FOUGÈRE MONSTRUEUSE D’AUSTRALIE
Figurée Planche XXI.
Classe des Fougères. — Famille des Osmondées.
Todea (Wildenow) (Æntodeue) Frondes coriaceae, venae furcatae, venulae liberae: frondes fertiles subcontractae; sori nudi, in venularum partem inferiorem inserti. Osmundae affinis; Polypodiacearum habitus. — Nova- Zelandia, Australia, Bonae spei promontorium, Nova Caledonia.
Todea barbara: caudice subarborescente, crassissimo, multifido, fronde lanceolata pinnata v. 2-bipinnata, pinnis coriaceis glabris v. subtus pilosulis erecto-patentibus, pinnulis approximatis lineari-oblongis acutis crenatodentatis v. lobulatis superioribus confluentibus, soris densis globosis. MOORE
Ind. Fi.; Hook. ef Barker Synops. Fil., 427. Bot. Mag. 5954.
SynON.: Filix africana ec. Pluk. Almag., p. 156, t. 181, f.5.; Acrostichum barbarum Linn.; Osmunda barbara 7hunb. ; Osmunda barbata PBromn (sphalm. !); Todea rivularis Sseber ; Todea africana W47/d. ef auct. plurim.
On à pu voir depuis quelques années chez nos grands horticulteurs, ou dans quelques riches jardins d'hiver, cette fougère étrange dont les formes épaisses et monstrueuses font penser aux Hippopotames, aux Rhinocéros, aux Eléphants et même aux Mégathériums et aux Paloeothériums des époques préhistoriques. Sa souche est épaisse, d'un brun sombre, ondulée en replis tortueux et semble formée de gros crins enchevétrés : elle pose sur le sol par une large assise et pèse quelquefois plus de mille livres. Le spécimen que nous représentons 1ci, d'après une photographie, est le plus fort qui soit en Europe ; il se trouve dans le magnifique jardin d'hiver de notre ami M. John Booth, à Flottheck, pres de Hambourg, qui l’a reçu, comme tous ceux qui ont été introduits, du célèbre botaniste de Melbourne, le commandeur baron Ferdinand von Mueller. Au moment où il est arrivé, en juin 1871, et quand il a été débarrassé de la sciure de bois dans laquelle il avait été emballé, il pesait treize cents livres. Il mesurait 2",50 de longueur horizontale, 12,76 de hauteur et 1 mètre d'épaisseur.
Comme l’'Hydre de la Fable, le Todea est polycéphale. En effet, au-dessus de son épaisse toison de racines se montrent une foule de gros bourgeons. On en compte 28 sur le spécimen de M. Booth et,
dès l’année dernière, ils avaient déjà donné 93 frondes. En même temps
que ce feuillage se développe, les racines aériennes entrent en activité. M Les frondes, de texture assez coriace, sont d’abord d’un vert tendre | et plus tard sombres et luisantes; la base de leur rachis est rouge brun, moucheté de blanc. Les fructifications (sores) se montrent seulement sur les premières pennes. Nous avons figuré les principaux détails de structure.
Plukenet, qui publiait sa PAylographia en 1691, connaissait déjà cette plante qui lui avait été envoyée, dit-il, par son ami Patrik Adair et quil nomme la Fougère d'Afrique ou de Monomotapa. Linné l’a décrite sous le nom d’Acrostichum barbarum : on l’a trouvée dans l'Afrique méridionale, mais pas en Barbarie. D'ailleurs on na jamais signalé en Afrique ses dimensions et son apparence extraordinaires.
C'est en Tasmanie et surtout en Australie qu’elle s'est présentée avec toute son étrange splendeur. M. Ferd. von Muller l’a rencontrée au fond des gorges les plus sombres des Alpes Australiennes : là, sa souche devient gigantesque et ses frondes luxuriantes : elle croit dans les ravins, où l'eau des torrents la baigne souvent et la recouvre parfois tout entière : le sol est formé de limon et de sable.
Cette végétation est vraiment semblable à celle de notre Fougère royale, Osmunda regalis, dont le Todea barbara se rapproche tellement, que plusieurs auteurs, Thunberg, R. Brown etc. l'avaient placé dans le même genre. On l'a rencontre en effet près des ruisseaux à l’eau vive et claire, parmi les aulnes et formant à la longue, quand par hasard 4 elle peut échapper aux regard des herboristes et autre gent dévastatrice, des souches épaisses et solides surmontées de frondes hautes de bientôt deux mètres. Nous en avons vu plus grosses que la tête : le sol est argilo-sableux et le terreau de feuilles ne manque pas dans le voisinage.
Si l’on veut voir prospérer le T'odea barbara, il faut tenir compte
de ces indications et de ces analogies : c'est d’ailleurs ce qu'a fait faire le savant directeur de Kew. La plante doit être posée Ÿ
sur un fond d'argile, de sable et de pierres, dans un bassin plat et le È
pied baigné par de l’eau vive; elle doit être en partie encastrée 4 dans une rocaille et il faut favoriser sur sa souche le développement 4 de sélaginelles et de quelques petites fougères. Bientôt tout cela, à
Todea, rochers, terres, pierres et sélaginelles, tout cela ne fait plus qu'un et la plante croit à merveille dans une température assez basse, pourvu que la lumière soit douce et l'atmosphère tranquille.
Le Todea barbara n'a certainement pas la grace élancée et svelte des Fougères arborescentes : son allure est bien différente et pour cette raison même elle fera parmi elles le plus heureux effet. On connait les espèces le plus généralement cultivées dans les jardins d'hiver. Ce sont les Cyathea dealbata, C. medullaris et Dicksonia squarrosa de la Nouvelle-Zélande, Dicksonia antarctica d'Autralie et Asophila capensis de l'Afrique méridionale. On recommande pour elles un sol argileux et de la terre de bruyère tourbeuse. On peut en été les placer quelque part dans le parc ou dans un bosquet, près d'un ruisseau, au fond d'une allée fraiche, ombragée et tranquille. Nous ne parlons pas des Cyathea arborea (Indes occidentales), excelsa (Iles Maurice), princeps (Mexique), Cübotium Schiedei (Mexique), qui sont de serre chaude.
BULLETIN DES NOUVELLES ET DE LA BIBLIOGRAPHIE
Exposition et Congrès à Florence en 1874. — La Société toscane d'horticulture, que préside le savant professeur Parlatore, a pris l’initiative d'organiser à Florence en 1874 une exposition internationale d'horticulture et un congrès de botanique, en un mot, de provoquer une réunion analogue à celles qui ont eu lieu successivement à Bruxelles, à Amsterdam, à Londres, à Paris et à St-Pétersbourg.
Le programme du congrès sera publié ultérieurement, mais dès à
présent l'Italie a voulu prendre date.
Les Pélargoniums à fleurs doubles de M. J. Sisley, que M. Alegatière de Lyon a mis dans le commerce au printemps de cette année ont fleuri sous nos yeux. Ce sont : Charles Darwin, François Arlès- Dufour, Emilio Castelar, Rose pur et Deuil de Strasbourg. Ces variétés sont incontestablement remarquables ; les bouquets sont bien conformés et les fleurs bien faites. Les trois premières se distinguent surtout par leur coloris qu'on peut appeler groseille. Chez Charles