‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 144 sur 155 · ATTITUDE DES JOURNALISTES BELGES PERDANT L1NTASION · texte numérisé non relu

ATTITUDE DES JOURNALISTES BELGES PERDANT L1NTASION

Yoici deux extraits de nature à faire connaître le langage belliqueux de la presse belge.

Courrier belge. « Que s'est-il passé depuis septembre, pour croire possible une si folle entreprise? Ne sommesnous plus les Belges de Bruxelles, de Berchem, de Walhem? Nos blouses ne couvrent-elles plus la poitrine des braves ? Aurions-nous changé de rôle avec eette troupe mercenaire qui ne trouve du courage que pour insulter des femmes éplorées, égorger des enfants et des vieillards inoffensifs, piller et dévaster des demeures abandonnées?... Nous marcherons! Forts dans nos «cités du dévouement des populations qui, en remuant le pavé des rues, sauront défendre nos demeures et notre sol, l'armée, la force organisée, doit marcher sur la Hollande. C'est au cœur qu'il faut frapper le vil ennemi de notre indépendance. Allons proclamer dans sa capitale la vieille république des Provinces-Unies; allons signer à La Haye le traité que Guillaume a refusé de signer à Londres; et cette fois ce ne sera ni lui, ni son fils, le mitrailleur et l'incendiaire, qui consentiront l'acte destiné à assurer le repos des deux nations. Pour eux, un autre Holyrood les attend... »

Courrier des Pays-Bas. « Le roi Guillaume, poussé par la fatalité, vient accomplir ses destins ; un échec, et la Hollande en masse se lève contre lui. Cet échec est inévitable, nous en voyons l'assurance dans l'enthousiasme tome i. 9

et l'exaltation que l'annonce de la reprise des hostilités a subitement éveillés dans le peuple. Nos jeunes soldats sont transportés de joie, et l'énergie comme un feu rapide a pénétré dans tous les cœurs. Qu'il se lève donc le jour de gloire et de vengeance, ce jour que nous avons promis aux martyrs de septembre, et nous irons déposer un nouveau laurier sur leur tombe, »

COMBAT DE KERMPT.

(Extrait du Mémoire au roi sur les opérations de l'armée de la Meuse , par le général Daine, p. 18 et 19).

«... Ayant appris que l'ennemi attaquait mes postes à Herckenrode, j'y courus : il occupait fortement l'ancienne abbaye et les bois de ce nom ; je lançai mes tirailleurs. Une lutte terrible s'engagea : cette position importante, qui assurait mes opérations sur ma droite et au centre, fut prise et reprise par nos troupes, aux cris de vive le Roi des Belges! L'ennemi disposait la majeure partie de ses troupes sur la route de Berbroeck à Kermpt; j'envoyai quelques bataillons sur Kermpt. Mes voltigeurs et mes tirailleurs, semblables à des guêpes furieuses , harcelaient l'ennemi de leurs cris accoutumés : en avant! et d'une grêle de coups de fusil. Les bois de Stevoordt et de Herckenrode furent emportés. Je remarquai le sang-froid et le courage d'un tirailleur luxembourgeois du 10 e bataillon. Ce brave reçut un coup de feu à la tète; tout couvert de sang, il continuait à

tirer sur l'ennemi, en riant. Le général de Failly servait comme volontaire et m'accompagnait partout. Bien que le chemin de Herck à Kermpt soit assez étroit et le pays très-coupé (1), l'ennemi employa sa cavalerie pour s'emparer de celles de nos pièces qui prolongeaient la route : une fut entevéc, mais reprise aussitôt par les artilleurs de la batterie du capitaine Blondeau et par l'escadron du 2 e chasseurs, commandé par le capitaine Ducorron, qui exécuta une charge hardie (2). Le champ de bataille était jonché de morts ; l'artillerie, bien dirigée par le lieutenant-colonel Vandamme et le major Kessels , porta le ravage dans les rangs ennemis qui se trouvaient défilés de trois côtés. Le major Kessels eut un cheval tué sous lui; son fils, le lieutenant Kessels, s'est fort bien comporté dans cette affaire. Il était huit heures (3) ; je fis attaquer l'infanterie hollandaise de front par mes guides commandés par le capitaine Ory. Ces intrépides cavaliers enfoncèrent la première ligne et, par un excès d'audace, arrivés à la seconde ligne, ils revinrent sur leurs pas, repassèrent au galop en semant la mort sur leur passage. Le capitaine Ory tua un officier hollandais; le major La Gotellerie, attaché à mon état-major, et qui s'était joint à cette charge , fit aussi mordre la poussière à un de leurs chefs. J'ordonnai au même instant un changement de front sur ma droite, de manière à envelopper l'aile gauche de l'ennemi : ce mouvement eut un plein succès et décida sa retraite. Le village de Kermpt fut emporté; la cavalerie poursuivit l'ennemi dans la direction de Herck... »

(1) La route pavée de Hasselt à Dicst n'existait pas encore.

(2) Les souvenirs du général ne sont pas ici entièrement fidèles. Plusieurs témoins oculaires nous ont attesté que trois escadrons du 2 e régiment de chasseurs ont participé à ce fait d'armes.

(3) Le général se trompe d'une heure. Il n'était pas sept heures (Attestation de témoins oculaires).

Extrait du rapport du lieutenant Hippert (i).

Afin de donner une idée de la manière dont la guerre se faisait alors en Belgique, il suffit de lire un fragment du rapport du lieutenant d'artillerie Hippert. Au moment de la retraite, cet officier avait reçu Tordre de prendre et de conduire au gros de l'artillerie trois pièces incomplètes qui se trouvaient sur les remparts de Hasselt. Voici ce qui arriva au sortir de la porte de la ville.

« Ayant rassemblé les trois pièces, dit M. Hippert, je me plaçai sur le flanc de la colonne, avec laquelle je rejoignis nos troupes au trot. Je devançai les bagages (à l'arrière-garde ! !), un piquet de lanciers ainsi que les chasseurs et les cuirassiers. Je fus un moment arrêté par l'ambulance, je parvins cependant à la laisser derrière moi, voulant à tout prix sauver mes pièces; mais arrivé près du bataillon Lecharlier on me mit le pistolet sur la gorge et on croisa la baïonnette pour me faire rester devant l'ambulance. Le capitaine des cuirassiers et un 1 er lieutenant me tirèrent de leurs mains ; j'allai alors trouver le major Lecharlier pour lui demander qu'il donnât ordre de laisser passer l'ambulance et les chariots de bagages, ce qui fut exécuté. J'employai ce temps à mettre mes pièces à la prolonge, à les charger et à placer l'étoupille. J'avertis la cavalerie qui me suivait

(1) Pour qu'on ne se méprenne pas sur les intentions de l'auteur, il est peut-être nécessaire de déclarer qu'il n'entend en aucune manière blâmer la conduite de M. Hippert. S'il reproduit un fragment du rapport de cet officier, c'est uniquement pour faire mieux comprendre l'état des choses à l'armée de la Meuse.

de prendre de chaque côté de mes pièces si l'ennemi se montrait, et qu'après mes trois coups partis elle devait masquer mes pièces si l'ennemi se présentait, pour que je pusse les recharger. Ces dispositions prises, nous continuâmes notre marche à peu près pendant drx minutes sur le revers d'une montagne, lorsque tout-à-coup l'ennemi se montra sur le sommet à 500 pas et nous mitrailla. Au premier coup les cuirassiers s'ouvrirent; mais les chasseurs et les lanciers masquèrent mes pièces et me mirent dans l'impossibilité de tirer. Le 2 e coup ennemi, plus meurtrier encore, me tua l'attelage de derrière de la dernière pièce, ainsi que plusieurs canonniers, et la mit hors de service. Au même moment la cavalerie terrassa mes canonniers. La 1™ et la 2 e pièce continuèrent leur marche. La l re fut par l'incurie du conducteur jetée dans un fossé; la 2 e tomba entre les bagages et n'en put sortir. L'ennemi nous poursuivit pendant une demilieue en nous attaquant également par le flanc gauche (Mémoire au roi, par Daine, p. 53 et 54). »

Outre les trois pièces de M. Hippert, les Hollandais s'emparèrent de deux autres appartenant à la 4 e batterie ; celles-ci avaient été renversées dans les fossés qui bordent la route.

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