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Mais alors la langue était déjà, à très-peu de chose près, ce qu'elle est aujourd’hui, ainsi que le démontrent les ouvrages de Jacques Van Maerlant que, de nos jours, tout ilamand qui sait vraiment sa langue, comprend assez facilement.
Il fut le père de la poésie nationale. Cet homme infatigable au travail, doué de connaissances rares, d’un esprit élevé et pénétrant, était, comme on sait, natif de Damme en Flandre.
Ensuite se présentent Jean Van Hcelu qui, dans sa chronique rimée d’environ 10,000 vers, souvent plein de force et de vivacité dans les idées, raconte les exploits de Jean I er , duc de Brabant, et la victoire qu’il remporta en 1288, près de Woeringen; le flamand Gérard Van Lienhout, dont le poème sur l’histoire naturelle de l’univers, sous le titre d 'Astronomie, a été faussement attribué au frère Thomas (i).
(1) On peut voir relativement à cette production . des détails plus étendus, dans la préface du Miroir historique , de Van Maerlant. et dans le* Soirées historiques , de Van Wyn.
C'est avec raisou que MM. Serrure et Voisin ont dit, dans la préface de leur belle réimpression du livre de Baudoyn comte de Flandre (Bruxelles, 1836, grand in-8°), qu’un fait que l’on a reconnu depuis quelque temps, c’est que la Belgique, au moyen âge, a produit plus de poêles, proportion gardée, que beaucoup d'autres contrées. Aussi plusieurs savants Allemands ont remis récemment en lumière bon nombre de nos premières poésies flamandes, qui sont en général plus appréciées en Allemagne que chez nous, malgré les efforts de MM. Willems, Delmotte, de Reiffcnberg, Serrure, etc.
Du xiv e siècle jusqu'au milieu du xv e , nous avons la continuation du Miroir historique, du Brabançon Louis VanVelthem, la Chronique' de Nicolas De Klerk ou Le Clerc . d’Anvers; le Nouer au doctrinal ou Miroir des vices , par Jean de Weest, d’Ypres.
Vers la fin du xv e siècle et durant le xvi e , les sociétés, devenues célèbres sous le nom de chambres de rhétoriques, s’acquirent une grande illustration. La plupart des poètes qui florissaient
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à cette époque sont nés en Flandre et dans le Brabant.
Durant cette même période on doit citer Mathieu Casteleyn, d'Audenaerde. surnommé l’excellent poète moderne, auteur de chansons, de ballades, de drames et du plus ancien traité de jioésie qui existe en flamand ; Corneille Van Chistele, savant Anversois, dont les traductions de l’Énéide, de Térence, et des Iléroïdes d’Ovide sont d'une diction très-pure; J. -B.
Houwaert, né à Bruxelles en 1531, dans les ouvrages duquel on remarque à la fois un homme, joignant à une érudition variée et profonde , le sentiment de la poésie et le feu de l’imagination; Charles Van Mander, de Meulebeke près de Thielt, qui s’est fait une grande réputation comme peintre, comme poète et comme biographe; Zacharie Hevns, d’Anvers, dont les poésies originales sont écrites avec pureté et esprit, et attestent le génie de l’auteur et ses connaissances étendues; le célèbre Gantois Marc Van Vaernewyck, qualifié dans la seconde édition de son Histoire de la Belgique, d’ex-
BELLES-LETTRES
cellent poëte et historiographe moderne; Philippe de Marnix, seigneur de Sainte-Aldegonde, né à Bruxelles, homme d’Élat, savant et poëte; les savants lexicographes Corneille Kiliaen, Brabançon, et Christophe Planlin, d’Anvers, dont les dictionnaires sont encore si utiles de nos jours et si justement estimés; l’historien Emmanuel Van Meteren : tels sont les principaux auteurs qui ont illustré notre langue nationale.
Le xvu e siècle, si riche d'ailleurs en d’illustrations, est regardé, à juste titre, comme l’àge d’or de la littérature flamande.
Nous nommerons le premier, dans cette période, à cause de son mérite et de sa renommée, le poëte Cals (i), qui possédait des connaissance très-étendues : jurisprudence, philosophie, histoire, littérature grecque et latine, langues modernes, tout était de son ressort; il joignait à cela une veine poétique des plus fé-
(1) Quoique né en Zélande, il nous appartient par la langue, qui est le flamand encore en usage de nos jours.
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tondes, d’où les vers s'échappaient avec autant de facilité que de celle d'Ovide.
Ensuite viennent le célèbre Daniel Heinsius, natif de Gand, qui fut tout à la fois archéologue, philologue et poète; son compatriote et parent, Jacques Van Sevecotc, dont les poésies se distinguent par uue douceur et une grâce singulière et par une heureuse imitation des anciens; Gaspard Van Baerle, plus connu sous le nom latinisé de Barkeus, né à Anvers, et qui mérite, comme poète national, la réputation qu'il s'est acquise dans l'éloquence et la poésie latine ; Justus Harduyn ou Harduinus, de Gand, qui sut donner à ses nombreuses poésies l'harmonie du style, la pureté et la force du langage, et la couleur poétique des expressions; Guillaume Van Der Elsl, curé de Bouchaute, et Walerdyck, poète, moraliste facile et poli, dont M. W'illems nous a donné dernièrement des extraits remarquables. Guillaume Van lier Nieuwlandt, né à Anvers, à qui ses tragédies et son Essai sur l'homme assurent un rang distingué sur notre Parnasse; Olivier De Wree ou Vredius, savant
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Brugeois, qui se fit également connaître par son talent poétique; P. Geschier, curé du Béguinage, à Bruges, dont le poëme : La Pierre de touche du monde (des Wereldts Proef-Steen) se recommande par une versification coulante, une diction pure et correcte; Lambert De Vos ou Vossius , de Bruges , qui se fait remarquer par un style grave et nerveux. Albert-Ignace D'Hauius, poëte érotique . originaire du pays de Waes, se lit aussi, au xvu® siècle, une réputation justement méritée.
Un doit encore distinguer de la foule, le gracieux poëte bucolique J. -B. Willekens, d’Alost; le jésuite Liévin De Meyer, né à Gand, qui laissa un grand nombre de poésies. En terminant la série d’auteurs de ce siècle, n’oublions pas que Simon Stevin , de Bruges , fut un des premiers qui traitèrent en langue nationale un sujet scientifique.
Durant le xvm* siècle, Liévin De Meyer, né à Gand, nous donna son beau poëme en trois livres, »ur la Colère, imprimé à Louvain en 1725. Nous passerons les noms de plusieurs autres
lui LA ■ELGIQtiK illlstrIe.
poêles du même temps, pour arriver à Jean Lau rent Krafft, de Bruxelles, qui publia en 1740 uu recueil de fables (dm Schat der fabelen, 3 volumes in-12), d'un style gracieux et facile et d’une grande pureté de langage. Dans le Tableau de la pénitence , du Gantois François Van Bouchaule, se trouvent des passages pleins d’énergie. On vil aussi paraître alors un nombre considérable de pièces de théâtre. L’imprimeur Van Ketnpc seul en publia plus de cinquante.
G. -F. Verhoeven, de Lierre, fit plusieurs savants mémoires relatifs à l’histoire de la Belgique, et qui sont encore journellement consultés par les auteurs.
Alberic Stichelbaut, fit imprimer à Bruges, en 1811 , un poëme de plus de 8,000 vers, intititulé : Jerusalems Herslelüng, in twaelf boeken , dans lequel se font remarquer de beaux passages; un autre poëme sur les Belges, par De Borghgrave, mérite presque autant de renommée à son auteur, que celui de llelmers : De Uoltandschc naïve, lui en valut de la part de la Hollande.
BELLES- LETTRES
Nous ne devons pas omellre le savant grammairien Pierre Behaegel, né à Thiell, dont ï Emancipation , disait en 1836, n° du 15 septembre : i Nous n’hésitons pas à placer à la tète des écrits les plus utiles et les plus méritants sur la langue flamande, les consciencieux et nombreux ouvrages du premier de nos grammairiens... »
L’espèce de revue que nous venons de faire est bien incomplète, puisque dans l’ouvrage de M. W'illems, sur la littérature flamande, il est fait mention de plus de deux cents auteurs qui nous ont laissé des ouvrages en cette langue, mais nous avons dû cette fois encore ne pas dépasser nos limites. Celte mention sommaire doit suffire pour prouver que la littérature flamande mérite de tenir rang parmi celle des autres nations.
Espérons que l’impulsion donnée maintenant aux diverses branches de l’intelligence en Belgique, non-seulement contribuera à mettre la nation au rang qui lui appartient dans l’histoire de la civilisation, mais encore excitera notre
I U t LA BELGIQUE ILLUSTRÉE.
jeunesse à suivre dignement la route qui lui a été tracée par ses aïeux, dans l'étude des belles-lettres.
D'abord d'un art naissant le grossier inventeur,
Sur le bois sillonné gravait avec lenteur ,
Et par l'acier tranchant la parole tracée,
Aprè» de longs efforts, exprimait la pensée ,
Bientôt , sans emprunter les secours du burin ,
On peignit tous les sons par un mobile airain Secret ingénieux , art utile à la terre ,
Oui fait à l'ignorance une éternelle guerre.
(Thomsi , la Pétréhle. )