux, c’est de recouvrir la graine avec un à deux centimètres de terreau et puis de donner un léger coup de rouleau.
Pour les gazons, on emploie les graminées à feuilles fines, qui ne forment pas des touffes; assez généralement on se sert du ray-gras anglais (Lolium perenne), comme base du mélange ; on l’emploie même assez fréquemment pur dans la proportion de À kilogr. par are (1). Dans les petites pièces, lorsqu'on veut obtenir un gazon très-fin, on emploie jusqu’au double de cette quantité. Mais celte graminée, qui forme sans contredit les pius beaux gazons, ne se maintient qu’à la condition d’être placée dans une terre fraiche, profonde et fertile qu’on peut arroser.
Lorsqu'on n’a pas de terres de cette nature, il faut recourir aux mélanges des graines, car le ray-grass ne résisterait pas aux chaleurs de l’été et périrait. On obtient de bons gazons en terres sèches, légères et calcaires par un mélange de brome des prés (Bromus pralensis). — Paturin des prés (Poa pratensis). — Fétuque traçante (Festuca rubra). — Fétuque dure (Festuca duriuscula). — Fétuque ovine (Festuca ovina). — Crételle (Cynosurus cristatus). — Klouve odorante (Anthoxanthum odoratum). On joint souvent aux graminées, le trèfle blanc (Trifolium repens) et le lotier corniculé (Lotus corniculatus). Ce dernier convient surtout pour les pelouses d’une certaine étendue.
Dans le parc de Fontainebleau on a formé d’assez jolis gazons sur du sablon blanc presque pur, au moyen de la fétuque ovine, en lui associant le ray-grass anglais destiné à garnir le terrain la première année et à disparaître ensuite en laissant la place à la fétuque; ces gazons présentent l'inconvénient d’être très-glissants à marcher.
Sur les terrains calcaires secs, on peut obtenir d’assez bons gazons avec le Brome des prés, cette espèce résiste mieux qu'aucune autre dans les terres de cette nature. -
Pour obtenir des gazons sous bois lorsque les arbres sont assez élevés pour permettre à l’air de circuler librement et que leurs têtes ne sont pas
(1) Pour bordure, un kilogr. de ray-grass sème de 80 à 100 mètres de longueur.
trop touffues, on emploie: Fétuque traçante (Festuca rubra). — Fétuque dure (Festuca duriuscula). — Flouve odorante (Anthoxanthum odoratum). — Paturin des bois (Poa nemoralis).
Lorsque la position est ombragée et le terrain sec, on doit adjoindre aux espèces précédentes les deux espèces suivantes : Fétuque hétérophylle (Festuca heterophylla). — Fétuque à feuilles menues (Festuca tenuifolia); à cause de la lenteur de croissance de ces espèces, il est toujours avantageux d'employer un peu de ray-grass anglais qui couvre immédiatement le sol et qui le cède aux autres espèces à mesure qu’elles prennent de la force. |
Un gazon une fois établi doit être soigné et entretenu, si on tient à le conserver, Car si on l’abandonne à lui-même, il est rare qu’au bout de quelques années il ne devienne pas nécessaire de le retourner.
Les soins à lui donner consistent :
1° En un sarclage au printemps et un autre à l’automne, pour enlever les herbes à larges feuilles ou à racines pivotantes, comme le dactyle, l'oseille, le plantain, la luzerne, etc., qui peuvent y avoir été apportées par les engrais ou même par les oiseaux; ,
2° À faucher assez souvent, pour qu'aucune plante ne puisse fleurir;
3° À herser légèrement lorsque le sol se feutre, et à rouler après | chaque coupe;
4° A fumer ou terreauter de temps en temps; selon la richesse du sol. On emploie du fumier long à l'automne; au printemps on ratisse la paille longue et on l’enlève avant la pousse de l'herbe, on obtient aussi de bon résultats par l'emploi des cendres, des composts calcaires du guano, etc. Un terreautage avec du terreau de couche est, de tous les moyens, celui qui convient le mieux dans les terres un peu fortes.
Quant un gazon devient vieux et que la mousse l’envahit, il convient, à l’automne, quand la température est devenue tout à fait humide, de le ratisser vigoureusement avec une herse ou des râteaux à dents de fer, de manière à enlever la mousse le plus complètement possible; on ne doit pas craindre d’arracher d'herbe, on peut regarnir les places que la mousse aurait dénudées par un semis partiel; mais il est de toute nécessité de terreauter ou de semer des engrais minéraux, tels que superphosphates, nitrate de soude, sulfate d’ammoniaque, guanos, composts calcaires, cendres, etc., pour empêcher le retour de la mousse dont l'apparition est presque toujours due à l’appauvrissement du sol.
Pour regazonner les clairières formées par l’ombrage des grands arbres ou la sécheresse du sol, il faut fertiliser le sol, puis répandre des graines des espèces les plus rustiques. On peut presque toujours, en opérant ainsi, reconstituer partiellement et rajeunir des pelouses ou des gazons occupant de grandes surfaces, qu'il eût été désagréable et coûteux de retourner.
Ces opérations doivent se faire au printemps, aussitôt que les terres
ont été trempées suffisamment pour ne plus exposer les jeunes plantes à souffrir de la sécheresse.
Quant aux petites pièces situées prés des habitations, le meilleur moyen pour les avoir fraiches et belles est de les retourner tous les deux ans et de les ressemer.
Les talus, les bancs et les parties enherbées qui présentent une pente très-forte ne peuvent être gazonnées par semis, parce que les eaux entraineraient les graines et les ravineraient. Pour ces parties qui sont ordinairement peu importantes, on procède par la méthode du placage, qui consiste à enlever dans les prairies, ou le long des chemins, des gazons, que l’on ajuste avec soin les uns à côté des autres, en les maintenant en place par des petites chevilles de bois; pour faire reprendre les gazons, il est nécessaire de les arroser copieusement aussitôt en place.
Il va sans dire que les arrosements ne peuvent être que très-favorables au développement et à la durée des gazons, mais on n’a pas toujours ce moyen à sa portée et, dans ce cas, qui est le plus fréquent, il faut savoir s'en passer.
(Journal d'agriculture progressive).