TAILLE DU DIAMANT
Brillants HW du soleil el des bonis de Golcondc , Que l’Inde vend si cher à l'nn el l'autre monde , De Bcrquen le géuie a créé voire éclat.
C’est à un Brugcois, Louis de Berken ou Bcrquen , qu’on attribue cette découverte, vers 1540, disent les dictionnaires, contrairement à ce que nous verrons plus loin (»). Il faut ce-
(1) M. De Reiffcnberg , dan» une note du tome VI de VHistoire des ducs de Bourgogne , publiée à Bruxelles , dit que c’est mal à propos que Peignot rapporte à 1176 l’invention delà taille du diamant. Mais Peignot a suivi l’opinion de Robert de Bcrquen , dont nous donnons l'extrait ci-après ; elle nous semble devoir être préférée.
Ll IKLCIQLE I LUSTRÉE.
pendanlavouerqu’aucun écrit contemporain , ni auteur peu éloigné tle cette époque, ne peuvent servir à appuyer cette assertion. La seule chose certaine, c’est qu'on n’a point encore trouvé jusqu'à présent de mention claire et précise de diamants qui auraient été taillés avant ceux de Berquen.
On peut encore observer que le mot cliver, que les joailliers français emploient pour exprimer l’art de tailler celte pierre précieuse, est évidemment dérivé de klivén, et prouverait aussi l’origine flamande de cette découverte. Il ne nous parait pas inutile de donner ici une esquisse de l’historique de cet art, telle qu’on la trouve dans un livre rare écrit par un petit-fils de Berquen et intitulé : Les Merveilles des Indes orientales et occidentales ; Paris, 1661, in-4". Nous conservons le langage de l’auteur :
« Louis de Berquen, l’un de mes ayeuls, a trouvé l'invention de les tailler avec la poudre du diamant mesme, en 1476, auparavant qu’on eût jamais pensé de pouvoir les tailler. Lassé qu’on esloil d’avoir essayé plusieurs manières
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pour en venir à boni, on fui contrainl de les mettre en œuvre tels qu’on les renconlroit aux Indes, c'eslà sçavoir des pointes naïves, qui se trouvent au fond des torrents quand les eaux se sont retirées, et dans les pierres à fuzil, tout à fait brutes, sans ordre et sans grâce, sinon quelques faces au hazard , irrégulières et mal polies, tels enfin que la nature les produit, et qu’ils se voyent encore aujourd’hui sur les vieilles châsses et reliquaires de nos églises. Le ciel doua ce Louis de Berquen, qui estoit natif de Bruges, comme un autre Bezellée, de cet esprit singulier ou génie pour en trouver de luy mesme l’invention. Son père, qui le deslinoil à toute autre occupation, l’envoya en l’université de Paris pour y apprendre les lettres humaines. Mais comme son esprit estoit de la trempe de ces autres esprits méditatifs que la force de l’imagination emporte bien avant, il n’y fit aucun progrès. Le père averty le rappelle en sa maison, et le voyant occupé en des machines et en des préparatifs tellement extraordinaires qu’on n’en pouvoit du tout point en prévoir
a la ielcique lui'sntt.
l'usage, il lui laissa loule l'eslendue de son esprit pour pouvoir dans une pleine liberté exécuter quelque chose de grand. Ce père esloit noble aussi bien d’humeur que de race, il laissa donc agir son fils. H mit deux diamants sur le ciment, et après les avoir esgrizez l’un contre l’autre, il vit manifestement que par le moyen de la poudre qui en tomboit, et à l'aide du moulin avec certaines roues de fer qu’il avoit inventées, il pourrait venir à bout de les polir parfaitement, mesme de les tailler en telle manière qu’il voudrait. En effet il l’exécuta si heureusement depuis, que celte invention, dès sa naissance, eusl tout lecrédilqu’ellea eu depuis, qui est l’unique que nous ayons aujourd'hui.
» Au mesme temps, Charles, dernier duc de Bourgogne, à qui on en avoit fait récit, luy remit trois grands diamants entre les mains, pour les tailler advantageusement selon son addresse. Il les tailla dès aussi tost, l'un épais, l’autre faible, et le troisième en triangle, et il y réussit si bien que le duc, ravy d’une invention si surprenante, luy donna trois milleducals
UIUI. DI DUSIXT.
de récompense. Puis ce prince, comme il les Irou- . voit tout à fait beaux et rares, fit présent dccelny qui csloit foible au pape Sixte quatriesme, et île celuy en forme de triangle et d’un coeur, réduit dans un anneau et tenu de deux mains, pour symbole de foy , au roy Louis XI, et quant au troisiesme qui estoil la pierre espoisse, il la garda pour soy et la porta toujours au doigt, en sorte qu’il l’y avoit encore quand il fut tué devant Nancy, un an après qu’il les eut fait tailler, sçavoir est en l'année mil quatre cent soixante dix sept (t). »
(Ij Ce diamant , qui après la bataille de Granson fui trouve dans le coffre des archives de Charles le Téméraire, était enchâssé d'or et orné de deux grosses perles. Il fut premièrement pris par un soldat suisse , lors du pillage du camp. Celui-ci l'ayant regardé comme un jouet d'enfant , le jeta sur le chemin ; mais peu après il revint le chercher et le vendit six Idaucs , valeur d'un sol de roi. 11 fut vendu ensuite pour Irois francs à un joaillier, duquel William de Diesbach l'acheta pour cinq mille florins du Khin ; puis De Diesbach le revendit sept mille florins à un orfèvre de Genève , qui en eut onze mille durais du duc de Milan. De là ce diamant passa au roi de Portugal, de la branche de Bragance. Le dernier descendant de celte famille, qui avait perdu le troue, vint à Paris, et vendit à Picola» de llarlay , seigneur de Sancy, ce bijou précieux appelé depuis
24 IA IF.I.UIQIit. lUtSTltE.
M. Barrois, Bibliolh. protyp., p. 331, ayant trouvé dans un inventaire de joyaux d’Isabelle de Portugal, femme de Philippe le Bon , les mots iliamenU appointa, remarque que cette expression semble dénoter une taille, ce qui tendrait à faire remonter ce procédé de 20 à 20 ans.
M. de Beilfenberg se range de cet avis dans la note citée plus haut. L’autorité des mots diamants appointez ne nous semble pas prouver grand'chose, car Bobert Berquen dit lui-méme, qu’avant la découverte de son parent, on mettait ces pierres précieuses en œuvre telles qu'on les rencontrait aux Indes, c’est-à-dire, des pointes naïves présentant quelques faces mal polies.
Sancy , du nom de ce dernier possesseur, qui le donna en gage à des juifs de Metz , pour secourir Henri IV dans ses besoins d'argent. Ou ignore aujourd'hui ce qu'est devenu ce trésor dont la dernière évaluation fut de 1,830,000 francs