D’après la sténographie
Rue DISCOURS DE M. FRANCQUI.
sessions africaines la belle vaillance dont il a fait preuve durant la guerre, et qui a été pour tous une vivante leçon de patriotisme. L'avenir de la Colonie repose en des mains sûres.
Nous regrettons que Monsieur le ministre de la Marine n'ait pu se rendre à notre invitation. Monsieur KRenkin a géré pendant de longues années notre empire africain; il l’a réorganisé à tous les points de vue, tenant les promesses solennelles faites par la Belgique; il a amélioré la condition des indigènes; il a fait disparaître les préventions que rencontrait l’idée coloniale. Il aura hâté l’heure où les sacrifices, consentis par les Belges en faveur du Congo, vont leur procurer une heureuse moisson.
Dans un moment comme celui-ci, le souvenir du général Thys s'impose à la pensée. Il n’a pas seulement eu le mérite d’avoir été l’un des premiers apôtres de l’idée coloniale, à l'heure où la masse du peuple ne voulait pas écouter les paroles nouvelles; 1l a été par ses œuvres un des fondateurs de la Colonie; il a créé les premiers organismes qui ont mis ses produits en valeur; il l’a dotée d’un chemin de fer, sans lequel cette richesse fût restée stérile. Il conduisait les destinées de la Compagnie belge maritime du Congo, qui fête aujourd’hui ce renouveau plein de promesses. Le nom de Thys est à jamais attaché à l’histoire du Congo belge. /Applaudissements.)
La Compagnie belge maritime du Congo a payé dans son personnel et dans son matériel un lourd tribut aux risques de la guerre. Son vapeur « Elisabethville » a été torpillé par un sous-marin allemand. Nous devons rendre un hommage tout particulier aux membres de l’équipage qui ont perdu la vie dans cette catastrophe. Le capitaine du navire s’est montré au dessus de tout éloge par son sangfroid et sa conduite courageuse. { Bravos.) ;
Messieurs, en prenant la décision de rétablir les communications directes entre Boma et Anvers, la Compagnie belge -maritime du Congo n'ignorait pas qu'il en résulterait pour elle de nouveaux sacrifices. Elle n’a pas voulu se dérober à
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ce qu'elle considérait comme un devoir de patriotisme. Elle a. tenu à apporter sa pierre à l’édifice de la restauration de la Belgique. Toute sa conduite pendant la guerre a d’ailleurs. été inspirée par les mêmes sentiments. Notre Compagnie a cherché avant tout à maintenir les relations entre la Colonie et l'Europe; c’est pourquoi elle a continué régulièrement son service habituel au lieu de chercher dans des transports plus rémunérateurs l’occasion de réaliser de plantureux bénéfices. (Applaudissements.)
: Messieurs, jamais peut-être le concours que la mère-patrie peut attendre de la Colonie n’a été plus important et plus immédiat qu'en ce moment. La Belgique, à la suite des dévastations et des pillages dont elle a été le théâtre et. la. victime, se trouve dans une situation des plus critiques. Dans tous les pays épuisés par la guerre, il se manifeste une tendance à réserver le marché intérieur à la production nationale. Quel que soit le nom dont on les décorera, des barrières protectionnistes vont s'élever autour de nos frontières et rendre difficile à nos industriels et à nos commerçants le rétablissement des relations d’affaires qu'ils s'étaient créées avant la guerre. Lorsque notre industrie aura pu se réorganiser, qu'elle aura rétabli ses installations et reconstitué ses stocks de matières premières, elle aura perdu tous les débouchés qu’elle s'était laborieusement acquis et elle se. trouvera devant la tâche immense de refaire sa clientèle extérieure | | | |
Une telle œuvre, Messieurs, ne se réalise pas en un jour. Nous. pouvons tout espérer de l’activité et de l’habileté de nos compatriotes; mais 1l faut que nous leur donnions les moyens d'atteindre les résultats de leur travail et de leurs efforts. Il faut que pendant la période de transition, qui s’écoulera entre la restauration des usines et la réorganisation commerciale de notre industrie, celle-ci puisse immédiatement écouler les produits de sa fabrication. Le Congo est un vaste champ qui s'ouvre à notre activité si nous savons faire ce qui est nécessaire pour le mettre en valeur. Notre
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industrie y trouvera d’inépuisables débouchés si nous consentons à faire les sacrifices indispensables à son développement. Grâce à la prévoyance du grand souverain qui nous en a assuré la possession, la Colonie aidera à sauver l’industrie belge dans les difficultés actuelles et continuera, pendant une période dont on ne peut prévoir le terme, à lui Fr des possibilités illimitées d'extension.
Le Gouvernement n'ignore pas les difficultés dans lesquelles nous nous débattons. La présence parmi nous de M. le ministre des Colonies nous donne l'assurance que nous pouvons tout attendre de lui. Nous pouvons avoir confiance dans le Gouvernement et être persuadés qu'il ne négligera rien pour le développement du Congo, dont notre patrie sera la première à tirer profit.
Messieurs, depuis la guerre, ce n'est jamais sans os que nous prononçons le mot Patrie, dont nous avons, dans les douleurs de l’oppression, appris à savourer la douceur, au moment où le ravage de la Belgique se perpétrait sous nos yeux. Votre cœur, chers compatriotes, revenus dans vos foyers, bat à l’unisson du nôtre. Nous aimons cette patrie de toute notre âme et pour elle aucun sacrifice n’a paru trop lourd. Continuons, chacun dans notre sphère, à lui donner sans compter le concours de notre dévouement. Travaillons sous cette seule inspiration, sans nous inquiéter de ce qui peut être fait autour de nous, ni des critiques ni des dénigrements qui n' épargnent jamais ceux qui agissent. Ainsi, nous aurons l’indicible satisfaction de voir renaître cette patrie. Soutenue par le travail de la métropole, la Colonie se développera de plus en plus; les échanges commerciaux de l’une et de l’autre se multiplieront. De cette manière se réaliseront les intentions des créateurs de notre empire africain, et les sacrifices des coloniaux belges produiront leurs fruits pour le bien général.
C'est dans cette pensée que je lève mon verre à la Belgique glorieuse et à la Colonie prospère. (Applaudissements prolongés et acclamation.)
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MINISTRE DES COLONTES.
Messieurs,
. 7 OUS venez d'entendre un admirable langage, un lan-
V gage qui parle à nos cœurs, qui évoque en termes | sobres et saisissants tous les problèmes de l’heure. Nous venons de traverser une période de crise sans pareille : les accents tragiques de la grande guerre vibrent encore autour de nous. Et, pourtant, malgré les dangers que nous avons courus et les sacrifices énormes qu'il a fallu faire, on peut se demander si les difficultés et les périls qui nous entourent aujourd'hui n'apparaissent peut être pas aussi difficiles à surmonter que ceux d’hier.
La Belgique, à la veille de cette guerre, était la sixième puissance économique du monde : elle avait des marchés dans tout le vaste univers; elle développait chez elle une fécondité et une prospérité sans exemple. Nous allons reparaître sur cette scène mondiale — Dieu sait au bout de combien de mois, — pour trouver devant nous une transformation complète de toutes les conditions de concurrence ! La production générale développée, la production de l’acier en Angleterre doublée, la France devenue une grande nation industrielle, les capitaux ayant changé de mains, des pays neutres qui, hier, ne comptaient pas, devenus des puissances économiques de premier ordre. Et chez nous des éléments qui entravent la reprise des affaires : la destruction de notre matériel industriel, le chômage qui dure, les relations avec notre clientèle rompues depuis bientôt cinq ans; le protectionisme menaçant, et enfin, cette lassitude qui pèse sur les esprits comme si les énergies avaient de la peine à se réveiller, comme si, après avoir fait de si grands et de si nobles efforts,