PAR OM ORAN UCARRIÈRE
(Extrait de la Revue horticole 1871, p. 508.)
La plante dont il est ici question, l’Abricotier de Schiras (Armeniaca Schirasiaca), ne présente rien de particulier par sa végétation ; sous ce rapport, il est à peu près semblable à l’Abricotier-pêche. Comme lui, il est également très-vigoureux ; mais il en est autrement de ses fruits qui, non seulement diffèrent de l’'Abricotier-pêche, mais de toutes les formes ou variétés connues d'abricot. Il s’en distingue par sa forme allongée et atténuée au sommet, et principalement par son noyau qui, elliptique, pointu au deux bouts, rappelle celui de certaines prunes. Un autre caractère distinctif — et c'est pour nous le principal — réside dans la nature de sa chair, qui n’a presque rien de commun avec celle de tous les abricots connus. En effet, au lieu d’être sèche, plus ou moins pâteuse, peu sucrée et de laisser dans la bouche une saveur d'acreté, comme la chair des abricots, sa chair est molle, pulpeuse, mielleuse, pourrait-on dire. À ce point de vue, c'est une précieuse acquisition pour nos jardins, Il y a là un grand progres, l’'acheminement peut-être vers des formes nouvelles d'un mérite tout à fait particulier. Mais n’anticipons pas ; accueillons favorablement le nouveau venu : ille mérite. Voici l'énumération de ses principanx caractères.
Arbres vigoureux, à port et aspect à peu près semblables à ceux de
l'Abricotier commun ; il en est de même des fleurs. Fruits en forme de
cœur allongé légèrement rétréci à la base, brusquement élargi, puis
atténué au sommet qui s’arrondit en une pointe obtuse. Peau jaune
(1) Schiras ou Charaz, l’une des principales villes de la Perse, capitale du Farsistan.
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RO QUE pâle ou blanc jaunâtre, se fendant fréquemment. Chair jaunâtre, peu résistante, très-fondante, bientôt molle et comme pulpeuse, sucrée-
mielleuse ; eau abondante, légèrement et agréablement parfumée. Noyau tout à fait elliptique, atténué en pointe aux deux bouts, renflé au milieu sur les deux faces qui sont unies, emplissant complétement
la cavité nuculaire, bien qu'il se détache parfaitement de la chair.
L’Abricot de Schiras est, sans contredit, le meilleur de tous ; il est, on peut le dire, délicieux. Sa chair est tellement fondante-mielleuse, qu'elle n’a pas une très-srande consistance et qu’elle mollit promptement. Lorsqu'il sera connu, il est hors de doute qu’on lui donnera la préférence sur ‘ousles autres pour manger. Faisons toutefois observer que le fruit n’a rien qui flatte l'œil; « il ne paie pas la mine, » comme l'on dit, ce qui, joint au peu de consistance de sa chair, ne le rend pas avantageux pour le commerce, mais, en revanche, il est délicieux pour manger, et il est plus que probable qu'il fera d'excellentes confitures. C'est donc une variété essentiellement bourgeoise, dont aucun jardin ne devra être dépourvu.
Il ne faut pas confondre l’Abricotier de Schiras avec un autre dont on a fait beaucoup de bruit il y a quelques années et qu'on a fait venir de l’Asie-Mineure, de Smyrne, croyons-nous, et qui, dit-on, a les amandes douces, fait qui, après tout, n'aurait rien de surprenant, puisque ce caractère est commun à beaucoup de variétés d'Abricots.
Nous avons recu, par l'intermédiaire de la Société centrale d'horticulture de France, un pied de cet Abricotier; ses feuilles sont plus petites que celles de l’Abricotier de Schiras, et son facies général a beaucoup de rapport avec l'Abricotier Musch-Musch.
L’Abricotier de Schiras est inédit, seul en France, que nous sachions du moins, nous l'avons recu de M. Regel, directeur da Jardin botanique de St Pétersbourg, botaniste des plus distingués, aussi travailleur qu'il est savant, faisant de la science par amour, non par vanité.
Dans la crainte de perdre cette précieuse espèce, nous en avons donné des rameaux à M. Coulombier, pépiniériste à Vitry-sur-Seine, chez qui l’on pourra se la procurer.