INTRODUCTION
dire enterré dans une volumineuse collection accessible à peu de personnes, et écrit en latin , ce qui est un autre obstacle à ce qu’il soit lu par le plus grand nombre, il a le défaut que j’ai retrouvé dans la Biographie belge de Delvenne, dans les notes du poëme de Le Majeur, et dans une foule d’autres ouvrages sur la Belgique , défaut qui jusqu’aujourd’hui a été inhérent à notre position politique, et que ne pouvaient, ni peut-être ne devaient point éviter les auteurs, c’est de confondre les Hollandais et même les Français avec les Belges.
Maintenant la Belgique, resserrée il est vrai dans les limites les plus étroites possibles, forme néanmoins un royaume indépendant; et sous un gouvernement sage et modéré, ce royaume, avec les ressources inépuisables qu’il possède, peut encore être appelé à de bien belles destinées. En effet, quel point de l’Europe, de la même étendue.
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offre une population plus nombreuse, plus industrieuse et plus intelligente, de plus riches moissons, de plus belles villes, de plus magnifiques villages, des productions naturelles plus variées, enfin tout ce qui compose les éléments d'une véritable prospérité?
Aussi, à toutes les époques, la Belgique fournit des preuves de supériorité. C'est un fait des plus curieux, et digne de remarque, qu'aux trois périodes critiques qui ont changé trois fois la face de l’Europe, dans l’histoire du monde chrétien , ce furent trois princes belges en qui elles se résumèrent assez fidèlement. Charlemagne au vin® siècle, alors que l’Occident se remettait des commotions causées par les conquêtes des barbares, et que furent jetées les bases de la féodalité! Godefroid de Bouillon, qui représente les croisades, époque merveilleuse s’il en fut jamais; enfin Charles- Quint, dont le nom domine le temps des
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innovations religieuses et politiques qui, pendant le \vi e siècle, donnèrent naissance à une série d'idées nouvelles, et achevèrent rétablissement des monarchies modernes.
Nous ne voulons pas soutenir avec M. Beaucours de Noorlvelde (Jaerkoeken van den lande van den vrye, l. I, p. 35), que la loi salique fut d’abord publiée sur la place Maubert à Bruges , et que ce furent quatre seigneurs des environs qui en furent les auteurs. Néanmoins, c’est en Belgique que les premiers rois francs établirent leur capitale; et la partie de la Flandre dont Bruges est aujourd'hui le chef-lieu devait être fertile et bien peuplée dès 800, puisque Vredius nous apprend (Sigill. comit.) quod pagus Fiandrensis ut pote ferlilmimus Carolo Magno dederil censura tritii, easei et boum, etc.
Sous le rapport intellectuel , la Belgique , et surtout les Flandres, ne commencèrent à marquer qu’au règne de Charlemagne ; mais
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aussi depuis tors ou y vit toujours les arts, les sciences et les lettres honorés et cultivés autant que le permettaient les constantes invasions des barbares. Presque avant tous les autres pays, le commerce y obtint des foires et des marchés libres.
Ce furent les monastères et les abbayes qui adoucirent les mœurs farouches de nos ancêtres et leur donnèrent le goût de l’agriculture. Le génie du grand Charles laissa une immense influence après lui. Liège, Saint-Amand, LobbesetSaint-Bertin eurent des écoles célèbres, d’où la France, l’Allemagne et l’Angleterre tirèrent plus d’une fois de savants professeurs. Des Roches (Epit. lib. 3) nous démontre que les sciences étaient dès lors cultivées en Belgique. Comme nous le verrons, dès la fin du X e siècle, la musique était en honneur parmi nous. Gui de Dampierre, comte de Flandre, avait plusieurs poêles à sa cour.
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La teinture en écarlate, la lisseranderie , les manufactures de drap florissaient déjà en notre pays , vers le milieu du xi e siècle.
L'égalité des poids et mesures, dont l'introduction a été tant vantée sous l’empire français, fut ordonnée pour toute la Flandre par un décret de Baudouin de Constantinople.
Au commencement de ce même siècle, la miniature, la sculpture, l'art de travailler l’or et l'argent, avaient déjà répandu quelque gloire sur les Belges.
On saitle degré desplendeurqu’atteignirent le commerce et les manufactures au xm* siècle. Le luxe fut à son comble. Les sciences participèrent à cette prospérité. Jean de Saint- Amand, chanoine de Tournay, était un des premiers médecins de la faculté de Paris. Les jeux floraux n’existaient pas encore en France, que la Belgique était déjà célèbre par ses sociétés littéraires, connues sous le nom de Rhétoriques.
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Le xv' siècle fut témoin du règne brillant de Philippe le Bon, le plus magnifique qui ait existé. I,a musique, encouragée par ce souverain, par Charles le Téméraire et Marguerite d'Autriche, prit un rapide essor; et nous verrons que les Belges en furent les restaurateurs au moyen âge. La peinture également leur dut une existence nouvelle par l'invention du mélange de l’huile aux couleurs dans les tableaux, et celle du verre coloré dans la pâle. Jamais la Belgique ne montra un génie plus inventif que dans ce temps. L’histoire à chaque page nous offre des exemples des services immenses quelle rendit aux arts, aux sciences et au commerce. Nulle part les dentelles, admirable produit de l’industrie humaine, n’ont été portées à un si haut degré de perfection.
Les cours les plus brillantes s'ornent des lapis de la Belgique; tous les produits du monde viennent se vendre sur nos marchés;
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Bruges rivalise avec Venise, la reine des iners. Quant aux lettres, pour montrer où elles en étaient, il suffit de nommer Georges Chaslelain, Monslrelel, Jacques du Clercq, de la Marche et surtout Philippe de Commines.
Dans ce même siècle, la découverte de l’imprimerie change pour l’avenir la face du monde; et dans cette impulsion , la Belgique aussi cueille des palmes , et ses enfants portent même leur science dans la capitale de la France. On sait que Josse Badius d’Assche monta une presse célèbre à Paris.
C’est de l’époque de l’abdication de Charles- Quinl que commence àdater, pourla Belgique, le déclin des branches diverses de l'industrie et de l’intelligence. Les arts utiles et agréables avaient atteint, durant les quarante années de son règneglorieux , une haute perfection. L’Angleterre et la Hollande profilent des malheurs de la Belgique, l’une pour les manufactures, l’autre pour le commerce. Cependant les
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sciences répandirent quelque éclat. Le savant Ortelius et Gérard Mercator perfectionnent les systèmes de géographie , et Josse Hondius ou d’Hondt, né à Wacken en Flandre, et chef d'une famille degraveurs distingués, contribue par ses cartes et ses écrits aux progrès de cette science.
Au milieu des guerres civiles , qui exercèrent leurs ravages en Belgique, sous les successeurs de Charles-Quint, une foule de savants se firent néanmoins remarquer. Les Hoppcrus, les Damhoudere, les Mirœus, les Meyer, les Oudegherst et tant d’autres en sont la preuve. La peinture, la sculpture et la gravure produisent aussi des maîtres. Les Garraches ont avoué qu’ils avaient puisé beaucoup d'idées heureuses dans les ouvrages de Denis Calvart, peintre remarquable d’Anvers. Michel Coxie, Franc Flore le Raphaël flamand, Charles Van Mander, François Poerbus, etc., etc., brillentd’unéclat qui n’est
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pas encore terni. Planlin , digne rival des Étienne, contribue aux progrès des lettres par l’établissement de son imprimerie, une des plus magnifiques de l’univers. Martin Schœngauer d'Anvers apprend , vers 14SO, de l'inventeur Tommaso Finiguerra, et importe dans sa patrie, l’art d’imprimer des estampes sur des planches de métal gravées en creux , et se distingue dans cet art. L’Espagne et l’Italie recherchent avec empressement les ouvrages des statuaires Jean de Juni et Gilles Van der Rivière, ce dernier appelé par les Italiens Egidio Fiamingo. Mais les excès des iconoclastes dispersèrent bientôt les chefsd’œuvre de taut d’artistes en tous genres :
heureux quand eux-mémes ne devaient pas fuir leur patrie !
Au xvi e siècle, la médecine et l’anatomie, représentées par André Vesale; la botanique, qu’illustrent Charles De Langhe et François Van Sterbeck; les sciences exactes, que
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cultivent avec tant declat, Simon Steven et Grégoire de Saiut-Vincent; enfin l’astronomie et l'optique, qui nomment avec orgueil Godefroy Wendelin du pays de Liège, Ferdinand Verbiest de Pitthem, et François d'Aguillon de Bruxelles, prouvent jusqu'à quel point toutes les branches de l'intelligence humaiue sont cultivées à celte époque en Belgique.
On sait quelles grandes obligations ont la peinture au xvu' siècle à Rubens, qui porta l’école flamande à un si haut point de gloire; ainsi qu’à Van Dyek , Craeyer, Van lioeck , Jordaens, dignes élèves d’un tel maître.
Des volumes ne suffiraient pas si nous voulions nous étendre sur cette partie des beaux-arts durant celte période, et parler des Breugel, des Teniers, des Van Oost, etc., etc.
La sculpture et l’architecture ne restèrent pas dans l’obscurité. Les deux frères Du Quesnoy, de Bruxelles, Koeberger d’Anvers, Henri Passchen , François Romain , laissèrent
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des monuments d’une élégance et d’un goût admirables.
Les sciences, les arts et les lettres continuèrent à prospérer chez nous durant le xviii' siècle. Nous verrons que Jean Palfyn lit des découvertes précieuses en anatomie.
Noél-Joseph Necker, né en Flandre , écrivit un ouvrage très-remarquable et vraiment original dans son genre sur la botanique. Léonard Van der Linden, savant naturaliste de Bruxelles, enseigna le premier la zoologie en celte ville. Sanderus, Paquot, Joseph Ghesquière, le comte de N’eny, Joseph Raepsaet, Martin Debast, Charles Dieriex, le baron de Villenfagne, par leurs immenses et laborieuses recherches, contribuèrent puissamment à éclairer l'histoire de la patrie, et à imprimer à la nation ce goût des études historiques que l’on remarque aujourd’hui. Les noms de Suvée, de Ducq, de Balthazar Ommeganck , de Pierre-Joseph Redouté , de
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Saint-Hubert, nous rappellent les talents déployés dans la peinture.
Antoine Cardon, de Bruxelles, devint un des graveurs modernes les plus renommés de l’Europe. Une foule d’autres artistes se mettent au premier rang dans cet art, à la même époque. La ciselure et l'orfèvrerie sont portées à une perfection rare, par Pierre De Fraine et Nicolas Mivion de Liège. C’est un Anversois, Michel Rysbrack , que l’Angleterre choisit pour faire le mausolée du grand Newton et la statue équestre de Guillaume III. Enfin, les arts mécaniques illustrent Pierre Denis, de Mons, et Pierre Laurent, auquel le poète Delille donne le titre d 'Archimède nouveau.
Nous devons le répéter, il ne faut point qu’on s’attende à trouver dans notre ouvrage une mention de toutes les célébrités qu'a produites la Belgique. Pour peu qu’on ait parcouru noire histoire, on doit savoir que ce serait là une œuvre d’une étendue consi-
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dérable. Les noms se pressent avec une telle abondance, qu’une nomenclature seulement serait déjà volumineuse. D'ailleurs, ce n était pas notre but, nous l’avons clairement indiqué au commenccmen t decette In trod uction . Seulement puisse ce résumé convaincre que notre patrie a de tout temps été particulièrement protégée par le génie de l’intelligence; et puissions-nous ne jamais entrer dans la voie de l’obscurantisme, lorsque nous avons de si beaux exemples devant les yeux.
Afin qu’on ne puisse point nous contester les litres de gloire que j'établis dans cet aperçu, je m’en suis tenu à la Belgique telle quelle est aujourd’hui; et l’on verra que la mine est bien assez riche.
Comme mon but n’est nullement de donner des détails sur les hommes et les choses remarquables de la Belgique, mais de me borner aux sommités qui ont ou inventé ou fait faire des progrès à la partie à laquelle ils
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s'étaient consacrés, il est bien entendu que je passerai sous silence la foule d'hommes doctes qu'a produits ma patrie, mais qui ne tombent pas dans la catégorie que je viens d’indiquer. Ce sont bien plutôt les choses que les hommes auxquelles je m'attache ; même je fais encore un choix très-borné parmi elles, ne décrivant absolument que les découvertes , inventions, innovations et perfectionnements, ainsi que mon titre l’annonce. Puisse le peu d’étendue de mon savoir sur un sujet aussi intéressant , être excusé par mon désir d’étre utile à mes compatriotes, en résumant combien de titres nous avons à la reconnaissance des autres peuples, et combien nous pouvons être fiers de notre nationalité.