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TYPOGRAPHIE

Ainsi qu’il arrive toujours dans les grandes découvertes, on a discuté et fait des dissertations sans fin sur l’origine de cet art célèbre, et dont on peut dire, comme Ésope de la langue, que c’est la meilleure et la pire de toutes les choses.

Et comme l’a dit un auteur moderne, c’est un feu qui éclaire ou qui brûle, c’est une terre qui produit de bons ou de mauvais fruits; c’est l’eau qui fertilise ou un torrent qui renverse, c’est l’air qui vivifie ou qui tue.

On sait que M. Des Hoches, dans ses nouvelles recherches sur l’origine de l’imprimerie, pu-

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Pliées on 1777, lâcha do prouver que les premières lenlalives de l’imprimerie avaient eu lieu en Brabant, en 1-442, par Louis de Vaelbeke; et que M.Ghesquière, dans la lettre qu’il adressa à M. l’ablté Turberville-Needham , directeur do l'Académie impériale ot royale de Bruxelles, et dans ses Bi’flexions sur deux pièces relatives à l’histoire de l’imprimerie, Nivelles 1780, attribua de son côté l’invention de l’art typographique à Jean Briton, de Bruges (i).

Quoiqu’une vaste érudition soit déployée dans ces écrits, nous ne croyons pas la question assez claire, pour mettre cette invention au nombre de celles qu’on doit attribuer aux Belges. Néanmoins, il est constant qu’ils ont été des premiers à la mettre en pratique, et que de bonne heure ils lui ont donné une impulsion de mouvement et de progrès. Un des premiers, avec Jean de Westphalie, qui aient introduit l’imprimerie en Belgique, fut Thierry Martens

(1) Voyez noire Biographie des plus célèbres Brugeois , à la fin du Précis des Annales de Bruges , page 143.

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d’Alost. Le premier livre imprimé en notre pays (Spéculum convcrsionis peccatorum) , parut en celle ville en 1A73, par les soins de ce typographe, qui n’avait alors que 20 ans. Ce savant imprimeur avait des liaisons avec les écrivains les plus illustres de son temps. Ses éditions, et particulièrement celles de quelques auteurs grecs, sont si belles et si correctes, qu’elles lui méritèrent par la suite le titre d’,4lde de la Belgique. Érasme lui Cl une épitaphe, et ses concitoyens lui érigèrent un monument dans la grande église d’Alost.

Mailtaire, Meermans, Ghesquière et d’autres, ont soutenu qu’il fut le premier typographe de la Belgique; mais Lambinet (page 07 et suivantes de l ’ Origine de l’imprimerie , tome II ) , tâche de renverser ce système. Ce qui est certain, c’est que, dès 1501 , Martens avait gravé et fondu des caractères grecs, les premiers dont on ait connaissance.

Dans le même volume que nous venons de citer, se trouvent des détails sur la perfection qu’introduisirent, dans l’art typographique,

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les imprimeurs belges, et sur ceux de ces artistes qui illustrèrent la ville où ils s'établirent, comme par exemple :

Louvain, séjour de Jean de Westphalic, de Jean Veldener, de Conrad Braem, etc.;

Bruges, célèbre dans les annales typographiques par les œuvres de Colard Mansion (1);

Bruxelles , par les travaux des Clercs ou frères de la vie commune ,

Anvers, qui vit fleurir Mathias Goes, Gérard Leew, Nicolas Kesler, Van lien Doys; et enfin le célèbre Christophe Plantin , qui fut surnommé par Zeltner le Coryphée des typographes. Le fameux Jusle-Lipsc, étant venu visiter son imprimerie, s’arrêta chez lui, et quoiqu’il fût attendu à l’université de Cambridge pour professer la langue grecque, il prit tant de plaisir à corriger des épreuves qu'il ne voulut plus quitter l’impri-

(1) Voir sur cet auteur-imprimeur la savante Notice publiée par M. Van Praet, membre de l'Institut de France. Comme elle se trouve rarement, n'ayant pas été tirée à un grand nombre d'exemplaires , nous en avons extrait les renseignements sur Colard Mansion , qu'on lit dans notre Biographie des plus célèbres Brugeois , à la fin du Précis des Annales de Bruges.

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merie. Il recevaitquatre florins par moiset il était spécialement chargé de la correction des textes en langues orientales. Dans la suite, il devint gendre et successeur de Plantin dans son imprimerie de Leyde, ce qui ne l’empècha pas de professer la langue hébraïque dans cette ville. La typographie plan tinienne passa, à la mort de son fondateur, en 1589, à son gendre Jean Morcto ou Moretus; elle continua longtemps encore à soutenir sa haute réputation. Elle se livrait particulièrement à l’impression des livres d’église, qu elle expédiait dans tous les pays catholiques, et notamment en Espagne et dans les possessions espagnoles aux Indes. Les souverains se plurent à donner aux chefs de ce grand établissement des marques de leur protection : Philippe II décora Christophe Plantin du litre de son architvpographe. Charles II anoblit, le 1 er septembre 1692, Balthasar Moretus, l'un des descendants de celui du même nom qui est mentionné ci-dessus, et ce prince déclara de plus, par acte du 5 décembre 1696, qu’il pouvait continuer l’exercice de l’art typographique sans dérogera la noblesse.

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Nous citerons encore :

Assclie, séjour de Josse Bade ;

Gand, où se fit remarquer Arnaud de Keyscre;

Audenaerde, où sc rendirent célèbres Jean de Keysere, Gérard de Flandre et Laurent Torrentinus.

Au sujet de ce dernier, nous rappellerons que c’est lui qui a recouvré à Florence le manuscrit original des Pandectes de Justinien. Les privilèges que lui donnèrent Charles- Quint , à Bruxelles, et Henri 11, roi de France, à Saint-Germain-cn- Laye, attestent ses talents et annoncent qu’avec grand soin, labeur et frais, il a découvert les vrais types et originaux des Pandectes («). Ce fut Cosme de Médicis qui eut la gloire de les faire imprimer pour la première fois en 1553, en deux volumes in-folio.

Dès 1454 on devait déjà singulièrement s’occuper de la confection de livres à Bruges, puisque l’on voit par le registre des recettes et dépenses de la communauté ou confrérie des

(1) Lambinct, Origine de l’Imprimerie , tome II , page 311

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