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RAPPORT DE M. LE D' HOOKER

Le nombre de visiteurs des Jardins royaux pendant l’année 1871, s'est élevé à 577,084. En 1870, il était de 586,835 ; en 1869 de 630,534 et en 1868 de 502,369.

À plusieurs reprises déjà, des directeurs de Jardins botanique ou d'établissements horticoles m'ont demandé des renseignements sur les différentes catégories de visiteurs qui fréquentent nos jardins de Kew, renseigrements concernant le but que ces visiteurs ont en vue et la conduite qui les caractérise. Comme le présent rapport m'offre une excellente occasion de satisfaire leur légitime curiosité, je m'empresse d'en profiter pour leur offrir le résultat de mes observations à ce sujet.

En se plaçant à un point de vue général, on peut répartir les visiteurs dans les différentes catégories qui suivent :

1. La plus nombreuse de ces catégories comprend les personnes à qui notre établissement procure à la fois instruction et délassement. Outre le plaisir qu'elles éprouvent à admirer les plantes rares et curieuses de nos jardins et de nos serres, elles trouvent à augmenter la somme de leurs connaissances autrement que par les ouvrages de botanique qu’elles peuvent avoir entre les mains.

2. On peut ranger dans la seconde catégorie les personnes des classes moyennes et inférieures de la société, qui visitent les serres et les musées en quête de quelque renseignement général ou spécial, de nature à les intéresser tout particulièrement. Citons surtout dans cette catégorie les mécaniciens et d’autres artisans qui accompagnés de leurs familles, encombrent littéralement nos musées à certains jours de l’année. Il faut y ajouter les instituteurs avec leurs élèves et les étudiants. Ceux-ci se portent de préférence aux collections de plantes disposées suivant leurs affinités naturelles et à la serre des Palmiers. Ÿ

3. Horticulteurs ou amateurs de Fougères, Orchidées, Cactées, etc., venant dans le double but de constater les plantes qui manquent encore à leurs collections, et d'apprendre les noms de celles qu'ils

possèdent déjà, après les avoir identifiées avec les spécimens de nos jardins.

4. Catégorie très-importante, renfermant des colons qui ne séjournent que temporairement en Angleterre. Le nombre de ces personnes s'accroît d'année en année. De tous les visiteurs, ce sont ceux qui apprécient le plus notre jardin et en même temps ceux dont le commerce est le plus agréable. On peut attribuer partiellement ces résultats à la grande extension qu'ont prise les établissements horticoles de nos colonies, mais leur explication principale réside dans cette satisfaction intime que ressent un colon à montrer à ses amis les plantes caractéristiques de la contrée nouvelle qu'il habite.

5. Visiteurs ne venant à Kew que pour y chercher distraction et amusement. Un certain nombre de ces visiteurs, méconnaissant le but et l’utilité de nos jardins, se livrent à des courses et à des jeux qui, s'ils étaient tolérés, ne tarderaient pas à incommoder le public tranquille et à endommager nos plantes et nos parterres. Le nombre de ces dernières personnes, tend, heureusement, à diminuer chaque année.

6. Catégorie moins importante que les précédentes sous le rapport du nombre de personnes qui la composent, mais non du talent et des capacités que ces personnes représentent. J'y rangerai les visiteurs qui fréquentent nos jardins pour des motifs purement scientifiques et tout à fait en rapport avec la destination de l'établissement. Tels sont ceux qui s'occupent spécialement d'études botaniques, d’arboriculture, de l’art des jardins, etc. Il faut y comprendre les horticulteurs instruits, les pépiniéristes, les forestiers, les éleveurs de Coton, Thé, Canne à sucre, Cacao et autres produits coloniaux ou étrangers à nos contrées, les pharmaciens, etc. Ces derniers fréquentent d'ordinaires les serres et les musées.

7. L'herbier est le rendez-vous habituel des botanistes et des savants. Parmi ces derniers, ceux dont le nom est le plus connu figurent à la fin du présent rapport avec l'énumération des principaux travaux auxquels ils se sont livrés dans le courant de l’année. Sous ce rapport les faits m'autorisent à affirmer que pendant les vingt dernières années aucune institution analogue à celle de Kew n'a rendu plus de services aux sciences botaniques que le nôtre.

Les Samedi, Dimanche et Lundi les visiteurs sont de beaucoup

plus nombreux que pendant le reste de la semaine et chacun de ces jours est caractérisé par une catégorie spéciale de personnes.

Le samedi après-midi, si le temps est favorable, les environs du jardin sont encombrés de véhicules appartenant aux classes élevées de la société, qui trouvent ainsi à utiliser d'une manière agréable le seul demi jour de vacances qu’elles aient par semaine. Le dimanche, c’est la classe commercante qui se trouve en majorité; les voitures particulières cèdent alors généralement la place aux omnibus. C’est aussi le jour qui voit affluer à Kew les étrangers qu’une exposition ou tel autre évé-

nement remarquable attire à Londres de temps à autre. Cette affluence

fut tellement considérable pendant les deux années que dura notre grande exposition internationale, qu'un Anglais, visitant les jardins royaux à cette époque, aurait pu s'imaginer avoir subitement quitté sa patrie pour un pays étranger.

Le lundi est le jour de la classe ouvrière. On voit arriver alors des groupes de centaines de personnes à la fois, appartenant à des sociétés philantropiques, des corporations, etc. C’est peut-être le jour qui nous amène le plus grand nombre de visiteurs.

La conduite de ces diverses catégories de visiteurs est convenable, en général, et je dois dire que les règlements tendent chaque année à être mieux observés par le public. Il ne s’est élevé de plaintes sérieuses qu’à l’occasion de la visite de grandes bandes de jeunes filles appartenant à des manufactures importantes des environs de Londres, ou de déprédations commises par des dénicheurs d’oiseau.

Les contraventions aux règlements ne sont le fait d'aucune des catégories précitées, prises en particulier. À chacune d'entre elles on peut reprocher quelqu'acte malveillant, tel que vol de fleurs et de plantes, mépris des injonctions recues, grossièreté à l'égard de la police et des employés, dégats causés aux arbres, bancs, berceaux, etc.

Un grand nombre de personnes qui passent généralement pour n'avoir que peu de respect à l’egard des règlements, une fois introduites dans nos jardins de Kew, y observent cependant une attitude irréprochable. J'attribue ce résultat bien moins aux moyens de répression en usage à Kew qu’à l'impression produite sur ces personnes au moment de leur entrée dans l'établissement. C’est que, dès les premiers pas, elles s’apercoivent des efforts déployés par la direction pour faire concorder partout l'ordre, l'intérêt, l'instruction et la science. Chaque

année on me signale des bandes considérables de visiteurs bruyants et mal élevés, arrivant des quartiers de l'Est et du Sud de Londres, dans des intentions peu louables, assurément, mais qui, après avoir franchi les portes des jardins, prennent spontanément une attitude toute différente et sont signalés par la police comme pouvant servir de modèles à certains visiteurs des classes élevées de la société.

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