PRODUCTION PATHOLOGIQUE DE LA GOMME PAR LES ARBRES FRUITIERS
MÉMOIRE LU PAR M. Éd. PrILLIEUX,
à r Académie des Sciences de Paris, le 27 avril 1874.
La production de la gomme par les arbres fruitiers oépénssautB est un phénomène trop répandu, et qui parait exercer sur la vie des arbres une trop funeste influence, pour n'avoir pas attiré depuis longtemps Tattention des horticulteurs et des naturalistes ; mais il a été apprécié de façon fort différente.
Du Hamel du Monceau admettait que la gomme cause, en s'introduisant dans les vaisseaux, des obstructions dangereuses pour la vie des arbres. Mejen soutint, au contraire, que Técoulement de la gomme n*est pas une maladie, qu'il n'est qu'un symptôme de maladie, qui indique seulement un arrêt dans le cours et remploi du suc nutritif.
Plusieurs savants éminents ont émis depuis des opinions analogues. La croyance à Tinnocuité de Fécoulement de la gomme a été admise par des observateurs qui ont, du reste, professé des vues diiTérentas touchant le mode de production de cette matière, et inversement, d'autres auteurs, tels que MM. Wigand et Frank, par exemple, qui sont presque entièrement d'accord en ce qui touohe la formation de la gomme, se sont séparés l'un de l'autre, en ce que le premier regarde la production de cette substance comme ne pouvant guère exercer d'action nuisible sur la vie de l'arbre, tandis que le second pense qu'elle lui cause un tort véritable.
L'étude que j'ai faite, dans un précédent Mémoire(l), des phénomènes qui accompagnent la formation de la gomme dans les tissus, me permettra de décider aujourdliui entre ces diverses opinions, et d'établir que l'écoulement de la gomme constitue une véritable maladie que je désignerai ici sous le nom de gommose.
(1) Étude sur la formation de la gomme dans les ai^bres ft*aitiers ; CemptetrendWf 12janv. L874, p. 135.
Quand lagommose se déclare^ la gomme apparaît dans des lacunes qui se creusent dans la zone cambiale, au milieu des jeunes tissus; cette apparition de la gomme est accompagnée de la formation de cellules particulières, qui remplacent les ûbres ligneuses au voisinage de« points où se montrent les lacunes à gomme. Ces cellules, qui ont une structure analogue à celles des cellules des rayons médullaires, se remplissent comme elles de fécule. Elles entourent les lacunes par tous les côtés où celles-ci ne touchent pas aux rayons médullaires.
Cette production toute spéciale d*un parenchyme féculent, qui manque absolument dans la plante saine, peut être considérée comme constituant une première phase éminemment active de la maladie. Il j a là une véritable ncophasie pathologique : un tissu morbide nouveau est produit par une transformation spéciale des éléments constitutifs du tissu normal.
Que se passe-t-il ensuite ? D'une part, une exsudation de gomme à l'intérieur des vaisseaux, et parfois des fibres ; d'autre part, apparition de la gomme, d'abord entre les cellules par suite probablement d'une dégénérescence gommeuse de la matière intercellulaire, puis dans Tintérieur même de la paroi cellulaire dont les couches se séparent en feuillets distendus par la gomme.
Dans ce cas encore, il est possible que la paroi cellulaire subisse une dégénérescence gommeuse partielle.
Quoi qu'il en soit, le contact de la gomme ainsi produite exerce sur les tissus voisins une inâ:uence notable. Bien que subissant déjà la dégénérescence gommeuse, ils manifestent cependant encore une grande activité formatrice ; les cellules grandissent et se multiplient d'une façon extraordinaire sur le bord de la lacune. Il s'y fait un travail organique tout à fait analogue à celui qu'a si bien décrit M. Trécul dans la formation des bourrelets au bord des plaies tenues à Tabri du dessèchement. La vitalité des cellules existe donc encore là à un trèshaut degré.
Si ensuite les cellules voisines du foyer de production de gomme abandonnent la fécule qu'elles contenaient, si elles-mêmes se désorga*nisent, s'exfolient et se transforment aussi en partie en gomme, on n*en doit pas moins reconnaître, dans la production de la gomme, toute autre chose qu'un phénomène purement passif et indifférent comme un mode particulier de désorganisation d'un tissu mort. C'est une véri-
table maladie qni présente des caractères particuliers et dana laquelle nous voyons Tactivité TÎiale, détournée de sa direction régulière, te manifester encore énergiquement avant de s*épuiser.
Uétude des modifications qui se produisent dans les tissus où apparaît la gomme permet même de distinguer le caractère dominant de la maladie et de voir comment, sous son influence, les fonctions normales sont détournées de leur destination ordinaire. Les sabstanoes alimentaires, mises en réserve dans les profondeurs des tissusj au lien de servir à la croissance de la plante, sont employées pour la production de la gomme, et une partie va s^amasser, en attendant Tinstant de sa transformation, autour des foyers gommeux qui paraissent agir sur Torganisme comme des centres d'irritation.
On pourrait comparer assez exactement, ce me semble, ce qui se passe dans la formation des foyers de production de gomme aux effets que produit la piqûre d*un insecte et le dépôt d'un de ses œufs an milieu des tissus d*une plante. Là où, sous Tinfluence de cette irritation spéciale, une galle se forme, les tissus se modifient dans leur organisation, revêtent un aspect tout particulier, et les cellules nouvelles qui se produisent emmagasinent dans leur intérieur des amas de substances alimentaires et, en particulier, de fécale. Ces dépôts de matières nutritives sont destinés, non plus aux besoins de la plante elle-même, mais au développement du petit être parasite qui ra naître aux dépens des matériaux que les fonctions vitales, profondément perverties par cette singulière maladie, ont obligés à affluer et à s*emmagasiner à sa portée. Il n'en est guère autrement pour la fo^ mation du parencbyme ligneux dans les points où vont naître les lacunes et la mise en réserve, dans son intérieur, des éléments destinés à être employés pour la production de la gomme. Ces phénomènes paraissent dépendre de Tactivité maladive des foyers gomroeux, comme le développement de la galle dépend du dépôt de Tœuf do parasite. Seulement la cause de Tirritation maladive de certains points destinés à devenir des foyers actifs de production de gomme, n'est pas saisissable comme la blessure empoisonnée et le dépôt de l'œuf, qui déterminent la production de la galle.
Si la cause de la gommose demeure encore fort obscure^ les effets en sont maintenant bien connus, et quand on voit le parenchyme ligneux communiquer avec les rayons médullaires, qui sont répandus
dans toute 1 etendae du végétal et constituent le magasin général où sont mises en réserve les matières destinées à servir à Taccroissement de Tarbre et à toutes les formations nouvelles, ou comprend comment la production de la gomme, qui se fait aux dépens de ces réserves, n'a d'autre limite que rentier épuisement du végétal.
Parmi les moyens curatifs proposés pour la guérison de la gommose, il en est un qui a produit à ma connaissance de très-bons résultats : c'est la scarification de Técorce. J'ai vu des arbres fortement atteints par la maladie, et ne poussant plus que de petits rameaux faibles etchétifs, se rétablira la suite d'incisions longitudinales faites sur les branches, et produire de nouveau des pousses vigoureuses.
Les heureux résultats obtenus de cette pratique peuvent s'expliquer aisément. La gomraose consiste en une transformation en gomme, substance inutile à l'économie, des éléments nécessaires à la formation de nouveaux tissus : guérir cette maladie, c'est faire en sorte que ces matériaux soient rendus à leur destination primitive et normale. Pour j parvenir il faut obtenir un appel plus puissant que celui qu'exercent les foyers gommeux sur les matériaux de l'organisme : c'est ce que fait énergiquement et utilement la scarification. Les plaies vives nécessitent cette excitation qui est très-active; les matières en réserve sont employées à la formation de cellules nouvelles ; elles cessent d'être entraînées vers les foyers gommeux et l'activité vitale tend à reprendre son cours régulier.
La scarification agit, en somme, comme puissant dérivatif.
NoTB DB LA REDACTION. — En Allema^e, le D' P. Sorauer était déjà arrivé aux mêmes résultats en étudiant la gommose des arbres fruitiers; il a constaté que cette maladie consiste dans la transformation en gomme des couches secondaires des membranes cellulaire et vasculaire : en outre, la sève peut se convertir en gomme : souvent il se forme un tissu cellulaire anormal qui se gommifie rapidement: du bois sain s'organise entre les parties atteintes: l'écorce se fend spontanément et cette manifestation natureRe Jostifie la pratique d'inciser l'écorce.
RAPPORT SUR LES IRRIGATIONS DE LA CAMPIlïE BELGE.
PAR M. J. ESBLHOFF,
iiredeur du service des d^riehements de la Campine.
Ce document, adressé à M. le Ministre de l'Intérieur et tnséré dans le Bulletin du Conseil supérieur d* agriculture^ tome XXYI, nous a paru intéressant et instructif.
Le produit des irrigations a été très-satisfaisant ; celui de la première coupe environ 4,321,700 kilogr. ; et de la deaxième de 2,317,300 kilogr., soit approximativement 18 p. c. de plus que Tannée précédente, et les récoltes seraient plus considérables encore si tons les prés étaient rationnellement exploités, mais il n'en est pas ainsi. Plusieurs laissent à désirer tant sous le nqiport de Tarrosage que aoos celui de l'application des fumures.
L'assainissement de plusieurs irrigations, de même que rarrosags
régulier ne se font pas convenablement. Les rigoles d'égouttement et d'écoulement n'ont pas la profondeur voulue, tandis que le contraire se remarque pour celles de déversement ; double défaut qui neotralise en grande partie les bons effets de Tarrosage et donne lien à des pertes d'eau. Comparée à la situation d'il j a dix années, il y a amélio* ration sous ce rapport. Certains propriétaires font l'entretien de leurs prés fort convenablement et ont toujours des produits remarquables, mais c'est le petit nombre. Les autres paraissent ne pas pouvoir se rendre compte de rinfluence salutaire qu'exercent sur la végétation les soins journaliers donnés à une irrigation, pour en assurer l'assainissement énergique et l'arrosage régulier. Depuis quelques années, je remarque même, qu'à quelques exceptions près, il n'j a aucun progrès sous ce rapport, et je Tattribue à ce que, pour ne pas froisser l'amour-proprc, d'après moi mal entendu, de certains propriétaires, l'administration ne constate plus la situation détaillée de chaque prairie. Cette réserve me paraît excessive, et je me propose de rédiger mon prochain rapport en j signalant, pour chaque irrigation, les défauts que j'y rencontrerai et les mesures à prendre pour les faire disparaître. Ce sera un travail fastidieux, mais fort utile. Tous
les intéressés, aaxquels il faudra communiquer un exemplaire du Balletin du Conseil supérieur d'agriculture, y trouveront les ren* seîgnemenis nécessaires pour mettre leurs prairies en parfait étati dé façon à tirer tout le parti possible de Teau mise à leur di^osition. ^exploitation des prairies au point de vue des engrais traverse actuellement une espèce de crise. Pendant nombre d*années on ti*a fait usage que de guano du Pérou, mais outre que cet engrais n*a plus la même valeur fertilisante que jadis, son prix a augmenté d'année en année et est devenu tellement élevé, que les résultats qu'on en obtient ne sont plus en rapport arec les dépenses auxquelles son emploi donne lieu. D'autre part, les engrais de haut titrage qu'on trouve dans le commerce sont également fort chers et les propriétaires qui, en gêné* rai* ne font pas d'expériences ou les font sans méthode, ne sachant se former une idée exacte sur la valeur relative des engrais, hésitent, et, dans la crainte de faire une dépense inutile, réduisent lés doses ou même ne donnent aucune fumure à leurs prairies. Cet état de choses est fâcheux, mais j ai lieu de croire qn^il ne durera plus longtemps. — Quelques propriétaires se livrent à des expériences dont j'aurai soin de signaler les résultats, afin de faire connaître à tous, les engitisà mettre en œuvre pour obtenir des produits rémunérateurs.
Depuis deux années M. le général Leclercq et M. Tsequenier ont fait usage des engrais que j'emploie avec plein succès et qui ont fait l'objet d'une série d'expériences indiquées dans mon rapport de 1870. En 1871, M. Leclercq les a appliqués à une surface de 10 hectares de ses irrigations. Les résultats obtenus ayant été supérieurs à ceux donnés par le guano pour une même dépense, il en étend l'usage cette année à une surface de 20 hectares ; M. Tacquenier a été tellement satisfait de son premier essai que cette année il a complètement abandonné l'emploi du guano. Ces expériences très-utiles en elles-mêmes laissent cependant à désirer. Le pesage des récoltes dues aux difféfents engrais employés ne se fait pas avec assez d'exactitude ; c'est à vue d'œil qu'on les apprécie et par le nombre de charrettes dé foin enleyées des parcelles soumises aux expériences. Ces procédés sommaires suffisent à ces Messieurs pour se guider, mais ne présentent pas l'exactitude rigoureuse exigée pour déduire d'une expérience toutes ses conséquences.
Enfin, M. De Walque, professeur de chimie industrielle à l'Université
de Louvain, a comniencé cette année des expériences comparatives dans les irrigations de M*^ Houbotte, sa belle-mère. Elles seront iSûtes avec tons les soins possibles et continuées pendant quelques années, afin de pouvoir en déduire avec toute la certitude voulue la composition de la fumure la plus avantageuse à emplojer. M. De Walque m*a indiqué les opérations qu'il a entreprises et a bien voulu me promettre de me oommuniquer les résultats qu'il obtiendra et que j*aurai soin de signaler en temps opportun.
En ce qui me concerne, j*ai continué les expériences commencées en 1867 et les résultats confirment ceux que j'ai obtenus antérieurement. En 1872, j'ai fumé la moitié de mes irrigations avec un mélange de 200 kilogr. de sulfate d'ammoniaque et d'autant de superphosphate de chaux par hectare. Sur 20 hectares j*ai employé 100 kilogr. de sulfate d'ammoniaque, 300 kilogr. de superphosphate de chaux et 200 kilogr. de sulfate de chaux, et enfin 5 hectares ont reçu une fumure composée de 700 kilogr. de superphosphate de chaux, de 200 kilogr. de sulfate de chaux et d'autant de sel ordinaire; cette dernière fumure m*a été fortement recommandée par un agronome allemand, M. Von Wurstenheim. Le produit obtenu par la première fumure est de 4,789 kilogr., par la deuxième de 4,118 et par la troisième de 4,023 kilogr. de foin par hectare. Ces résultats sont donc conformes à ceux consignés dans mon rapport de 1870 et. je crois avoir la certitude que la fumure la plus avantageuse est celle composée de 200 kilogr. de sulfate d'ammoniaque et d'autant de superphosphate de chaux de bonne qualité, fumure qui met à la disposition des plantes par hectare environ 40 kilogr. d*azote et 30 à 32 kilogr. d'acide phosphorique soluble dans Teau. S'il j a des légumineuses dans les prairies il convient d'y ^jouter 100 à 150 kilogr. de sulfate de chaux.
Cette fumure combinée avec l'arrosage, mais à condition qu'il se fasse avec tous les soins possibles, donne un résultat très-rémunérateur.
Une pratique des plus recommandables pour exploiter les irrigations, c'est le pâturage. Cette opération, non-seulement est trèslucrative, mais elle améliore encore considérablement le gazon. MM. Leclercq et Tacquenier l'appliquent avec plein succès ; le premier fait pâturer annuellement la bonne moitié (50 hectares), le dernier
les six septièmes de ses irrigations (65 hectares). La preave la plus concluante que cette opération est très-avantageuse, c^est que ces Messieurs ont donné d année en année plus d'extension à ce mode d^exploitatîon et Tannée dernière j*ai pu me convaincre quHi améliore considérablement le gazon. M. Tacquenier a fait usage pour fumer ses irrigations des mêmes matières que moi : le sulfate d*ammoniaque, le superphosphate de chaux et le sulfate de chaux ; mais seulement la moitié des quantités que j*ai mises en œuvre, et la parcelle de 10 hectares qu*il a fauchée a donné environ 5,500 kilogr. de foin par hectare, tandis que la moyenne de ma récolte n'a été que d'environ 4,500 kilogr.
En présence de si beaux résultats, on doit être étonné que le pâturage des prés ne prenne pas plus d'extension, mais il est à observer que ce mode d'exploitation exige d'avoir à sa disposition un agent très-probe, connaissant parfaitement Tachât et la vente du bétail, ainsi qu'un capital de roulement assez considérable; sinon Ton s'expose à faire des pertes, surtout si l'agent n'a pas les qualités requises. Outre MM. L(»clercq et Tacquenier, d'autres propriétaires tiennent du bétail, mais en petit nombre. En ce qui concerne le défrichement des terrains incultes, il va annuellement en progressant. Cette branche du service de la Campine fait l'objet d'un rapport détaillé de M. le contrôleur des défrichements. Comme d'habitude je me bornerai donc à donner uu aperçu des travaux effectués pour mettre en valeur les marais et bruyères de Einroy, Molenbeersel, Bocholt, Brée et Neeroeteren.
Depuis Tannée dernière, la Banque Générale pour favoriser l'agriculture n'a rien fait. Cet établissement a liquidé, circonstance qui nécessairement donne lieu à une stagnation dans les travaux. — On cherche à vendre la propriété, et il paraît qu'on trouvera des preneurs qui, il faut l'espérer, mettront plus d'activité et une meilleure entente dans la mise en valeur des 2,727 hectares de bruyères et marais, dont jusqu'à présent la Banque Générale n'a pas tiré grand parti.
En ce qui concerne MM. Claes et Fléchet, propriétaires de 716 hectares de bruyères et de terrains marécageux sous Neeroeteren, ils continuent avec succès leur belle entreprise ; 586 hectares sont déjà convertis en terres, prés et bois. — Ces opérations se font avec tous
les soins possibles. — Ses résultats ne laissent rien à désirer soas ancun rapport et font lobjet de Tadrairation des nombreux étrangers qai Tiennent visiter cette vaste entreprise agricole, qui n*a pas sa pareille sur le continent.