‹ La Belgique illustrée par les sciences, les arts et les lettresChapitre 13 sur 28 · I.t nu Uni K lUt’STlÉK · texte numérisé non relu

I.t nu Uni K lUt’STlÉK

de Van Eyck , Memling, Rubens, Van Dyck, Crayer, Jordaens, etc., etc.

Il serait inutile d’entrer dans des détails déjà tant de fois répétés par des auteurs qui se trouvent entre les mains de tout le monde, sur la supériorité de ces hommes de génie. Le bel art de la peinture ne tomba même point dans les temps malheureux , qui furent si funestes à la Belgique, et l’on continue toujours à l’y cultiver avec un succès que ne démentiraient point les maîtres qui ont fait la gloire de leur siècle. Les Wappers, les Verboeckhoven , les De Kaiser, les Navez, les Brakeleer, lesPaelinck, les Van Hanselacre et tant d’autres maintiennent par leur talent la réputation de la célèbre école flamande.

La Belgique a des droits fondés à l'invention de la peinture sur verre, ou du moins ( Vasari en fait l’aveu ) de ses procédés les plus ingénieux. Cet art, dit Cuichardin,' c condotta dalle » genti all’intera perfetlione, havendo costoro » trovatooltrealla vaghezza evivacità de colori , » il misterio di cuocergli in sul vetro onde ne * per acqua , ne per veuto, ne per tempo essi eo-

PEUTl RE.

» lori si perdono mai , corne prima si perdevano :

• e costoro anche hanno trovato in modo del » commetlergli insieme col piombo. Art van » Mort, borghese d’Anversa, il primo fu cbe

* trova la maestra di cuocere e colorire sopra » il vetro christallino. »

M. l»e Reiffenberg fait justement observer, que c’est à tort que Heylen avance que les premiers essais de peinture sur verre ne datent que de l’époque de Charles-Quinl; ils furent bien antérieurs. Van Eyck, dont nous nous occuperons bientôt plus spécialement, fut l’inventeur d’un verre coloré dans la pâte, jusqu’au tiers ou à la moitié de son épaisseur. Ce secret passa de la Belgique en France , et ne fut connu en Italie qu'au commencement du xvi e siècle. Dans Y Allât de Blaeuw, on trouve à ce sujet, page 10 : « Vitro quo pacto colores imprimantur > et incoquantur, aliaque eo pertinentia et sanè » quàm admiranda, Belgarum iuvenlum est. »

— « C’est aux Belges qu’est due l’invention «le la méthode de faire cuire les couleurs dans le verre. > 11 ne faut cependant pas conclure

KH

U «FLCIQIF. ILUSTIIÉK.

de là que la première idée de peindre sur verre soit venue de la Belgique; il est plus juste de croire avec Guirhardin , dont nous avons cité le passage ci-dessus , que c’est an* Belges que l’on dut les perfectionnements apportés à cet art curieux. Qui n'a point admiré les Belles vitres de Sainte-Gudulc à Bruxelles, peintes par Diepenbccke, Jean Ack d'Anvers et Jean Floris? celles de Tongerloo étaient aussi d’une grande beauté. Bans les archives de cette dernière ville, on trouve qu’en l'année 1555, un vitrage de 685 pieds carrés devait être fait door Frédéric Van

Amsterdam, woonende lot Herenlhuls lo/jch/fc

gcbakken sonder pincheel daer acn te besigen. Plus tard on employa beaucoup plus fréquemment les verres peints, mais ils furent toujours d’un prix élevé.

Comme ils étaient très -recherchés par les étrangers, surtout par les Anglais, la Belgique en garda peu par la suite, quoiqu'elle sut le mieux les confectionner.

Guichardin loue beaucoup sur son talent en cet art, un de scs contemporains, du nom de.

Georges Hoefnagel. Voici ce que dil le Dictionnaire des origines , à ce sujet : « Van Donder , en Hollande, Hoefnagel en Flandre, et Volsak en Allemagne, sont les premiers qui aient peint de pleine couleur, comme à l’huile, excepté le nud. Les miniatures se faisaient admirer dans ces pays, qu’elles n’étaient encore en France qu’une froide enluminure. •

Nous passerons maintenant à une question que nous sommes loin de considérer comme entièrement éclaircie, et à laquelle nous ajoute ronsquelques développements importants passés sous silence par Heylcn, c’est-à-dire la découverte de la peinture à l'huile. Les presses de Brunswick mirent au jour, en 1774, un opuscule en allemand, d'Abraham Lessing, dont le but est de prouver que l’art de peindre avec des couleurs mêlées ne doit pas être attribué aux Belges, et de démontrer que déjà, au onzième siècle, les Allemands connaissaient ce que la postérité a attribué au génie de Van Eyck (i). Les argu-

(1) t/abbé Morelli a aussi parle de l'ouvrage de Théophile

u «Ki.r.igiE lursTRÉK.

ment. s de Lessing reposent sur le texte d’un ouvrage de Théophile, auteur du xi e siècle, aussi appelé Roger. Le chap. xxm traite de coloribus oleo et (jurnmis lerendit , et le chap. xxvru f/c rubricandis ostiis et de oleo Uni.

Voici le texte de ce chapitre xxm , sur lequel s'appuient principalement les adversaires de Van Eyck.

t Omnia généra colorum eodem generc olei » teri possunt, et poni possunt in opéré ligneo. » in his tantum rebus quæ soli siccari possunt;

> quin quotiescumque unum colorem imposue- » ris, alterum ei superponere non potes, ni » prior exsiccetur, quod in imaginibus diutur-

> num et nimis tædiosum est. Si autern volueris

> opus luum festinare, sume gumnü quod exil » de arbore ceraso sive pruno , et concidens

> illud minutatim , pone in vas futile, et aquam

qui va nous occuper, dans les Codiei Naniani (Cod. 39), et M. Raspa a traité ce sujet avec plus de détails encore , dans son Essai critique sur la peinture à l’huile , publié en anglais à Londres. Enfin le traite entier de Théophile a été inséré par Christ iano Leist , dans la collection de Lessing ; Zur Gcschichte und Lilteratur. Brunsw., 1781 .

PfilXTl'KE. fil

» abundanler infunde, et pone ad solem, sive » ad carbones in hieme, donec gummi liquéfiât, » et ligno rotondo diligenter commisce. Dcinde » cola per panum et inde tere colores et impone

• omnes colores, et misluræ hoc gummi teri » possunt et poni, præter minium et eerosam

• (cerussam) et carmin, qui cum claro ovi te- » rendi et ponendi sunt. i

On ne peut guère tirer de conséquence bien concluante de ce texte, car après Théophile, les peintres ne quittèrent point leur ancienne méthode de mêler , pour leurs ouvrages , les couleurs avec de l’eau gommée et du blanc d’œuf , jusqu’à l’époque où Jean Van Eyck prit une autre voie, lleylen prétend à tort, et sans nécessité pour la proposition que nous soutenons, que Théophile n'enseigna qu’à employer l’huile pour imprégner les couleurs dans le bois, ou pour rendre plus unie la peinture du bois des fenêtres , des portes ou autres objets semblables, qui sont le plus exposés aux injures de l’air. Théophile explique au contraire, au chapitre xxh, l’usage de la peinture à l’huile pour

02 IA IELGIQCF. ILLISTRÉF.

les ornements et les figures : « Accipe colores » quos imponere volucris, terens eos diligenter

> oleo lini sine aquâ, et fac mixturas vultuum

> ac vestimentorum sicut superiùs aquâ feceras ;

> et bestias sivc aves, aul folia variabis suis

> coloribus , prout libuerit. >

Lessing se demande quels monuments historiques appuient l'opinion qui prétend que le peintre belge a découvert le premier la méthode actuelle de peindre à l'huile. Mais Van Eyck ne nous a-t-il pas laissé des tableaux , et jusqu’aujourd’hui où s’en trouve-t-il d’autres antérieurs? Si Théophile^ quatre siècles avant Van Eyck, avait inventé le moyen de mélanger l’huile aux couleurs, ainsi qu’on le fait actuellement, comment serait-il arrivé que cet art précieux fût resté enseveli dans les ténèbres pendant un si long espace de temps? Comment eut-il pu le tenir caché à tous les artistes ses contemporains? Pourquoi Cimabuë, le restaurateur de la peinture au xin e siècle , pour rendre ses couleurs pour ainsi dire éternelles, ne préfère-t-il pas l'huile à l’eau de gomme et au blanc d’œuf?

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Leasing ne fait aucun cas de l'autorité de Van Mander ni de celle de Vasari, non plus que de l’épitaphe d’Antonello de Messine, qu’il relègue au rang des fables. Si cette inscription funéraire est mensongère, pourquoi aucun des écrivains italiens, après Antonello , pourquoi aucun peintre n’en lit-il l’observation? A quelle fin Vasari eût-il inventé une fable bien moins honorable pour sa nation que pour les Belges? Pourquoi ne disait-il pas plutôt que c'était Antonello qui avait fait cette brillante découverte? Musantius, auteur italien ( Tab. chron., édit. 1751, p. 102), qui est très-partial pour ses compatriotes, est également amené à convenir qu'Antonello introduisit le premier en Italie l’art de peindre à l’huile, qu’il avait appris chez les Belges.

11 s’élève une autre espèce de contradicteurs qui opposent à Van Eyck, non plus l’autorité des livres, mais la science des peintres et les expériences des chimistes. Malvasi, d’après le jugement de Tiarini , soutient que Lippo I)almasio avait peint à l'huile. Les Napolitains, sur le témoignage de Mario de Sienne, affirment la

U RF.LGIQtti IU.I STIltF..

même chose à l'égard de leurs peintres du xiv' siècle. Il Raspe, 11 Valle, Tiraboschi, ont tenu le même langage. On découvrit dans un monastère de Bohème quelques tableaux peints â l’huile, et qui se voient encore aujourd’hui dans la magnifique collection de l’empereur d’Autriche à Vienne.

Un, entre autres, contenait l’inscription suivante : « Gemaelt in ocl von Thomas von Mutina, » oder von Muttcrsdorff in Boehmen, 1297. — » l*eint par Thomas de Mutina (i), l’an 1297. » Mais cette inscription est évidemment bien postérieure au tableau. Ces sortes d’inscriptions après coup sont fréquentes, et ne supposent pas même l’intention de tromper. Un grand nombre de tableaux, antérieurs à l’invention de la peinture à l’huile et qu’on croit faits de celle manière, ont été retouchés à l’huile plus tard, comme l’Annonciation de Florence, ou la Santa Maria primerana de Fiesole, et ont pu ainsi donner lieu à des conséquences fausses. I)e plus,

(1) Il est cité souvent sous le nom <le Thomas de Modènc

Pf.lVTlIlK.

> lino ad ora si è parlait), non sono dipinlc a » olio, poichèfalta la solila esperienza, in vece » de manifestare il bianco coagulo, e di lasciare » l’alcool trasparen le, colon molto il medesimo,

» e lo inlorbo in modo da non riprendere giam- « mai la primiera trasparenza. >

Lanzi, dans son Histoire de la peinture en Italie, lome I, page 130, en parlant de l’objection dont nous nous occupons, dit que ce serait absurde de croire que Thomas de Modène ait porté la peinture à l’huile en Allemagne, d’où elle aurait passé en Flandre, il ajoute : « Outre la cire, les anciens faisaient usage de certaines gommes et de jaunes d’œufs, ce qui a contribué à jeter dans l’erreur, des hommes très-habiles, tant les tableaux peints de cette manière ont de ressemblance avec ceux qui sont peints avec une petite quantité d'huile. * Dès les premiers temps de l’art, on délaya la cire avec quelques gouttes d’huile étbérée. C’est ce que Zanctti a observé dans la peinture vénitienne, et ce que l'analyse de la peinture de Thomas de Modène confirme d’une manière frappante :

i* Ktiüiyii m.isiiut.

« M.le comle de Duras m’assura en 1793 que, lorsqu'il était à Vienne, il avait vu faire cet examen par l’ordre et en présence de M. le prince de Kaunitz, et que l'opinion unanime des savants professeurs qui en étaient chargés, avait été qu’il n’y paraissait aucun indice de l’emploi de l'huile, mais que ces peintures avaient été faites avec des gommes très-légères, amalgamées avec des jaunes ou des blaucs d’œufs. »

On doit porter le même jugement sur toutes les productions semblables antérieures à Van Eyck. Mais, dira-t-on, comme il est constant qu’une certaine manière de peindre avec de l’huile a été enseignée par le moine Théophile, en quoi consiste l’invention de Van Eyck? Morelli et Lanzi nous l’expliquent. Dans l’ancienne méthode, on ne pouvait étendre une couleur sur un panneau si la couleur employée auparavant n’avait pas d'abord été séchée au soleil, ce qui dernandait une patience infinie, comme Théophile l’avoue lui-mème : « Quod in iruagiuibus diu- » turnum et lædiosum nimisest (cap.23); >à quoi l’on peut ajouter que, par cette méthode, les

fRIITUIF..

Alessandro da Morrona, dans sa Pim illustrai» mile arli dit ditegno, tome II, page 163, rapporte qu’uneexpérience chimique ayant été faite par un professeur de l’académie de Pise, sur des tableaux qu'on disait être à l’huile, et bien antérieurs au siècle de Van Eyck, il fut prouvé qu’ils étaient peints à la cire. Voici le passage : « l'regai di ricorrere all’arte chimica il signor » doltor Giuseppe Branchi, che la cattedra de » questa scienza occupa meritamenti nell’ impe-

> riale accademia Pisana. Egli graziosamente ne • impresel’assunto, ed io riporto le parole stesse » ch’ebbe la gentilezza de comunicarmi : Divisa

> la mestiea dipinta in due porzioni, fu una di » queste fatta bollire nell’ alcool, e Paîtra nell’ » acqua dislillata. Ambidue i liquidi conserva- » rono la trasparenza, e soltanlo acquistarono un » color giallognolo. Col ralfreddamento perd se-

> parossi dal primo unabiaucha sostanza coagu- » lata, e snlla superficie del secondo manifestossi

> un soltilissimo strato di maleria densa simile » alla cera. Tanlo l’una, quanto l’altra di queste » sostanze, estralta che fu dal respcttivoliquido,

Lt RKI.UIQIE 1LUSTRÉK.

> ed asciugata . era inliammabile; si liquefaceva » con pochi gradi di calore, e al pari délia cera , » lustrava i legni levigati. Queste proprietà ca-

• ratteristiche unité a quella di conservare l’al- » cool bollente la propria trasparenza , e di de- » porre nel raflreddarsi la matcria disciolla nello

> stato di bianco coagulo, abbaslanza dimos- » trano l’esistenza délia eera nella sopraddetta

• mcslica dipinta.

» Per osservare se quesli rnedesimi résultat i » si ottenevano ancora da altre anlichc pilturc

> esislenti in Pisa ed in Firenze, furono ripetule

> sopra un buon numéro di queste l'enunciale

• esperienze, dallequali potemmodedurre.... rhe » i segni piu certi di quesla sostanza si hanno da

• quei dipinti che atlribuir si possono ai tcmpi » di Giunta; che da quesl’ epoca fino al 1360

> sembra che la dose délia cera andasse a poco a » poco diminuendo, perché, in proporzione » délia minor lucentezza che banno le pitture de » questi ullimi tempi in paragone dclle prime,

> si trova ancora di delta sostanza una minor

> quantità; che finalmente quelle, delle quali

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couleurs ne pouvaient jamais parfaitement se mêler et se fondre ensemble. Van Eyck aperçut ces inconvénients, et il les sentit plus vivement encore lorsque, ayant exposé au soleil une de ses peintures pour sécher, la force de la chaleur fit fendre le panneau. Alors cet artiste, qui était en même temps philosophe et chimiste, combina la manière d’employer des couleurs huilées qui pussent se sécher d’elles-mémes sans être mises au soleil; il y ajouta d’autres mélanges, et imagina le vernis, qui, étant sec, ne craint point l'eau, anime les couleurs, les rend brillantes et les unit parfaitement. Ces expressions sont celles mêmes de Vasari ; elles nous paraissent résoudre la question , et cette solution peut se réduire à très-peu de mots. Avant Van Eyck, on connaissait quelques moyens de peindreà l’huile, mais ils étaient très-restreints, et trop assujettissants à employer dans les tableaux à figures, etc. Ces moyens étaient en usage en deçà des Alpes, mais on ignores’ils étaient connus alors en Italie. Jean de Bruges trouva la manière de perfectionner cet art, qui se répandit bientôt en Europe.

1 00 Lt IF.LC191K ilustiOf..

On a hésité entre Jean et Hubert Van Eyck au sujet de l’invention delà peinture à l'huile. Feu M. Liévin de Bast a fortifié de l’autorité de ses recherches l'opinion que ce fut Hubert : en supposant toutefois que l’un ou l’autre fût l’inventeur de la peinture» l'huile, car les registres qui contiennent les comptes des villes de Bruges et de Gand tendent, selon quelques-uns, à établir que bien avant l’époquc de Philippe le Bon, on savait peindre à l’huile; mais ces inductions sont loin de pouvoir contre-balancer les arguments du système contraire.

Nous avons cru que ces détails étaient nécessaires, quelque restreint que fût notre cadre, lorsqu’il s’agissait d’un homme aussi célèbre, à plus d’un titre, que notre compatriote Van Eyck.

Depuis l’invention de la peinture à l'huile, un Dinanlais, Joachim Patiuier, du commencement du xvi' siècle, fut un des premiers artistes qui aient traité le paysage d’une manière spéciale, et en aient fait, au lieu d’un accessoire, un objet principal. Ce fut une in novation que son grand talent fit bientôt agréer avec enthousiasme.

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Dans le xvir siècle, l’histoire nous apprend que Van der Meulen, cet immortel peintre de batailles, prêtait son pinceau à Le Brun pour représenter, dans les batailles d’Alexandre, les chevaux que personne ne dessinait mieux que lui .

On a pu remarquer dans les différentes expositions de Bruxelles, combien notre école actuelle de peinture déploie de talents. Quelques artistes se sont montrés dignes des grands maitres; aussi leurs compositions sont-elles avidement recherchées à l’étranger.

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