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OBSERVATIONS SUR LES GREFFE

PAR M. LE D' GOEPPERT,

Directeur du Jardin botanique de PBreslau.

La science et la pratique sont d'accord pour recommander dans le greffage et l’oculation la juxtaposition la plus intime entre les différentes parties de la greffe avec celles du sujet, afin de provoquer une soudure rapide de ces éléments constitutifs. Il n'existe malheureusement pas encore d'explication bien claire des phénomènes qui ont lieu dans l’accomplissement de cette soudure, quoique ce soit là un point digne de fixer à tous égards l'attention des physiologistes. M. Goeppert s’est livré à de nombreuses expériences à l'effet d'élucider quelque peu une question d'intérêt aussi capital(l), et voici le résumé des principaux résultats de ses observations :

Lorsque les opérations de l’oculation ou du greffage ont eu lieu suivant les règles généralement usitées, on voit se développer sur la surface verticale de contact du sujet, un tissu parenchymateux partant des rayons médullaires pour aller s'unir au tissu parenchymateux du greffon (2). Cette union est tellement intime dans une opération bien réussie qu'elle ne saurait se découvrir à l'œil non armé du microscope. L'opération n'est-elle que partiellement réussie, le tissu parenchymateux ou Zissw cicatriciel, comme l'appelle M. Goeppert, se dessèche, en peu de mois souvent, brunit, mais persiste cependant de façon à pouvoir être reconnu dans des troncs déjà d’un certain âge. En même temps que le tissu cicatriciel s’est développé, les couches de cellules cambiales du greffon et du sujet se sont mises en rapport intime ; une soudure s'établit, et avec une telle perfection, qu'une section longitudi-

(1) Schlessische Gesellschaft für vaderlandsche Cultur.

(2) On peut tirer de ce fait une conclusion importante pour la pratique. Il faut, autant que possible, éviter tout attouchement des surfaces destinées à être mises en contact, car le plus léger froissemeñt des cellules délicates qui terminent les rayons médullaires pourrait compromettre la formation du tissu parenchymateux cicatriciel.

nale seule permet de reconnaître la limite des deux tissus, au trajet légèrement ondulé des fibres ligneuses et à leur déviation vers l'interieur. Les couches ligneuses avoisinantes présententle même caractère et comme les rayons médullaires sont aussi déviés de leur direction normale, on voit s'établir à la longue une limite reconnaissable à l'œil nu, limite que M. Goeppert appelle ligne de démarcation. I1 faut dis-

tinguer la ligne de démarcation interne, qui est celle que nous venons

de caractériser, et la ligne de démarcation externe. Celle-ci, située à.

la périphérie, correspond parfaitement à la première et se distingue dès l’abord à la différence qui existe entre les écorces de la greffe et du sauvageon. Tout développement qui s'effectue au dessus de la ligne de démarcation appartient en propre au greffon : tout développement qui s'effectue en dessous appartient au sujet. Le greffon poursuit son évolution de lui-même, sans que le sujet vienne modifier, au moins d'une manière essentielle, les caractères spécifiques de ses feuilles, fleurs et fruits. Le sujet, à qui l'absence de feuillage ne permet pas d'élaborer les sucs puisés dans le sol par ses racines, transmet ces sucs au greffon. Grâce aux organes de végétation qu'il possède, ce dernier élabore les produits encore grossiers qu'il a reçus, les transforme en matières assimilables, qu’une suite de causes naturelles fait redescendre vers la ligne de démarcation pour passer de là dans le tronc de la nourrice. Mais chose extraordinaire, à peine la ligne de démarcation, cette limite presque idéale, a-t-elle été franchie, que les matériaux élaborés acquièrent aussitôt l'étrange propriété de reproduire les particularités caractéristiques du sujet. En effet, si l'on permet à ce dernier de pousser feuilles, fleurs et fruits, ces organes seront en tout semblables à ceux qu'il aurait produits avant l'opération de la greffe.

Il faut donc admettre que ces quelques plans de cellules, compris sous le nom de ligne de démarcation, possèdent la faculté de maintenir nettement séparés l’un de l'autre, au moins dans leurs caractères essentiels, deux types d'organisation distincts que les lois ordinaires de la nature, spécialement celles qui régissent les fonctions de nutrition, semblaient au premier abord devoir fusionner le plus complète-

ment possible. Du reste cette tendance à une indépendance réciproque .

manifestée par les deux individualités que la greffe a mis en présence, se dévoile sous d’autres rapports encore. Tel est l'exemple si fréquent

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d'une différence de diamètre entre les troncs du sauvageon et de la greffe, le diamètre le plus considérable se trouvant tantôt au dessus tantôt au dessous de la ligne de démarcation.

On doit à la vérité de dire que la règle d'indépendance réciproque entre le sujet et la greffe n'est pas sans avoir présenté des exceptions assez nombreuses et, de fait, assez embarrassantes. Citons entre autres le fait, déjà plusieurs fois observé depuis 1700, de la production accidentelle par le sujet de feuilles panachées, alors que le greffon possédait un feuillage de cette nature (Greffes de Jasmin, Frêne, etc.) Citons encore l'apparition subite, sur le tronc du sujet, de feuilles panachées, quels que soient d’ailleurs l’âge et la nature des deux végétaux greffés. On peut cependant, dans beaucoup de cas, considérer ce dernier phénomène comme un simple accident pathologique et, à défaut d'expériences plus décisives, il est préférable de regarder comme rigoureux le principe du développement indépendant de la nourrice et du greffon.

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