CHAPITRE DÉTACHÉ DU PFLANZENLEBEN DER BRBB
PAR LB D' G. KaBSCH.
Traduction analytique par M. Ch. Firket.
(Fin. Voyez page 288).
n en est autrement des plantes dont la graine se met à genner dès qu'elle a quitté le fruit et qu'elle S9 trouve dans des conditions convenables : telles sont les graines des saules, des peupliers, des ormes, da caféier et d'un grand nombre de lauriers. La graine du saule émet déjà sa radicule au bout de 12 heures ; le PerseagraiUsima, YAraucam hrasiliensis, le Viscum album (notre Gui), le Rhizophora Mançle, germent déjà à l'intérieur du fruit encore suspendu à l'arbre. En faisant germer des graines dans de petites boules de verre humides OQ dans du sable quartzeux bien pur, on pourrait aisément, pour on grand nombre de plantes^ déterminer la chaleur nécessaire à lage^ mination.
On peut dire en général que les graines dont le spermoderme est épais et dont l'albumen contient de la fécule ou de l'huile, germent assez tôt ; ainsi les grains de blé germent en trois ou quatre jours, les graines des Conifères en 8-14 jours (cependant, d'après Hartig le Pinus cembro passerait 18 mois en terre), les glands de chêne en 12-1Ô jours, etc.
Les autres phénomènes périodiques de la végétation sont soumis plus immédiatement encore à l'influence de la température atmosphérique. Cependant l'existence d'une période de repos que subissent tant d'arbres en hiver ne permet pas, du moins en apparence, d'étendre cette proposition au règne végétal tout entier. En effet, j'ai déjà dit qu'à Madère, comme chez nous, le hêtre perd ses feuilles à une époque déterminée, bien que la température soit alors bien supérieure au point où commence sa végétation. Il en est de même pour le tulipier (Liriodendron) , qui reste privé de son feuillage pendant 87 jours, et cela par une température égale à celle que la plante
réclame dans sa patrie à Tépoque de la feuillaison ; la vigne subit à Madère un repos de 157 jours, alors que la température est la même que celle de Tété dans l'Europe centrale(i). Mais ici, comme je l'ai déjà fait observer, il faut tenir compte de certaines conditions d'habitude invétérées chez ces plantes ; à vrai dire ce n'est là qu'une donnée sur laquelle nous ne possédons aucun renseignement suffisant, mais ces faits ne peuvent infirmer en aucune façon les preuves bien manifestes que nous possédons de la nécessité d'une température déterminée pour l'entrée en végétation.
Pour mettre les phénomènes périodiques en relation avec les observations de température, il faut avant tout ne s'occuper que des grands faits de végétation que l'on peut apprécier avec certitude :
1^ le gonflement des bourgeons chez les arbres et les arbustes, correspondant à la germination des plantes annuelles ;
2^ le développement des feuilles, c'est-à-dire le moment où la face supérieure des feuilles vient à se montrer au sortir du bourgeon ;
3** Tapparition des premières fleurs, dont l'épanouissement peut se reconnaître surtout à la déhiscence des anthères ;
4^ la maturité des premiers fruits, qui ne doit être notée que lors de la séparation des graines ou de la chute du fruit.
Pour les Graminées, dont un grand nombre nous présentent de l'importance comme plantes de culture, il faut peut-être observer aussi une autre phase de végétation, celle de la formation des épis, c'est-à-dire le moment où l'épi ou la panicule vient au jour.
Toutes ces diverses époques de la vie des plantes peuvent, le plus souvent, être appréciées avec exactitude à moins d'un jour près, et quand ce n'est pas le cas, on peut trouver des conditions intermédiaires. La température moyenne des heures du jour ainsi déterminé doit alors être considérée comme celle qui est nécessaire à l'accomplissement de cette phase de la végétation. Nous ne possédons malheureusement que très-peu d'observations de ce genre. Des recherches ont cependant été faites dans ce sens par Yogt (2) à
(1) Pour l'étude du monde végétal de Madère, consulter les notices de Heer dans les Verhandluftgen der Schroeiz. naturh, GeselUchaft, 1851, p. 59.
(2) Voir Dove, Bericht Uôer die in den Jahren 1848 and 1849 anfden Stationen
Arja, mais leurs résultats semblent être en contradiction avec la seconde loi fondamentale. Il trouva, par exemple, pour les Draba vema et TuuUago Far/ara des différences de 7 à lO" dans les tempé^ ratures de fleuraison. Mais lorsqu'il s'agit de plantes vivant comme oelles-là exposées au soleil, il faut faire intervenir la chaleur d*insolation quon ne peut encore évaluer. Nous verrons bientôt quelle influence cette chaleur dlnsolation exerce sur le règne végétal et sur les phases de la végétation. Aussi ne devrait-on faire de telles recherches que sur des plantes vivant à Tombre ; et le fait est que Vogt a obtenu des résultats plus concordants en opérant sur une plante de cette catégorie (Viola odaraûa). Ajoutons encore que ce n'est pas la température mojenne du jour entier, mais bien celle des heures de la journée (voir plus bas) qu'on doit prendre en considération, et dans ce cas les différences seraient encore moins sensibles. Déjà lorsqu^on observe rapidement sur une seule et même plante le
40$ wutêorotogitekm ImiUuU im PreussicÂen SUuUe angestelUen BeobadUun^ Berlin, 1861, p. 103-118.
Yogt a fait pendant de longues années des observations sur la fleoraisoD «i la maturation de 87 plantes, observations qu'il a mises en regard des températures moyennes correspondantes. Mais les résultats sont loin d*étsb2ir la fixité de ces températures nécessaires aux divers phénomènes de la vie végétale. Ainsi pour le Viola odorata, les températures de fleuraison Tanaieot de 4«,25, pour le Pas-d'&ne (TustHaço Jarfara) pi*esque de 7»; pour le Drûba perna les variations allaient Jusqu'à près de 10». D'ailleurs les plaotai dont on s'est servi pour ces observations devaient pour la plupart être soumises à l'action directe des rayons du soleil ; or de telles plantes ne peoveBt être employées lorsqu'il s'agit de comparaisons à faire avec des obserratiOM météorologiques et thermométriques faites au moyen d'instruments plscéi à l'ombre. Bn effet nous ne possédons pas d'instrument suffisant pour mesurer la chaleur d'insolation, qui doit produire évidemment des différences noteW» Pour ces motift on ne devrait employer à de telles recherches que des plantes vivant à l'ombre. D'ailleurs , que les températures nécessaires i l'accompUssement des divers phénomènes de la vie des plantes soient soumises à des variations, c'est chose à laquelle on doit s'attendre; msis ^nne part ces vaiiationa ne seront pas aussi considérables que celles dont st^te * ^^"^^^^ l'existence , et d'un autre côté ce seront des variation» ^K.!J!Î?'^* <lêterniinées, invai-iables, et qui devront être étabUes par de» onservations directes.
développement de la végétation sons des latitudes différentes, on remarque une progression régaliëre vers le Sud, et si Ton compare entre elles les moyennes mensuelles de température des diverses habitations, on trouve une concordance vraiment frappante entre les conditions calorifiques, surtout si Ton tient compte des fluctuations que peuvent éprouver et la chaleur du jour en elle-même, et les moyennes journalières dans le cours d'un mois. Pour évaluer approximativement ces dernières oscillations, j'ai utilisé les renseignements qu'on possède sur la variabilité absolue des températures mensuelles, c'est-à-dire les différences qu'elles peuvent présenter pendant un nombre d'années aussi ^rand que possible; elles nous donnent ainsi l'expression la plus complète des oscillations mensuelles de température d'une localité (1). Pour avoir un équivalent , j'ai simplement ajouté la moitié de la variabilité absolue à la moyenne mensuelle, et ainsi, à part quelques faibles divergences, j'ai obtenu une série de nombres qui doivent correspondre sensiblement avec la longueur moyenne des heures de jour pendant le mois en question. Quelque incomplète que puisse être cette méthode, elle donne pour le règne végétal des résultats qui ne sont pas défavorables. Ainsi le bouleau commence à bourgeonner à Rome dans le mois de mars (température probable 8^,7), à Prague à la fln d'avril (température probable 9°), à Paris au commencement d'avril (9'',8), à Stockholm, à la fin de mai (9^,7) : la température de bourgeonnement serait donc pour le bouleau d'environ 9* R. le sureau commun développe ses feuilles à Nice au commencement de janvier (7*,7), à Paris en février (7°,3), à Edimbourg en avril fT*",!): la température de feuillaison serait donc pour le sureau de 7«,5 R. environ. Le tilleul commence à se couvrir de feuilles à
Florence au milieu de mars (9<',5), à Prague au milieu d'avril (9^*), à Londres au milieu d'avril [S^yS), à Stockholm au com-
(l) Il semblerait préférable, au lieu de racourir à la variabilité absolue de la moyenne mensuelle, de noter plutôt les oscillations que peut présenter la moyenne journalière dans le cours d'an mois. Il ne manque pour cela que des tableaux suffisants ; J'ai cru pouvoir, en échange, utiliser la variabilité absolue des moyennes mensuelles. Les chitTi*es qu'on obtient dans les deux cas se correspondent d'ailleurs sensiblement, ce qui ne peut pas nous étonner beaucoup, car cette variabilité absolue doit pour certains mois de l'année, être regardée comme l'expression complète des fluctuations de température.
mencement de mai (9**, 5) ; la température de feuillaison serait, par conséquent, d'à peu près 9** pour le tilleul.
Naturellement de telles considérations ne peuvent remplacer que très-incomplétement les observations directes ; et celles-ci doivent porter, non-seulement sur les températures nécessaires à 1 accomplissement des diverses phases de la végétation, mais aussi sur les sommes de chaleur qui leur correspondent, et dont la détermination sera examinée plus tard.
Il ne faut pas non plus méconnaître ce fait qu'un grand nombre de plantes semblent posséder une certaine faculté d'accommodation, qui leur permet de suppléer par une action plus prolongée de la chaleur à son défaut d'intensité pendant les diverses périodes de leur développement.
Les températures inférieures à la température de germination ou de bourgeonnement doivent être regardées comme n'agissant pas sur la plante, et ne doivent pas être comprises dans l'évaluation de la somme de chaleur nécessaire à la croissance et à la reproduction. Pour obtenir cette somme, on additionne aujourd'hui les températures moyennes de tous les jours où le thermomètre s'est tenu au-dessus du point de germination ou de bourgeonnement, et cela, pour les plantes annuelles à partir du jour où la graine a germé, pour les plantes vivaces à partir du développement des bourgeons, jusqu'à la maturité des fruits.
Adanson fut le premier qui émit une opinion sur ce sujet : il calculait simplement les degrés de chaleur à partir du commencement de Tannée, et trouvait, par exemple, qu'au peuplier blanc il faut 168, à la vigne 1770 degrés de chaleur. On ne peut nier qu'il n'existe une certaine concordance dans les résultats qu'il obtenait : ainsi, dans le centre de l'Allemagne, on vit le Coryluê avellana fleurir en 1834 le 8 janvier, en 185Ô le 4 avril; or, la somme des degrés de chaleur accumulés chaque jour depuis le premier janvier était presque la même dans les deux cas. La même chose eut lieu pour le marronnier, qui, en 1854 fleuritle 14 avril, et en 1856 le 3 juin. D'autres auteurs comptèrent à partir du jour le plus froid, d'autres encore à dater de l'instant où la sève commence à monter dans les plantes ; mais en aucun cas, il ne fut fait déduction de la chaleur inutile, qui constituait cependant la principale source d'erreur.
Quetelet, qui s'est acquis un grand renom dans ces recherches
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croit que pour établir la somme de chaleur nécessaire à une plante, il faut élever au carré la température moyenne de chaque jour écoulé depuis la germination jusqua la fleuraison et la fructification, ou multiplier par le nombre des jours le carré de la température moyenne de tout le temps compris entre ces époques. Si Ton désigne par t la température et par s le nombre de jours, la somme de chaleur nécessaire à choque plante sera exprimée par la formule /*^.
D'après Testîmation de Quetelet, le Sy rinça vtêlçaris a besoin de 4336 degrés de chaleur depuis le développement des bourgeons à feuilles jusqu'à la fleuraison ; donc pour que le Lilas fleurisse en serre le 10 janvier, il faut que depuis le 1^' janvier il ait été soumis à une
température journalière moyenne de 20*^. Des expériences ont aussi
confirmé cette manière de voir.
Babinet croyait au contraire que la température agissait comme la
pesanteur, et que, par conséquent, la somme de chaleur nécessaire à
une plante pouvait être représentée par tz*. L'inexactitude de cette
formule est prouvée par une simple considération :
4jour8à5* de température donnent (Vaprès Quetelet 100**, d'après Babinet 80. 2 id. 10» id. id. id. 200» id. id. 40.
l id. 20» id. id. id. 400» id. id. 20.
Ainsi, d après Babinet un jour chaud à 20" n'exercerait que le quart de Taction produite par quatre jours froids à 5^, ce qui évidemment n'es! pas exact.
D'après la formule de Boussingault on doit simplement multiplier la température moyenne par le nombre des jours ; par suite aussi quatre jours à 5°, deux jours à 10*" et un jour à 20° produiraient la même action, c'est-à-dire que dans tous les cas la végétation recevrait une même quantité de chaleur, soit 20°.
Le tableau suivant nous donne quelques chiffres obtenus par la méthode de Boussingault.