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rendus à la science, un album renfermant leurs portraits-cartes et
leurs signatures.
La remise de cet album avait tout le charme de l'intimité et d'une |
réunion de famille. Elle s'est accomplie le 13 octobre 1872 à 2 heures dans une des serres du Jardin Botanique de Bruxelles. M. Du Mortier a été introduit par MM. Putzeys, secrétaire-général au ministère de la justice, et M. F. Muller, président de la Société royale Linnéenne. À son entrée, l'éminent homme d’État, le vénérable savant a été chaleureusement acclameé. Quand le silence se fut rétabli, un savant estimé de tous et dont les intéressants ouvrages sont si connus et si appréciés, M. Ed. Morren, professeur à l’Université de Liége, présenta à M. Du Mortier l’œuvre d'art qui doit lui rappeler ses nobles études et ses nombreux disciples et admirateurs ; puis, il prononca, d'une voix émue, le discours suivant :
« Monsieur Du Mortier,
« Votre premier ouvrage, les Commentationes botanicae, publie en 1822, est déjà l'œuvre d'une science solide unie au patriotisme le plus ardent. A partir de cette époque, vous vous êtes intéressé de plus en plus à l'étude de la végétation de notre chère patrie. Il semble que vous ayez voulu l'affranchir des entraves de l'ignorance pour les temps qui étaient proches alors, où la Belgique elle-même | allait s'élever libre et radieuse. Vous avez fondé la Æore nationale en 1827 et, à la même époque, étendant votre activité aux questions générales, vous avez embrassé d'un même regard l’ensemble du règne végétal. Vous avez parcouru les frontières vaguement définies qui Le ë séparent du règne animal : vous avez scruté les mystères de la motilité $
des plantes et, pénétrant dans leur structure la plus intime vous avez découvert le principe jusqu'alors inconnu de la division des cellules. Dans le domaine de la Cryptogamie vous avez jeté les bases sur lesquelles sont établies nos connaissances actuelles des Jungermannidées. Vous avez ainsi fondé sur des faits que la science universelle a consolidés votre réputation que nous revendiquons comme une gloire nationale. et
« Puis, pendant une longue, heureuse et féconde carrière, vous n'avez pas cessé un seul instant de consacrer toutes les énergies de votre âme au service de la science et de la patrie. Partout où vous avez
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passé, vous avez laissé l'empreinte indélébile de votre passage : « Religionis et patriae propugnator strenuus, scientiarum artiumque « fautor munificus, Opera scripsisti insignia merito posteris tradenda. »
« Plus que tout autre, vous avez contribué, par votre volonté inébranlable et par votre infatigable activité à établir la Société royale de botanique, à créer l'Herbier national et à constituer le Jardin botanique de l'État. Ce sont là des actes virils dont la patrie est appelée à recueillir les bienfaits et dont tous ceux qui honorent la science savent apprécier l'importance. Nous n'avons pas voulu que des événements aussi considérables s’accomplissent sans que vous receviez le témoignage de notre vive reconnaissance.
« Nous avons voulu, pour célébrer votre jubilé semi-séculaire et pour vous montrer notre sympathie, à vous le plus digne représentant de la botanique belge, vous offrir un gage de notre admiration,
« Nos images heliographiées sont rassemblées dans cet album, comme nos cœurs sont unis dans la communion du vôtre. Puissiez-vous, pendant de nombreuses années de bonheur et de santé, feuilleter souvent ces pages, qui vous remémoreront les sentiments de sympathie et de gratitude de vos confrères et disciples! »
Courte et sympathique a été l'éloquente réponse de M. Du Mortier. L'amour de la patrie et l'amour de la science, on le sait, ont toujours été les deux principales préoccupations de sa longue et utile carrière. Au milieu des agitations de la politique, il profitait avec joie de ses loisirs, a dit l’orateur, pour s'occuper des ses études favorites. C'est le roi Guillaume qui a fait du botaniste un homme politique, et lui a fait abandonner, quand parurent les foudroyants arrêts du mois d'août, les livres pour la plume du polémiste. En terminant, M. Du Mortier a remercié l'assemblée en termes pénétrants de la cordiale et sympathique ovation qu'elle lui avait ménagée, tout en exprimant sa profonde gratitude à M. Morren, qui le premier en avait conçu l'idée eten avait été l’ardent promoteur.
On n'ignore pas que le jeune professeur à donné le plan de l'album remis à M. Du Mortier et dont M. H. Missair a fait une œuvre d'art réellement splendide.
La couverture de l'album, en métal repoussé, représente la déesse Flore couronnant le nom de Du Mortier. Le paysage qui forme le fond du tableau est admirablement traité. L'ensemble est d’un effet dont on
remarque tout d'abord l'harmonie générale et dont les moindres détails sont exécutés avec une rare perfection. On voit au premier plan des massifs de framboisiers et d'églantiers sauvages, de graminées et autres plantes dont M. B. Du Mortier s'est partièrement occupé. Un bouleau et un cèdre du Liban servent d'encadrement à un joli paysage; un ruisseau qui va se perdre aux dernières limites de l’horizon forme, sur le devant du tableau, un bassin couvert de plantes aquatiques. Si l’on songe aux difficultés d'obtenir tous ces effets de perspective et de dessin au moyen du repoussoir, on ne peut que rendre un légitime hommage au talent dont l’habile ciseleur a fait preuve.
Sur la plaque formant le revers de l'album se trouvent réunis les titres des nombreux ouvrages publiés par M. B. Du Mortier, de 1822 à 1872, avec cette devise :
Optimus in multos vitam tibi prorogat annos.
Et plus bas :
Vale et nos ama.
Les fermoirs émaillés en style Louis XIV et ornés des armes de la famille Du Mortier sont d'un travail exquis.
Si nous ouvrons ce riche album, nous admirons tout d’abord la page qui sert de frontispice : c'est une œuvre paléographique qui fait honneur au talent de ses auteurs, MM. Ch, Florenville et Ed. de Guaita. Le dessus, qui rappelle aussi le style Louis XIV, est conçu avec beancoup de goût et présente une grande délicatesse de touche. Viennent ensuite l’adresse des botanistes belges, calligraphiée avec une finesse admirable et dont les culs-de-lampe ont tout le fini des travaux de l'art gothique, puis les portraits des donataires revêtus de leur signature.
Sur une des pages de l’album, on lit l'inscription suivante :
BARTHOLOMEO CAROLO DU MORTIER TORNACI NATO 3 APRILIS 1797 HOC ADMIRATIONIS ET GRATITUDINIS DOCUMENTUM OBTULERUNT BOTANICI BELGICI MDCCCLXXII
Cette journée, est-il besoin de le dire, marquera une mémorable date de plus dans la carrière si féconde et si glorieuse de M. B. Du Mortier. Ceux qui ont assisté à la touchante cérémonie du Jardin Botanique se la rappelleront toujours avec émotion: c'est qu'ils de-
viennent rares les hommes qui, par leur travail, leur persévérante énergie et les patriotiques et nobles sentiments de leur âme, savent s'imposer de la sorte à l'admiration et au respect de leurs compatriotes et des savants du monde entier. Parmi ces hommes-là, M. Du Mortier occupe assurément une des premières places.
Honneur à ces hommes de science et d'étude qui savent glorifier ainsi, dans leurs devanciers et leurs maitres, les vertus, le dévouement et Le talent qui ont fait de M. Du Mortier une des grandes figures de notre pays et un des plus nobles représentants de la science !