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CHAPITRE III

Le socialisme appliqué.

Les transformations sociales. — Le retour aux aoiciennes corporations. — L'organisation des métiers et celle des syndicats.

— Mêmes formes, mômes conceptions, mêmes tendances vers la monopolisation. — L'individualisme contemporain et le système corporatif. — Une conquête de la Révolution : la liberté du travail. — Les révolutionnaires contre la Révolution. — La Belgique berceau du syndicalisme. — Le socialisme économique. — Conflits et batailles d'intérêts. — La production socialisée. — Le capitalisme prépare le monopole.

— Les socialistes complices des accapareurs. — La société dans la voie socialiste. — Le régime existant, encore amplifié, serait-il le régime idéal ? — Les syndicats verriers forcent les producteurs à se coaliser. — Ou l'organisation patronale ou la grève. — La limitation de la production aux besoins de la consommation dans les mines de charbon. — Les socialistes belges inventent le chômage proportionnel. — La démocratie ouvrière liguée contre la démocratisation des prix.

Une évolution s'est évidemment produite, mais plus nous éludions la lutte des classes et des idées en Belgique, plus nous sommes amené à conclure que le moule, le réceptacle, l'alambic, où se distillent les transformations sociales n'ont pas changé. Les ouvriers aujourd'hui se disent socialistes : les artisans des corporations de Gand, d'Ypres, d'Audenarde, de Louvain l'étaient aussi, à leur manière, lorsqu'ils défendaient leurs prérogatives professionnelles, et les moines même, lorsqu'ils se groupaient dans les couvents pour travailler la terre et faire du commerce en commun. Des abbayes aux maisons de corporations,

la distance n'est pas grande. Entre les maisons de corporations et les Maisons du peuple, il y a de même d'étroites parentés.

Tout le mouvement syndicaliste auquel nous assistons n'est pas autre chose qu'une renaissance, une résurrection du corporatisme de l'époque des communes. La loi palingénésique s'affirme ici avec force.

Les points de comparaison abondent. En feuilletant {'Histoire de la période communale en Belgique^ de M. Maréchal, on ne cesse pas d'en relever.

La corporation constituait une personne civile : à ce titre, elle pouvait acheter et vendre des marchandises et posséder des immeubles. — Le syndicat n'a pas encore la capacité juridique, mais il l'aura parla force des choses, et, en attendant, il peut, par les coopératives, acheter, vendre et posséder.

La caisse des corporations était alimentée par les cotisations des membres, les droits d'entrée et les amendes. — Il en est de même aujourd'hui dans les syndicats.

Les corporations possédaient en commun une maison, où se tenaient leurs assemblées. — Les syndicats ont leurs maisons du peuple, où ils tiennent leurs réunions et qui sont pareillement leur siège social.

Chaque métier avait un sceau et une bannière. — La plupart des syndicats ont aussi leur sceau; ils ont tous leur bannière.

Grâce à leur union, les membres d'une corporation pouvaient avoir en commun ce qu'il eût été bien difficile à chacun d'avoir en particulier. Ainsi, les tanneurs avaient un moulin à écorcer commun. Les écorces étaient achetées en gros par les doyens et réparties ensuite entre les différents patrons. — Les coopératives de production et les fédérations de coopératives ne procèdent pas autrement.

Seuls, les membres de la corporation pouvaient

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fabriquer et vendre, dans la localité, les produits de leur industrie; on était donc forcé d'accepter leurs conditions. Or, le prix de la marchandise était fixé par le reward (sunreillant) et toujours maintenu à un taux rémunérateur. — Les syndicats sont unanimes à réclamer pareille organisation.

Le compagnon était l'associé du patron. Son salaire était réglé; il ne différait pas sensiblement de celui du patron. — Il n'est pas un syndicat qui ne revendique un salaire se rapprochant plus sensiblement de celui du patron.

Pour éloigner tout souci du lendemain, les membres de métier formaient entre eux une vaste société mutuelle; l'argent des cotisations, des droits d'entrée et des amendes servait à secourir les confrères malades, à indemniser ceux dont la maison était incendiée, à subvenir à l'entretien des veuves et des orphelins. — Les syndicats ont pareillement leurs sociétés de secours mutu»els.

Le métier ne voulait pas seulement que ses membres eussent de quoi vivre : il s'occupait aussi de leur ménager un repos convenable. La quantité de travail à fournir chaque jour était déterminée ; on fixait de même le nombre d'heures de travail; tout travail de nuit était interdit. Le patron encourait une forte amende s'il violait, sur l'un ou l'autre de ces points, le règlement du métier. — La réglementation de la durée du travail, le règlement d'atelier, les poursuites contre le patron s'il viole le règlement : on voit tout cela encore dans l'actuelle organisation du travail.

Les rewards avaient le droit de visiter à toute heure les ateliers. D'où une foule de tracasseries et de vexations. A Ypres, nous voyons même les valets admis à partager la surveillance du travail : « Il y aura dans la ville d'Ypres, dit un règlement de 1280, deux voies (c'est-à-dire deux inspections), l'inspection

du nord et l'inspection du sud. Dans chacune, six maîtres et trois valets ». — L'industrie est aujourd'hui pareillement contrôlée : les inspecteurs du travail ont simplement remplacé les rewards. Comme autrefois, les ouvriers ont des délégués reconnus pour la surveillance des lois professionnelles.

Les métiers devenant de véritables monopoles aux mains de quelques-uns, la valeur des produits atteignait des prix exagérés. — Les syndicats ne cherchentils pas de même à faire monter les prix, pour faire monter les salaires, en faussant le jeu de la libre concurrence? Ne réclament-ils pas de même la monopolisation des produits qui favorise leur cherté*?

Qu'ar rivait-il avec le monopole? Il arrivait qu'abrités derrière leurs privilèges et n'ayant point de concurrence à redouter, les métiers se dispensaient généralement de toute recherche et de tout effort. Ils s'efforçaient même de briser l'initiative des compagnons intelligents et travailleurs qui cherchaient des perfectionnements. — Dans toutes les exploitations monopolisées, n'est-ce pas aujourd'hui la même aberration?

Le monopole! Il aboutissait à ceci encore : un savant voulait construire des instruments de mathématiques et d'astronomie : les chefs de la corporation venaient détruire ses fourneaux. La raison ? Il n'était pas des leurs. Créait-on un nouvel outil ? Telle corporation prétendait avoir seule le droit de le fabriquer. Argand invente le quihquet : les ferblantiers veulent lui défendre de tirer aucun profit de son invention; car eux seuls ont le droit de faire des lampes. Quelle partie d'un soulier un membre de la corporation des

1. Les allumettes françaises, renommées pour leur cherté et leur mauvaise qualité, reviennent à l'Etat français à 180 francs le million, d'après un rapport de M. Antonin Dubost. Si, au lieu d'avoir des manufactures à lui, l'Etat achetait les allumettes en Bdgique, à l'industrie privée, il ne les paierait que 130 francs.

savetiers pouvait-il réparer sans empiéter sur les droits de la corporation des cordonniers? A quel moment un habit cessait-il d'être neuf et pouvait-il être vendu par un fripier sans que celui-ci eût à craindre d'être traduit en justice? De telles questions se posaient. Elles entretenaient des rivalités passionnées qui dégénéraient parfois en tueries. A Gand, en 1345, les tisserands massacrent 500 foulons; quatre ans plus tard, les foulons, unis aux bouchers, font périr 500 tisserands.

Que l'Etat s'empare demain de tous les moyens de^ production et nous assisterons aux mêmes abusi et aux mêmes errements amplifiés encore. L'ouvrier ne sera plus qu'un automate, l'Etat industriel ne gagnera plus rien à la substitution d'un procédé de travail à un autre plus pratique, et le progrès sera détruit dans l'esprit d'initiative, c'est-à-dire dans sa source même.

Les corporations ont eu leur utilité historique. Dans une époque de servitude, elles furent de précieux instruments de défense. La perspective pour chacun de devenir maître à son tour, de fonder une famille, d'acquérir l'indépendance, ennoblissait le travail et relevait les professions inférieures. Les métiers donnèrent ainsi aux communes une prospérité que la plupart n'ont jamais retrouvée depuis. Peut-être même la répartition des richesses s'effectuait-elle alors d'une façon plus équitable qu'aujourd'hui.

Mais on oublie trop que les corporations furent, de par leur discipline étroite qui répugne à notre individualisme contemporain, des organismes de tyrannie. On oublie trop, quand on souhaite leur retour, la réaction qu'elles engendrèrent, et la grande révolution économique du machinisme. On oublie trop surtout la Révolution française, dont l'un des premiers actes fut précisément de substituer, au système cor-

poratif, celui de la liberté du travail, — la liberté fut alors considérée comme une conquête, — et de décréter que seule la loi de Toffre et de la demande interviendrait désormais dans les échanges.

Il est piquant de remarquer, à cet égard, que les mêmes hommes, qui s'inspirent des principes de 89, cherchent aujourd'hui à faire revivre le système des corporations que ces mêmes principes condamnèrent au nom du « droit sacré » de la liberté.

La Révolution française elle-même n'aurait-elle donc été qu'un accident politique ?

Berceau du syndicalisme, la Belgique était, en tout cas, bien préparée pour recevoir et s'assimiler les théories collectivistes. Aucune violence ne fut nécessaire. Elles étaient dans l'atmosphère. On en peut trouver une preuve dans ce fait que les ouvriers belges n'ont jamais été républicains dans le sens que Ton donne en France à cette appellation. Ils se sont réveillés socialistes sans transition aucune. On pourrait dire, dans une certaine mesure, que la conformité même du cerveau belge est socialiste. Pour toutes les œuvres d'assistance, de prévoyance, de mutualité, pour les coalitions professionnelles, le terrain était prêt. Et le principal ouvrier du corporatisme socialiste fut le besoin même de TelTort commun, aidé par la compréhension nette de la solidarité des intérêts.

La Belgique a été ainsi amenée peu à peu à créer un genre de socialisme qui lui est propre, ou, du moins, que nous ne trouvons aussi développé dans aucun autre pays, si ce n'est en Australie peut-être : le socialisme économique. La race est essentiellement mercantile et l'on trouve chez les socialistes belges, au premier plan, le même esprit de compétition qu'ils critiquent et combattent dans la société capitaliste.

Le socialisme, par ses coopératives, ne dresse pas

seulement le consommateur contre le producteur : il dresse le producteur contre le producteur. Il y a déjà conflits et batailles d'intérêts. I>éjà, la grande boutique coopérative essaie d'absorber la petite en la ruinant. Les chefs socialistes sont pour le grand commerce, le trust des coopératives. Pour réaliser la justice et donner à chacun le produit de son toiTail, ils veulent dès à présent pouvoir diriger, en le centralisant, le mouvement coopératif. Ils prêchent la concentration monopolisatrice.

Mais voici qu'avec leur sens pratique et l'esprit de liberté qui est en eux, les socialistes belges semblent déjà reculer devant la monstrueuse conception qui ferait de tous les individus des serviteurs et des rouages d'une administration qui serait tyrannique et odieuse comme toutes les administrations, et qui le serait même davantage puisqu'elle serait plus ét.endue.

Contre le despotisme d'un Etat qui ne serait qu'une sorte de. confédération générale, nous voyons déjà se dresser l'intérêt particulier du syndicat. Nous voyons déjà les associations corporatives perdre complètement de vue l'intérêt de la collectivité dans leur lutte — d'ailleurs légitime — pour un meilleur salaire. Nous les voyons parfois se faire même les complices du capital dans cette bataille des appétits déchaînés. Nous voyons, par exemple, le syndicat des ouvriers verriers proclamer triomphalement qu'il a réussi « à établir l'union complète entre le capital et le travail» à la suite d'un conflit dont les circonstances méritent d'être rapportées.

Les sociétés verrières cherchaient depuis longtemps à former un syndicat pour la réglementation de la vente, une sorte de trust d'expansion et de défense qui aurait pour conséquence immédiate «de relever les prix. Mais l'entenle ne pouvait s'établir, en raison surtout des exigences de certains produc-

leurs dans la répartkion des quotes-parts : que ûrent alors les ouvriers socialistes? On peut penser qu'ii-s se tinrent cois, n'ayant pas à intervenir dans unedis- CTiesion essentieilement patronale, n'intéressant que la direction administrative de§ diverses entreprises de verreries. On peut penser encore qu'ils protestèrent contre la nouvelle coalition capitaliste qui s'apprêtait à surgir et dont le résultat le plus clair serait l'augmentation des prix de tous les objets en verre et, par suite, du coût de la vie. Non. L'Union verrière, qui réunit tous les verriers socialistes, n'intervint que pour sommer les producteurs de se coaliser, et voici les paroles significatives prononcées par le président du Syndicat des ouvriers : « Les établissements luttent entre eux; c'est l'anarchie, il n'y a ni réglementation ni entente. Si les patrons marchaient d'accord, il en serait autrement. La grosse majorité d'entre eux est de cet avis; mais l'entente n'est possible qu'à la condition d'être unanime, par exemple, par la création d'un comptoir général de vente. Malheureusement, quelques patrons n'en veulent pas, alors que c'est la seule solution de la crise, le seul moyen possible de sauver cette belle industrie. » Et, non contents de se prononcer ainsi pour la formation du syndicat patronal, les ouvriers signifièrent aux fabricants leur préavis de cessation de travail, si, à une date déterminée, l'entente n'était pas conclue. Ou l'organisation patronale ou la grève. L'ultimatum fut catégorique.

Les ouvriers firent plus : sachant qu'un fabricant au moins ne voulait pas entendre parler de convention, ils menacèrent ce « sauvage » d'un boycottage en règle s'il n'adhérait pas au groupement. L'Union verrière ne lui fournirait plus d'ouvriers et il serait obligé de fermer son usine, dans l'impossibilité de recruter un personnel, assez nombreux parmi les ouvriers non syndiqués.

L'idée de l'Union verrière, en poussant à la création

d'un cartell verrier, était évidemment d'amener, avec une majoration des prix, une amélioration des salaires. Mais le moyen employé est au moins curieux si Ton songe aux campagnes des socialistes dirigées contre l'agglomération capitaliste, à leur lutte contre «la concentration des richesses qui supprime la classe moyenne et opprime et affame les travailleurs. »

Les socialistes qui, ouvertement, collaborent à cette concentration, peuvent-ils se plaindre si, par elle, comme ils le prétendent, le public est taillé à merci? Peuvent-ils encore criera Taccaparement?

Pour maintenir la fermeté des prix et des salaires, les syndicats ouvriers ont imaginé un autre moyen d'intervention dans la direction des entreprises charbonnières, et celui-ci est plus caractéristique encore : ils ont inventé le chômage proportionnel.

Le 1*^ avril 1908, quelques charbonnages réduisaient de 5 à 10 p. 100 les salaires, le prix des charbons ayant lui-même subi une baisse sensible. Une vive effervescence se manifesta aussitôt dans tous les bassins, et les syndicats prirent une décision inattendue : remontant à la source du mal, ils voulurent empêcher la baisse des prix en arrêtant la surproduction, c'està-dire la formation des stocks, et, pour arriver à leurs fins, ils résolurent de limiter à cinq jours, puis à quatre s'il était nécessaire, la semaine de travail. Et le chômage proportionnel fut décrété. Il fut décrété et appliqué malgré les jugements des conseils de prud'hommes de Dour, de Pâturages, d'Auvelais et de Gharleroi qui, tous, virent dans le fait de l'abandon du travail, une rupture du contrat synallagmatique liant les deux parties.

Le parti socialiste fît naturellement cause commune avec les syndicats ouvriers et l'un de ses chefs, M.Jules Destrée, que nous avions consulté sur cette audacieuse tactique, nous déclara : « Les droits des mineurs sont ici des droits d'associés; les temps ne

sont plus où les ouvriers pouvaient être considérés comme des instruments inconscients aux mains des fiatrons ».

Des ouvriers nous dirent à leur tour : « Nous sommes les victimes de la mauvaise organisation capitaliste. Avec le système d'exploitation à outrance, les crises industrielles sont inévitables. Le prolétariat est la première victime de ces crises. Il a le droit d'intervenir. JJn seul moyen est en son pouvoir : la limitation de la production par le chômage proportionnel. Proportionner la production aux besoins de la consommation, c'est assurer la stabilité d'une industrie, c'est maintenir la fermeté des prix, c'est empêcher, par suite, la diminution des salaires et toutes les misères qu'elle entraîne à sa suite. Quand il y a des stocks, les patrons imposent des réductions et l'ouvrier crève de faim. Les stocks étant ainsi les grands régulateurs des salaires, il importe de les abolir en travaillant moins quand ils commencent à se former. Gomme associé du capital, le travail a un droit de contrôle. Les ouvriers doivent savoir, désormais, quelle est la situation exacte du marché. Ils doivent suivre le mouvement des commandes, étudier les rapports et statistiques, apprendre à lire les bilans pour savoir ce qu'il y a dedans et même ce qu'il n'y a pas. Les sociétés charbonnières s'associent pour vendre leur charbon le plus cher possible, et quand elles réalisent des bénéfices scandaleux, les ouvriers ne sont pas plus payés ou ne touchent que des augmentations dérisoires. Par la réglementation de la production, une telle augmentation de la maind'œuvre sera rendue impossible. Sans les bras des travailleurs, sans leur effort de tous les jours, c'est la mort industrielle et le silence partout. Mais la victoire ouvrière ne sera complète que lorsque les syndicats parviendront à régler internationalement la production. C'est ce résultat qu'il est indispensable d'at-

teindre. 11 ne faut plus que, lorsque les mineurs d'une nation sont en lutte contre le patronat pour Tamélioration de leur situation matérielle ou morale, leurs camarades des nations voisines fournissent eux-mêmes au patronat Tarme terrible de la surproduction. La Belgique vient de donner l'exemple. »

Par une coïncidence singulière, la même tactique était suivie au môme moment par les ouvriers diamantaires d'Anvers et d'Amsterdam. Ici encore, les associations cmvrières des deux grands centres diamantaires voulurent, par une grève d'une durée déterminée — un mois — arrêter une surproduction causée par le ralentissement des achats d'Amérique, qui menaçait de provoquer une baisse des prix. Quatre semaines de chômage, c'était 25.000 carats de moins jetés sur le marché. Après une telle restriction dans la fabrication, le diamant retrouverait son cours normal, et même, quoiqu'ils aient atteint jusque-là 200 francs et plus par semaine, les salaires pourraient se redresser encore : telle était du moins la pensée des ouvriers diamantaires, car il convient d'ajouter que les salaires ne furent pas augmentés comme les ouvriers l'avaient escompté. Au contraire. Le premier effet de la grève, en effet, fut de favoriser à la fois les petites fabriques où travaillent des ouvriers indépendants et l'organisation dissidente mixte, mi-patronaie, mi-ouvrière, connue sous le nom de « Gilde ».

Quoi qu'il en soit, voici deux corporations, — mineurs et diamantaires — qui prennent prétexte d'un ralentissement des affaires de nature à provoquer une baisse des prix, et, par conséquent, des salaires, pour décréter d'elles-mêmes, sans aucune sorte d'entente avec les patrons, la limitation de la production.

Pour les ouvriers des tailleries, la grève proportionnelle ne pouvait avoir de conséquences graves. Le diamant est un objet de luxe et de fantaisie, la hausse

des prix ne saurait ici atteindre réellement la grande collectivité des consommateurs. On vit très bien sans diamants.

Pour Tindustrie houillère, les conséquences ne pouvaient être les mêmes. Le maintien rigoureux des prix du combustible dans une période de crise équivaut à ujie déclaration de guerre à Tinduslrie métallurgique qui ne vit que par le charbon. Or, Tindustrie métallurgique occupe des milliers et des milliers d'ouvriers que la cherté du charbon affame lorsqu'elle enlève aux industriels nationaux toute possibilité de tenir tête à la concurrence étrangère.

Les syndicats des mineurs ne virent ici encore que leur intérêt corporatif particulier. Alors que le pays était atteint dans ses forces vives, ils préférèrent un travail limité à une réduction des prix du produit régulateur de Tindustrie. Leur solidarité pour les ouvriers métallurgistes et poer la cone€tîvité s'arrêta à la conception éminemment pratique du travail proportionnel et ils firent le jeu des producteurs charbonniers qui ne protestèrent et ne poursuivirent les chômeurs que pour le principe, les journées de chômage n'étant naturellement pas payées.

Ainsi la démocratie ouvrière nous donne le curieux spectacle d'une lutte organisée, essentiellement capitaliste dans sa forme et dans ses résultats, contre la démocratisation des prix.

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