‹ La Belgique illustrée par les sciences, les arts et les lettresChapitre 14 sur 28 · ARCHITECTURE, SCULPTURE ET GRAVURE · texte numérisé non relu

ARCHITECTURE, SCULPTURE ET GRAVURE

0 prodige île l'art ! magique enchantement !

Le marbre inanimé , muet , sans mouvement ,

A l'insensible espace imprime un caractère !

Là , tour à tour on craint , on gémil , on espère : Ailleurs on voit déjà les marbres assouplis Flotter en chevelure , ondoyer à longs plis .

L'art amollit des chairs la roideur immobile .

Plu» loin l'ouvrage entier, sous une main habile , Superbe , du génie a respiré le feu.

Le chef-d'œuvre est formé , déjà le marbre est dieu l (Tao«AS, Pélrèitle )

Il semble, comme le remarque justement M. «le ReilFenberg, que le caractère national des Belges se symbolisait dans les magnifiques monuments

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pyramides d'Égypte. C’est aussi dans la première moitié du xv' siècle «pie Jean Ruysbroeck construisit la tour de l’hôtel de ville de Bruxelles, haute de 30 i pieds , percée à jour dans toute son élévation avec tant de hardiesse et de grâce, et surmontée d'une statue de saint Michel en cuivre doré, de 17 pieds de hauteur, posée sur une pierre plate de 12 pieds de diamètre, au désespoir de tous les architectes à venir. Partout on a parlé de l’hôtel de ville de Louvain , palais de dentelles, qui porte l'imagination du voyageur au sein des merveilles orientales.

Érasme ÿuellyn , aussi grand architecte que hon peintre, n’étendil-il point sa réputation dans toute l’Europe?

Ce fut encore un Belge, François Romain , de Gand, que Louis XIV appela en France pour être architecte des bâtiments et domaines du roi, et qui construisit le Pont-Royal, de 500 pieds de longueur, construction à laquelle on avait dû renoncer, à cause de l’abondance des eaux de source. Le frère Romain leva tous les obstacles.

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Nous avons oublié de rappeler qu'en 1566, ce fui sur les plans de Passchen , d’Anvers , que s’éleva la Bourse de Londres. Cet édiBce, construit en marbre, avait 200 pieds de longueur sur IBOde largeur. Il fut détruit par le terrible incendie de 1060.

Quiconque est familiarisé avec ('histoire de l’art en Belgique , s’apercevra aisément que nous avons passé sous silence quantité d'excellents architectes , tels que le Flamand Pierre De Wil, qui éleva le palais électoral de Munich, l’un des plus grands et des plus beaux de l’Europe, et une foule d’autres hommes d’un grand talent; mais, comme nous l’avons déjà dit, nous ne pouvons citer que les artistes dont les œuvres ont fait faire un progrès marqué à l’art.

On peut voir, dans l’ouvrage de M. le comte de Becdelièvre, que nous avons cité dans notre Introduction, quel talent déploya en architecture, dans la dernière moitié du xvm e siècle, De Wez, qui restaura cet art en Belgique, où il était tombé, ainsi qu’en France, dans une décadence complète.

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du moyen âge; que tant de beaux, temples, de riches hôtels de ville, de bellrois altiers, de halles spacieuses, fussent une réalisation matérielle des deux pensées qui dominaient alors la société, la religion et le gouvernement de cité (i).

Dès le xn e siècle, deux des plus célèbres abbayes de la France, furent rebâties sous la direction de deux religieux belges : Sainte-Geneviève de Paris sous celle d’Étienne de Tournay (*); et Saint-Denis, sous celle de Suger de Saint-Omer. A la même époque, Ilucbald, du pays de Liège, s’illustrait en Europe par ses talents en architecture. Au commencement du xiv c siècle, dit Hallam , dans son Ouvrage sur 1 Europe au moyen âye, l’art de bâtir en briques, perdu depuis les Romains en Angleterre, y fut de nouveau introduit et emprunté à la Flandre.

(lj On peut consulter, sur les architectes belges et les dates des plus beaux monuments d'architecture de la Belgique, un tableau dans la deuxième partie de 1 * Essai sur la statistique ancienne de la Belgique , par M. le baron de Reiffenberg.

(2; Sauderus croit que cet ablié était d'Orléans.

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Les cheminées ne furent en usage qu'assez lard. Le plus souvent on faisait du feu dans un brasier, et quelquefois dans un coin de l'appartement, et la fumée sortait par les portes ou par les fenêtres. La plupart des auteurs croient que l’usage général des cheminées est postérieure au xm e siècle. La Belgique peut s'attribuer en grande partie cette invention. Elle fut bientôt répandue chez tous les peuples voisins.

En 1834, on rencontra un conduit dechemiuéc en démolissant au château des comtes, à Gand , un mur presque aussi ancien que ce gothique monument.

Dans les ruines du château de Bicrsel , près de Bruxelles, contruit vers le xir siècle, on ne remarque de cheminée ouverte que dans le grand salon et dans la cuisine seulement.

Appelmans avec Amelius commencèrent, en 1 422 , à élever la tour de la cathédrale d’Anvers , un des plus beaux monuments de l’époque. L’Annuaire du bureau des longitudes la place au nombre des édifices les plus élevés du globe. Elle n’a que 20 mètres de moins que la plus haute des

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A l’époque actuelle, l’étranger admire le magnilique palais de la chambre des représentants à Bruxelles, par M. Vanderslraeten ; le palais du prince d’Orange, par M. Suys; le superbe palais de l’université de Gand , par M. Roclandl; la somptueuse salle de spectacle d’Anvers, par M. Bourla de Touruay ; le palais du roi à Bruxelles, par M. Vifquin; et d’autres monuments qui prouvent que la Belgique maintient son ancienne renommée (i).

Passons maintenant à la sculpture et à la gravure. 11 était dans l’ordre des choses que ces sœurs de la peinture fussent dignement honorées dans un pays où celle-ci avait des autels,

(1) Voici , comme point de comparaison . la hauteur des constructions les plus élevées :

1» ha flèche des Invalides, au-dessus du pavé. 105 mètres. 2« La coupole de Saint-Paul , à Londres. .110 —

3° La flèche de l’Eglise d'Anvers 120 —

4<> La coupole de Saint-Pierre de Rome, au-dessus de la place 132 —

5« La tour de Saint-Etienne, à Vienne . . . 138 —

6" Le Munster, tour de Strasbourg, au-dessus

du pavé 142 —

7° La plus haute des pyramides d'Egypte .146 —

108 Lt ICLGIQI K lUHtnit.

Joui les ministres servaient de modèles à ceux du reste de l’Europe.

Anvers eut la gloire de produire au wii' siècle le plus excellent sculpteur qui ait existé depuis la renaissance des arts. Il n’y a guère que le fameux Michel-Ange qu'on puisse mettre en parallèle avec lui. Voici ce qu'en dit Sandrart dans son Académie de peinture, architecture et gravure : « Adeo ut non Borna tantum , sed » tota ltalia, imô jam lotus fateri cogatur terra- » rum orbis, Quesnoyum Belgam, in arte sta-

> tuaria , non omnibus tantum aliarum na-

> lionum , sed et Kalia; ipsius artificibus, » longissimè præferendum , et pro Phœnice » sculptorum deeanlandum esse. »

Quel voyageur n’a pas admiré la conception et l’admirable sculpture en bois de la chaire de vérité de Sainte-Gudulc à Bruxelles, faite pour les jésuites de Louvain, et donnée à la cathédrale de Bruxelles par Marie-Thérèse? Ce chef-d’œuvre est dû au génie de Henri Verbruggen d’Anvers. Cette ville est, dans l’histoire de l’art, peutêtre une des plus fécondes de l’Europe en

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hommes d’un mérite transcendant : le magnifique maître-autel en marbre de sa cathédrale, le premier monument de la Belgique qui ait attiré l'attention des connaisseurs, fut créé par le savant ciseau de Robert de Noie, un de ses enfants.

La Hollande, sous le rapport des sciences et des arts , n'avait rien à envier aux autres pays , dans les temps de sa splendeur, et néanmoins ce fut Bombant Verhulst, né à Matines en 1635, que ses talents firent appeler par la république de Hollande pour élever des monuments à ses amiraux morts en combattant pour la patrie.

H est à remarquer que dans l’église de Westminster à Londres, espèce de musée de monuments nationaux, vingt des mausolées sont faits par deux sculpteurs anversois, Pierre Scheermaeckers et Michel Rysbraek.

Les belles sculptures de Laurent Vander Meulen , né à Malines en 1645, ont toujours été recherchées par les étrangers. Son grand mérite consistait à sculpter des festons de fleurs, des fruits et des légumes, au milieu desquels il introduisait des oiseaux, des écrevisses, etc. Ses

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productions en ce genre sont inimitables. C'était surtout dans les cadres de miroirs et de tableaux qu’il déployait toute la finesse de son ciseau.

On connaît la réputation dont jouirent chez eux et à l’étranger, dans le xix* siècle , les sculpteurs Calloigne etKessels. Celui-ci, peu de temps après sou arrivée à Rome, remporta à l’Académie le premier prix de sculpture, et son concurrent était le meilleur élève du célèbre Canova. Une mort prématurée vient de l’enlever aux arts. Calloigne remporta en 1806 le grand prix de sculpture à Paris , ce qui lui fit obtenir la faveur d’aller à Rome aux frais du gouvernement. Son Aphrodite est une figure d’une correction parfaite, que ses formes élégantes et gracieuses rendent admirable. Ses statues de Van Eyck, du comte d’Egmonl, de Vénus sortant de la mer, de Socrate, et ses bas-reliefs, le mettent au premier rang des artistes belges.

Déjà deux compositions remarquables, Y Adolescent qui presse contre son sein un lapin , pour le garantir des poursuites d’une levrette, et un Guerrier sc préparant au combat, prouvent le brillant

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avenir réservé à M. EugèneSimonis, jeune sculpteur (le Liège.

Les ouvrages de M. Geefs, lors de l’exposition de !83fi, à Bruxelles, parurent tellement supérieurs, que ses compatriotes firent frapper, par souscription, une médaille en son honneur.

Quant à la gravure, la Belgique se mit encore au premier rang de très-bonne heure.

M. lluber, dans ses Notices générales des graveurs, divisés par nations, Dresde, 1787, dit : t On ne saurait refuser la prééminence aux graveurs des Pays-Bas sur ceux de toutes les autres nations; eux seuls ont rempli les demandes essentielles des amateurs de la vraie gravure. En effet, continue ce grand connaisseur étranger, quelle force de burin dansGoltzius et ses élèves ! quelle vigueur dans les graveurs de Rubens et de son école! quelle magie de clairobscur dans Rembrandt et ses disciples ! quelle netteté, quelle pureté d’exécution dans Edelinck, etc.! Aussi la postérité est juste : le prix qu elle a établi pour les belles estampes de ces fameux maîtres décide en leur faveur. »

1 I i I I tELGIQlE ILUSTRÉE.

Dès le milieu du xv e siècle, Martin Schoonbauer, d’Anvers, regardé comme le maitre d’Albert Durer, introduisit le premier dans sa patrie l’art de graver les estampes sur le cuivre, art encore inconnu du reste de l'Europe, excepté de l’Italie, où Thomas Finiguerra venait d’en faire la découverte.

Au xvi* siècle, la Belgique n’est pas le pays le moins bien partagé en graveurs du plus grand mérite. Nous y comptons Jérôme Cock, Théodore Debry, Lambert Suavins, Nicolas deBruyn, Marc Gheraerds, Dominique Custos, Jacques deGheyn, et surtout Jean et Raphaël Sadelcr.

Dans le cours du xvn* siècle, la gravure était parvenue chez nous à la plus grande perfection. Guillaume Leeuw pratiquait un nouveau genre de gravure, propre à reproduire surtout les peintres coloristes.

Le burin de Pontius multiplie les œuvres de Rubens et d’autres maîtres, sur ses cuivres si recherchés pour leur beauté et leur perfection.

Puis viennent Abraham de Bruyn, François Snyders, les De Bye, Corneille Vermeulen,

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