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CHAPITRE II

Le socialisme apprivoisé.

La rareté relative des grèves en Belgique. — Les socialistes belges envisagent la grève comme un moyen extrême. — Le coopératisme absorbe et assagit les dirigeants. — La grève serait la ruine des institutions socialistes. — Flamands contre Wallons dans les grèves noires de 1887. — L'excommunication du wallon Defuisseaux. — Le Vooruit se prononce contre la grève dans une période de crise. — L'action directe et le sabotage condammés en Belgique. — La question sociale est une question de science, non de violence. — Le congrès de Stuttgart condamne la colonisation capitaliste. — Les socialistes belges n'en admettent pas moins le principe de l'annexion du Congo. — Quand la raison parle, le socialisme ne discute plus. — L'entente cordiale du travail et du capital. — Les machines sont des « libératrices » et les fabriques sont un progrès social. — Le socialisme belge manque de direction spirituelle. — Il est conforme à l'esprit essentiellement pratique et matérialiste du pays. — Tel climat, tels hommes.

La Belgique est, parmi les pays industriels d'Europe, celui qui compte le moins de grèves et de grévistes ^

1. La dernière statistique (1907) donne les chiffres suivants :

Grèves Grévistes

Allemagne 3.328 272.218

France 1.309 438.466

Autriche 1.083 153.688

Angleterre 486 217.773

Belgique 207 24.982

La proportion des grèves par rapport à la population est la suivante : Grévistes

par million d'habilanis

France 11.180

Allemagne 6.500

Autriche 5 640

Angleterre 5.040

Belgique 3.515

La Belgique est très en retard — ou, si Ton veut, très en avance — sur les autres pays, quant au nombre des grévistes. La grande majorité des conflits y sont réglés entre patrons et ouvriers, sans autre intervention. Toutefois, on peut noter, en ces dernières années, une fréquence plus grande de l'intervention des unions professionnelles, et, dans ce cas, les résultats sont plus favorables aux ouvriers.

De façon générale, la grève n'est pas, en Belgique, le brusque résultat d'un mécontentement. C'est l'action réfléchie d'une organisation prép^irée. Les socialistes belges savent par expérience qu'une grève perdue a pour résultat de désorganiser et de créer une atmosphère de défiance et de suspicion. Ils l'envisagent comme un moyen extrême très redoutable.

L'évolution coopéi'ative du socialisme contribue beaucoup à cette sagesse. Des ouvriers qui, jusqu'ici, ne songeaient qu'à se mettre à la tête des grèves et de toutes les agitations révolutionnaires, ont été appelés, en effet, à diriger les coopératives de production et de consommation, et l'on voit aujourd'hui ces mêmes « camarades » prêcher l'ordre, l'apaisement et la conquête du pouvoir par les moyens évolutionnaires. La raison? Ce sentiment très humain que La grève est la mère de la misère et que misère nécessite crédit. Or, le crédit ne fait pas leur aff*aire. Le 12 juillet 1900, M. Anseele prononçait, dans un discours sur la coopération, les paroles suivantes: « Nous avions, il y a quelques semaines, dix mille grévistes chez nous, des milliers de fileuses de lin, le lock-out des ouvriers menuisiers, et il y avait au Vooruit assemblée plénière. Ils étaient là, dans la salle, des milliers et encore des milliers. On disait : « Vous savez, il y t< a la grève... — Oui, oui... Cela coûte. — Ah! natu- « rellement, cela coûte. — La coopérative va donner u quelque chose... — Tout ce que vous voudrez, fut-il 5< répondu ; vous avez libre carrière ; vous pouvez dis-

« poser (le la caisse aussi largement que vous le « voiodrez. »

Tout ceci est très beau en paroles, mais la coopérative qui vend du pain doit payer son fourmisseur de farine, et celle qui fait commerce de meubles son fournisseur de bois, et celle qui vend des vôtements son marchand d'étoffes. La coopérative aura vivement fait faillite si elle donne tout et ne reçoit rien. Les dirigeants 'le savent : ils savent que la grève c'est l'obligation de faire crédit, -et que le crédit, pour les institutions ouvrières, c'est la ruine à bref délai. D'où la nécessité de calmer les tempêtes.

Au cours des grèves noires de 1887, Jean Volders, dans le Peuple^ ne cessait déjà de s'efforcer d'apaiser l'agitation ouvrière. « Le Parti ouvrier, écrivait-il, a fait oe qu'il a pu pour ouvrir les yeux aux mineurs. A l'heure présente encore, il leur crie : Casse-cou ! Répondre aux provocations gouvernementales, c'est risquer de faire verser, sans le moindre profit possible, bien du sang ouvrier. >»

A oe moment éclata, entre les socialistes, un grave conflit de races. Les Wallons, ayant à leur tête Defuisseaux, « le dieu des ouvriers », luttaient avec une sorte de rage frénétique pour la conquête du suffrage universel : ils brusquèrent les événements par la grève. Les Bruxellois, les Gantois, les Anversois^ et, de façon générale, tout l'élément socialiste flamand, s'efforcèrent de calmer l'excitation wallonne, disant que l'heure de justice sonnerait, mais qu' « il fallait y mettre le temps ». Le caractère pondéré du Flamand ne s'accommodait pas d'une agitation inopportune. Alors que le Wallon, vif et enthousiaste, ne voyait que le grand coup à porter, le Flamand résistait de toutes ses forces, ne croyant pas à la maturité du mouvement. De vives dissensions en résultèrent. Defuisseaux s'attaqua aux Flamands, les traitant de « peureux » et de « traîtres ». L'affaire prit une telle

acuité que Defuisseaux fut excommunié du Parti ouvrier comme organisateur « d'une grève prématurée, intempestive, de nature à nuire à la cause ».Et, par la suite, les partisans de Defuisseaux ayant sollicité sa réintégration, l'amnistie même lui fut refusée par 120 voix contre 68.

Au plein de la crise économique de 1908-1909, les ouvriers fîlateurs de Gand affiliés aux syndicats chrétiens réclamèrent une augmentation de deux centimes, par heure en compensation du short-time imposé par la dépression générale. On vit alors une chose extra-' ordinaire : on vit le Vooruit prendre fait et cause pour les patrons, déclarant qu'il n'était « ni opportun ni sensé de susciter une agitation gréviste pour la hausse des salaires dans une période de crise >>.

Lorsque, au printemps de 1909, le Sénat voulut modifier la loi sur la réglementation des heures de travail adoptée par la Chambre, il fut question d'exercer une pression par la grève. Mais aussitôt les dirigeants du Parti ouvrier mirent encore les mineurs en garde contre un emballement qui pouvait être funeste, et la grève fut repoussée.

On peut juger par ces exemples du modérantisme du Parti ouvrier belge. Il ne va pas, naturellement, sans la condamnation de l'action directe et du sabotage. Les socialistes belges ne voient dans de tels procédés qu'un « bluff révolutionnaire ». Le mot leur appartient. « Convertir les indifférents à nos idées, amener de nouveaux membres au syndicat,, verser régulièrement ses cotisations, faire son éducation socialiste et celle des autres, voilà, disent-ils de la bonne gymnastique révolutionnaire, celle qui prépare les victoires; l'autre, celle qu'on décore de ce nom, n'est que de la dangereuse acrobatie. »

Le sabotage ne leur semble pas un moyen d'action syndicale : ils le considèrent même comme un aveu de faiblesse. Elle ne leur paraît nullement révolution-

naire la méthode qui consiste à faire grève sur grève, comme d'autres font de Tart pour Tart, sans préparation et sans but défini, « à emmêler des fils télégraphiques, à faire pour un soir l'obscurité dans les théâtres et les restaurants, à casser des carreaux, à abîmer la figure des jaunes et des policiers ».

La méthode à fracas, dite « française », frappe sans doute rimagination ; elle est plus sensationnelle que la méthode légale ; mais elle ne conduit qu'à de coûteuses et décevantes expériences. Il arrive bien que le patronat est quelquefois vaincu, mais il s'accoutume aux attaques, il apprend à se défendre, il s'aguerrit enfin, et il n'est pas sûr que la puissance d'attaque des prolétaires s'accroisse dans les mêmes proportions.

Les militants belges tiennent de tels raisonnements et les ouvriers comprennent parfaitement ce langage prudent, conforme au caractère même de la population. Ils savent que rien ne sMmprovise et qu'il n'y a de succès durable que par l'effort continu de chaque individu, la tâche quotidienne et bien ordonnée de chacun. « La question sociale, disait Colins, est une question de science, non de violence ». Les socialistes belges ont tenu à le prouver.

Le congrès socialiste international tenu à Stuttgart en 1907 a expressément condamné toute expansion coloniale sous le régime capitaliste : il a implicitement ordonné aux socialistes de lutter contre toute idée de colonisation. Les raisons? La colonisation capitaliste « réduit en esclavage, brutalise, exploite et torture les indigènes ». Elle complique la lutte de classes de haines de races en mettant en concurrence les noirs et les jaunes avec les ouvriers blancs. Le triomphe de la démocratie socialiste et la chute du système capitaliste doivent résulter de l'exagération même du capitalisme. Cette chute sera d'autant plus rapide que la sphère d'action du capitalisme l'a plus

limitée. Donc, opposition à toute nouvelle conqpiète &oi-disant civilisatrice. Ce n'est que lorsque les nations seront organisées sur la libre base du sociar lisme international qu'il sera possible de coloniser et de développer toutes les parties du monde pomr le bien général de Thumanité. Jusque-là, pas de concession.

Or, voici qu'en 19^, la Belgique se trouva en présence d'un grav'C problème colonial. Un traité portant annexion du Congo lui était propose par le roi des Belges, souverain de l'Etat indépendant, d^ns des eonKiitions qui équivalaient à un rachat. L'Angleterre, •énnu-e des scandales provoqués par le système d'exploitation à outrance de certaines compagnies concessionnaires, était, à ce moment, sur le point d'intervenir, et cherchait, de toute évidence, à faiire prononcer la déchéance du rai des Belges comme souverain du Congo, le rendant responsable des atrodtés commises. Après de laborieuses discussions, l'annexion, on le sait, finit par être votée par les Chambres, à une forte majorité. Quelle fut l'attitude des socialistes?

Spontanément, se conformant à la résolution du congrès de Stuttgart, la plupart se déclarèrent opposés à l'annexion et à toute politique coloniale.

Mais alors retentit la grande voix de M. Vandervelde, le chef du parti. Avec sa tranchante éloquence, il parla de l'annexion du Congo, — pour la défendre. Il reprocha aux socialistes antiannexionnistes de ne pas se placer du côté de l'humanité. Il évoqua la parole de saint Paul : « Si tu ne secours pas ton frère en détresse, tu ne l'as pas sauvé, mais tu l'as tué. » Il affirma que les frontières ne peuvent exister pour la classe ouvrière. Et, cinglant d'une raillerie ses contradicteurs, il les accusa de nationalisme : « Au Congo, déclara M. Vandervelde, nous devons réduire au minimum le régime de la conquête, abolir le régime

odieux des capitats, restituer aux indigènes leurs terres, supprimer le travail forcé, organiser l'instruction des nègres et les préparer à leur affranchissenoent, » M. Vandervelde ne borna pas là son action annexionnis.te. 11 s'embaxqua pour la colonie, où les autorités le reçurent comme une sorte de plénipotentiaire, et, quand il rentra en Belgique, on le vit dans les olubs africains et les oercles d'études coloniales, qui sont des groupements essentiellement bourgeois, voire capitalistes, essayer de communiquer partoct son enthousiasme colonial et patriotique. On le vit exalter les richesses immenses du Congo, et nous Tavons entendu prononcer cette parole typique, qu'uui concessionnaire ne renierait pas: «Si Ton abandonnait le Congo, les grands travaux tomberaient en ruines et les nègres en barbarie^. »

Cependant, certains dirigeants du parti s'offusquèrent d'une telle compromission capitaliste, et, à la Chambre même, M. Anseele apostropha assez durement son collègue. « Je ne réponds que de ma conscience, répliqua M. Vandervelde » « — Un mandataire socialiste ne dépend que de la classe ouvrière » , objecta M. Anseele. La querelle s'envenimait. Il fat alors décidé qu'une grande réunion serait tenue. M. Vandervelde comparaîtrait devant la fédération du Parti. 11 s'expliquerait. La réunion eut lieu. Vigoiareusement, M. Vandervelde s'atte&ta le défenseur de tous les opprimés sans distinction de culte ni de race. Il soutint que la reprise du €ongo pouvait seule mettre un terme aux abus signalés : a Plus tard, s'exclama-t-il, vous me remercierez. » Et certains orateurs eurent beau prétendre que coloniser était le contraire de civiliser; montrer que l'Europe n'a

1. A son retour du Congo, M. Vandervelde réclama éloquemment : !<> l'introduction de la monnaie ; 2° la suppression du travail forcé. Or, il est à remarquer que le système collectiviste condamne la monnaie et proclame l'obligation du travail.

apporté dans les colonies que « la peste, la syphilis et le choléra » et même, fut-il risqué, la maladie du sommeil; établir que les capitalistes sont plus barbares dans leurs procédés que les sauvages eux mêmes; prédire que Tannexion n'aboutirait qu'à des charges financières toujours plus lourdes et que la classe ouvrière serait encore une fois dupe et victime. Toutes inutiles démonstrations. C'est la thèse opportuniste de M. Vandervelde qui prévalut. Et non seulement les socialistes votèrent un ordre du jour annexionniste de fait, sous réserve des conditions onéreuses de la reprise ; mais encore ils admirent que le parti socialiste fût représenté au sein du Conseil supérieur colonial.

C'est ainsi que, tout en réprouvant l'exploitation capitaliste dans les colonies, les socialistes belges furent amenés à approuver et favoriser une conquête coloniale que commandait l'intérêt supérieur de la Belgique en tant que nation économique.

Quand la raison parle, le Belge, même socialiste, ne discute plus.

L'entente cordiale du capital et du travail n'est déjà plus un mythe en Belgique. Un industriel ayant, un jour, sollicité des pouvoirs publics Tautorisation d'établir une usine dans la commune de Namèche, près de Namur, cette autorisation fut refusée par le Conseil provincial, « Tintérêt général commandant la sauvegarde des sites ». La classe ouvrière de Namèche et des localités environnantes lancèrent alors une proclamation virulente déclarant qu'une telle décision équivalait « au boycottage de ceux qui peinent », que la grande industrie était un bienfait pour tous, que a l'usine, c'était le salut ». Et une grande manifestation ouvrière fut organisée pour soutenir la société capitaliste dans ses démarches auprès du gouvernement.

A quelqu'un qui s'étonnait un jour de cette orien-

tation du socialisme, M. Vandervelde répliqua: « Nous ne pouvons pourtant pas supprimer le régime capitaliste du jour au lendemain. »

M. Anseele, le député de Gand, qui demande un million pour fonder une filature socialiste, a complété cette pensée quand il a dit un jour : « Il faut faire cesser le divorce entre le capital et le travail ; il faut que ces deux ménages fassent un ménage sérieux, qu'ils soient unis comme frère et^œur. »

Karl Marx et ses disciples ont considéré le machinisme comme un agent de misère, parce qu'il aggrave le chômage *. Les socialistes belges, qui savent que le machinisme a fait la fortune de la Belgique, n'y voient, eux, qu'un mal passager pour un progrès nécessaire. Ils déclarent qu'il faut accueillir les machines comme « des libératrices futures », et nous avons trouvé dans le Peuple cette réflexion curieuse, au moment même où des grévistes, à Concarneau, mettaient à sac les usines sardinières et brisaient les machines à sertir les boîtes : « Les patrons éclairés suivent d'un œil attentif le progrès du machinisme et, au besoin, aident à ce progrès, afin d'utiliser les nouvelles découvertes ; les maîtres de carrières routiniers suivent paisiblement l'ornière de plus en plus profonde de la vieille routine, où ils finiront par s'enliser tout à fait. »

Dans une réunion d'ouvriers boulangers, tenue à Bruxelles, à la suite d'un grand mouvement d'agitation pour amener la suppression du travail de nuit, nous entendîmes un orateur socialiste proclaper à son tour que « les fabriques sont une manifestation du progrès social » et que « les combattre serait imiter don Quichotte qui partait en guerre contre les moulins à vent » .

La grande erreur du socialisme belge est de s'être par

1. « Dans le monde industriel où nous vivons, a dit Louis Blanc, toute découverte est une calamité ».

262 LA BELGIQUE MODERKE

trop incorporé au machinisme. 11 est mû par une idée et il n'a pas d'idéal dans le sens élevé da mot. Il est bien préoccupé d'une éducation sociale meilleure, mais on ne sent pas a^sez la recherche du progrès moral. Il ne s'occupe que de mieux être matériel. Il n'est pas assez sociologique.

Les premiers socialistes de 48, comme Colins, s'inquiétaient surtout de la formation des intelligences, du pétrissage des cerveaux, en vue du plus grand équilibre maral. Produit naturel de la grande poussée industrialiste, le socialisme actuel ne voit dans l'individu que l'être physique, la machine travaillante. Il n'est question que de discipline corporative, alors que la discipline personnelle devrait être enseignée d'abord ou tout au moins en même temps. Ce « nécessaire moral » n'est pas moins utileque le « nécessaire physique ». On n'apprend pas assez aux individus qu'ils sont comme autant de « fins en soi », et qu'à côté de leur valeur matérielle comme ouvriers gagnant de bons salaires, ils sont aussi, ils doivent être une valeur morale. La richesse matérielle n'est pas tout : il y a aussi la richesse des idées, des connaissances, et la force d'un pays est peut-être moins dans une activité économique, souvent factice, que dans son activité intellectuelle.

Tel quel, pratique et manquant de « direction spirituelle », le socialiste belge se conforme à l'esprit mercantile et matérialiste du pays. Et lorsque nous retrouvions tant d'influences raciques et climatologiques dans le socialisme belge, nous avons souvent pensé à la page de la Philosophie zoologique sur Taction du milieu cosmique, où Lamarck dit : « Quantité de faits nous apprennent qu'à mesure que les individus de l'une de nos espèces changent de situation, de climat, de manière d'être ou d'habitude, ils en reçoivent des influences qui changent peu à peu la consistance et les proportions de leurs parties^ leur

forme, leur facilité, leur organisation même, en sorte que tout en eux participe, avec le temps, aux mutations qu'ils ont éprouvées... Par exemple, que les graines d'une graminée ou de toute autre plante natuturelle à une prairie humide soient transportées, par une circonstance quelconque, d'abord sur le penchant d'une colline voisine, où le sol, quoique plus élevé, sera encore assez frais pour permettre à la plante d y conserver son existence, et qu'ensuite, après y avoir vécu et s'y être bien des fois régénérée, elle atteigne de proche en proche le sol sec et presque aride d'une côte montagneuse; si la plante réussite y subsister et s'y perpétue pendant une suite de générations, elle sera alors tellement changée que les botanistes qui la rencontreront en constitueront une espèce particulière. La même chose arrive aux animaux que des circonstances ont forcé de changer de climat, de manière de vivre et d'habitudes. »

La même chose arrive aux idées politiqu'es.

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