‹ La Belgique horticole (volume 5)Chapitre 66 sur 123 · COUP D'ŒIL SUR LE JARDIN BOTANIQUE DE BREST · texte numérisé non relu

COUP D'ŒIL SUR LE JARDIN BOTANIQUE DE BREST

ET SUR LES PRINCIPALES CULTURES MARAICHÈRES DU FINISTÈRE PAR ND UE AIN.

La Bretagne est un pays bien curieux, par la multiplicité et la diversité d'une végétation particulière à des localités qui se touchent presque, et qui cependant ont chacune des produits différents. Ainsi, à Quimper, la température douce qui y règne permet de jouir d’une végétation luxuriante que l'on ne trouve guère que dans nos pays méridionaux. Plougastel est renommé par ses magnifiques Fraises qui

font, aussitôt que la saison s’adoucit, la richesse de tous ses habitants. L'espèce de Fraise qui y est cultivée est la Fraise du Chili (Fragaria chilensis), apportée à Brest, en 1712, de la Conception, par un officier du génie nommé Frézier. Pont-l'Abbé est apprécié par l'extrême bonté de ses pommes de terre, dont on voudrait voir la culture plus répandue; mais, ainsi que les Fraises de Plougastel, les Pommes de terre de Pontl’Abbé pourraient-elles, dans un autre terrain, et à des expositions différentes, être aussi bonnes et mériter d'être ainsi appréciées? Si, maintenant, remontant vers le nord de ce riche pays, nous allons à Roscoff, alors notre admiration n’a plus de limites : ces plaines si riches, d'une végétation tout exceptionnelle, nous offrent des produits impossibles à obtenir ailleurs. Il faut aller visiter cet endroit privilégié, pour être amené à admirer, sans aucune restriction, des. produits si magnifiques et si variés. Lorsque le mois de mars arrive, les habitants de Roscoïf, aidés par la situation de leurs champs, leur exposition près de la mer et par la qualité du terrain, voient, sans être obligés à un travail exceptionnel, pousser avec une abondance extraordinaire, les Choux-fleurs, les Artichauts, les Asperses, etc., qu'ils s'empressent de porter aux grandes villes, débouchés si naturels pour l'abondance et la richesse des pays producteurs. Les plus beaux Chouxfleurs coûtent 100 francs le mille. C’est à Roscoff que se trouve ce célèbre Figuier dont les branches couvrentune superficie de 484 mètres; le tronc mesure 55 centimètres de diamètre : aussi l'heureux propriétaire de cette merveille végétale a-t-il été obligé de la soutenir par des piliers de pierre au nombre de plus de trente. C'est par miliers que l’on compte les figues blanches qu'il y récolte.

Les magnifiques Araucaria qui se trouvent dans la propriété de M. de Kersozon, à Penendreff, m'ont paru tellement beaux par leur dimension et la vigueur de leur végétation, que je compte en faire le sujet d'une note spéciale.

Le jardin botanique de Brest, situé à l'hôpital maritime, est d'un hectare environ; il est divisé en trois parties. La différence du niveau du sol, qui est même assez considérable dans la partie supérieure, a été adroitement dissimulée, et M. Blanchard jardinier-chef a su mettre judicieusement à profit ces terrains si divers, quoique renfermés dans un si petit espace. Ce jardin renferme des végétaux des diverses contrées du globe. Notre célèbre chirurgien, le docteur

Rochard, en est le directeur; il se trouve parfaitement secondé par le jardinier en chef, dont le talent est à la hauteur de la mission qui lui est confiée. Les amateurs qui ont visité ce jardin, il y a quelques années, sont agréablement surpris des heureux changements qui y ont été apportés, et de la belle végétation de toutes les plantes qui réclament des soins si multiples et si incessants. M. Blanchard travaille depuis près de cinq ans à classer méthodiquement toutes ces innombrables et intéressantes plantes ; il espère prochainement en publier le volumineux catalogue. J'ai voulu, pendant mon séjour à Brest, jeter sur le papier les quelques notes que j'ai prises, afin d'engager ceux qui viendront dans cette ville à aller visiter cette curieuse et intéressante collection ; ils en sortiront, je l'espère, aussi ravis que je l’ai eté moi-même.

Je dois faire remarquer que l'hiver de cette triste année de 1870 a été, à Brest, d'une rigueur telle qu'il ne peut être comparé qu’à celui de 1830. Le thermomètre est descendu jusqu'à — 7° au jardin botanique, ce qui, dans la campagne, fait à peu près — 97.

La serre, qui n’a été entièrement terminée que cette année, est divisée en deux parties égales : l’une renferme les plantes qui n'ont besoin que d'être abritées du froid; l’autre contient les végétaux des tropiques. La longueur totale de cette serre est de 40 mètres sur 9 mètres de profondeur ; la hauteur est de 8 mètres sous le vitrage ; un vestibule, entierement pareil aux deux serres, les sépare ; il a 3 mètres de large.

Végétaux de pleine terre.

Gunnera scabra, du Chili. Un superbe exemplaire, entouré d’eau de tous côtés, a été donné en 1859 par M. Besnou, pharmacien de la marine, actuellement directeur du jardin d’Avranches (Manche). M. Blanchard à fait couper en ma présence un des fruits ou cônes, qui mesurait 1,90 de circonférence ; il pesait 11 kilogr.; quelques feuilles ont plus de 2 mètres d’étendue. Cette belle plante aquatique, qui a perdu en ce moment ses belles feuilles, n’a nullement souffert des grands froids, quoiqu'elle n'ait pas été garantie. Une remarque essentielle à faire sur la reproduction de cette plante, c’est que les graines qui tombent naturellement sur le sol sont les seules qui germent.

Aponogeton distachyum, Linn. Cette belle plante aquatique avait, en janvier, des fleurs. Il paraît que ce végétal s’est tellement acclimaté

dans une rivière des environs de Brest, propriété de M. Camescosse, qu’elle est devenne un inconvénient tel, qu’on est obligé de draguer tous les ans pour faciliter l'écoulement de l’eau.

Les E'ucalyptus Globulus d'Australie, provenant d’un semis de cette année, étaient déjà très-forts, ils avaient plus de 2 mètres ; malheureusement ils n’ont pu supporter les rigueurs d’un hiver exceptionnel. Je conseillerais de les planter plus rapprochés et en plus grand nombre, ainsi que l'essai en a été fait par M. Auzende au jardin de la ville de Toulon. |

Chameærops major, de 2",50, le stipe a 1,50; il passe parfaitement l'hiver à Brest sans couverture.

Chamaærops humilis, d'Afrique, mis en pleine terre en 1850, a aujourd'hui 1",10 de haut. Ces Palmiers fleurissent très-bien, mais ne donnent pas de graines ; cela tient, je pense au climat humide de Brest (1).

Des Chamaærops excelsa, de Chine, âgés de quatre ans et mesurant 1,50, ont supporté sans aucun abri 7 degrés de froid. Sous le climat de Paris, il faut garantir cette espèce.

Camellia japonica. Plusieurs ont été plantés par M. Laurent, jardinier-chef en 1810; les troncs de ceux que j'ai mesurés ont, près du sol, 45 à 50 centimètres ; leur belle et luxuriante verdure en février prouve qu'ils ontsupporté bravement les frimas de cet hiver. Beaucoup de ces Camellias sont de véritables arbres ; quelques-uns ont plus de 10 mètres de tour et 3 mètres de haut; ils fleurissent tous les ans et donnent des graines parfaitement mûres.

Un Yucca gloriosa, apporté de l'Amérique septentrionale en 1823, a été donné au jardin botanique par M. Rossi, capitaine de vaisseau : le tronc à 98 centimètres; la hauteur, sans comprendre les hampes, dépasse 2%,85 ; il a six belles et fortes branches qui ont en moyenne A6 centimètres chacune. Cet Yucca se trouvait, cet automne, garni de vingt-trois hampes de fleurs ayant à peu près 1 mètre. Cet Yucca unique, a bravé la neige et près de — 7 degrés, sans en avoir nullement souffert. k

Bambusa stricta, de l'Himalaya, obtenu de semis, dépasse déjà un mètre de haut, et a résisté très-bien aux grands froid.

(1) Les petits Palmiers d'Afrique ont eu le cœur gelé pendant l’hiver 1870-71. (Leitre de M. Blanchard.)

Bambusa gracilis a, sous ce climat, l'inconvénient de geler, mais repousse facilement du pied et atteint dans l’année plus de 3 mètres.

Bambusa viridi-glaucescens a quelque rapport avec le Bambusa mitis, mais les feuilles sont moins larges et moins longues. Cette espèce vient admirablement et atteint 4 mètres de haut.

Bambusa Quilioi, petite espèce qui atteint un mètre.

Bambusa nigra, aurea, violascens. Tous ces Bambous plantés en pleine terre depuis trois ans, paraissent s’acclimater parfaitement à Brest; ils atteignent 2°,50 de hauteur ; ils seront surtout utiles pour tenir les terres le long des courants d’eau. Ces plantes traçcant énormément, il est facheux que les propriétaires ne s'en occupent pas plus, car non-seulement ce sont de jolies plantes d'ornement, mais elles pourraient devenir très-utiles pour former des brise-vent et des abris.

Aralia trifolia, quoique en pleine terre, a résisté aux froids, sans

PTADEL.

E'ugenia apiculata, Nouvelle-Hollande. Fleurs blanches au printemps et à l'automne; est garni de jolis petits fruits noirs. Est resté sans abri, ainsi que l'Æwgenia Ugni du Chili.

Phormium tenax, ou Lin de la Nouvelle-Zélande. Nous avons remarqué, entre autres plantes qui passent l'hiver dehors, le Phormium tenaz, qui forme des touffes magnifiques et fleurit quelquefois. Ce qui a attiré notre attention sur cette plante, c'est un pied cultivé dans un bassin, absolument comme on cultiverait un Nénuphar ; cette plante n'est cependant pas aquatique. Un des motifs de sa belle prospérité, c'est qu'elle à été cultivée auparavant dans une caisse étroite jusqu'à ce que les racines en aient parfaitement tapissé les parois; ensuite elle à été submergée, et depuis dix ans ce PAormium y végète parfaitement. On devrait tenter cet essai dans les eaux vives, et qui ne gelent pas, des environs de Paris. Au mois de janvier, l’eau du bassin où était ce Lin était gelée à plus de 15 degrés.

Le Convoloulus Cneorum, le C. mauritanicus, le Veronica salicifolia, se ressèment aussi d'eux-mêmes dans les rochers, L’Aralia papyrifera gèle souvent, mais il repousse du pied; l’Aralia WSieboldii ne gèle jamais. Le Muellenbeckia nummularia passe aussi très-bien l'hiver. Parmi les Myrtacées, celles qui ont passé l'hiver à Brest sont les Bucalyptus resinifera et viminalis, Melaleuca thymifolia, Callistemon Specioswm et rigidum, Leptospermum lanigerum, Beckea virgatla et Metrosideros viridiflora.

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Parmi les Légumineuses, il faut remarquer le WMedicago arborea,

V'Anagyris fœtida, le Psoralea glandulosa, Y Edwardsia chilensis, ete.

Un essai a été fait sur quelques arbres fruitiers des pays méridio- | naux ; voici à peu près les résultats :

L'Friobotrya vit très-bien en pleine terre, fleurit bien, mais il ne donne pas de fruits. L’Olivier pousse également bien, mais ne fleurit pas. Le Caroubier gèle; le Diospyros Kaki du Japon supporte aussi très bien l'hiver, et n’a pas encore fleuri. L’Oranger et le Citronnier gelent à 4 degrés. L’Æovenia dulcis pousse très-bien, mais tardivement, de sorte que les pousses ne s’aoûtent pas ; il gèle facilement.

Le Pistachier est dans le même cas. Le Jujubier vient assez diffcilement, ceci tient à l'humidité du climat; il fleurit très-bien, maïs ne fructifie pas. Le Câprier pousse maigrement; il fleurit cependant. Le Grenadier donne des fleurs, sans fructifier non plus; cependant quelques-uns,qui se trouvent dans l’intérieur de la ville, à l'abri, fructifient mais mürissent difficilement. Le Figuier blanc pousse très-bien, et les figues arrivent à maturité; le Figuier rouge ne produit pas, parce que les boutons poussent trop tôt et sèlent ; les deuxièmes se nouent, mais elles gélent avant de mûrir. L’Abricotier, l’Amandier, fleurissent trop tôt et ne produisent pas non plus; quant à la Vigne, le raisin vient trop tard en pleine terre : dans les années ordinaires, il ne mürit pas ; il lui faut la serre. |

ANANAS PORTEANA Horn.

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