‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 11 sur 155 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Cette infériorité numérique n'était pas le seul de nos désavantages.

Les officiers belges de l'armée des Pays-Bas étaient presque tous rentrés dans leur patrie. Obéissant à la volonté nationale, ils avaient renoncé à des avantages certains, à des positions péniblement acquises, pour confier leur avenir aux hasards d'une révolution qui était loin d'avoir triomphé de tous les obstacles. Malheureusement leur nombre ne pouvait suffire aux vastes cadres tracés par le Gouvernement provisoire. Comme tous leurs compatriotes, nos soldats avaient souffert du système d'exclusion que nous avons déjà signalé; et, pour comble de malheur , c'était surtout dans les armes spéciales que les Hollandais avaient obtenu la préférence. Bon gré, mal gré, il fallut admettre les officiers des volontaires dans l'armée régulière (1).

L'élément révolutionnaire, prédominant ainsi dans les cadres, ne tarda pas à produire ses fruits naturels. A part quelques exceptions, les majors, les colonels, les généraux improvisés, dédaignant une science qu'ils ne possédaient pas , affectaient de mépriser la stratégie et les précautions qu'elle commande.* A quoi bon,» disaient-ils, €ces études arides, ces précautions méticuleuses? Ce

• n'est pas à l'aide de manœuvres savantes que le peuple »a triomphé au Parc, à Lierre, à Berchem, à Walhem »et dans les murs d'Anvers. Les généraux ont rendu

• les forteresses à des bandes marchant en désordre.» Nos succès de Septembre avaient inspiré une confiance

(!) V. à V Appendice le tableau des officiers belges qui figuraient dans les cadres de l'armée des Pays-Bas {Lettre A.).

18 août 1831.

excessive. On exaltait les exploits des volontaires, on dépréciait les services des troupes de ligne, fomentant ainsi une jalousie funeste entre deux corps placés sous le même drapeau. Les efforts des chefs qui voulaient établir la subordination échouaient contre les clameurs de la tribune et de la presse. Les officiers se dénonçaient les uns les autres au gouvernement et dans les journaux. La discipline était à peu près nulle (1).

Sous le rapport de l'administration et des armements, l'état de l'armée n'était pas moins déplorable. L'artillerie n'avait ni les pièces ni les attelages nécessaires. Les soldats étaient mal nourris et mal armés. La solde ne se payait pas toujours avec régularité. Un homme dont la responsabilité a été engagée dans les événements de 1831 , l'intendant Dufaure, fait lui-même cet aveu significatif : « Au » moment où les hostilités commencèrent, V armée était sans » administration. Le ministère n'ayant pourvu à rien, il »n'y avait ni entreprise de vivres, ni administration de » subsistances. Il n'y avait ni parc, ni moyens de transport; »Za troupe n'avait aucun matériel de campagne (2). »

Les seules forces réelles de l'armée consistaient dans son patriotisme et son courage.

Deux corps étaient particulièrement exposés aux coups de l'ennemi. L'un, portant le nom d'armée de la Meuse,

(i)« Il y avait alors parmi nous, dit M. de Gerlache, des gens qui «prétendaient tout dater de la révolution de 1830, tout renouveler en »fait de tactique militaire , comme en fait de gouvernement ; qui méprisaient les traditions consacrées par l'expérience ; qui , sans avoir «jamais paru devant l'ennemi, en auraient remontre à César et à •Napoléon, parce qu'ils avaient vu le champ de bataille des quatre ajournées. » {Histoire du royaume des Pays-Bas., 2 e éd., t. II , p. 218.)

(2) Réponse au Mémoire du général Daine, p. 8.

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