‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 111 sur 155 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

» épargne en Belgique par la crainte, très-légitime sans «doute, de fouler le pays. Impossibilité de conspirer en » Hollande : liberté presque absolue des machinations en «Belgique. Ministère bien secondé par les Chambres en » Hollande, tiraillé en tout sens par la représentation » nationale en Belgique. »

S'agissait-il, au contraire, d'entrer dans les détails des opérations militaires , dans l'examen des actes individuels , l'enquête était dangereuse. Au moment où l'ordre, la subordination et le respect du pouvoir étaient les premiers besoins de l'armée, il y avait un péril réel à soumettre les actes des supérieurs aux appréciations, au contrôle, aux investigations des officiers subalternes. L'audition des témoins, l'étude des faits et l'examen des documents officiels auraient exigé un travail de plusieurs mois. Que serait devenue l'armée pendant cet intervalle? L'enquête parlementaire allait fournir aux officiers supérieurs le moyen de rejeter les uns sur les autres les fautes commises pendant la campagne; car, on le sait, quand une armée subit des revers, il n'est personne qui accepte une part de responsabilité dans les causes de la déroute. L'intervention du pouvoir législatif eût porté à la discipline et à la fraternité militaire une atteinte irréparable; il eût détourné l'attention des chefs des besoins du service, alors que cette attention était plus que jamais requise. C'est ce que le ministre de la guerre fit parfaitement ressortir. « Quand je ne verrais pas, » disait-il, « d'autres » inconvénients dans le projet que ceux d'apporter une » perturbation complète dans l'armée et de renverser «toute la hiérarchie militaire, cela suffirait seul pour » que je m'y opposasse de toutes mes forces... Tous les

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«militaires, les chefs supérieurs eux-mêmes se trouve* «raient à la disposition des commissaires de la Chambre. » Je crois que le moment n'est pas venu de détourner les «militaires de leur service (1). »

Plusieurs membres croyaient que l'or hollandais n'avait pas été entièrement étranger à nos malheurs. Ces soupçons étaient fondés; mais l'enquête parlementaire ne pouvait conduire à te découverte de ces actes de corruption, puisque les seuls documents irrécusables se trouvaient aux archives de La Haye. Pouvait-on se contenter de quelques rumeurs vagues, ou même des dépositions plus ou moins suspectes des subalternes? Fallait-il dénoncer et flétrir comme des traîtres tous les officiers qui, dans un moment de lassitude, de découragement et d'anarchie, avaient manifesté le désir de placer le prince d'Orange à la tête d'une Belgique indépendante?

Le ministre de la guerre avait parfaitement posé l'état de la question. Pour les causes générales de nos revers» l'enquête parlementaire était inutile; pour les actes individuels des chefs, elle était dangereuse. Puisque le ministre méritait la confiance de la Chambre, il fallait s'en rapporter à sa vigilance et à son patriotisme.Nous l'avons déjà dit : la commission militaire n'était pas restée inactive.

La Chambre ne tarda pas à comprendre ces vérités et à revenir indirectement sur ses votes antérieurs. Après avoir nommé une commission d'enquête à la séance du 14 novembre , elle rejeta successivement toutes les mesures que cette commission réclamait pour rendre son action tant soit peu efficace. Les commissaires demandaient

(1) Moniteur du i CT décembre 1831 , n° !69.

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