‹ La Belgique reprend contact avec le CongoChapitre 3 sur 4 · D’après la sténographie · texte numérisé non relu

D’après la sténographie

sd | DISCOURS DE M. LOUIS FRANK.

il y avait des ressorts qui s'étaient détendus dans les hommes eux-mêmes. Que de problèmes ! Et pourtant, il faut se redresser et 1l faut vivre. Ce ne serait pas la peine d’avoir fait ce qui a été accompli dans ce petit pays si grand par son caractère et son héroïsme, s’il ne pouvait se ressaisir, se mettre définitivement et énergiquement à l’œuvre, et quelque rudes que soient les difficultés de la tâche, marcher de l’avant et reconquérir notre place dans le monde. C’est parce que cette âme de volonté et de courage vibre dans ce que vient de dire Monsieur le ministre d'Etat Francqui,queje salue son discours.

Messieurs, on parle sans cesse à nos populations de toutes les souffrances endurées. On lui montre les pertes qu’elles ont subies. On Iui montre ce qu'il y a d’insuffisant et d'imparfait dans ce que l’on entreprend. Mais le véritable langage qu'il convient de parler aujourd’hui, ce n’est pas de se désoler sur ce que nous avons souffert et sur ce qui nous manque encore, mais de rappeler ce qui serait advenu du-pays si la guerre avait encore duré un hiver, ce qui serait advenu de la Belgique si la bataille avait, comme une rafale de feu et de sang, passé sur tout notre territoire et ce que: serait le pays si la victoire avait été autre qu’elle n’a été. (Applaudissements.)

Il est en vérité temps d’en finir avec ce langage de défaitisme et de mollesse morale que nous entendons sans cesse autour de nous. Celui de nous — de ceux qui sont ici ou de ceux qui sont au dehors, et surtout de ceux qui ont le don de la parole et qui ont l’honneur de tenir une plume, — celui qui dit en ce temps critique, un mot qui ne soit pas un mot de courage, n'est pas un bon citoyen. { Applaudissements répétés.) Messieurs, en parlant ainsi, je ne défends pas le Gouvernement ou sa politique ! C’est l'intérêt du pays, son avenir et les conditions même de sa vie auxquels il faut songer. C’est pour eux qu'il faut réagir contre la crise des volontés et contre cette fatale erreur qui, dans l’apathie et de stériles critiques, attend du gouvernement des miracles qui dépassent de loin sa puissance et ses ressources, ou par

les indemnités de guerre, des compensations qui, pour larges qu'elles doivent être, ne nous rendront pas une seule heure que nous avons perdue à semer le découragement, ou à formuler de vaines récriminations. Certes, il faut signaler les erreurs, certes 1l faut le contrôle de l’opinion et de la presse. Mais il faut en toutes matières, à cette heure grave, un esprit de collaboration, une volonté de concours et d’entente, un apostolat d'énergie, d'endurance et de courage. Quelles que soient les entraves, nous devons tenir bon, nous devons nous remettre debout, nous devons triompher. Nous triompherons. (Acclamation.)

L'élément moral est aussi essentiel qu’à la guerre. L'état d'âme qu'il nous faut entretenir aujourd’hui, qu’est-il donc, sinon la prolongation de l’admirable esprit qui, pendant plus de quatre ans, n’a cessé d’animer et de soutenir, à l’Vser, nos glorieux soldats dont je suis heureux de saluer les chefs présents. {La parole de l’orateur est couverte par les acclamations.) De même, dans la longue résistance que nous avons dans le pays, pendant l'occupation, opposée à l’envahisseur, l'attitude morale a été exemplaire. Nous n'avons pas regardé si l’un agissait mal ou si l’autre pouvait mieux se conduire. Une pensée nous a animés : ce qu'il fallait faire pour sauver la Belgique; nous avons oublié nos amours-propres, nos préjugés, nos intérêts; nous n'avons voulu voir que l'effort constructif, l'entente, et l’âpre volonté de tenir malgré tout. C’est dans cet esprit encore que tant de vaillants ont lutté là-bas en Afrique, dans le silence des nuits africaines et sous le soleil si dur; loin de tous, mais indomptables. / Appl.)

Ceux de la résistance militaire et ceux de la résistance civile, nous n'avons pas fait tous ces efforts pour voir notre œuvre compromise par l'attitude que prennent aujourd'hui certaines gens. |

Messieurs, où peut-on mieux tenir ce langage qu'à cette place, à bord de ce navire qui, comme tout navire, représente une noble expression de la puissance de l'énergie hu-

maine, de liberté et d'initiative, et tout spécialement en ce jour où pour la première fois depuis si longtemps, sous son nom évocateur de grandeur il vient rétablir le lien entre notre magnifique empire africain et notre métropole belge.

Le Congo et Anvers, avec l'industrie et le commerce de nos classes ouvrières, ce sont les pierres d'assises sur lesquelles nous allons rebâtir la Belgique nouvelle.

Vous n'avez pas eu tort, Monsieur le Président, de Be appel au Gouvernement pour l’œuvre coloniale. Je ne suis pas un nouveau venu en matière coloniale, j'ai défendu la reprise du Congo et j'aime la colonie de toutes les forces de mon cœur. Un pays qui s’enferme dans un territoire étroit finit par perdre la vision juste et large sur le monde pour ne plus voir que ses querelles et ses clochers. Un peuple, comme un homme, ne vit réellement que quand il a, en dehors de ses intérêts immédiats et journaliers, la préoccupation qui associe ses œuvres à l’œuvre durable des générations. {Appl.)

C'est une magnifique épopée pour ce petit pays d’avoir entrepris de développer économiquement et moralement ce vaste empire qui entoure l'équateur d’une ceinture de forêts et de fleuves.

Quand je songe que pendant cette guerre, la Belgique a poussé le chemin de fer du Katanga jusqu’à Bukama, le chemin de fer des Grands Lacs jusqu'au Tanganyka, qu'une voile unit le Cap à Boma, que le trans-africain est realisé, puisqu'il est possible de voyager par des moyens modernes — chemin de fer et navire à vapeur — de Zanzibar à Banana, et cela quarante ans à peine après que Stanley mit deux ans à traverser l'Afrique et que, dans cette vaste entreprise, la Belgique a eu une très grande part, j'en suis fier pour mon pays. Et j'ai peut être le droit de dire que les qualités d’énergie, de combativité et d'endurance, qui ont fait merveille au cours de cette guerre, étaient en germe et se révelaient tous les jours dans cette grande œuvre africaine. Il n’y avait que cette différence que, pour le Congo, seuls quelques uns comprenaient, tandis qu'il a suffi de toucher au sol sacré de la

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