NOTICE SUR LA. BSHONOULE D'ASIE
BANDNCULUS ASIATICUS L.
PAR M. André De Vos.
Stn. i^T. BanuHCiUus hortentitPeTB., R. orientalU Bort., R. «otijniinewMill.— Nous FBANÇAI8 : Renoncute d'Asie ou asiatique, R. des Jardina, R. de Pêne, Roniuft. — Noms anql. : Âtiatie Cup, Contmonsardm Cup. — Nous all. : dit BarttnranunJtel.
Patrie. — Cette plante, comme son nom l'indiqua, est originaire àe rOrient. E. fioisaier dit qu'elle croît spontanément snr les collines sèches des îles de l'Ârcliipel, en Crète, dans l'Asie mineure, en Carie, à l'ile de Cbfpre, à Jémsalem, sur la m(»itagnedeB Oliviers et dans la Perse australe.
HÏBtoiTe. — Cette jolie Renoncule a dû sans doute èti% remarqnée par les voyageurs qui ont parcouru l'Orient. On ignore cependant l'époque de son introduction dans les jardins d'EsTope. Aimé Martin dit
que cette plante était connue '^- "■ - B""""!" •■iui=«i ». pi»"-
an Xn* et au XIII' siècle, que les Croisés l'avaient vue en Orient et que ce fiit le saint roi Louis IX qui, le premier, apporta la Renoncole en France, lors de son retour de Palestine. Nous croyons également que cette plante était déjà cultivée dans nos jardins au moyen-âge. Sans doute, les nombreux Croisés que notre pays envoya dans la Terre-Sainte rapportèrent dans leur patrie plusieurs plantes d'ornement. Les jardins attenants aux manoirs féodaux, les préaux des abbayes furent d'abord les lieux où la Renoncule reçut les honneurs de la culture. Une étude attentive des enluminures peintes sur les tnisielg des religieux et sur les livres d'heures des châtelaines,
ferait décoavrir quelques figures de cette jolie plante et fournirait de curieux renseignements sur son histoire et son introduction en Occident.
Ce ne fut à proprement parler que vers le milieu du XVIP siècle que la Renoncule entra dans le domaine de Thorticulture. Pitton de Tournefort {Voyaçe au Levant, II, p. 15) nous raconte à propos de quelle circonstance sa culture se répandit en Orient. Gara Mustapha, celui-là même qui échoua devant Vienne en 1662 avec une formidable armée, pour amuser agréablement son maître Mahomet lY, qui aimait passionnément la chasse, la retraite et la solitude, lui inspira insensiblement du goût pour les fleurs et comme il reconnu que les Renoncules qu*il faisait cultiver au Sérail étaient celles qui faisaient le plus de plaisir au sultan, il écrivit à tous les pachas de Tempire de lui envoyer les racines et les graines des plus belles espèces que Ton pourrait trouver dans leurs gouvernements. Ceux de Candie, de Chypre, de Rhodes, d'Alep, de Damas firent mieux leur cour que les autres. Les graines que Ton envoya au vizir et celles que les particuliers élevèrent, produisirent beaucoup de variétés. Les ambassadeurs étrangers se firent un plaisir d'en envoyer à leurs princes; un certain Malavel les répandit à Marseille qui en fournit toute la France. En passant par les mains des Hollandais, ces variétés se multiplièrent à rinfini et formèrent longtemps pour eux une branche de commerce lucratif.
De ce que la Renoncule ne devint à la mode qu'au milieu du XVIP siècle, il n*est pas permis de conclure, dit le père d'Ardene, prêtre de TOratoire, dans son Traité des Xenoncules, qu'avant cette époque cette plante fut totalement inconnue : ce serait, ajoute-t-il, ignorer les ouvrages de Dodonée, de De TEscluse, des deux frères Bauhin, n'être jamais entré dans les jardins de l'évêque de Leister, dans ceux de Camerarius, de Gesner, ne pas connaître les belles figures qu'en donnent Tabernœmontanus, Lobelius, etc. Il en est parlé dans tous ces ouvrages et même dans de plus anciens. Avant le XVIP siècle, il y avait peu de belles Renoncules, elles étaient peu connues ou peu estimées. Qu'étaient-ce que ces Renoncules, si l'on doit en juger par la liste de celles de Tripoli, que le fleuriste Morin en donne en 1678? {Remarques nécesssaires pour la culture iesJUurs, Paris, 1678, in-12, p. 142.) Quelle était leur valeur, puisque la
Pivoine était regardée du temps de d'Ardene comme une des plus belles. Clusias {Bist, pL, 11, p. 240) rapporte que la Renoncule fut apportée vers 1580 de Constantinople à Vienne par Wolfgang de Entzestorf, sous le nom de Tarobolos catamer lalé, ce qui signifie fleurs pleines, de Tripoli. Âiton {ffort. Ken>,) dit que John Gérard cultiva le premier cette plante en Angleterre, en 1596.
TariétéS botaniques. — De CandoUe admet trois variétés de Renoncule asiatique :
a) vvigaris, qui a la tige rameuse dès la base, les feuilles triséquées, à segments trifides, incisés, aigus.
l) êanguineus qui a la tige simple, les feuilles triséquées, à segments dentés, obtus.
^UnuUobus qui possède une tige subrameuse, des feuilles multiôdes, à lobes linéaires-aigus.
Ces variétés se rapprochent par le métissage. La première, qui est très-cultivée, a les fleurs simples, doubles, pleines, blanches, jaunes, rouges, pourpres et panachées de toutes couleurs, jamais colorées de bleu.
La deuxième variété, la plus répandue, qui fut introduite dans les jardins au temps de Clusius, a les fleurs doubles, pourpres, jaunes, oraDges, variées de toutes ces couleurs, ou blanches. Enfin, la troisième qui fut trouvée par Labillardière, à File de Chypre, se distingue à première vue par la ténuité des lobes des feuilles.
Daplication. — Par la culture, les pétales se sont multipliés, dédoublés ; les étamines se sont métamorphosées plus ou moins complètement en pétales ; les ovaires eux-mêmes se sont transformés : c'est le cas pour les fleurs pleines, dans lesquelles on ne retrouve plus aucune trace des oignes reproducteurs, en sorte qu'elles ne produisent pas de graines. Dans ces fleurs pleines, les pétales sont excessivement nombreux, serrés et imbriqués les uns contre les autres, en diminuant de grandeur et en se serrant de plus en plus du centre à la circonférence, en sorte qu'ils forment un ensemble d'une beauté et d'une régularité remarquables.
Bans les fleurs semi-doubles, qui ne présentent qu'un certain nombre de rangs de pétales, les organes de la fructiflcation se retrouvent encore en assez grand nombre et donnent ordinairement lieu à une production de graines.
Variétés horticoles. — A répoque où les Renoncales furent introduites en Europe, les semi-doubles seules étaient recherchées.
G. Bauhin {Pinax) en cite huit variétés, Munting (Breschr. Kruyd.) en décrit douze et Weinmann (Taair. reg. 231) en ûgure encore un plus grand nombre* Il existait autrefois des collections de plusieurs centaines de nuances et de formes diverses de fleurs semi-doubles et elles furent préférées jusqu'au moment où le goût des amateurs changea. Les caractères sur lesquels on s'est primitivement appujé pour distinguer les belles Renoncules, ont porté tour à tour sur la forme des fleurs, sur le nombre des parties qui entrent dans leur composition, et enfin sur leur coloration.
Aujourd'hui les variétés semi-doubles sont délaissées et ne sont plus guère cultivées qu'en mélange comme porte-çraines.
Les exigences des amateurs ajant fait considérer les variétés à fleurs pleines comme étant les seules dignes de figurer dans les collections, tous les efforts se dirigèrent dans ce sens. La perfection des formes et la plénitude parfaite furent dès Lors les conditions exigées de toute bonne Renoncule de collection; puis la nécessité d'en restreindre la culture à un nombre raisonnable fit exiger de nouvelles conditions. La coloration fut alors le critérium des plantes d'élite. Les plantes unicolores étaient les seules admises, et particulièrement les couleurs blanche, rose, rouge, feu, jaune orange, jonquille, soufre, olive, brun et noir. La mode des fieurs unicolores a persisté longtemps; puis la perfection en ce genre, aussi bien que dans la forme des fleurs, étant arrivée à son plus haut degré, les collectionneurs ont voulu agrandir le cercle de leurs jouissances et les varier : les fleurs à cœur yert, puis les vertes ont alors été obtenues et recherchées. Comme il n'était plus possible ensuite d'acquérir des variétés nouvelles qu'à la condition d'admettre une plus grande diversité dans les coloris, les amateurs en sont arrivés à adopter les fleurs panachées, lavées et nuancées de diverses façons, et il existe aujourd'hui en ce genre un certain nombre de variétés très-remarquables : les unes sont marbrées, striées et flammées d'une nuance secondaire tranchant sur la couleur du fond ; d'autres sont bordées ou marginées ; quelques-unes présentent dans le fond des pétales des reflets très-curieux.
Esthétique de la Renoncule. — Par la beauté, la variété et la vivacité de ses couleurs, ainsi que par la forme gracieuse de ses fleurs.
la Renoncule occupe dans nos parterres le même rang que les Œillets,
les Tulipes et les Anémones ; elle les surpasserait même toutes si à
la richesse de ses couleurs elle joignait Tattrait du parfum.
Les mérites qu'on recherche aujourd'hui dans une belle Renoncule
sont les suivants : un feuillage élégant et découpé, une tige forte
dépassant les feuilles et portant la ûeur à 15 ou 16 centimètres au
moins ; une fleur ayant bonne tenue, pleine, d'une forme régulière,
arrondie et atteignant un diamètre de 5 centimètres au moins. Les
pétales doivent être tous un peu arqués, c'est-à-dire un peu concaves
et en cuiller ; ils doivent être légèrement appliqués et dressés les uns
contre les autres du côté de. leur convexité ; ils doivent être entiers
et diminuer régulièrement et par degrés de la circonférence au
centre où ils se serrent davantage pour le remplir et former, lorsque
la fleur est fraichement épanouie, un disque plus ou moins plan,
quelquefois lenticulaire et d'une couleur différente du reste de la fleur ;
c'est le cas pour les variétés à cœur vert, pour celles à cœur foncé, etc.
Oolture. — n est peu de plantes qui aient donné lieu à autant
d'écrits que la Renoncule. On pourra consulter avec fruit l'excellent
article publié par Féburier dans le dictionnaire de Déterville, les
articles spéciaux de l'abbé Rozier, du père Arsène, de d*Ardene, du
Ban Jardinier, de la Maison rustique, les Fleurs de pleine terre, de
M. Vilmorin. Nous extrayons de ce dernier ouvrage quelques
renseignements.
Terrain* — 11 faut que la terre soit saine, profonde, riche en
humus, bien préparée et bien ameublie par des labours, plutôt fraîche
et un peu forte que sèche et trop légère.
Exposition. — Cette plante aime le grand air ; les lieux couverts
et ombragés lui sont défavorables. Elle réussit en plein soleil et aux
expositions les plus chaudes; cependant on doit préférer celle du
levant et les situations ne recevant le soleil que jusque vers midi.
Pliioe. — On peut cultiver la Renoncule en plein carré ; mais si Ton
plantait avant l'hiver et qu'on voulût avoir des fleurs au premier
printemps, il serait préférable de choisir une planche abritée, exposée
au midi, au pied d^nn mur par exemple, à laquelle on donnerait une
légère inclinaison, afin que le soleil la frappât plus directement. On
pourrait hâter la floraison en couvrant la plate-bande avec des coffres
munis de leurs châssis.
Époque de la plantation. — Elle varie suivant le climat, la nature du 8ol et son exposition. Dans les terrains froids et humides, dans les contrées où Thiver est rigoureux ou long et pluvieux, comme est le climat de notre pays, il conviendra de ne planter qu au printemps, de février en mars.; dans les pays du midi, comme aussi dans les terrains légers, sains et bien exposés, on pourra planter à Tautomne et continuer jusqu'en février.
Plantation des griffes. — Pour la plantation» il faut donner la préférence aux griffes dites reposées^ c est-à*dire à celles qui sont restées un an sans être plantées : elles sont moins sujettes à dégénérer et donnent une floraison plus certaine, plus parfaite que les griffes de récolte récente. Elles se plantent Tœil en haut et on doit se garder de briser les racines. La distance à laisser entre elles dépend du climat, de la fertilité du sol, de 1 époque de plantation, de la vigueur des variétés, de la force des griffes. Quant à la profondeur^ outre ces conditions, on devra encore tenir compte de la compacité du sol, de sa fraîcheur, etc. Il faut planter plus profondément pour les plantes qui doivent fleurir de bonne heure et les plantations seront recouvert^^s de 5 à 9 centim. de terre avec la surface formée de terreau* pur et bien émietté.
Les nuances claires devront être placées à côté des sombres ou des couleurs vives et foncées, et, suivant qu'on aura su bien disposer et harmoniser les couleurs, combiner les contrastes, on obtiendra dos tapis variés et du plus bel effet. Les variétés semi-doubles ou portegraines, se plantent d'ordinaire à part et se cultivent en mélange.
Soins. — Pour les plantations faites avant ou pendant Thiver, il conviendra de préserver les griffes de la gelée et de la neige, au moyen de couvertures. Lorsque les plantes sont sorties de terre, il faut faire la chasse aux insectes qui en sont très-friands. On donne quelquefois un léger binage à la terre, en ayant soin de ne pas toucher aux racines. On sarclera, on entretiendra la fraîcheur du sol par des arrosements assidus, mais légers. Les Hollandais, qui sont très-habiles dans cette culture, arrosent par intervalles leurs plantes, surtout lors de la formation des boutons, avec de Teau de fumier de vache.
Époque de floraison. — Elle varie suivant le climat, le terrain et répoque de la plantation : elle a lieu d'ordinaire de mai en juillet, mais elle se prolongera si Ton a soin de couper les rameaux déûeuris et d'ombrager les fleurs pendant les heures de soleil ardent.
des griffes. — Peu de temps après la floraison, les tiges
^ feuilles se dessèchent et annoncent que les griffes sont mûres.
On procède alors avec précaution à l'arrachage de celles-ci. On les
secoue pour en faire tomber la terre, on coupe les tiges et les feuilles
an peu au-dessus de Toeil central. On les étend ensuite dans un Tieu
couvert et très-aéré où elles se sèchent. On enlève ensuite les griffes
de Tannée précédente qui sont mortes, on étend encore quelques jours
les nouvelles, puis on les place dans des boîtes ou des paniers ou en
stratification dans des caisses avec du sable fin et bien sec. Ces griffes
peuvent se conserver une ou même deux années.
Semis. — Le semis des Renoncules n'est guère pratiqué que pour obtenir des variétés nouvelles. C'est sur les fleurs semi-doubles que se récoltent d'ordinaire les graines. Afln d'obtenir les meilleurs résultats, on marque d'un fil de coton, lors de la fioraison, celles de ces plantes qui ont les tiges les plus fortes, les plus hautes, les pétales épais, larges et arrondis. Les couleurs importent peu, pourvu qu'elles soient nettes et vives.
La graine conserve sa faculté germinative pendant 3 ou 4 années et les semeurs préfèrent les anciennes aux nouvelles. Les bonnes graines se reconnaissent par une tache ou petit corps épais, opaque, lenticulaire. Le semis se fait : 1^ En plein air, d'août en octobre, dans des terrines, tenues à mi-ombre et à l'abri des insectes; on les hiverne sous châssis et en orangerie et on les met dehors au printemps; on arrache alors les jeunes griffes que l'on traite comme les adultes. 2"" On peut semer au printemps et même toute l'année dans des terrines que l'on abritera chaque fois que les graines n'auront pas levé ou que les plantes seront en végétation à l'époque du froid. 3'^ On peut semer au printemps, en pleine terre^ en planches placées au levant.
Les griffes de semis commencent à fleurir dès la deuxième année, mais ces plantes précoces sont le plus souvent sans mérite. Au bout de 3 ans, toutes les plantes semées fleurissent. Dès lors on commence à faire le choix, en mettant de côté toutes les plantes doubles, qui ne devront être jugées déflnitivement qu'après deux ou trois floraisons ; si alors elles n'ont pas dégénéré et qu'elles présentent les qualités requises, elles sont adoptées dans la collection.
Benououle d'Afrique. — On cultive aussi comme ornementale, la Renoncule pivoine ou Renoncule d'Afrique {Xanunculus qfricanus
Hort.) qui aa diatingue de la Renoncule d'Asie, par des feuilles plus grandes, plus larges, d\in vert oendré, étalées, une seule fois ternées et moins découpées ; par ses tiges plus fortes, plus ramifiées, et surtout par ses fleurs volumineuses, à pétales plus allongés, élargis, parfois oadttlés et chiffonnés. Ses pétales, au lien d*étre étalés et imbriqués, sont dressés et un peu arqués en dedans, en sorte que ces fleurs sont presque sphériques comme celles d'une Pivoine. En général, les griffes d0 cette plante sont plus brunes et plus fortes que celles de Tespèee asiatique.
Sa patrie parait être TAlgérie, d'où les auteurs s'accordent à dire qu'elle a été introduite en Europe depuis les temps les plus reculés. La plante naturelle est à fleur freine et rouge; elle serait, dit*on, cultivée encore aujourd'hui sous le nom de JPti^oi«eroa^^; la plante à fleur simple est inconnue.