HIVERNALES
PAR M. Martka-Beker.
Compte-rendus; séance du 12 Mai 1873.
J'ai llionneur de soumettre à rAcadémie quelques observations sur les gelées printauières à roccasion de celle qui vient de sévir sur la France les 26 et 27 avril dernier.
t n j a deux causes de gelées printanières ; Tune, la plus ordinaire, appelée gelée blanche, est due au rayonnement vers les espaces célestes ; l'autre, plus rare, est amenée par des courants polaires. La première, la gelée blanche, provient de la congélation de la rosée. On sait que la rosée n'est autre chose que Thumidité atmosphérique qui se condense et se dépose sur les végétaux, parles nuits fraîches et sereines, et quecette condensation se fait aux dépens du calorique des plantes, qui se refroidissent par TefTet du rayonnement vers un ciel pur et froid. Si le thermomètre continue à descendre de zéro à deux degrés plus bas, la rosée se congèle, et les bourgeons rudimentaires, encore si tendres aux premiers jours de printemps, sont plus ou moins altérés. Un nuage, de la famée, le moindre abri suffisent pour empêcher ou diminuer les rayonnements. Les chaleurs précoces doivent faire redouter la gelée, en activant trop la végétation et en amenant des orages qui, à cette époque de Tannée, peuvent refroidir assez Tatmosphère pour attirer un désastre sur les récoltes. Les gelées blanches sévissent spécialement sur les plaines horizontales et basses, parce que celles-ci offrent toute leur surface directement au ciel, tandis que les coteaux ne présentent qae la projection de cette surface, projection réduite en raison de la pente. De plus, les plaines basses étant en général plus humides que les coteaux, il s'y joint un effet plus grand d'évaporation qui augmente rintensité du refroidissement. »
< Il n'en est pas de même de la seconde espèce de gelées, celle qui frappe les hauteurs comme les plaines, et même davantage ; il s'agit
ici de courants polaires, provoqués par des courants éqoatoriaax trop actifjB. Ces derniers, lorsqu'ils ont régné longtemps avec une intensité anormale, hors de proportion avec la saison, c'est-à-dire avec la hauteur du soleil, dilatent considérablement les couches d'air de nos climats tempérés. L'équilibre se rompt lorsque cette force d'expansion s*affaiblit et devient moindre que la tension atmosphérique des latitudes élevées. L'air froid et dense des régions boréales se précipite alors, comme une masse d'eau dont la digue est rompue, au sein de notre atmosphère dilatée, et tout est saisi par un froid pénétrant, de 3 à 4 degrés au-dessous de zéro, qui atteint vignes, noyers, arbres fruitiers, légumes, seigles, toutes les plantes précoces en un mot. Gomme ce courant polaire court à travers notre atmosphère, à l'instar d'un fleuve démesurément grossi, il glace les flancs des coteaux plos rudement encore que les sols bas, par-dessus lesquels il passe parfois sans y laisser de traces fâcheuses. C'est un courant polaire de ce genre qui vient de ravager la France, à la suite d'un hiver humide attiédi par un courant équatorial.
Nous ajouterons une observation relative à la température des hivers, dont la rigueur ou la douceur nous paraissent dépendre uniquement d'une question de sécheresse ou d'humidité de l'air lequel peut être très-sec même à l'état brumeux. D'une part, il y a un effet de rayonnement, d'autant plus prononcé que le ciel est plus pur, plus dégagé, et qui peut être atténué par l'interposition de nuages ; ce qui explique pourquoi, le même jour, à des distances peu considérables, le thermomètre accuse souvent des différences de froid de plus de 10 degrés. D'autre part, l'atmosphère absorbant d'autant plus de chaleur solaire qu'elle est plus humide il est naturel que les hivers très-froids coïncident avec une extrême sécheresse de Tair, comme on Ta vu en 1870 et 1871. Ainsi, plus l'air est sec et pur, moins il absorbe de chaleur solaire et plus il se refroidit par rayonnement . Dans ces circonstances, l'hiver est nécessairement rigoureux, et les dernières vapeurs d'eau en suspension se précipitent en flocons de neige, au début de chaque recrudescence de froid. C'est le manteau protecteur que la Providence a étendu au moment opportun sur la terre. »