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EXPLORATIONS BOTANIQUES

(The Gardeners' ChronicU^ 1873, N^ 15.)

Les indications suivantes ont été rédigées dans le but de guider les naturalistes faisant partie de l'expédition du Challençer qui a quitté dernièrement les côtes d'Angleterre. Ces renseignemeuts ne sont pas seulement intéressants pour les botanistes, mais encore pour les collecteurs horticoles. Dans toute exploration de ce genre, le naturaliste a deux devoirs à remplir. Le premier est de former des collections complètes de plantes de toutes les localités intéressantes et spécialement de recueillir des spécimens de végétaux des iles océaniques. Bans ce cas, le botaniste doit être aidé par les officiers et par les hommes de l'équipage qui travailleront sous sa direction et d'après ses indications. Si le temps et l'occasion lui manquent pour faire des collections complètes, il doit s'attacher spécialement à laphanéroga-

mie. — En second lieu, il doit faire des observations sur Texistence, lliistoire et la structure des plantes qui demandent des connaissances spéciales. Ici, le savant sera livré à ses propres ressources; il faudra, par conséquent, que ses collections soient limitées et que leur étude ne demande pas trop de temps. Il pourra consulter avec fruit les indications générales qui se trouvent dans le Manual qf sdentific Inquiry de TAmirauté. Le point essentiel est d'obtenir des informations sur la végétation des îles océaniques, qui sont ordinairement le dernier refuge des plantes de la flore des temps antiques. Il est à remarquer que ces îles, peu après leur découverte, sont dévastées, leur végétation détruite ou appauvrie et elles finissent bientôt par être oubliées. Tel est le sort de Tile de Ste Hélène qui a vu disparaître de son sol plusieurs espèces remarquables que seule elle possédait sur le globe.

Grand nombre de ces iles se trouvent sur la route ordinaire des navires : on ne connaît rien de la végétation de beaucoup d entre elles ; quant aux autres, on ne possède que des renseignements incomplets.

Les terres dont la liste suit, méritent particulièrement detre explorées ; à cette nomenclature est jointe Tindication des côtes visitées récemment dans nos grands continents. Autant que possible, le botaniste devra réunir des collections complètes de plantes sèches, non-seulement des groupes d'îles, mais encore de chaque îlot da groupe, car il arrive souvent que la flore des îlots contigus de TOcéan, est très-différente. Les noms imprimés en italique, sont ceux des localités dont la végétation est entièrement inconnue ou presque ignorée.

I. Océan Atlantique. — Cap Vert, Tristan d'Acunha, Femmdo Noronha, Ile de la Trinité et Martin Vaz (sur les côtes du Brésil], Diego Ramirez, S. Georgia. La côte d'Afrique entre le Maroc et le Sénégal, le Gabon et le pays de Damara offrent un champ vaste aux découvertes. Sur la côte américaine, Cajenne, de Bahia au Cap Frio, la Patagonie.

II. Indes Occidentales. — L'archipel de Bahama ou îles Lucajes, St. Domingue et les Antilles ont été imparfaitement explorées, à Texception de Dominica, la Trinité et la Martinique. Sur le continent, Honduras, Nicaragua, les côtes du Mexique, les côtes de Mosquito et le Guatemala offrent un champ riche aux recherches botaniques.

m. Océan Indien. — Les Sejchelles, les Amirantes, Madagascar, Bourbon, Socotora, St. Paul et les îles d'Amsterdam, du Prince Edouard, les CrozeU ôt le groupe de Marion, Sur la côte d'Afrique, au nord du Natal, aucune partie n'est bien explorée et toutes sont entièrement inconnues au point de vue botanique.

IV. Océan Pacifique. 1. Nord tempéré. — On désire des collections

du Japon septentrional, des Kouriles et des îles Aléoutiennes. —

2. Troficaî.- On a des collections considérables des îles Sandwich ;

on en manque des îles Fiji, Tahiti et de la Nouvelle-Calédonie. Les

Marquises, les Nouvelles Hébrides, Marshall, Salomon, les îles

Caroline, et d'autres petits groupes sont encore moins connus. Sur

le continent américain, la Californie, le Mexique, toute la côte de

Lima à Yalparaiso sont imparfaitement explorés. De petites îles

de la côte, Juan Fernandez, les Galapagos ont été partiellement

visitées. — 3. Sud tempéré. Juan Fernandez, Masafuera, St Félix

et Ambroise, Pitcaim, Bounly, Antipodes, Emerald, Macquarie.

V. Archipel Indien. — L'île de Java seule est explorée et les Philippines le sont très-partiellement. On réclame spécialement des collections de plantes de toutes les îles à l'est de Java, de la Louisiade et de l'archipel de Salomon, spécialement de Lombok et de la Nouvelle Gainée. Siam, la Cochinchine et toute la côte Chinoise ont besoin d'être explorées.

VL Australie. — Toutes les côtes tropicales sont très-partiellement explorées.

Les photographies donnant des vues de la végétation tropicale, procureraient souvent des renseignements intéressants et contiendraient d'utiles indications ayant rapport aux dimensions des objets.

L'expédition du Challençer offre une occasion favorable, pour faire des observations importantes sur la vitalité des graines soumises à l'action de Veau salée. On devrait également faire des observations particulières sur les fruits et les graines de ces plantes qui, sans le secours de Thomme se trouvent abondamment répandues dans les régions tropicales. On pourrait de plus faire des remarques sur d'autres plantes d'ordres différents; par rapport à leur distribution géographique.

Les instructions suivantes ont été rédigées dans le but d'attirer

Tattention des collectionneurs d'objets de botanique sur les contrte ci-après mentionnées :

PorUhRico. — En collectionnant, il faut distinguer les plantes des savanes de celles des montagnes sur lesquelles on fera des ascensions, autant que cela sera possible. Les Palmiers et les Fougères arboregcentes en sont complètement inconnus. On désire également connaître les Algues marines de la contrée.

Cap Vert. — Pays montagneux, à pics très-élevés, possédant one végétation particulière qui a quelque analogie avec celle de 2i£adère et des Canaries.

Fernando de Noronha. — L'abordage en est difficile. On y trouve des plantes très-remarquables qui diffèrent de celles du Brésil.

Ile de la Trinité, — Une collection complète des plantes de cette île est nécessaire. Il y existe une Fougère en arbre, mais on ignore à quelle espèce elle appartient.

Prince Edouard et Crozets. — Il n'est point d'îles plus intéressantes à explorer au point de vue botanique. A recueillir la collection complète de leurs plantes.

Terre de Kerguélen, — Une exploration complète est nécessaire : les Cryptogames et les Algues doivent y être soigneusement collectionnées. L'expédition antarctique n'y a séjourné qu'au miliea de l'hiver. On demande des spécimens en fleurs de Pringlea.

Auckland et Campbell. — Leur flore doit être étudiée avec soin.

Sud de V Océan Pacifique et de TOcéan Indien. — Il faut prendre en considération les instructions générales données plus haut, surtoot celles qui concernent les Palmiers et les grandes Monocotylédones. Les Algues marines y sont d'espèces rares et doivent être recherchées avec soin. Dans le nord du Pacifique les Algues du sud tempéré sont abondantes.

liée Âléoutiennes. — On en demande des collections.

Il faut tâcher d'aborder aux îles situées entre le 30* degré de latitude N. et le 30* degré de latitude S., entre l'île Vancouver et Kle Yalparaiso, afin de rattacher la végétation du continent américain aux traces qu'on en retrouve dans les îles Sandwich.

Détroit de Magellan, — Les Cryptogames y sont abondants, mais partiellement étudiés.

Les notes additionnelles suivantes ont été également rédigées pour

guider spécialement les botanistes qui faisaient partie du grand voyage de circumnavigation précité.

Phanérogames. — 1. Les plantes parasites charnues {Bàlanophora, Rofflesia, etc.) sont peu favorables à Texamen et à la dissection, à moins qu^elles ne soient conservées dans deTesprit-de-vin. La même remarque s applique aux âeurs de ces plantes et aux inflorescences en général. Les échantillons secs ne sont pourtant pas sans valeur.

2. Des tiges des plantes grimpantes sont souvent d'une structure très-anormale. On pourrait collectionner des parties de ces tiges qui offriraient certaines particularités, avec le feuillage, les fleurs et les fruits, autant que possible.

3. On devra remarquer les plantes qui sont employées dans le pays, comme aliment ou comme médicament. On prendra des échantillons de ceux-ci que Ton accompagnera de spécimens des plantes qui produisent ces substances.

4. Les mauvaises herbes et les plantes communes qui croissent dans le voisinage des ports, ne doivent pas être dédaignées ; autant que cela se pourra, il sera bon de se renseigner sur les circonstances qui ont amené Tintroduction des espèces étrangères.

5. On doit aussi noter la situation des plantes phanérogames marines, [Zottera,, Cymodocea,, etc.) avec leur latitude et leur longitude, et en conserver des échantillons. Les boutons et les fruits seront conservés dans de Tesprit-de-vin .

6. Les fleurs de Loranthacées et des Santalacées doivent être conservées dans Tesprit-de-vin et également séchées.

7. Les inflorescences des Aroïdées seront disséquées, si elles sont fraîches et placées dans 1 esprit-de-vin. On devra aussi noter la placentation et la position des ovules.

8. On doit étudier avec une attention spéciale les Pandanées et les Palmiers, chaque fois que l'occasion s'en présente, encore même qoe Ton devrait négliger les autres plantes. Le port des végétaux doit être soigneusement décrit, les inflorescences mâles et femelles conservées, ainsi que les fruits ; les feuilles doivent être séchées et pliées, puis empaquetées dans des boîtes.

Les spécimens de plantes grasses doivent être mortifiés par leur immersion dans l'esprit-de-vin, ensuite séchés, sans être disséqués, afin de devenir des échantillons utiles pour herbiers.

9. Il est bon pour les Palmiers de noter lear hauteur, la position des spadices, la forme et la dimension des palmes, la prépondérance des sexes, aussi bien dans les espèces monoïques que dans les espèces dioïques.

10. On examinera les courants marins, on recueillera avec soin les graines et les fragments de plantes qui j sont entraînés, et on notera, s'il est possible, la direction des courants, la longitude et la latitude des lieux.

11. Il faudra aussi avoir égard à rinfluence exercée par les glaciers, dans la distribution géographique des plantes. Si Toccasion 8*en présente, on fera bien de les examiner, de remarquer et de conserrer des échantillons des végétaux qui pourraient se trouver à leur sur£u»; on devra aussi étudier les fragments de rocher et les lichens qui les recouvrent.

Fougères. — Les Fougères doivent, autant que cela sera possible, être conservées avec leur fructification. Quant aux Fougères arborescentes, sur lesquelles nos connaissances sont très-défectueuses, à caase de rinsuffisance des matériaux, il faut tâcher de se procurer des morceaux de tige suffisants pour en étudier la structure et noter la hauteur des troncs. Un morceau de feuille placé entre deux cartons et la base d'un stipe suffisent comme échantillon. Il faudra remarquer également où les racines adventives commencent, vivent et meurent. Le nombre de frondes doit être compté, leurs dimensions prises et les écailles basilaires conservées. Enfin, il faut aussi examiner si les Fougères en arbre sont attaquées par les insectes ou les chsmpignons et si elles servent de nourriture à certaines classes d^animaux.

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