Auguste Dewinne. — Le Vooruit et ses détracteurt
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par la coopérative, ses parvenus et ses ventres dorés. De l'école capitaliste, c'est comme du séminaire, il en reste toujours quelque chose. L'idée purement socialiste s'atténue devant l'idée affaires. La nécessité d'éviter la ruine de la maison de commerce fait déjà repousser la doctrine « catastrophique » de Blanqui. La grève est redoutée comme un fléau par les coopératives. L'action commerciale contredit l'action directe. La peur de compromettre des entreprises qui font des millions d'affaires tous les ans engendre la peur de l'aventure. Le travail se poursuit, actif, pour les plus larges profits avec le moins de risques.
Aux premiers temps, le socialisme apparaissait aux bourgeois comme une espèce de dragon horrible. Mais le coopératisme a coupé les griffes du monstre et le monstre s'est domestiqué.
Quand M. Maurice Bourguin écrivait que « les voies révolutionnaires ne semblent pas convenir à la coopération «, il ne pensait pas si bien dire. L'exemple de la Belgique atteste une surprenante appropriation de la mentalilé socialisteaumoule capitaliste. Elleesttelle qu'on peut s'attendre un jour à voir les coopératives socialistes elles-mêmes se dresser contre le système des monopoles de l'Etat.
Le socialisme théorique préconise le monopole, c'est-à-dire l'unification complète du commerce et de l'industrie ; mais voici que surgit le socialisme commercial, c'est-à-dire le socialisme pratique, et que voyons-nous déjà à sa base? La propre négation du monopole : la concurrence.
L'esprit d'association a fait les coopératives ; mais il fait aussi la concurrence entre coopératives. C'est la Coopération, l'organe principal des coopérateurs belges, qui lui-même nous révèle cet état de choses permanent, qui tend à s'accentuer, et dont le clair résultat est la propre accession ou ascension du socialisme au capitalisme.
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A Liège, au lieu de n'avoir, comme à Gand et à Bruxelles, qu'un seule coopérative de boulangerie, les socialistes en possèdent une dizaine. Chaque société a commencé par ouvrir une boutique, une Maison du Peuple; petit à petit, toutes ont créé une boulangerie, s'inquiétant peu ou point si la nouvelle entreprise ne compromettait pas l'œuvre ancienne.
A Seraing, il y a sept ou huit sociétés coopératives similaires. On a appris, par l'exemple du Progrès, de Jolimont, que la brasserie, sous la forme coopérative, est une excellente entreprise. Depuis, nombre de sociétés rêvent d'avoir aussi leur brasserie.
Chacun ne vit que pour soi dans le domaine de la production. Chacun tire à soi. Gand, Louvain, Huy, Pâturages, Binche ont leur fabrique coopérative de chaussures. Louvain, Gand, Saint-Léger, Alost fabriquent coopérativement cigares et cigarettes. Chaque coopérative veut avoir son journal au détriment de l'organe central. ■
Une nouvelle manifestation de cet esprit localiste est fournie par la création d'une fédération coopérative dans le Borinage, poursuivant un but identique à celui de la Fédération des coopératives belges.
Il y a quelques années, les dirigeants socialistes avaient essayé de constituer, dans les diverses régions du pays belge, une Fédération régionale qui devait servir de trait d'union entre les coopératives locales et la Fédération nationale. Ils ne purent aboutir.
Le collectiviste cherche à tuer l'individu. L'individu se réveille chez le collectiviste lui-même.