LES NATURALISTES CANADIENS
M. Tabbé Provancher, auteur de la Flore Canadienne et rédacteur d'une revue scientifique qu'il publie à Québec sous le litre de U NatwalUte Canadien, a réuni dlntéressants documents sur I^b savants qui ont fait connaître les productions naturelles de cette région de TAmérique septentrionale. La flore du Canada ressemble beaucoup à la nôtre et elle a fourni un grand nombre de végétwa
remarquables à nos jardins. Les savants et les explorateurs auxquels nous devons la connaissance de cette végétation sont trop peu connus. Les notices courtes et instructives, que M. Tabbé Provancher leur a consacrées seront donc accueillies avec faveur.
1. Sagard) 1632. — Le premier sur la liste, par ordre de dates, est
le Père Récollet Gabriel Théodat Sagard, qui vint en Canada en 1624
et y demeura jusqu'à la prise de Québec par Kirtk en 1629. Le Père
Sagard publia à Paris en 1632 son premier ouvrage, portant pour
titre : Ze grand voyage du Pays des Hurons, sUui en Amérique, vers
la mer douce, et derniers confins de la Nouvelle France, dite Canada,
où U est traité de tout ce qui est du pays, des moeurs et naturel des
sauvages, de leur gouvernement et façons défaire, tant dans leur pays
q%*en allant en voyages; de leur foi et croyance, avec un dictionnaire de
la langue huranne.
Le titre seul de cet ouvrage, à défauts d'autres renseignements,
serait une preuve convaincante de la naïveté du bon religieux, qui,
comme Vont noté quelques écrivains, savait mieux parler qu'écrire,
et s'entendait mieux à enseigner le catéchisme qu'à faire de l'histoire.
En 1636, le P. Sagard publia son grand ouvrage : Histoire du
Za%ada, et voyages que les frères Mineurs Récollets y ont faits pour la
conversion des if0tdêles, oi^ est amplement traité des choses principales
smoées dans le pays depuis Fan 1615 jusqu'à la prise qui en a M
faite par les Anglais.
Le 3* livre de ce dernier ouvrage traite spécialement des productions naturelles du pajs, et renferme le retour de l'auteur en France.
2. Oomuti. 1635. — Jacques Philippe Cornuti ou Cornut, médecin /^ ^ 6 -/^r/^ an roi, publia à Paris en 1635 : Canadensium Plantarum, aliarum* jue, nondum editarum historia, dans laquelle il donne la description de 40 de nos plantes non encore décrites, accompagnant son texte de planches pour une plus facile intelligence. Charlevoix qui vint après l^i, n'a fait pour ainsi dire que copier Cornuti en le traduisant et en J ajoutant quelques espèces nouvelles. Deux de nos plantes sont àeBtinées à éterniser la mémoire du botaniste médecin de Louis XIIl, la première est un Pigamon, qu'il avait nommé Thalictrum Canadense et que Linné pour l'honorer, a nommé de son nom Thalictrum Cornuti;
la seconde est notre Co^mer, comme nous l'appelons valgairemeni. Linné lui avait donné le nom de Asclepias Syriaea, parce qull le croyait identique avec une plante du même genre originaire de Yksk mineure, mais M. Descaisne ayant constaté que les deux plantes fo> maient deux espèces différentes, lui donna le nom deAsdepias CornuH, qu'elle porte aujourd'hui.
Cornuti qui était fils d'un médecin de Lyon, n'est jamais yenuen Amérique, et n'a peint nos plantes que sur celles qu'on cultivait dans le jardin de Vespasien-Robin , à Paris. Il mourut assez tristement. Les disciples d'Ësculape étaient alors partagés en deux camps , les uns pour et les autres contre l'émétique. Cornati qui comptait comme un des chefs parmi les premiers, en administra une dose, dans une affection comateuse, à une dame d'Âligre , grosse de deux mois ; et elle mourut deux heures après l'avoir prise, dans d'horribles souffrances. Guy Patin qui était alors doyen de la faculté, assembla un comité pour y faire comparaître Cornuti, mais le malheureux, écrasé par la douleur et le dépit, mourat quelques jours avant le moment fixé pour la comparution.
A Cornuti revient l'honneur d'avoir écrit la première Flore des environs de Paris : Enchiridion Botanicum Parisiense,
3. Boacher, 1664. — Pierre Boucher était gouverneur des Troi^ Rivières. Comme chasseur passionné, il donna une attention toute particulière aux productions naturelles du pays, particulièrement à ses animaux. Il consigna ses observations et ses études dans un ouTrage qu'il publia en 1664 sous le titre de : Histoire naturelle et véritakh det productions de la Nouvelle France, Cet ouvrage, assez peu considérable, a été aussi largement mis à contribution plus tard par le P. Charlevoiz.
La famille de Pierre Boucher n'a pas encore, tant s'en faut, répudié le culte des lettres, puisqu'elle compte encore aujourd'hui parmi ses membres plusieurs hommes de plume très-distingués, tels que Mgr. l'Archevêque de St. Boniface, le D' J. C. Taché, l'honorable de Boucherville, président de notre Conseil exécutif, son frère, l'auteur de UTie de perdue deux de retrouvées, etc.
/ 4. Gharlevoix, 1744. — Le P. Charlevoix, qui appartenait à la Société de Jésus, publia en 1744 une Histoire générale de la Noutdk
France, après avoir préalablement visité et étudié notre pays. Joignant les observations q^u'il avait pu faire en passant aux notes et mémoires de ses devanciers, il consacra un assez grand nombre de pages de son ouvrage, à faire connaître les animaux et les plantes de notre pays, ajoutant même des illustrations au texte pour une plus parfaite intelligence. La classification moderne n*étant pas encore en usage lorsqu écrivit Charlevoix, pour favoriser Tétude de Thistoire naturelle, on est frappé, en parcourant son ouvrage, de la sûreté du coup d'oeil de Tobser valeur étranger et de la justesse d appréciation de Técrivain. Disons, cependant, que de nombreux écrits récents, aidés de procédés synthétiques de la classification, ne laissent plus guère aujourd'hui d'autre intérêt que la curiosité à ces anciens écrits, relativement à lliistoire naturelle.
Le P. Charlevoix qui était né en 1682, mourut en 1761. Infatigable au travail, il laissa entre auti*es ouvrages, à part celui ci-dessus mentionné : Vie de la mère Marie de T Incarnation; HisUdre et description d,% Japon; Histoire du Paraguay ; Histoire deSt Domingue^ etc.
5. Kalm, 1749. — Pierre Kalm, suédois, né en 1715, peut être considéré comme le premier naturaliste qui ait visité le Canada, si tant est que les auteurs ci-dessus désignés ont traité des productions naturelles de notre pays plutôt en historiens ou en géographes, qu'en naturalistes proprement dits. Kalm, disciple du célèbre Linné, son compatriote, le père de la nomenclature moderne, était professeur d'histoire naturelle à Abo, ancienne capitale de la Finlande. Il visita l'Amérique de 1749 à 1751, sous les auspices de l'Académie des sciences de Stokholm, et en rapporta une foule de plantes qui enrichirent considérablement l'herbier de son illustre maître, tout en lui fournissant des matériaux précieux pour son Species Plantarum, le plus important de ses ouvrages.
Kalm publia en suédois en 1755, l'histoire de ses voyages sous le titre : Voyage dans V Amérique septentrionale, en 3 volumes in-8. Cet ouvrage, qui renferme une foule de détails d'histoire naturelle des plus intéressants, fut accueilli avec la plus grande faveur, et valut à l'auteur son admission à l'Académie des Sciences de Stokholm, la décoration de l'ordre de Wasa, et le degré de docteur en théologie, ce qui lui ouvrait la porte aux bénéfices, bien qu'il ne fut pas ecclésias-
tique. Cet ouvrage fat traduit en allemand, en anglais et en hollandais.
Kaim est mort en 1779. Linné lui dédia un genre de la famille des Ericacées, Kalmia, qui comprend deux espèces dans notre flore, une espèce du genre Lobelia, Lohélia Eaindi et une autre du genre Syptrieum, Hfpencum Kalmianum, Nous avons aussi un Nénuphar qui porte son nom, Nufhar Kalmiana^ mais la dédicace en est due à Pujrsh qui appartient à notre siècle.
Dès avant Kalm, quelques médecins du Canada, tels que Sarrazin et Qauthier avaient fait parvenir aux savants d'Europe des échantillons, des productions naturelles du pajs ; et ces savants, par reconnaissanoe, firent porter les noms de ces observateurs à certaines espèces. Ainsi Tournefort créa le genre Sarracenia, en Thonneur du D*" Sarrazin, et Linné celui de Oaultheria, en Thonneur du D'' Gaulthier, bien que Torthographe en ait été altérée. Alors, comme aujourd'hui, les observateurs de la nature étaient si peu nombreux, que les quelques particuliers qui s'j dévouaient méritaient d'être signalés par quelques marques d'honneur, et nous devons savoir gré aux Linné, aux Tournefort, etc., de nous avoir conservé ces noms en leur dédiant ces plantes.
Kalm visita Niagara en 1750, et il est le premier qui nous ait dono« une description de la cataracte telle qu'elle se trouve à peu près aujourd'hui. La plus ancienne description de cette merveille de la nature est celle du Père Jésuite Hennepin, en 1678. Mais alors la chute, ou plutôt les chutes, présentaient une toute autre apparence que celle d'aujourd'hui. Au lieu de 2 chutes il j en avait 3, c'est-à-dire qu'alors la table-rock, du côté Canadien, se prolongeait bien pins an large et bien plus loin en arrière de la chute, si bien que le courant d'eau prenant cette voie, venait se répandre dans le précipice en faisant un angle droit avec \e fer^-ckeval actuel.
Dans le grand herbier de Linné, toutes les plantes cueillies en Amérique par Kalm, sont désignées par la lettre R qu'elles portent.
Jl w" '/ j^0 i^ ô. Michaux, 1792. — André Michaux fut expressément envoyé en
Amérique en 1795, aux frais du gouvernement français, pour j faire une étude spéciale des plantes du Nouveau-Monde. Il fixa sa résidence à Charleston, dans la Caroline du Sud, et fit de là diverses excursions dans les contrées avoisinant^îs. En 1792, il descendit en Canada, et
poussa jasqu^à la Baie d'Hadson, par le Saguenaj, le lac StJean et la rivière Mistassini. Michaux, dans ses diverses excursions, découvrit un grand nombre de plantes jusque là inconnues à la science. En 1801, il publia à Paris son Histoire deê Chênes é^ Amérique et en 1803, Vannée ménae de sa mort, parut sa Flora Boreali Âmericana, son ouvrage le plus important, où il consigne le fruit de ses recherches en Amérique par la description des nombreuses plantes qa'il découvrit.
Entreaatres de nosplantes qui doivent leur baptême à Michaux, citons les suivantes : Anémone parmfiora, Arenaria stricta, Acer rubrum, Vitis riparia,Iiubus strigosus,Miri(yphyllum heterophyllwm,Saxifragavirginù
ensis, Sium lineare^ Ulmus rubra, Carpinus Americana, Betula papyrU fera, PHmula Mistassinica, etc., etc.
M. labbé Brunet a publié, en 1861 , une notice sur le voyage d'André
Michaux en Amérique.
7. Pursll, 1814. — Le botaniste allemand Frederick Pursh, demeura plus de 12 ans en Canada, et à la an j laissa ses restes. C'est en 1819, si notre mémoire ne nous fait défaut, que, pris d'une ûèvre violente à Montréal, à la suite d'un voyage qu'il venait de faire à l'île d'Anticosti, il succomba aux attaques de la maladie, après quelques jours seulement de réclusion. Pursh publia à Londres, en 1814, un ouvrage en 2 volumes in-12, intitulé: Flora Americae Septentrtonalis, Bon nombre de plantes y sont décrites pour la première fois, et un plus grand nombre encore, vu les lumières que les écrits, depuis Linné, jetaient tous les jours sur la classification, furent ramenées au véritable rang, dans la tribu ou la famille qu'elles doivent occuper.
8. Holmes, 1824. — Le D'' Andrew Fernanda Holmes, qui mourut à Montréal en 1860, était natif de Cadix, en Espagne (en 1797). Sa famille vint s'établir en Canada en 1801, et après avoir été prendre ses degrés à Edimbourg, il vint se fixer à Montréal pour s'y livrer assidûment à la pratique de la médecine, tout en continuant ses études sar rhistoire naturelle qu'il avait toujours affectionnée d'une manière particulière. Le D' Holmes avait rapporté d'Europe un herbier considérable avec une belle collection d'échantillons de géologie et de minéralogie, qui sont aujourd'hui la propriété du collège M'Gill. Il /ut l'un des fondateurs de la Société d'histoire naturelle de Montréal,
Le catalogue des minéraax et autres échantillons géologiques du muséo de Tuniversité M'Gill est la seule publication du D' Holmes sur rhistoire naturelle proprement dite ; ses autres écrits se rapportent tous plus ou moins directement à la pratique de la médecine.
Le souvenir du D*" Holmes vivra longtemps dans la mémoire des nombreux disciples d'Esculape qui suivirent ses cours, pendant ses longues années de professorat à Montréal ; car, c*était non-sealement un médecin habile, un professeur de premier mérite, mais cetait encore avant tout un honnête citoyen et un ami de la jeunesse. H chérissait véritablement ses élèves, se plaisait toujours à les ren« contrer, et son assistance dans les moments critiques ne leur a jamais fait défaut.
^1 T i ^f S il ^* Bickardsoily 1829. — Sir John Richardson est un célèbre explorateur écossais de nos régions arctiques. Faisant partie de lexpéditioo de Sir John Franklin dans ces régions, il publia à Londres, de 18S9 à 1837, le résumé de ses observations sur les objets d'histoire naturelle de TAmérique boréale, sous le titre : Fa%na Bareali-Americana ; or the Zooloçp qf tke Xortkem parts qf British America, L'ouvrage forme quatre gros volumes in- i, avec nombreuses gravures. Une édition américaine en a été donnée en 1837, à Norwich. Sir J. Richardsoa publia aussi à Londres, en 1851, Journal qf a Boai Voyage tkrouçh Euperê't Land and tke Artie Sea i% seareh qfSir John Franklin, wOh appendix on the Pkfsical geography qf North America, 2 vol. in-8.
10. Hooker, 1840. — Sir William Jackson Hooker est un naturaliste anglais distingué qui continua pour ainsi dire l'ouvrage de Sir J. Richardson, en donnant la description des plantes recueillies dans Fexpédition de Sir John Franklin. Son ouvrage, qui forme 2 forts volumes in-4, fut publié à Londres en 1840, sous ce titre : Flora Boreali'Americana; or the Botany qf the Northern parte of British America; to which are added the planis eoUeded by M. Douglas, frm North Westh America, Sir William Hooker publia encore en 1861 : Suggestions to the members qf the Botanical Society qf Canada, wiih rtference to a colonial Flora, Sir W. Hooker qui était né en 1785, est mort à Londres en 1865.