‹ La Belgique illustrée par les sciences, les arts et les lettresChapitre 4 sur 28 · TISSER AND ERIE S ET TAPISSERIES · texte numérisé non relu

TISSER AND ERIE S ET TAPISSERIES

Les deux Flandres furenl longtemps en possession exclusive de la culture du lin; mais elle s'élail successivement étendue aux autres provinces. Le mode de culture, l’ordre des assolements, l’apprét de la terre, les engrais, les soins voués à la plante, la méthode de rouissage sont tellement perfectionnés en Belgique que nos lins sont recherchés de toute l’Europe.

Les Anglais et les Français achètent presque tous ceux que produisent le Hainaut, le Brabant et la province de INamur. Les négociants anglais en tirent aussi une grande quantité des deux Flandres. C’est le Hainaut qui fournit aux

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Français les lins ramés qu’ils emploient dans la fabrication des linons et batistes.

M. Auguste Sacre, à Bruxelles, a inventé une mécanique pour sérancer le lin, et pour laquelle il lui a été décerné une médaille en argent. On sait que l’opération du sérançage consiste à donner au lin l’apprèt nécessaire pour le mettre en état d’ètre filé (i).

En 1831 les exportations de la Belgique, en toile de chanvre et de lin , se sont élevées à 5,500,000 florins, et en 1832 à 6,300,000 florins.

Aux xv c et xvi* siècles les toiles de Flandre avaient acquis une si grande réputation, que Colbert s’cllbrça d’attirer par toute sorte d’encouragements des ouvriers de ce pays pour importer en France l’art de fabriquer les toiles fines qui y était ignoré, ou qui du moins y était encore dans l’enfance.

La prospérité de cette industrie a fait dire à

(I) Gathnnl , Rapport sur l'exposition des produits de l industrie .

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Guichardin : « Je trouve que ce furent les Belges » les premiers qui fabriquèrent non-seulement > la toile pour les habitants d'au delà des Alpes, » mais eucore les draps de laine de toute espèce. » Cet art, ainsi que celui de teindre les laines, » furent importes par eux en Angleterre. »

On n’est pas d’accord sur l’époque précise où l’art de tisser le lin s’introduisit en Belgique. D’après un de nos plus savants historiens (i),

notre culture et notre tisscranderie de lin se-

raient antérieures à l’ère chrétienne.

Pline parle (liv. ix, ch. 1) de la blancheur des toiles des Gaules et de la quantité des tisserands : « Ultimiquc hominum existimali Morini , » imo vero Gallia universa telas texunt, etc. » Les Belges faisaient encore différents habillements de toile, comme le prouvent Tacite et autres. Saint Jérôme même nous apprend combien ils étaient renommés par leur dextérité à travailler le lin et .le chanvre, par la blancheur et

(1) Notice sur l'origine de la fabrique des toiles de lin dans le» Pays-Bas , et notamment en Flandre, par Kapsact ( insérée au Messager des Sciences el des Arts , années 1827-28, p. 213).

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la qualité de ces produits de leur industrie, auxquels on ne pouvait comparer ceux d'aucun autre pays. A celte époque, nos lins étaient estimés chez les nations les plus éloignées. Le père de l’Église dont nous venons de parler, reprenant un certain Jovinien, autrefois moine, de son luxe, lui dit : « Nunc, sericis vestibus, et » Atrebatum telis , ac Laodiceæ indumentis or-

• natus incedis. — Tu t’avances aujourd'hui

• paré de vêtements de soie, de toile des Atre- » bâtes et d’éloflês de Laodicée. •

La fabrique du lin, en Flandre, est la plus importante de la province. Les tisseranderies y sont supérieures à celles de la plupart des autres pays. Gand et Courlrai sont fameuses par leurs toiles, et les blanchisseries de Gand attirent l’attention des voyageurs.

C’est dans la ville de Nivelles que, selon ses archives , s’établirent vers le commencement du xvi* siècle les premières fabriques de toiles tines, connues depuis sous le nom de batiste. En 1647, par suite d’une émeute, cette industrie passa à Valenciennes, Cambrai et Douai.

— — - P i g i fa e d by Go ogle

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Le lia fin, que proiluit la Belgique, fournit le (il délicat avec lequel on travaille les dentelles de Malines et de Bruxelles. On a imité ailleurs les ouvrages de ce genre, niais on n’a jamais pu les égaler.

La fabrication des dentelles est, comme celle des tissus de lin , comme la draperie, une industrie dont on pourrait presque dire que la Belgique a été le berceau.

Venue, selon l’opinion la plus probable, de l’Italie, c’est dans nos provinces qu’elle s’ est élevée au plus haut degré de perfection qu’on l’ait vu atteindre. D’après le rapport du conseiller Bacon (i), ce ne fut que vers 1730 que les Anglais introduisirent chez eux la fabrication de la dentelle, imitation de Bruxelles.

11 est prouvé par une suite de dix estampes, gravées vers 1580 ou 1585, représentant les occupations humaines aux différents âges de la vie, et que possédait M. Van liulthem, qu’à

(lj Rapport du conseiller de commerce Bacon , adressé au conseil des finances, le 7 octobre 1762.

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celle époque le iravail de la dentelle à la moderne, sur un coussin à tiroir et avec des fuseaux, était très en usage, puisque le dessinateur l’a choisi de préférence pour caractériser une époque de la vie. Cesl donc à tort que Heylen ne fait mention des dentelles que sous l’année lti-i7 (i).

Une fabrique qui a répandu le nom de la ville de Courlrai par tout l’univers, et qui n’a été poussée nulle part à un aussi haut degré de perfection, c’est celle des nappes et serviettes damassées. Elles sont tissées avec tant d’art qu’on ne sait qu'v admirer le plus, soit la correction du dessin , soit la multitude des objets représentés, soit la largeur extraordinaire des pièces (a).

Lady Sallon, qui introduisit en Écosse les premières connaissances sur la fabrication et le blanchiment des toiles, alla exprès parcourir la Flandre et la Hollande pour y recueillir ces notions. En 171(i, ces fabriques furent encoura-

(1) Mémoire sur le commerce de lu Flandre aux i»e tfl xvt«* siècle», par M. le liaroii de Rciff'cubci g.

(2) Paquet Sypli. , J'oyayes aux Pays-Bas.

tisskiu'idehif.s et tanhmim.

gécs par une association des principaux gentilshommes d’Écosse (t).

L'invention de la haute et basse lisse vient du Levant , les Flamands en ont apporté l’art dans leur pays au retour des croisades, et ils y ont longtemps excellé sans avoir de rivaux ; même en France il ne se fit rien de remarquable en ce genre que sous le règne de Henri IV. Meyer, à l’année 1396, fait une mention expresse des tapis fabriqués à Arras, et sur lesquels étaient représentées les aventures d’Alexandre le Grand. On a prétendu que l’art de la tapisserie n’avait pas été cultivé avant le xv e siècle, à Bruges, à Tournay et à Audenaerdc; mais celte opinion est sans fondement, car M. Lambin, archiviste d’Ypres, a prouvé que déjà vers la fin du xiii* siècle il y avait à Ypres une manufacture de tapis.

Les tapisseries suspendues aux fenêtres des rues de Londres, le jour qu’fidouard III y fit son entrée triomphale, après sa victoire de Poitiers

(1) Peuchel , Dictionnaire de la géographie commerciale.

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